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2 avril 2013 2 02 /04 /avril /2013 17:21

 

Nos étoiles contraires


Ecrit par John Green


Titre original : The fault in our stars

Version originale publiée en 2012

Version française publiée en 2013


 

nos étoiles contraires

 

Entre rire et larmes, le destin bouleversant de deux amoureux de la vie.

 

Hazel, 16 ans, est atteinte d’un cancer. Son dernier traitement semble avoir arrêté l’évolution de la maladie, mais elle se sait condamnée. Bien qu'elle s'y ennuie passablement, elle intègre un groupe de soutien, fréquenté par d'autres jeunes malades. C’est là qu’elle rencontre Augustus, un garçon en rémission, qui partage son humour et son goût de la littérature.
Entre les deux adolescents, l'attirance est immédiate. Et malgré les réticences d’Hazel, qui a peur de s’impliquer dans une relation dont le temps est compté, leur histoire d’amour commence… les entraînant vite dans un projet un peu fou, ambitieux, drôle et surtout plein de vie.

 

Élu « Meilleur roman 2012 » par le Time Magazine !

 

 

 

Nos étoiles contraires a sa place entre toutes les mains, et pourtant rares sont les ouvrages qui peuvent être également appréciés de tous - enfants, adolescents, jeunes adultes et adultes. Ce roman aborde la vie, la maladie et la mort avec une douceur et un humour inouis. Il ne s'agit pas d'un roman guimauve, avec une maladie qui s'oublie au fil des pages et une happy end tenant du miracle. Non, l'histoire d'Hazel, 16 ans, et d'Augustus, 17 ans est bien ancrée dans la réalité - si bien, qu'il en devient difficile de croire au caractère fictionnel de l'oeuvre. Cependant, malgré cet incroyable réalisme, le lecteur échappe au pathos si redouté : la plume de John Green est talentueuse et donne à vivre au lecteur une histoire fraîche et poétique.


Le cancer est une maladie si terriblement célèbre et répandue que l'on ne peut que se sentir proche du texte - l'histoire des personnages pourrait un jour devenir la nôtre, la maladie est une épée de Damoclès qui menace chaque Homme. Cette proximité ne facilite cependant par la tâche de l'auteur, car il est difficile d'évoquer la souffrance et la mort sans effrayer le lecteur. John Green est parvenu à saisir la réalité de la maladie sans exacerber son caractère tragique : un roman qui n'est ni tout noir, ni tout blanc, mais plutôt un mélange finement dosé de rires et de larmes. 


On redoute instinctivement un texte dont les personnages principaux sont des enfants en train de mourir. Il s'agit d'une conception terrible, affreuse, voire inacceptable pour les adultes qui souhaitent naturellement préserver l'innocence des enfants, les éloigner le plus possible de la mort. L'enfance représente la vie, et celle-ci devrait être intouchable. John Green a pourtant fait un excellent choix en insufflant une maladie mortelle à ses personnages, car seuls les enfants ont la capacité de percevoir le verre à moitié plein, quand les adultes ne voient que le verre à moitié vide. Nos étoiles contraires, avant d'être un roman sur la mort, est une poésie de la vie - une vie comme un cadeau, comme un miracle, merveilleuse et si belle que l'Être Humain devrait s'émerveiller chaque jour de ce qu'il peut voir, toucher, sentir. Dans cette oeuvre, la mort met en évidence la vie - c'est pour cette raison que le texte échappe au tragique, qu'il n'est pas dramatique ou accablant, mais plutôt porteur d'espoir et rayonnant de joie. 


Hazel et Augustus, enfermés dans leur solitude, survivaient - leur histoire n'était qu'une bataille constante contre la maladie. Leur rencontre est comme une claque : ensemble, ils brisent leur bulle de douleur et c'est avec une maturité dont ils n'ont pas conscience qu'ils découvrent l'Amitié, l'Amour, la beauté de toutes choses et la puissance de l'Art. Il ne leur reste que peu de temps à vivre mais qu'importe, ils vont vivre pleinement. La mort est comme écrasée par cet enthousiasme de vivre et de profiter de chaque battement de coeur, elle devient secondaire et l'on se prend à sourire et à rire avec ces personnages pourtant condamnés : on redécouvre la vie à leur côtés.


Rares sont les romans qui parviennent à rendre avec justesse les pensées et la manière de s'exprimer propres à la jeunesse. Imiter sans singer, un défi difficile à relever, et pourtant réussi. Alors que foisonne dans les rayons Jeunesse des journaux intimes de jeunes filles, si peu plausibles tant le style est extrêment enfantin et peu abouti - les jeunes filles sont toujours bécasses et niaises, voici une pépite littéraire inattendue. 

A ma connaissance, le seul autre ouvrage aussi bien écrit alors que les personnages sont des enfants est l'excellent E=mc2, mon Amour écrit par Patrick Cauvin. C'est une histoire d'amour entre deux enfants surdoués, un roman très simple donc - cette même simplicité que l'on retrouve dans Nos étoiles contraires - mais l'écriture est si vraisemblable, si mature et pleine de jeunesse à la fois, que le récit se gorge d'authenticité. On retrouve cette force dans Nos étoiles contraires - la véracité des sentiments et des émotions, l'intelligence des conversations, le talent narratif - ainsi qu'une force nouvelle, l'émerveillement devant la vie.


"Le truc avec le souffrance, c'est qu'elle exige d'être ressentie."


Ce roman n'épargne pas ses personnages, ni ses lecteurs. La souffrance est omniprésente et inévitable, mais John Green démontre avec talent que cette souffrance peut être dépassée et transcendée par l'amour de la vie, qu'il est possible de vivre avec la maladie sans se laisser terrasser par celle-ci si l'on porte son intérêt vers l'essentiel. La puissance émotionnelle du récit est remarquable, le texte est très beau de par son histoire et les réflexions qu'il amène sur de nombreux sujets. Nos étoiles contraires est mon premier coup de coeur littéraire de l'année, une vraie bonne surprise !


Je vous suggère, pour commencer la découverte, de lire les premiers chapitres du roman en ligne !

 

Ensuite pour aller plus loin dans la découverte de cet ouvrage, je vous propose de visionner l'auteur, John Green, en train de faire la lecture du premier chapitre de Nos étoiles contraires dans sa version originale ! 

 

                                             

 

 

Je remercie sincèrement les éditions Nathan pour la confiance dont ils m'honorent

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29 mars 2013 5 29 /03 /mars /2013 20:04

Projet obis


Ecrit par Boris Darnaudet

Première publication, 1er trimestre 2013.

 


 

http://riviereblanche.com/obis01.jpg Un homme sans mémoire mais doté d'un savoir de guerrier se réveille dans un sarcophage. Au-dessus, trône une inscription : CAUTION. Il en fait son nom et se décide à explorer une Terre dévastée et dirigée par une élite perverse, l'Ultime Alliance.


De déserts toxiques en mégapoles déliquescentes, Caution va chercher sa vérité.

Dans les hautes sphères du pouvoir, s'affrontent l'archicommandeur Malleus, les services secrets de l'Infinitum et le très mystérieux commandeur Ka-Tau.

Au bout de la lutte, quand tomberont les masques de l'amour et de l'amitié, Ka-Tau et Caution finiront par comprendre qu'ils n'étaient que les gibiers d'un piège implacable : le Projet Obis.

 

 

 

Le Projet Obis est le premier roman publié de Boris Darnaudet. Nous pouvons remercier Philippe Ward, directeur des éditions Rivière Blanche, qui a souhaité donner sa chance à ce jeune auteur de 23 ans - c'est une belle découverte ! Petit roman ou nouvelle richement développée, le Projet Obis ne fait que 140 pages. Cependant, pour un premier ouvrage, c'est très prometteur - et il est parfois préférable de lire un texte court mais bien travaillé, plutôt qu'un lourd pavé de pages indigestes. 


"La trappe bascula. Lampe allumée, il sauta le premier et chuta de plusieurs mètres pour tomber dans une substance visqueuse où il s'enfonça jusqu'aux mollets.

Une odeur épouvantable régnait en bas."


L'intrigue se déroule dans notre futur et l'évolution technologique, scientifique et médicale est omniprésente. On découvre un monde détruit, sale, asphyxié et des êtres humains qui subissent les conséquences de leurs tristes choix. Mais le lecteur n'a pas le temps de s'apitoyer sur leur misérable existence ! Le récit est dynamique, les chapitres sont courts mais riches en actions et en rebondissement et malgré ses 140 pages, ce roman a beaucoup à offrir ! Plusieurs communautés se partagent une Terre fatiguée, certains se contentent de survivre - pacifistes désespérés - quand d'autres œuvrent à la révolution, persuadés que l'ordre des choses peut encore être changé. 

Hélas, la noirceur d'âme des hommes peut vaincre la plus farouche détermination...


Je me suis accordée un délicieux moment de détente grâce à cette lecture et je me suis même amusée de la naïveté de certains passages : car bien sûr, comme tous premiers romans, ce texte a ses faiblesses. Ainsi, on remarque quelques difficultés à mettre en place le récit - les premières pages sont toujours les plus gênantes, des dialogues parfois trop artificiels - un talent qui s'acquiert avec l'expérience, et une naïveté touchante dans le rapport à l'amour et à l'amitié. De légères imperfections que compensent largement la facilité avec laquelle on pénètre l'histoire, la fluidité de l'ensemble du texte - car vraiment, il se lit très vite et très agréablement -, le vocabulaire employé - enfin un jeune auteur qui ne se complaît pas dans un langage familier et succinct, et un style efficace, notamment dans les scènes d'actions. 


"D'un bond, la bête se rétablit en s'aidant de ses pattes antérieures. Sa gueule s'ouvrit sur un cri déchirant. Les deux hommes aperçurent des crocs plus acérés que ceux d'un requin blanc. Au terme d'une courte charge, elle plongea sur Lox, le déséquilibrant. Le baroudeur fut écrasé sous son poids. C'est alors que Slay se matérialisa derrière la créature. Tout en visant les vertèbres, il enfonça son épée vrombissante dans le dos du monstre. Un sang violet en jaillit. La créature hurla de douleur, agitant ses bras griffus dans tous les sens. Lox qui s'extirpait de sous le Kal'karatcha profita de l'occasion. Avec un hurlement de rage il vida son chargeur dans la bouche du démon. Les balles atteignirent le cerveau du monstre. Prise de mouvements spasmodiques, l'immonde créature s'effondra, agonisante."


Très peu habituée aux romans d'anticipation, je redoutais cette lecture - cependant, j'ai confiance en les choix éditoriaux de Philippe Ward : la collection Blanche offre toujours de bons textes, c'est pourquoi je me suis décidée pour cet ouvrage. Grand bien m'en pris ! J'ai franchement adhéré aux personnages, l'histoire est captivante et je ne parvenais pas à reposer le livre : le texte recèle de passages à suspense, et il est quasiment impossible de ne pas tourner les pages pour connaître la suite ! J'appréhendais également les passages très masculins - les fusillades, les combats au corps à corps et autres passages violents : ce fut encore une excellente surprise, car ces passages sont très bien décrits, à la fois précis et rapides - pas de lourdes descriptions sanguinolentes ou d'ennuyants échanges de tirs américains -, les combats sont réalistes et raisonnables, les armes sont redoutables et donc un tir suffit : l'auteur n'en rajoute pas des tonnes. J'ai vraiment passé un très bon moment de lecture !


Seul bémol, la fin du récit m'a énormément déçue : c'est une fin ouverte, une fin qui n'en est pas une. Je sais que certains lecteurs aiment cette liberté offerte par l'écrivain d'imaginer une suite très personnelle... mais honnêtement, ces lecteurs sont rares ! Pour moi, rien de plus frustrant que de ne pas connaître la fin d'une histoire. Le chapitre se termine et l'on attend une suite, là, derrière la page, mais rien. Alors, on se résigne et on relit les dernières phrases, supposant que l'on soit passé à côté d'un élément : l'auteur offre des pistes de compréhension pour la suite, des idées, des brèches de son imagination, mais c'est tout. C'est vraiment terminé. 


Il est navrant de gâcher un si bon moment de lecture par une fin négligée, mais l'auteur est jeune et inexpérimenté, ses choix narratifs ne peuvent que se bonifier avec le temps ! Malgré cette fausse note, je recommande la lecture de cet ouvrage - et plus particulièrement aux lecteurs qui ne sont habituellement pas friands de ce type de lecture : c'est un bon texte, qui mérite d'être découvert !


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Le Projet Obis est suivi de deux nouvelles très sympathiques, dont je ne dévoilerai rien au risque de gâcher votre lecture. Ces nouvelles se lisent tout aussi facilement et agréablement, prolongeant le plaisir de quelques pages !

J'ai remarqué que Boris Darnaudet avait moins de difficultés à écrire des nouvelles : cela démontre encore une fois de sa jeunesse et laisse présager de très bon romans à venir, car sa plume est assurément très agréable ! 


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Quelques mots enfin sur l'objet livre : l'ouvrage est d'une délicieuse souplesse, l'illustration de Vincent Laik est très agréable, les pages sont épaisses et l'impression est de qualité. C'est un livre très agréable à manier ! Si vous souhaitez le commander, vous pouvez au choix le commander sur le site des éditions Rivières Blanches ou chez votre libraire grâce au numéro ISBN de l'ouvrage. Le prix de ce dernier est dans la moyenne : 17€ pour un format à mi-chemin entre le livre broché et le livre de poche. Il faut savoir que contrairement à la plupart des maisons d'éditions, Rivières Blanches reverse 50% des bénéfices occasionnés par la vente d'un livre à son auteur. Par ailleurs, Philippe Ward et Jean-Marc Lofficier dirigent les éditions Rivières Blanches bénévolement, parce qu'ils ont vraiment la passion des livres ! C'est une maison d'édition qu'il faut absolument découvrir et soutenir ! 

 

 

Je remercie sincèrement Philippe Ward pour la confiance dont il m'honore !

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28 mars 2013 4 28 /03 /mars /2013 15:59

Bubelè, l'enfant à l'ombre


Ecrit par Adolphe Nysenholc

Première publication en 2007.

 


http://www.espacenord.com/Couvertures/314_L230.jpg 

 Bubelè, l'enfant à l'ombre met en scène un petit gars de trois ans que ses parents, des Juifs polonais qui prérirons à Auschwitez, ont caché dans une famille flamande de ce qui était alors - Ganshoren, dans le nord de Bruxelles - un bout de camapgne en périphérie de la capitable du Royaume de Belgique.Autobiographique, le récit se teinte d’un humour digne de Chaplin ou de Woody Allen. C’est le sourire aux lèvres et la gorge nouée que l’on suit les évolutions de ce bonhomme, de ce bubelè, durant la guerre et après, en quête du moindre souvenir de sa mère et d’un avenir qui lui appartienne enfin, jusqu’au seuil de son adolescence. 

 

 

 

 

 

Autobiographie ou roman autobiographique ? Réalité ou fiction ? Quelle est la véritable nature de ce texte de moins de cent cinquante pages ? Je pense qu'il n'entre dans aucune de ces catégories figées. L'auteur, Adolphe Nysenholc, a écrit ce texte comme un hommage à ses "sauveurs". Ce texte va même au-delà de l'hommage : l'écrivain l'investit d'une puissance exceptionnelle et fait revivre, durant ces quelques pages, ses disparus. "Adieu" est un mot bien difficile à prononcer, et dans la douleur de la perte de ces êtres aimés qui deviennent tout à coup inaccessible, la peur d'oublier devient parfois lancinante. Pour beaucoup, des photos disposées ici et là dans la demeure raviveront les souvenirs conservés au plus profond de la mémoire - l'essentiel des êtres aimés. Pour d'autres, l'art est nécessaire. Adolphe Nysenholc a eu ce besoin d'écrire pour ses morts, pour les faire revivre dans sa mémoire - et les ressusciter dans la mémoire collective. 

Cependant, les souvenirs s'estompent avec le temps - la mémoire les altère, selon l'évolution des sentiments et la nécessité de l'âme. Je crois que c'est encore pire lorsque l'on songe régulièrement au même souvenir - on finit par le revivre et le revivre encore, et cela sous-entend le vivre différemment, repenser certains détails, certaines émotions. Mieux s'approprier des situations. Adolphe Nysenholc a écrit ce texte durant 17 ans. Dans un premier jet, il évoquait son enfance par ses yeux d'adultes. On lui en fit le reproche : c'est l'enfant qui est intéressant, pas l'adulte. Alors, il a entièrement remanié son texte. Il l'a épluché, encore et encore, pour ne laisser que l'essentiel des souvenirs : un écrit qui se rapproche le plus des pensées de son "moi-enfant". Toutefois, ce ne sont pas les véritables pensées de l'enfant qu'il était : le temps et l'exercice d'écriture - cette obligation de revivre chaque souvenir afin de le coucher sur papier, et puis de revoir le style, la forme, le fond, la narration - les ont altérés. Alors, fiction ou réalité ? Pour répondre à cette question, il faudrait encore se questionner sur ce qu'est la réalité. Adolphe, enfant, percevait la réalité du haut de ses trois ans : que comprenait-il de la guerre, des adultes, des sacrifices nécessaires ? Sa réalité était bancale, confuse. Une réalité d'enfant, toute déformée par la violence des émotions, limitée par le jeune âge de celui qui la percevait. On pourrait en conclure que ce n'était donc pas la réalité; et pourtant, c'était celle d'au moins un enfant : Adolphe Nysenholc.


"Un midi de tempête, on frappa fort à notre porte. Toujours curieux et preste, j'allai ouvrir. C'était la Gestapo! Un homme émacié, en manteau de cuir noir doublé de fourrurre, entre. Un loup avec une peau de mouton. "Mein Herr Fan Helten?" martela-t-il. Sa mâchoire se referma comme un piège. Il suait. "Ja", fit Nunkel, qui se trouvait face à l'éternel adversaire, venu le déranger jusque chez lui ! C'était peut-être le traqueur qui avait attrapé les miens. Nunkel invita le fâcheux à s'asseoir à table. Il me faisait de grands yeux pour que je déguerpisse."


Le récit est à la fois diffus, confus, brouillon et bien construit : on imagine aisément l'acharnement dont l'écrivain a fait preuve pour coller au plus près aux pensées de celui qu'il était, il y a des dizaines d'années. Le texte est découpé en quelques chapitres. Le premier, très long, se concentre sur la "nouvelle" famille d'Adolphe. Sa famille de guerre, celle qui va le sauver - car un mois à peine après avoir été confié à ces inconnus, ses parents furent dénoncés et toute sa famille fut envoyée à Auschwitz. J'ai eu de réelles difficultés à pénétrer le récit lors de cette première partie : la trame narrative est quasiment inexistante, les pensées sont presque jetées sur le papier - on passe régulièrement d'un sujet à un autre sans transition, sans explication. C'est pourtant vrai qu'un jeune enfant peut parler de tout et de rien tout à la fois, brûlant de questions, de jeux, d'inquiétudes, de certitudes et d'incertitudes, mais qu'il est difficile d'entrer dans ce monde presque absurde tant il se veut complexe et dénué de logique ! 


Je tiens à le souligner : il s'agit d'un très bon texte, car Adolphe Nysenholc est parvenu à ôter de celui-ci sa perception et sa logique d'adulte, le recul nécessaire du temps et les explications fournies par l'Histoire. Le lecteur découvre le raisonnement fragile d'un petit bout d'être humain qui se sent abandonné, rejeté par ses parents et qui ne comprend pas ce soudain éloignement : est-ce une punition ou n'est-il tout simplement plus aimé des siens ? Petit garçon, il attend désespérément le retour de sa maman - "demain", lui avait-elle dit ; et lorsqu'enfin il comprend la signification d'Auschwitz, ce n'est que pour espérer encore plus fort : il y a des survivants, pourquoi ses parents n'en feraient-il pas partie ? 

Cependant, malgré l'intensité des émotions qu'il transmet, le récit m'a dérangé. Je ne parvenais pas à m'identifier au narrateur, à ressentir son désespoir, sa colère, son amertume : il y a un défaut de vraisemblance, les mots employés ne sont pas ceux d'un enfant. J'imagine qu'il est impossible de coucher sur papier les pensées que l'on a conçu, enfant, avec les mots de l'enfance. Pourtant, à de nombreuses reprises, l'auteur a essayé d'employer une syntaxe enfantine - désordonnée, illogique, tranchée, parfois répétitive - et c'est assez réussi ! Hélas, certains paragraphes sont très élaborées, emploient un vocabulaire d'adulte, proposent une réflexion très mature et une poésie dramatique certes agréable, mais si peu réaliste : le narrateur est un petit garçon, presque un bébé encore, du haut de ses trois ans ! J'ai lu le postface avec intérêt. Grâce à ce dernier, j'ai découvert que les procédés romanesques utilisés dans ce récit ont été volontairement mis en exergue par l'auteur. Je suppose que ce qui est pour moi un choix narratif malheureux, les pensées d'un homme-enfant, est en réalité un effet souhaité par l'écrivain. Peut-être souhaitait-il ainsi se rappeler, adulte, à la mémoire du lecteur. Je n'ai tout simplement pas apprécié, ma lecture en fut gâchée. J'aurais préféré un choix tranché : les pensées d'un enfant ou les pensées d'un adulte, avec un vocabulaire et une syntaxe adaptée, vraisemblable. Il est si difficile de pénétrer l'esprit d'un enfant, l'auteur rend cette tâche encore plus complexe par l'introduction des pensées d'un enfant-adulte, ce qui rend la chute, c'est-à-dire le retour aux pensées enfantines, très abrupte. J'ai souffert lors de ma lecture ! C'est vraiment regrettable.


J'ai malgré tout poursuivi ma lecture, car le témoignage d'un enfant juif ayant vécu la seconde guerre mondiale ne peut pas être ainsi abandonné. J'ai lutté pour me mettre dans sa peau et imaginer sa souffrance, son incompréhension, sa lassitude. Ballotté de famille en famille, déchiré entre l'amour de sa nouvelle mère et le désespoir d'un oncle inconnu revenu d'Auschwitz et qui souhaite absolument le rendre heureux, juif sans l'être - un "juif païen" - enfant caché qui se cache de lui-même... Malgré l'innocence du ton employé, une immense souffrance s'échappe de ce texte. La deuxième moitié du livre se lit un peu plus facilement, car Adolphe grandit et ses pensées avec : elles sont moins éparpillées et mieux transcrites, on peut mettre un pied dans l'histoire. Un pied seulement, car mon esprit s'est heurté à un second obstacle : la langue juive y est constamment utilisée et il me fut très difficile de comprendre le récit. Il y a pourtant un petit lexique à la fin du livre, qui reprend la plupart de ces mots et en donne une définition intelligible, toutefois l'ouvrage aurait gagné en clarté si ces définitions avaient été écrites en bas de la page où se situe le mot défini. D'autant plus que bien souvent, je cherchais dans le lexique des mots qui n'y étaient pas. Dans ce cas, pas d'autre choix que d'ignorer le mot, et par conséquent ignorer le sens de toute la phrase. Encore une fois, ma lecture fut hachée, difficile. J'ai posé l'ouvrage plusieurs fois, et j'avais hâte de tourner la dernière page. J'en étais navrée, car le véritable sujet de ce texte est l'enfance de l'après-guerre, un sujet rare en littérature. 


"Ma mère avait voulu m'avoir avec elle, au moins en image. Mais sur ce premier visage immobile, mon regard était émerveillé. Longtemps, je n'ai pas vu qu'en fait, au-delà de l'appareil, je regardais quelqu'un. Or, je percevais celle qui me sera toujours absente. Et qui ce jour était présente de corps, hors champ. Dans mes yeux, il y a ma mère. Elle était là, je la voyais. Et j'ai pu oublier, après, qui était dans ma visée. Je n'ai plus vu que moi. Je n'avais plus sa vision. Je n'avais plus mes premiers yeux. Je ne suis peut-être plus son enfant. Il me faudra le coup d'oeil du découvreur de continent pour briser un jour les cadres et la retrouver hors image."


J'ai refermé ce livre avec soulagement, car j'étais véritablement lassée de ma lecture. L'écriture d'Adolphe Nysenholc ne m'a pas convaincue : on ne peut hélas pas apprécier toutes les plumes ! Néanmoins, je recommande ce texte pour sa richesse : c'est un témoignage très bien transcrit, qui offre une vision différente de l'après-guerre et une véritable réflexion sur l'enfance. Certains passages sont très intenses et réalistes. C'est un auteur qui peut plaire à beaucoup de lecteurs, et qu'il faut lire pour ne pas oublier les souffrances qu'ont endurées tant d'Hommes. Un texte qui s'inscrit dans le devoir de transmission et de souvenir. 


"Je ne comprenais pas comment on pouvait croire. Il n'y avait Rien. Et s'il existait un Être, il doit être Tout. Or, il n'est déjà pas le tout-puissant, car il n'a pas su empêcher la Shoah. Et s'il n'a pas voulu empêcher le génocide, nous ne sommes pas son peuple. René me fit avec calme : "Mais Dieu est juif, et, c'est comme tel qu'il a été tué à Auschwitz. C'est aux juifs survivants de le ressusciter, c'est à nous de lui donner vie." Et, je me dit qu'Il ne pouvait pas être tout, sinon Dieu serait aussi Nazi."

 

 

Je vous invite à consulter sur cette page une interview de l'auteur, Adolphe Nysenholc, réalisée par l'équipe de Libfly à l'occasion de la foire du livre à Bruxelles (descendre la souris jusque "samedi", à "18 heures").


Je remercie l'équipe de Libfly ainsi que les éditions Espace Nord pour leur confiance !

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23 mars 2013 6 23 /03 /mars /2013 18:32

L'Heure des elfes

Troisième et dernier tome de la trilogie des elfes,


Ecrit par Jean-Louis Fetjaine

Première publication en 2000.

 


http://www.noosfere.com/images/couv/f/franceloisirs4776-2001.jpg Le monde, jusque-là partagé entre les nains, les monstres, les elfes et les hommes, a perdu son équilibre depuis que ces derniers se sont approprié le talisman des nains, la légendaire épée Excalibur.


Déchiré entre son épouse, la chrétienne Ygraine, et Lliane, la reine des elfes, le roi Uter a pris la décision de rendre l'épée sacrée et de restaurer ainsi l'ordre ancien.

C'est alors que les monstres envahissent le royaume de Logres et anéantissent leurs adversaires désunis. Affaiblis et terrifiés, les hommes se tournent de nouveau vers les elfes, espérant que le peuple des arbres viendra à leur secours.

Exilée sur l'île d'Avalon avec sa fille morgane et accompagnée du mystérieux Merlin, la reine Lliane acceptera-t-elle, une fois encore, de tout risquer pour l'amour d'Uter ?

Dans ce troisième et dernier volet de l'épopée fabuleuse qui a consacré le talent de conteur de Jean-Louis Fetjaine, une aube baignée de merveilleux, de passions et de drames se lève sur la légende arthurienne.

 

 

 

L'Heure des elfes est le troisième et dernier tome de la Trilogie des elfes, par l'excellent auteur Jean-Louis Fetjaine. Ce dernier roman m'a un peu déçue et j'admets avoir été moins transportée par l'histoire en comparaison avec les deux tomes précédent.


Pourtant, l'écriture de Fetjaine est toujours aussi savoureuse : un vocabulaire riche et précis, étudié pour être compris aisément sans pour autant tomber dans la facilité ou la banalité; une plume dynamique et néanmoins poète, qui pose discrètement quelques notes de douceur et de légèreté tout au long du récit; et de surprenantes petites touches d'humour, si agréables lorsque le récit se veut tragique et désespéré.


Le récit tient également ses promesses : cohérent avec les deux tomes précédent, il offre une suite agréable et parfois surprenante à La Nuit des elfes. J'ai cependant regretté que les personnages, qui avaient pris de l'épaisseur dans le deuxième tome, soient beaucoup plus absents et creux dans ce dernier opus; néanmoins cela se justifie par les choix narratifs beaucoup plus portés sur le peuple dans son ensemble que sur un seul de ses représentants. En effet, le récit offre de longues descriptions des villes, des habitants, des animaux même : l'auteur a pris le parti de favoriser l'ambiance générale et la vision globale des différents peuples, plutôt que de s'accrocher à une poignée de personnages - et ainsi perdre de vue tous les autres. Un choix efficace, car l'intrigue ne porte plus sur un petit groupe d'élus, mais sur l'ensemble des hommes, des elfes, des nains et des monstres. 


Ma véritable déception porte sur l'insuffisance du récit lors d'évènements pourtant majeurs de l'intrigue. J'avoue ne pas comprendre le choix narratif de Jean-Louis Fetjaine : le récit se veut lent et riche en descriptions, l'ambiance est si bien construite qu'elle en devient presque réelle, et l'affrontement final - contrairement au tome précédent, qui le présentait de manière très succincte - est précis, agréablement détaillé ; alors pourquoi une soudaine ellipse narrative, à un moment si grave, si décisif du récit ? Les autres ellipses me paraissent justifiées : l'auteur ne souhaite pas constamment entrer dans les détails, il choisit parfois d'accélérer le récit et de laisser la liberté au lecteur d'imaginer les faits passés sous silence. Mais une ellipse narrative alors qu'arrive la fin du combat, laissant en suspens le devenir des attaquants et des perdants, ne trouve aucune justification dans mon esprit - sinon celle de frustrer le lecteur. Je l'ai presque ressenti comme une trahison.

J'espérais en apprendre plus dans les pages suivantes, mais non : le chapitre est refermé, la suite de l'histoire prend le relais. On en revient à ma première impression, suite à ma lecture du premier tome : l'ouvrage se rapproche plus du conte que du roman, dans sa légèreté et son manque régulier de détails ou de précisions. D'ailleurs, dans ce dernier tome, l'auteur n'hésite pas à jouer avec l'impatience du lecteur, remplaçant délibérément et à plusieurs reprises le même mot par des points de suspension : tels des enfants, il faut faire preuve de patience et écouter la suite de ce conte merveilleux et tragique pour que le mystère se dévoile entièrement.


Ce choix regrettable mis de côté, j'ai passé un excellent moment de lecture. Cette trilogie de Jean Louis Fetjaine pourrait être plus judicieusement présentée comme un préface aux légendes se rapportant au Roi Arthur, car à la fin du roman il n'est encore qu'un bébé accroché au sein de sa nourrice. Les personnages, les lieux, les objets légendaires : tout se met en place et trouve un sens, tout converge vers les fabuleux récits rapportant le destin du Roi Arthur et de ses preux chevaliers. Il est juste regrettable que Jean-Louis Fetjaine n'ait pas donné une suite à cette trilogie : il faudra se tourner vers un autre écrivain pour retrouver Arthur, Lancelot, et tant d'autres...

 

"Tu es resté trop longtemps près des hommes, chuchota la voix de l'elfe tout près de son oreille, tendre et chaude. Ce que les hommes appellent l'amour est une souffrance, une quête impossible qui aveugle le coeur et l'esprit. Ils ne se contentent jamais de l'instant présent, de la douceur de ma main sur ta joue, de mon corps contre le tien, du bonheur quand il est là, du plaisir quand il vient...

N'ouvre pas les yeux, Myrddin. Aucune race animale, aucune tribu de la Déesse ne connaît l'amour des hommes. La tendresse, oui, le désir, le plaisir et l'ivresse, l'attachement, mais pas cette passion qui détruit tout ce qu'elle touche. Ne cherche pas à m'aimer. Prends ce que je te donne, Myrddin, pas ce que je ne peux t'offrir..."


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18 mars 2013 1 18 /03 /mars /2013 18:40

La Nuit des elfes

Deuxième tome de la trilogie des elfes,


Ecrit par Jean-Louis Fetjaine

Première publication en 1999.

 


http://www.noosfere.com/images/couv/b/belfond3673-1999.jpg Le monde a sombré dans le chaos lorsque les hommes ont exterminé les derniers royaumes nains. Seuls les elfes pourraient s'opposer à eux, mais ils se sont retranchés dans leurs immenses forêts, inconscients du danger qui les menace à leur tour.


Pour empêcher le duc Gorlois d'étendre la domination des hommes sur la terre, au nom de Dieu, le druide Merlin s'attache aux pas du chevalier Uter, l'amant de Lliane, la reine des elfes. Investi du pouvoir de Lliane, Uter devient le Pendragon, chef de guerre de tous les peuples libres, et tient désormais entre ses mains le pouvoir de restaurer l'ordre ancien. Mais il lui reste à choisir entre l'amour de deux reines : Lliane, l'inaccessible, réfugiée dans son île d'Avalon ; ou Ygraine, si réelle, si humaine ...


Récit flamboyant du combat entre deux mondes, deux religions, deux femmes, La Nuit des elfes apporte une dimension violente et sensuelle à la genèse du cycle arthurien.

 

 

 

La Nuit des elfes est une excellente suite au Crépuscule des elfes. J'avais peur d'être déçue, comme cela peut souvent être le cas lorsqu'on découvre une trilogie : j'avais peur que la magie disparaisse, que la plume s'appauvrisse, que les personnages perdent de leur charisme; cependant Jean-Louis Fetjaine tient ses promesses et offre avec ce deuxième tome un excellent moment de lecture. 


Ce deuxième opus permet la transition vers les légendes arthuriennes, qui étaient tout juste évoquées dans le premier tome. On reconnait avec enthousiasme quelques noms fabuleux liés à celles-ci : la terre d'Avalon, le mythe du Pendragon, Arthur... Le cycle bascule insensiblement vers des légendes connues mais oubliées, imprécises. 


Alors que le premier tome, tout en douceur et en légèreté malgré la gravité des évènements, évoquait plus le conte que le roman; La Nuit des elfes emmène le lecteur hors de l'univers des contes. La légende est romancée avec beaucoup plus de détails et de lenteur, le ton se fait plus grave et dramatique. Le premier tome, équilibré, balançait la douleur par l'humour, les trahisons par l'amitié, les meurtres par la générosité. On refermait le livre avec espoir. Or, cet espoir est presque balayé dans ce deuxième tome, anéanti par le peuple des Hommes. Lentement, l'univers du roman s'assombrit et la noirceur du coeur humain abat le lecteur. 


La plume de Jean-Louis Fetjaine est toujours très efficace, très étudiée. Aux passages dynamiques, sanglants et effrayants de brutalité s'opposent des touches de sérénité, de poésie et d'harmonie avec la Nature. L'ensemble est agréablement fluide et compréhensible, alors qu'il emploie parfois des termes d'époque précis et inusités. J'ai apprécié que les religieux s'expriment en latin et j'ai admiré son approche des textes bibliques et de la foi chrétienne car la difficulté était de taille : décrire celle-ci d'un point de vue péjoratif - car dans ce texte, la chrétienté est abominable, en ce sens que ses représentants la détourne de son but premier et l'utilise pour massacrer les peuples qui ont déjà leur propre religion - sans toutefois faire preuve de racisme religieux. Ses phrases sont subtiles, ses mots bien choisis et le lecteur est amené à faire ses propres conclusions. La réflexion n'est bien entendue pas aussi développée que celle menée par les philosophes des Lumières, et surtout, elle ne sert que le récit : comprendre les légendes arthuriennes, comprendre les choix des différents peuples, comprendre surtout les Hommes. 


Dans ce deuxième tome, les personnages prennent une nouvelle épaisseur. La force de Jean-Louis Fetjaine est de faire peser l'ensemble du récit, non pas sur les combats menés - les vainqueurs, les vaincus - ou sur la politique traîtresse et machiavélique des hommes, mais sur les sentiments éprouvés par les différents peuples. L'amour, l'amitié, la jalousie, l'humilité, la pitié, la rancoeur, la haine : tant de sentiments communs et qui orienteront pourtant les choix des personnages, qui traceront leur Histoire. Uther n'aspire qu'à la douceur des bras de Lliane, qu'à la tranquillité d'une baronnie méritée pour sa bravoure : fatigué, il se bat avec sa destinée. Il ne souhaite pas porter sur ses épaules, trop jeunes et si humaines - si fragiles - la vie de peuples déjà mourants. Cependant ses sentiments porteront ses choix, et ses choix le feront Pentagron. Il se résout douloureusement à ce glorieux destin, chaque jour il se vide un peu plus de son essence vitale. La victoire est emplie de tristesse. La plume de Jean-Louis Fetjaine se montre alors talentueuse, car elle parvient à faire ressentir au lecteur cette tristesse, ce vide, ce presque désespoir de l'abandon. 


Les dernières pages me furent les plus difficiles. Alors que renaît l'espoir, que l'on pense pouvoir sourire de nouveau, la chute est hélas inévitable... J'ai refermé l'ouvrage avec tristesse cette fois, mais toujours avec l'envie de poursuivre ma lecture.


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11 mars 2013 1 11 /03 /mars /2013 17:26

Le Crépuscule des elfes

Premier tome de la trilogie des elfes,


Ecrit par Jean-Louis Fetjaine

Première publication en 1998.

 


http://www.noosfere.com/images/couv/b/belfond3611-1998.jpg Il y a bien longtemps, avant même Merlin et le roi Arthur, le monde n'était qu'une sombre forêt de chênes et de hêtres, peuplée d'Elfes et de races étranges dont nous avons aujourd'hui perdu jusqu'au souvenir. Dans ces temps anciens, les elfes étaient un peuple puissant et redouté des hommes, des êtres pleins de grâce à la peau d'un bleu très pâle, qui savaient encore maîtriser les forces obscures de la nature.


 Ce livre est le récit de leurs dernières heures depuis la rencontre du Chevalier Uter et de Lliane, la reine des Elfes, dont la beauté fascinait tous ceux qui l'approchaient. L'histoire d'une trahison et de la chute de tout un monde., d'un combat désespéré et d'un amour impossible.

 Dans un Moyen Age où le merveilleux côtoie la violence et la cruauté, ce fabuleux roman, nourri par une inépuisable imagination et une grande connaissance du monde médiéval, établit un pont entre l'univers des légendes celtiques la Fantasy et le cycle arthurien.

 

 

 

Je n'avais pas lu de Fantasy depuis une dizaine d'années, ma première lecture - Bilbo le Hobbit - m'ayant peu convaincue. J'avais alors treize ans, et je garde de cette première approche de Tolkien le souvenir d'une histoire certes passionnante, mais complexe et difficile à comprendre pour une novice du genre. Avec les années, l'envie de rêver - de m'évader véritablement au cours de mes lectures est ré-apparue. De découvrir un autre monde, dans lequel notre société actuelle n'existe pas - ou, pas encore. 

 

L'excellent site web elbakin.net regroupe plus de 1 000 romans de fantasy, avec de nombreux avis et classements, ainsi qu'une catégorie spécialement conçue pour les lecteurs n'ayant jamais approché la fantasy et qui souhaitent faire de belles découvertes. En quelques clics, j'ai comparé certains romans et j'ai déniché cette célèbre trilogie de Jean-Louis Fetjaine, apparemment très accessible et bien écrite. 

 

Effectivement, l'écriture de Jean-Louis Fetjaine est délicieuse. Alors que beaucoup de romans s'encombrent d'un avant-propos, puis de quelques chapitres de présentation qui enlisent le lecteur dans une langueur soporifique; ce premier roman entraîne efficacement le lecteur, dès les premières lignes, au coeur de la fantasy - à la rencontre des elfes et des hommes d'un autre temps. 

 

Le roman se lit comme un conte, et ce fut particulièrement agréable. Les mots employés sont simples sans être enfantins, les métaphores quasi-inexistantes, et pourtant tout est extrêmement bien décrit. J'ai été surprise, car habituée à ce que les descriptions efficaces soient également complexes et riches en figures de style. L'écriture est fluide, je ne lui ai trouvé aucun défaut : le vocabulaire est précis sans être ennuyant, accessible tout en mêlant quelques mots de l'ancien temps qui m'étaient inconnus et qui entretiennent l'univers du conte. D'ailleurs, c'est tel un conteur que l'auteur répète plusieurs fois au cours du roman certains détails magiques ou inhabituels : c'est discret et assez bien écrit pour ne pas être agaçant, et je suis certaine qu'à l'oral cela passerait totalement inaperçu. L'ensemble est étonnamment très doux, même lorsque le sang coule et que la Mort rattrape les personnages. 

 

J'étais parfois obligée de poser le roman pour accomplir les tâches du quotidien et je me suis surprise à penser au roman avec beaucoup de clarté, comme s'il s'agissait d'une histoire racontée de vive voix ou d'un film. Lorsque j'ai repris le roman, de longues heures après l'avoir posé, j'ai pu reprendre ma lecture sans avoir à relire les dernières pages : l'avantage d'un roman d'aventures si bien écrit, est que l'on peut finir un chapitre et attendre avant de poursuivre, cela ne dérange en rien la bonne compréhension de l'histoire qui se déroule justement sur plusieurs jours ou semaines. 

 

Quelques mots sur l'intrigue, qui ne prête pas à sourire : quelques personnages issus de la race des Hommes, des Elfes et des Nains mettent leur vie en péril dans le but de retrouver l'assassin d'un des rois Nains, ceci dans le but de préserver la fragile paix entre les trois peuples. Malheureusement, le lecteur comprend dès les premiers chapitres que les trahisons sont plus graves que ce simple assassinat et que leur quête est perdue d'avance. La guerre entre les trois peuples est inévitable et le lecteur anticipe sur l'histoire, devinant que la disparition des Elfes et des Nains, créatures magiques et incomprises des Hommes, est proche. 

 

Cependant, malgré cette trame tragique et douloureuse, j'ai beaucoup ri au cours de cette lecture ! Jean-Louis Fetjaine glisse adroitement dans les situations les plus graves ou les plus tragiques de fines notes d'humour qui font sourire, voire carrément rire à voix haute ! Les dialogues sont terriblement bien écrits, très vraisemblables, parfois piquants et amusants. 

La plume de l'auteur est si talentueuse que les personnages prennent vie dans l'esprit du lecteur, leurs inquiétudes deviennent les nôtres et dans les situations les plus graves, l'angoisse devient palpable et le danger réel. Je repense aux marais étouffants, écoeurants de boue infecte - l'odeur putride de corps en décomposition, l'humidité des mousses vertes qui prend à la gorge - et ces milliers de moustiques partout, aveuglants, attaquants, assourdissants...

 

J'ai tourné les pages avec beaucoup de plaisir, agréablement surprise par la qualité du tout. Mon seul regret est que l'auteur n'est pas décrit avec autant de douceur, de précision et de magie le chevalier Uter, alors que les descriptions de Lliane sont si nombreuses. J'aurais aimé découvrir les prémices de l'amour chez la reine, lire ses pensées envers Uter. Ne pas m'arrêter au regard qu'elle lui porte, et pénétrer son esprit pour y découvrir une poésie amoureuse nouvelle.

 

Un certain nombre de lecteurs reprochent à ce roman son manque d'originalité : le caractère des personnages est assez succinct et attendu, les relations qui s'établissent entre-eux sont prévisibles et l'ensemble peut paraître stéréotypé. Néanmoins, les légendes, fables et contes ne sont-ils pas à l'origine des stéréotypes ? Et comment être original lorsque l'on souhaite narrer un conte qui a des des centaines d'années, qui a traversé les âges grâce aux récits ? Comment les personnages pourraient-ils être imprévisibles, alors que beaucoup connaissent déjà leur histoire ? 

Je pense que lorsque l'on choisi de lire ce genre de fantasy, il faut s'attendre à une sensation de déjà-vu, car les hommes sont baignés dans les contes et légendes dès l'enfance.

Jean-Louis Fetjaine réécrit un monde légendaire et disparu avec poésie, douceur et précision. L'univers et les personnages sont riches sans être étoffés, la plume de l'auteur est légère, et c'est pour cette raison que l'histoire se rapproche selon moi plus du conte que du roman. 

 

Le Crépuscule des elfes est un excellent ouvrage, premier d'un trilogie dont je vais continuer la découverte avec un plaisir non dissimulé.

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4 mars 2013 1 04 /03 /mars /2013 00:53

Et dormir dans l'oubli comme un requin dans l'onde


Ecrit par Steven Hall,

Première publication en 2007.

 


http://myboox.f6m.fr/images/livres/reference/0001/05/et-dormir-dans-l-oubli-comme-un-requin-dans-l-onde-steven-hall-9782221108543.gifEric Sanderson se réveille un matin dans une maison qu'il ne connaît pas, complètement amnésique. Il trouve sur la table une lettre dans laquelle son ancien moi lui demande d'entrer au plus vite en contact avec une psychiatre. Celle-ci lui apprend que depuis la mort accidentelle de sa fiancée, Clio Aames, il a sombré dans une profonde dépression, et a connu onze épisodes dissociatifs. Mais bientôt, une série de lettres, d'indices et de textes codés qu'il s est lui-même envoyés l'aide à reconstituer l'histoire véritable de son passé. Il découvre qu'un requin conceptuel, qui vit dans les eaux troubles de la pensée les flux de lettres, de mots, de communications humaines qui ont acquis une texture vivante , le traque et dévore ses souvenirs. C'est en voulant modifier le passé, pour ramener celle qu'il a aimée à la vie, qu il a accidentellement libéré ce monstre de pensée, et s'est condamné lui-même. Il part alors à la recherche de Trey Fidourous, un docteur du langage, le seul à pouvoir le sauver d'un anéantissement progressif. Le monde du langage acquiert ainsi dans le récit une vie propre, et constitue un monde parallèle, puissant et effrayant, au sein duquel le héros va devoir s'enfoncer pour recouvrer la vie, et la femme qu'il a perdues. Ce roman moderne, poétique, jubilatoire est construit comme un puzzle onirique, au suspense très efficace. C est aussi une subtile réflexion sur les dangereuses propriétés du langage, la fragilité de nos identités et de la mémoire : jeux typographiques, messages mystérieux, fragments d'encyclopédie imaginaire y forment un jeu de piste fascinant. Sondant la perte, l'amour et le deuil impossible, Steven Hall reprend magnifiquement le mythe d Orphée et d Eurydice.

 

 

"C'est vraiment un truc énorme, a-t-elle répondu. C'est un putain de truc énorme." 


 

On découvre Eric, un homme d'une trentaine d'année, qui vient de se réveiller totalement amnésique : s'ensuivent quelques chapitres sans originalité pour ceux qui ont déjà lu quelques romans du genre. J'avais auparavant découvert Avant d'aller dormir et Robe de marié, deux romans très différents l'un de l'autre et très éloignés du roman qui nous intéresse aujourd'hui, mais l'amnésie de départ y est traitée d'une manière très similaire. Pas de surprise donc, mais ces premières pages mettent en place des éléments nécessaires à la construction de l'intrigue.

On découvre ainsi qu'Eric savait qu'il allait finir totalement amnésique, et qu'il avait mis en place un système d'envoi de courrier automatique. Chaque jour, le nouvel Eric reçoit donc une lettre ou un colis de son ancien "Moi". Cependant, la psychologue qu'il consulte le met en garde contre ces lettres : il ne doit surtout pas les lire s'il veut espérer guérir, le mieux étant de les lui confier.

Le mal est pourtant déjà fait, puisqu'Eric a malcontreusement lu la première missive. Et celle-ci le mettait en garde : il ne doit pas croire sa psychologue et médecin ! Son ancien "Moi" lui conseille de ne parler de ces lettres à personne et de les lire le plus soigneusement possible. A croire cette lettre, il est en danger, et seul ce premier Eric - celui qu'il était - est en mesure de l'aider et de le protéger. Alors, que faire et surtout, qui croire ? Notre héros choisit de ne pas lire les lettres, mais de les conserver dans un placard; de ne pas parler de ces courriers à son médecin, mais de continuer à la consulter. Le lecteur, déçu de ce choix qui n'en est pas un, ne peut qu'observer Eric s'enfermer dans une routine des plus affligeantes tant elle est banale, et l'on glifflerait presque cet homme qui ne se soucie pas de l'homme qu'il était, ni de la raison pour laquelle il a perdu si brusquement tout ses souvenirs - toute sa vie ! - et qui préfère se contenter de vivre pour vivre, se complaisant d'être si simplement vivant.

 

Enfin, il se passe quelque chose. Eric reçoit un colis, un gros carton débordant de lettres adressées à des inconnus, et qui contient également deux vieux cahiers, les fragments d'une ampoule et une cassette vidéo. Cette fois, sa curiosité n'y résiste pas. Il visionne la vidéo, lit les cahiers, examine les fragments. Et s'endort, épuisé par l'excitation de ses découvertes. 

 

BOUM.

Il sursaute, se réveille. BOUM. Quel est ce bruit qui va s'intensifiant ? 


Le bruit provient d'une pièce adjacente à sa chambre, fermée à clé depuis le début du roman. Eric, trop satisfait de son quotidien banal et de son existence sans souvenir, n'a jamais souhaité l'ouvrir : elle pourrait contenir son passé, pourrait bouleverser son existence bien réglée et si profondément ennuyante.

[Soupir du lecteur]

Mais ce bruit violent, intense, dérangeant, va perturber ses habitudes. Il ouvre la pièce. Et ne trouve rien d'autre qu'un petit meuble, ne contenant qu'une page de texte. Sa déception lui fait ouvrir une bouteille de vodka. Il lit le texte. Et s'endort, épuisé par le non-sens du tout.

[Soupir du lecteur]

A son réveil, il se fait attaquer par une chose invisible et violente. C'est soudain, c'est inattendu, et pour le lecteur somnolent, c'est surtout inespéré. Hélas, ce soudain intérêt pour l'histoire est enrayé, voire annihilé, par l'écriture de l'auteur: car il faut le souligner, à la première lecture, le texte est d'une complexité à se fracasser la tête contre le mur. 

J'ai relu. Puis encore relu.

Ma conclusion de ces relectures, est que ce n'est pas l'histoire qui est compliquée, mais les choix narratifs de l'auteur qui sont malheureux. Pour décrire un événement complexe, l'auteur choisit d'écrire des phrases d'une même complexité : le contenu réflète certes le contenant, mais quel est l'intérêt ? D'une part, ce sont de longues phrases. Puis, ces phrases sont volontairement sans virgule, multipliant les conjonctions de coordination; ou sans conjonction de coordination et foisonnant de virgules, cela dans le but évident d'entretenir un style lapidaire, un rythme dynamique et qui ne laisse pas respirer. C'est un style recherché, voulu. Compréhensible sur un paragraphe. Mais sur deux pages, c'est tout simplement lassant ! L'angoisse de la situation aurait pu être écrite différemment, et peut-être plus élégamment et plus efficacement que par une accumulation de mots, d'ajectifs et de participes présents très peu esthétiques, qui rendent lourd et indigeste l'ensemble. Très clairement, on se perd dans cet amas de lettres qui ne permettent pas au lecteur de concevoir l'attaque dans son esprit. Steven Hall ne parvient pas à donner vie au prédateur, il l'enterre sous un flot d'idées confuses, de mots en délire, d'idées inutiles. Bien sûr, il y a les calligrammes : mêlant adroitement l'art du dessinateur à celui de l'écrivain, ces dessins faits de lettres sont censés aider le lecteur dans sa compréhension du texte. Malheureusement, ils sont dans ces premières pages trop mystérieux pour être compris, et ne gagneront en sens que lorsque le lecteur aura connaissance des théories développées par l'auteur. 


J'ai haussé les épaules et poursuivi ma lecture. Je n'étais cependant pas la seule à ne pas comprendre : Eric, assommé par la violence de l'attaque, fini par se réveiller. Son salon est un champ de bataille, ses souvenirs confus, l'incompréhension totale. Il a peur. Alors il se précipite vers le placard aux lettres, et les ouvre sans méthode, au hasard du papier sous ses doigts, pour essayer de comprendre. Les ouvrir dans l'ordre chronologique de leur arrivée - les lettres sont numérotées - aurait certainement été plus efficace (...).


Une fois les lettres ouvertes, le lecteur est submergé par un flot d'informations : les réponses à ses questions afflux pages après pages, les explications sont floues, puis reprises et ré-expliquées, affinées. Puis d'autres passages sont encore repris pour être mieux expliqués. Et il faut tout retenir, ingurgiter des théories difficilement concevables et des méthodes de protection saugrenues si l'on espère comprendre les trois cents prochaines pages. L'exercice est non seulement difficile, mais les "nombreuses espèces de poissons purement conceptuels qui nagent dans les flots des interactions humaines et dans les marées de la causalité" et les boucles conceptuelles non divergentes décourageront plus d'un lecteur. 


Il faut plusieurs dizaines de pages pour se familiariser avec les poissons conceptuels, pour se fabriquer une image plausible du ludovicien, le requin conceptuel. Il faut surtout ouvrir son esprit et accepter de croire en une forme de vie inconnue de notre réalité scientifique. Cependant, si l'on persévère et que l'on ne doute pas de ses capacités de compréhension, les choses vont lentement se mettre en place. La deuxième partie de l'ouvrage débute, et il faudra compter une bonne cinquante de pages encore pour commencer à prendre du plaisir à cette lecture. 

 

Pour exprimer en quelques mots la théorie développée dans ce roman : lorsque nous pensons, que nous communiquons, que nous réfléchissons - plus succinctement, lorsque nous faisons fonctionner notre esprit - nous créons des flux. Ce sont des flux de lettres, de mots, de phrases en dehors de notre réalité concrète et qui fonctionnent comme des flux marins. Or, dans l'océan, il y a des poissons. Pourquoi n'y aurait-il pas de poissons dans un océan de mots ?

Les flux sont donc conceptuels, puisque les mots sont des concepts et que ce sont les mots qui constituent les flux. Les poissons seront donc des poissons conceptuels.

Il y a, comme dans notre réalité concrète, des poissons conceptuels préhistoriques et fossilisés. Différentes espèces, certaines primitives, d'autres plus développées. Certaines espèces sont disparues, d'autres sont dominantes. Le ludovicien est un requin prédateur conceptuel, rare, violent et puissant, dont Eric est la cible.

 

http://brain-meat.com/images/sharkTxtLg.gif

      Merci à l'auteur de ce chef-d'oeuvre informatique, qui permet aux lecteurs migraineux et sur le point d'abandonner la lecture du roman à la fin de la 1ère partie de visualiser cette théorie.

 

A ce stade du roman, la trame s'éclaircit. On perçoit mieux le passé d'Eric, les raisons de son amnésie et la quête qu'il va entreprendre : retrouver un certain Dr Fidorous, spécialiste du langage et connaisseur de ces poissons, afin de trouver - sinon la mémoire - une solution efficace pour se débarrasser de ce prédateur conceptuel. 


Alors qu'il est à la poursuite de son passé, Eric va découvrir les fragments d'un amour intense qu'il a vécu quelques années plus tôt avec une jeune femme, Clio. Celle-ci est décédée alors qu'elle plongeait au large d'une île grecque sur laquelle ils passaient leurs vacances. 


Dès leur premier entretien, la psychologue d'Eric suggère que les différentes amnésies de ce dernier sont probablement des résultantes de cette tragédie sentimentale. Un refus d'Eric d'accepter la mort de sa compagne. Mais très vite, cette hypothèse est réfutée par l'apparation du ludovicien : ce monstre conceptuel a été relâché par Eric lui-même, alors qu'il pensait pouvoir sauver sa compagne - pourtant décédée. La tentative désepérée d'un homme fou d'amour pour ramener sa bien-aimée à la vie, le suicide plein d'espoir d'un esprit prêtant trop de véracité à d'anciennes légendes indiennes. On comprend facilement qu'Eric fut dépassé par les événements et par la puissance du ludovicien, et que lentement ses souvenirs ont été dévorés par ce prédateur conceptuel. 

 

 

La seconde partie du roman peut être définie comme une double quête : la quête de celui qu'il était, mais également la quête de celui qu'il est devenu. Ce second Eric doit construire sa personnalité, apprendre à se connaître, découvrir des émotions. Cette seconde partie est également beaucoup mieux rédigée : si la construction des phrases reste maladroite, elles m'ont toutefois semblée plus abouties, plus réfléchies. J'ai eu le sentiment que Steven Hall avait imaginé et écrit ces trois cents dernières pages, avant d'écrire le commencement de son roman. Un sentiment confirmé par l'auteur lui-même, qui confie dans plusieurs réponses données à ses lecteurs [ici] que cette seconde partie de l'histoire a été la première couchée sur papier, et qu'ensuite il a dû forcer son imagination pour trouver les bons mots afin de l'introduire. 

Le manque d'expérience de l'auteur, dont Et dormir dans l'oubli comme un requin dans l'onde est le premier roman, justifie bien entendu le manque de saveur de sa plume lorsqu'il s'agit d'écrire un texte dont il ne s'est pas pleinement imprégné au préalable.

Je pense que le style de Steven Hall peut réellement se bonifier et gagner en maturité avec le temps : j'ai relevé dans ce roman de très bons passages que j'ai pris plaisir à relire. Il excelle notamment lorsqu'il s'agit de dépeindre une ambiance lourde, pesante, écoeurante; de faire ressentir au lecteur le dégoût éprouvé par un personnage - au point de me donner l'envie de vomir ! Sa plume est également très fine et douce pour décrire le chagrin et le deuil, les émotions glissent sur les mots et atteignent aisément le lecteur. Des paragraphes douloureux et très justement écrits. D'ailleurs, sur la page que je citais précedemment, un lecteur demande à Steven Hall s'il a déjà connu le deuil et s'il s'en est inspiré pour écrire ce chapitre, tant les émotions sont sincères.

 

 

"Je me souviens sans cesse de nouveaux détails. Il y a une seconde à peine, c'était la manière dont nous avions réussi à préparer un petit-déjeuner anglais sur notre camping-gaz, le matin où nous avions plié bagage à Naxos avant d'aller prendre le bateau. Tous ces souvenirs, ils font tous tellement mal et chacun d'une façon tellement différente que je pense ne jamais pouvoir les supporter dans être déchiré et répandre mes douleurs par terre. Ce qui est encore pire, ce qui me rend malade, c'est qu'aucune des choses dont je crois me souvenir à son sujet n'est entièrement vraie ou complète. Je la perd déjà au profit de généralisations, le murmure chinois sans fin de la mémoire."

 


Les jeux typographiques développés dans cette seconde partie sont également très intéressants, et le folioscope (ou feuilletoscope, ou encore flip book) est une pure réussite dans l'affrontement final avec le requin. L'utilisation des pages blanches pour figurer la plongée soudaine dans l'océan et le rythme ralenti, presque figé des événements est très pertinente. Cela autorise également le lecteur à mieux visualiser ce monde conceptuel.

 

 

"Un grondement-roulement profond au-dessous de nous - il est passé sous le bateau - et puis la cage secouée - bong. Des bulles et de l'écume, et les éclats d'une énorme silhouette grise passant dans l'eau agitée. Moi, la lance à la main, incapable de voir autre chose que le gris dans l'eau écumeuse, et moi criant. Eclaboussures, paquets d'eau me frappant et tombant sur le pont, quelque chose fouettant la mer calme pour en faire une mousse, et moi criant..."

 

 

http://www.les-lectures-de-cachou.com/wp-content/uploads/2012/11/Et-dormir-dans-loubli-ludovicien-approchant.jpg

 

 

Au cours de ses recherches, Eric va rencontrer Scout, une jeune femme aussi esseulée que lui, une deuxième âme perdue. Très vite, une histoire d'amour découle de cette rencontre. C'est trop parfait et trop rapide pour être vraisemblable, mais le lecteur attendri se prête au jeu. Et puis, toutes ces similitudes avec Clio - toutes deux ont un mauvais caractère, une manière de s'exprimer très similaire, le même tatouage sous le gros orteil - c'est tout de même étrange. Et si Clio n'était pas morte? Et si Scout était la ré-incarnation de Clio? Ou bien, cette ressemblance n'est qu'une heureuse coïncidence, la preuve qu'il est possible d'Aimer deux fois sur Terre... Tant de questions se bousculent soudainement dans l'esprit torturé du lecteur !


C'est ainsi que le roman devient également un jeu d'énigmes au parfum romantique. Ce n'est qu'en assemblant chaque parcelle de souvenir et chaque indice que le lecteur sera en mesure de comprendre les dernières pages du livre. Mais, alors que chacun peut comprendre la fin du roman, tous ne comprendront pas la même chose : et c'est là que réside le talent de l'auteur. Le roman, dès le départ, est multiple. Et plus les pages se tournent, plus les possibilités de compréhension de l'histoire sont nombreuses. Par curiosité, j'ai fait quelques recherches d'avis sur cet ouvrage : rares sont les lecteurs qui sont unanimes sur la manière dont il faut comprendre l'histoire. Les lecteurs francophones sont plutôt hésitants, un peu perdus parfois, et demandent volontiers l'avis d'autres lecteurs. Par contre, les lecteurs anglophones se sont vraiment questionnés durant des soirées entières et se sont réellement prêtés au jeu proposé par l'auteur : on découvre ainsi sur le forum dédié au livre [ici] des dizaines d'explications différentes de ce livre, sur plusieurs pages.

Sur ce même forum, un sujet permet de poser des questions directement à l'auteur, Steven Hall. Il faut souligner sa disponibilité et sa proximité avec les lecteurs, puisqu'il ne manque jamais de répondre à une question. Un des internautes lui a un jour demandé quel avait été son projet en écrivant ce livre : Steven Hall répondit que son souhait avait été d'écrire un livre qui fonctionnerait de différentes manières pour différents lecteurs. Il désirait que son ouvrage, au fur et à mesure des pages tournées, devienne plus profond, plus mystérieux. 

 

 

"Hi Hamzaj,

 

I wanted to write a book that would work in different ways for different readers. I wanted Raw Shark texts to be fast and exciting, but also to reward readers with more depth at each level they invested in the book. I'm very keen on rewarding the active reader. 

 

If you mean why do I want to write books - I think part of the reason is that I want to leave something permanent in the world after I've gone (this ties in the themes of Raw Shark too). Book are the writer's children, we hope (at some level) that we'll continue to on live through them. I guess we (I) hope that our time on Earth will be both marked, and useful to others in some way. Phew. That was a bit heavy.

 

Hope it helps,

 

S"

 

 

Malgré quelques incohérences discrètes, on ne peut que saluer la performance de Steven Hall, qui a concrétisé son projet et offre aux lecteurs un roman aux multiples facettes, qui parvient avec légéreté à mélanger les genres : à la fois roman d'amour, essai de science-fiction et réflexion sur la douleur et la perte de Soi, c'est un très bon premier roman. Je regrette simplement que la plume de l'auteur n'ait pas été meilleure, cependant s'il s'exerce à personnaliser son style et s'il apprend à faire de vrais choix entre les dizaines d'adjectifs pouvant qualifier une même situation, ainsi qu'à étoffer la description de ses personnages, nul doute que son prochain ouvrage sera une pure réussite.


 

"Mais l'idée que ces choses incarnent, la signification que nous leur avons donnée en les rassemblant, c'est cela qui est important"

 [Construction d'un bateau conceptuel]

L-orphee.jpg

 

 

 Représentation réelle de l'Orphée, le bateau conceptuel construit par les personnages du roman, par l'auteur Steven Hall.

 


A souligner, la médiocrité de la traduction française : malgré une publication chez Robert Laffont, j'ai repéré sans difficulté de nombreuses fautes d'orthographe et d'accord. Pour cette raison, je me demande s'il est possible que les maladresses de style et le lexique si peu travaillé, si pauvre en comparaison avec la richesse de la langue française, soient également imputables au traducteur? Par exemple, l'utilisation brutale du terme "baiser" - rupture lexicale agressive et non justifiée. En effet, les quelques avis qui mettent en exergue la platitude de la plume de Stevent Hall sont tous francophones. En parcourant les chroniques anglophones, je n'ai pratiquement trouvé que des compliments. Un travail de relecture de la part des éditeurs français ne serait donc pas superflu.

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26 octobre 2012 5 26 /10 /octobre /2012 17:36

Quand souffle le vent du nord


Ecrit par Daniel Glattauer en 2006.

Titre original : Gut gegen norwind

 

 

 

 

https://encrypted-tbn3.gstatic.com/images?q=tbn:ANd9GcQFZVP6KnheUiePjxgByJfBplJZThFyGbaHhHPD0v52hYSjWqaf7QQuatrième de couverture : 


En voulant résilier un abonnement, Emma Rothner se trompe d’adresse et envoie un mail à un inconnu, un certain Leo Leike. Ce dernier, poliment, lui signale son erreur ; Emma s’excuse, et, peu à peu, un dialogue s’engage entre eux, par mail uniquement. Au fil du temps, leur relation se tisse, s’étoffe, et ces deux inconnus vont se mettre à éprouver l’un pour l’autre une certaine fascination. Alors même qu’ils décident de ne rien révéler de leurs vies respectives, ils cherchent à deviner les secrets de l’autre… De plus en plus attirés et dépendants, Emmi et Leo repoussent néanmoins le moment fatidique de la rencontre. Emmi est mariée, et Leo se remet à grand peine d’un chagrin d’amour. Un jour, pourtant – enfin ! –, ils décident de se donner rendez-vous dans un café bondé de la ville. Mais ils s’imposent une règle : reconnaître l’autre qu’ils n’ont pourtant jamais vu, avec interdiction formelle de lui parler…



 

 

Il y a six ans, je découvrais Les Liaisons dangereuses. Mon premier roman épistolaire. Un immense coup de coeur : je ne me lasse pas de relire ce chef-d'oeuvre. Depuis, je caresse l'espoir de dénicher un autre roman épistolaire aussi appréciable, un nouvel échange de correspondance dont je pourrais me délecter. Je me suis donc précipitée sur ce roman, alléchée par l'abondance de chroniques flatteuses !!


Nul doute que ce roman se lit avec facilité ! Daniel Glattauer est parvenu à créer deux personnages très différents, et à se glisser tour à tour dans la peau de l'un et de l'autre sans laisser transparaître son jeu d'écrivain. Chaque personnage possède son vocabulaire propre, une manière d'écrire très personnelle et que l'on peut facilement différencier. Alors que Léo et Emma s'expriment à tour de rôle, les traits de leur personnalité se dessinent, se devinent discrètement, presque inconsciemment. On avance avec eux dans cette découverte de l'Autre.


L'intérêt du livre, outre la romance bien entendu, est de comprendre les sentiments qui peuvent naître d'une rencontre virtuelle. Je félicite l'auteur, qui fournit un travail très réaliste : j'ai moi-même vécu ce type d'expérience et j'ai retrouvé, dans ces lettres fictives, des sentiments jadis éprouvés... Le plus fort selon moi : la dépendance qui se crée entre les correspondants. Alors que ce ne sont que des mots sur un écran d'ordinateur, alors que tout est dématérialisé, que l'Autre ne possède pas encore de visage ou de voix, la magie opère : très vite, on est dans l'attente de la réponse, de quelques mots qui prêteront à sourire, à réfléchir, à bouder. Une dépendance qui se développe au fil des jours, tonifiée par les e-mails de plus en plus nombreux, et qui donne naissance aux sentiments amoureux. Surprenant, plutôt incroyable, mais terriblement humain et de plus en plus fréquent à l'heure actuelle. Un roman qui est donc bien ancré dans la réalité sentimentale virtuelle : c'est une réussite.


"Je pense beaucoup à vous, le matin, le midi, le soir, la nuit, entre-temps, à chaque fois un peu avant et un peu après - et aussi pendant."


Cependant, j'ai été déçue par le contenu de ces échanges épistolaires : Emma et Léo n'évoquent que très rarement leur quotidien, leur emploi, leurs habitudes et ne savent toujours pas - un an après leur première lettre - s'ils ont des points communs. Les lettres sont très répétitives et creuses, à la longue elles deviennent ennuyeuses. Alors certes, il faut peu de choses pour créer l'attente chez l'Autre, et le mystère permet d'entretenir cette attente. Mais point trop n'en faut ! Les personnages n'explorent pas leurs sentiments naissants et j'ai presque envie d'écrire qu'ils n'entretiennent pas ces sentiments si vulnérables, car il n'y a pas de jeu de séduction. Certains e-mails laissent transparaître de la jalousie, mais je la trouve dénuée de sens car les personnages n'essaient pas de s’envoûter l'un l'autre. Le charme de la rencontre, de la découverte de l'Autre a été négligé ! Ainsi, si les sentiments éprouvés par Léo et Emma sont plausibles et bien pensés, l'évolution de leur relation l'est beaucoup moins et m'a semblée, sur certains points, à la limite du réalisme. 


Finalement, ce fut une lecture plutôt agréable et rapide, mais certainement pas un coup de coeur. La rencontre entre Emma et Léo ne m'a absolument pas faite rêver, ni même sourire : ce fut plutôt, à de multiples reprises, l'effet inverse ! Je sors de cette lecture déçue, dommage !


"Juste quelques baisers, Emmi. Est-ce mal? Est-ce adultère? Qu’est-ce qu’un adultère? Un mail? Ou une voix? Ou un parfum? Ou un baiser? J’aimerais être près de vous."

 

 

 

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22 octobre 2012 1 22 /10 /octobre /2012 20:53

 

Le Salon d'Emilie


Ecrit par Emmanuelle de Boysson

 

 

 

http://images.gibertjoseph.com/media/catalog/product/cache/1/image/9df78eab33525d08d6e5fb8d27136e95/i/403/9782290039403_1_75.jpgQuatrième de couverture : 


1643, A la mort de son père, la jeune Emilie Le Guilvinec quitte sa Bretagne natale pour devenir préceptrice dans le Marais, à Paris, chez la comtesse Arsinoé de La Tour. Sa culture, son esprit et sa fraîcheur lui ouvrent la porte des salons littéraires. Emilie rencontre les fameuses précieuses qui se piquent de lettres et d'érudition. L'ambitieuse suscite vite des jalousies. Dans les tourments du royaume déchiré par la Fronde qui traumatise Louis XIV enfant, l'attachante Bretonne se débat au coeur des jeux de pouvoir et confie à son journal ses troubles, ses rêves, ses passions aussi. Saura-t-elle se jouer de l'arrogance et des volte-face de cette noblesse dont elle ne partage pas le sang ? Maintiendra-t-elle son rang au milieu de ces brillantes amazones qui excellent dans l'art de la conversation et de la raillerie ? Pourra-t-elle aimer l'homme qu'elle a choisi plutôt que celui qu'on lui impose ? Son ascension la conduira-t-elle à sa perte ? Plongée dans l'univers des salons, ce roman palpitant est aussi une grande histoire d'amour nourrie de rebondissements et d'intrigues.


 

Au bord de l'enfance, à peine jeune femme, Emilie Le Guilvinec est une douce rêveuse. Son père, Paul, est tavernier à Locronan et également marchand de vins à Paris. Amoureux des belles lettres, il dépense ses économies dans de beaux ouvrages, caresse du regard sa bibliothèque grandissante et transmet naturellement cet amour de la littérature et de la langue française à sa fille. Aimant et protecteur, il impose constamment sa volonté à sa femme qui souhaiterait marier sa fille ou lui trouver une place de servante. Paul, oublieux de leur condition et du peu de fortune qu'ils possèdent, désire mieux pour sa fille : père imprudent, il aime lui narrer la cour, les duchesses et marquises, les salons littéraires et poétiques aux belles femmes fortunées, parfumées, lettrées. Emilie grandit dans ce rêve de richesse, dans cette illusion de liberté intellectuelle : se dessine dès lors les défauts de cette jeune fille, que les ambitions rendent prétentieuse.


Tristement, Paul décède. Emilie n'a pas le temps de se laisser aller au chagrin : sa mère décide de vendre l'auberge aux revenus trop maigres et impose à sa fille une place de gouvernante dans une famille fortunée, à Paris. C'est le départ vers une nouvelle vie, sa chance de réussir grâce à son intellect. Assidue, elle s'investit dans l'éducation des deux enfants qui lui sont confiés par la comtesse de La Tour et acquiert progressivement leur confiance, presque leur respect. Elle peine à trouver sa place, mais se montre téméraire et doucement, se fait accepter. La comtesse Arsinoé de La Tour remarque son intérêt pour les livres, sa curiosité intellectuelle et lui demande de rédiger un petit billet. Charmée par la plume d'Emilie, Arsinoé souhaite s'octroyer les talents de la jeune fille : elle lui propose alors de l'accompagner chez ses amies les Précieuses. Heureuse de cette confiance inespérée, Emilie accepte et apprend à rester en retrait d'Arsinoé, toujours prête à dissimuler dans l'éventail de celle-ci une habile joute verbale. 


Cependant, en exploitant ainsi Emilie, Arsinoé flatte inconsciemment l'égo de cette dernière, qui a toujours rêvé de côtoyer ces femmes cultivées et intéressées par les arts. Emilie n'osait rêver approcher un jour de ces salons littéraires : la voici à présent qui souhaite plus, toujours plus. Emilie souhaite se distinguer, se faire remarquer. Elle aimerait dépasser sa condition, devenir une Précieuse. 


Grâce à l'amitié que lui porte Arsinoé, Emilie épouse un magistrat âgé, fortuné et peu exigeant. Tout juste mariée, Emilie de La Motte décide de changer l'apparence de sa nouvelle demeure et d'effacer les souvenirs de feu Madame de La Motte, qu'importe les désirs de son époux qu'elle ne prend pas la peine de consulter. Elle dépense en meubles, en robes, en chapeaux et souliers, en parfums, poudres et onguents, en livres et mouchoirs délicats. Ingrate envers son vieux mari qui ne lui refuse rien, Emilie cultive ses défauts : orgueilleuse et ambitieuse, elle devient arrogante. 


Le roman se prolonge sur une dizaine d'années et explore les troubles qui éclatèrent en France entre 1648 et 1653, pendant la régence d'Anne d'Autriche et sous le ministère du cardinal Mazarin. Assurément, l'auteur Emmanuelle de Boysson possède de solides connaissances en Histoire : le roman est très riche en détails, explications et s'appuie sur de nombreuses références. Hélas, je crains que ces multiples citations ne subliment pas la romance ! Quel ennui ! Je ne reproche pas à l'auteur le contenu de son ouvrage, qui a beaucoup à offrir, mais plutôt ses choix narratifs : j'aurais souhaité que l'Histoire soit imbriquée dans l'histoire d'Emilie.


Il est vrai que les deux se rejoignent, puisque Emilie est contemporaine de ces batailles, complots et autres machinations, cependant elle n'y participe guère, ne se préoccupant que de sa renommée et de ses relations amoureuses ! Ce sont les amies de ses quelques relations qui relatent les faits entre elles, alors qu'Emilie, curieuse et soucieuse de s'intégrer au petit groupe, laisse traîner son oreille et écoute les conversations, ce qui permet au lecteur de suivre - de loin ! - les évènements. Son mari, passionné et acteur des évènements politiques, est également un habile moyen de fournir au lecteur quelques explications supplémentaires. Tant de narration et si peu d'action concrète ! Le lecteur ne vit pas, ne ressent pas les évènements politiques et historiques : il n'en est même pas le spectateur direct. De nombreux personnages historiques sont évoqués : Anne d'Autriche, Mazarin, Louis XIV, Condé, Conti, Gondi, Longueville, etc. mais ces derniers demeurent des citations, seuls Beaufort et la Grande Mademoiselle deviennent des personnages ! Le roman n'est donc pas vivant et m'a fortement déçue car je ne souhaitais pas recevoir un cours d'Histoire, mais plutôt vivre celle-ci. 


Par ailleurs, la quatrième de couverture n'évoque que brièvement les évènements politiques et laisse penser que les Précieuses et leurs salons littéraires sont au coeur de ce roman. Or, si quelques passages évoquent leurs joutes verbales, leur intérêt pour la poésie et la littérature, leurs efforts pour renouveler régulièrement les jeux intellectuels, point de description de ces derniers. Seuls deux billets rédigés par Emilie pour la comtesse viennent illustrer ces jeux d'esprit, mais laissent le lecteur sur sa faim. J'espérais pénétrer ces salons littéraires, percer leurs plaisirs intellectuels, admirer peut-être l'art de la répartie de ces dames. J'aurais souhaité découvrir la littérature française du point de vue de ces femmes lettrées et savantes. Hélas, aussi riche que soit ce roman, il n'explore pas les multiples facettes de ces femmes d'un autre siècle. Emmanuelle de Boysson s'est concentrée sur la politique et mêle ces femmes aux intrigues et aux complots, les conversations sont tournées vers l'Histoire - et lorsqu'enfin on change de sujet, ce n'est que médisance. Le lecteur se doute que ces cercles de femmes étaient propices aux commérages et aux trahisons : était-ce nécessaire de les mettre autant en exergue? Ce roman m'a fatiguée et lassée : j'imaginais les voix perçantes et haut-perchées de ces dames, ce bourdonnement constant dans leurs petites chambres confinées, et toujours ces indiscrétions, ces cancans de femmes. 

Où est donc passée la préciosité? Ce raffinement dans la manière d'être, cette complexité dans l'analyse des sentiments, ces jeux d'écriture et autres divertissements représentatifs d'un phénomène sociolittéraire du XVIIème siècle français sont pratiquement inexistants dans ce roman. 


Enfin, quelques mots sur l'histoire d'Emilie : une vie romanesque, beaucoup de rebondissements, je pense que la trame de fond était prometteuse. Malheureusement, cette histoire m'a déçue : outre les problèmes que j'évoque ci-dessus, le caractère d'Emilie est insupportable. Je n'arrive pas à comprendre précisément quel ingrédient manque à cette histoire : Emilie n'a déclenché chez moi aucune émotion ou empathie. Elle m'a agacée. Très portée sur sa personne, souhaitant toujours se mettre en avant, faire apprécier des qualités qu'elle ne possède pas, je la juge vaniteuse et égoïste. Un trait de caractère qui s'accentue au fil des pages, et que rien ne vient ébranler. Peut-être un brin de douceur, un rien de bonté ou de tendresse m'aurait rendu ce personnage plus agréable ? 

 

 

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Malgré cette déception, je remercie les éditions http://www.avousdelire.fr/2010/medias/images/j_ai_lu_petit.jpg ainsi que Karine du http://i87.servimg.com/u/f87/12/37/52/41/i_logo10.jpg pour cette découverte qui m'a replongée dans l'Histoire de France ! Une fiévreuse envie de retourner auprès d'Alexandre Dumas, dont je savoure toujours les oeuvres !

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12 octobre 2012 5 12 /10 /octobre /2012 18:32

Avant d'aller dormir


Ecrit par S. J. Watson, traduit par Sophie Aslanides.

2011.

 

 

 

http://www.espace-culturel-gouesnou.com/wp-content/uploads/2011/05/Avant-d-aller-dormir-170x281.jpgQuatrième de couverture : 


À la suite d un accident survenu une vingtaine d années plus tôt, Christine est aujourd hui affectée d un cas très rare d amnésie : chaque matin, elle se réveille en croyant être une jeune femme célibataire ayant la vie devant elle, avant de découvrir qu elle a en fait 47 ans et qu elle est mariée depuis vingt ans. Son dernier espoir réside dans son nouveau médecin, Ed Nash. Celui-ci lui a conseillé de tenir un journal intime afin qu elle puisse se souvenir de ce qui lui arrive au quotidien et ainsi reconstituer peu à peu son existence. Quand elle commence à constater de curieuses incohérences entre son journal, ce que lui dit son entourage et ses rares souvenirs, Christine est loin de se douter dans quel engrenage elle va basculer...

 

 


 Avant d'aller dormir m'a offert quelques heures de lectures fortes agréables, et me voici à présent - stéréotype de la lectrice gourmande et avide de mots - déçue d'avoir refermé cet ouvrage aussi rapidement! 


J'hésite à qualifier ce texte de "thriller", mais sans hésitation il s'agit d'un roman psychologique à suspense. Nulle enquête policière et très peu d'action : l'histoire repose sur des bribes de souvenirs et les dires de quelques personnages que Christine - amnésique, incapable chaque matin de se souvenir des vingts dernières années de son existence - va retranscrire dans un journal sur conseil de son médecin. Un excellent conseil, puisque cet exercice journalier va progressivement l'aider à recouvrer certains souvenirs. Cependant, son gribouillage nocturne mettra également en évidence certaines incohérences entre les dires de son époux et ce qu'elle croit se souvenir. Un affrontement permanent et angoissant se met alors en place, un jeu machiavélique entre vérité et mensonges : je n'ai eu de cesse de m'interroger. Qui ment? S'agit-il d'un complot? Son époux est-il schizophrène? Christine est-elle paranoïaque? Ou tout simplement, très imaginative... La mécanique de ce texte est excellente, car elle enchaîne le lecteur aux angoisses du personnage et l'oblige à se méfier de tous. Même de la narratrice. 


Le texte présente certes quelques longueurs, notamment par certains aspects répétitifs du journal que tient Christine, il s'agit cependant d'un mal nécessaire : l'ensemble du journal contribue à créer une ambiance pesante, un mal-être épais. Je ressentais véritablement l'angoisse de Christine, et lorsque celle-ci avait le sentiment de devenir folle, j'avais moi-même l'impression d'être aspirée dans un tourbillon.


J'étais tellement absorbée par l'histoire que j'en ai oublié l'écriture, le style de l'auteur! Toutefois, pour en être arrivée à un tel résultat sur moi, la plume de S. J. Watson ne peut être que très fluide et efficace. Ce fut une lecture très agréable !


Malgré mon sentiment positif, je déconseillerais cet ouvrage aux habitués du genre et aux lecteurs friands d'action ! Je n'ai certes pas anticipé la fin, malgré mes nombreuses hypothèses, mais je n'avais que très peu expérimenté ce genre de romans ! Les seuls ouvrages à suspense que j'ai lus à part celui-ci étant Robe de mariée et Cadres noirs, écrits par Pierre Lemaitre. Post-lecture, je dois avouer que ce roman ne présente pas beaucoup d'originalité et que son schéma est assez classique ! Un très bon roman pour les novices comme moi !


      "Que sommes-nous d'autre que la somme de nos souvenirs ?"


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A l'honneur : la littérature "jeunesse" !

La littérature jeunesse est mise à l'honneur ! Une nouvelle catégorie lui est dédiée !

Je vous invite, chers lecteurs, à feuilleter quelques jolis ouvrages colorés et à découvrir de merveilleuses histoires pleines de rêves et d'aventures !

De belles idées pour nos adorables petits anges, et un soupçon de tendre nostalgie pour les plus âgés !

Cliquez ici pour découvrir les ouvrages qui pourront vous émerveiller !

Livres par écrivains

Cliquez sur le titre d'un livre pour accéder à sa fiche de lecture !
 
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72e081b0c8a0fc24c2f3f110.L._V192261114_SX200_.jpg
BARRON, Thomas Archibald
 
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BECDELIEVRE (de), Gilles
 
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BONGRAND, Caroline
 
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BOUCHARD, Nicolas
 
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BOURGINE, Jérôme
 
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CASTRO (de), Eve
 
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CLAVEL, Bernard
 
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DARNAUDET, Boris
 
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DEDEYAN, Marina

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DE LA ROCHE, Mazo
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DE RIVOYRE, Christine 
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DESSAINT, Pascal
 
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D'ETANGES, Pierre
 
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DOYLE, Roddy
 
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ERDRICH, Louise
 
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FETJAINE, Jean-Louis
La trilogie des elfes :
 
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HASSAN, Yaël
 
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MACIP, Salvador
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MALZIEU, Mathias
 
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MASSAROTTO, Cyril
 
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SABATIER, Robert
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SADE, Marquis de
Les Crimes de l'amour
 
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WELCH, James