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8 octobre 2012 1 08 /10 /octobre /2012 15:32

Barbe bleue


Ecrit par Amélie Nothomb, 2012.

 

 

 

http://i32.servimg.com/u/f32/16/32/13/16/97822210.jpg

 

 


 


Quatrième de couverture : 

 


La colocataire est la femme idéale.


 

 

 

 

 

 

 

 

Un petit ouvrage qui se lit en tout juste une heure : le plaisir de se détendre et de plonger entièrement dans un ouvrage, de se laisser envahir par les mots en toute sérénité, sans se faire violence et interrompre sa lecture. Délicieux abandon éphémère.


Aimez-vous les contes? Je les adore ! Je relis régulièrement mes classiques d'enfance : contes de Grimm, Perrault, les milles et une nuits, les contes de grand-père et tout un tas d'histoires de sorcières ! Certains contes ne font que quelques pages et réussissent pourtant à placer le lecteur dans un riche univers de merveilleux, de fantastique, de magie. J'aime retrouver cette atmosphère propre aux contes.


J'ai donc eu envie de découvrir ce nouveau roman d'Amélie Nothomb, Barbe bleue. La déception aurait pu être grande, car rien d'indiquait sur la quatrième de couverture qu'il s'agissait de sa version personnelle du célèbre conte homonyme. Fort heureusement, aucune déception : plutôt une belle découverte !


J'ai aimé la manière dont l'auteur revisite ce classique. Tandis que l'on retrouve aisément les grandes lignes du conte ainsi que son côté à la fois mystérieux et effrayant, l'univers est changé : parisien, contemporain, alcoolisé, il s'agit d'un barbe bleue moderne, actualisé. Si la morale est moins présente, l'histoire est cependant efficace. J'ai admiré l'imagination de l'auteur, tant cela me paraît difficile de revisiter une histoire aussi connue sans la déformer maladroitement. J'ai lu que certains étaient déçus par la fin de l'ouvrage : je pense que c'est la simplicité du dénouement qui est en cause. Mais j'ai apprécié cette simplicité, je crois que cela fait partie du conte et qu'Amélie Nothomb a souhaité respecter l'esprit du texte original. Ainsi, je déconseillerais cet ouvrage aux lecteurs assidus du genre policier ! Car il y a bien évidemment certaines incohérences : l'auteur n'a pas essayé de résoudre les problèmes liés aux meurtres, aux soupçons, au rôle de la police dans les affaires de disparitions ! La trame est beaucoup plus proche du conte : le texte est centré autour des deux principaux personnages et de leur relation. 


Le texte est essentiellement composé de dialogues et ce fut pour moi un point fort du roman. En effet, je déteste en règle générale les dialogues que je trouve assommants et surtout, peu convaincants. Les êtres humains s'expriment tous différemment, avec un vocabulaire propre, une syntaxe et une intonation très personnelles et aucune discussion ne peut être similaire à une autre. Personnellement, c'est un exercice très difficile que d'écrire un échange verbal. Ici, contrairement à bien d'autres romans aux dialogues douteux et qui laissent transparaître la difficulté qu'a eu l'auteur à les écrire et à les harmoniser avec une réalité imaginaire, les échanges verbaux de ce texte sont d'un réalisme frappant. Il est très facile d'imaginer les inflexions expressives de la voix, et surtout, chaque personnage à sa manière propre de s'exprimer. Les échanges sont très cohérents et prennent en considération les éléments contextuels. Ma lecture fut donc agréable, car l'écriture est de qualité.


Par ailleurs, si le texte est fluide et la syntaxe agréable, l'auteur n'a pas pris le parti de la facilité : les références bibliques, mythologiques et même scientifiques se bousculent et vers la moitié du roman, j'ai pris peur. Trop de références, cela devenait lassant. Cependant, celles-ci servent l'ouvrage et tendent à disparaître au fur et à mesure que le secret se révèle. Un choix pertinent et audacieux, finalement très appréciable : voilà un auteur qui ne déprécie pas ses lecteurs ! Je préfère chercher un ou deux mots dans le dictionnaire, que de m'ennuyer en lisant un texte trop accessible comme celui de Cyril Massarotto ! 


Barbe bleue m'a réconcilié avec la plume d'Amélie Nothomb, que je n'étais peut-être pas en mesure d'apprécier il y a sept ans ! 


"Elle servit le thé et coupa deux parts de cake. Avant de poser la sienne sur l'assiette, elle la mira et ajouta :

-Regarde. On voit la lumière en transparence des fruits confits. Les cerises ressemblent à des rubis, l'angélique à des émeraudes. Enchâssées dans la pâte translucide, on croirait un gemmail.

-Un quoi?

-Un gemmail, c'est un vitrail en pierres précieuses. Et puis tu poses la tranche sur l'assiette dorée et le trésor est complet.

-Je peux voler une soucoupe ?

-Non."


 

 

 

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1 octobre 2012 1 01 /10 /octobre /2012 12:30

Je suis l'Homme le plus beau du monde


Ecrit par Cyril Massarotto, 2010.

 

 

 

http://2.bp.blogspot.com/_3p_JxBLXpdQ/TMlFoHzPKkI/AAAAAAAAA00/WTBV1NS8KFw/s1600/je+suis+l'homme+le+plus+beau+du+monde.jpg

Quatrième de couverture : 


Cet homme est une légende. Pourtant, il rêve de disparaître. Et quand il rencontre enfin sa raison de vivre, il est peut-être déjà trop tard...
« Aussi loin que je me souvienne, j ai toujours été beau. Je dis beau, mais dans la bouche des gens j entends plutôt canon, magnifique, sublime, incroyable. Plus généralement, en me voyant, les gens disent : « Waouh ! »
Ces mots, je les ai entendus dans toutes les langues, sur tous les tons. On me les a dits en pleurant, en hurlant, ou juste avant de s¹évanouir. On me les a dits à voix basse, sans oser me regarder, ou en écarquillant grand les sourcils.
Je suis l Homme le plus beau du monde.
Bien sûr, je suis malheureux. »

 

 

 

Après La Tombe des lucioles, une nouvelle japonaise bouleversante au texte très imagé et riche en émotions, j'avais besoin d'une lecture plus légère. Cela faisait bien longtemps que j'avais dans ma bibliothèque L'Homme le plus beau du monde, de Cyril Massarotto : la quatrième de couverture laissait présager une lecture facile et agréable. J'avais déjà lu Cent pages blanches, du même auteur, je savais donc à quoi m'attendre : une écriture fluide, très facile à lire, des pages qui s'enchaînent sans difficulté et une petite histoire sympa ! Ce n'est pas ce que j'appelle de la grande littérature et je n'en suis habituellement pas très friande, mais après avoir lu Akiyuki Nosaka, cette lecture était la bienvenue !


Le premier chapitre s'ouvre sur un petit garçon qui ne vit pas comme tout le monde, car il est beau. Nous découvrons donc à la fois cette extraordinaire beauté et ses malheureuses conséquences sur l'univers de ce petit homme : une foule en adoration, des émeutes, des morts et des blessés, pour finir par l'isolement. Etre unique, c'est aussi être seul. Les chapitres suivant survolent rapidement son adolescence et permettent au lecteur de comprendre la personnalité de cet homme, qui sera mondialement connu comme le plus beau du monde par chaque personne de chaque pays, au travers des médias et d'une émission de télé-réalité. Pour résumer le livre sans trop en dévoiler : la deuxième partie du roman est consacrée aux tentatives de cet homme de se libérer de son magnifique fardeau, et enfin accéder au bonheur d'une vie simple et sans artifice. A noter, un regrettable effet de répétition entre cette première et deuxième partie : une redite certainement désirée par l'auteur, mais qui ajoute une certaine lourdeur au récit. 


Une écriture fluide, un vocabulaire très accessible, une syntaxe ordinaire : impossible d'éprouver la moindre difficulté lors de cette lecture ! J'ai malgré tout passé un bon moment, car si l'écriture n'est pas de qualité, les nombreuses péripéties m'ont captivée : je me demandais jusqu'à quels extrêmes l'auteur mènerait son récit ! Car il s'agit bien d'extrêmes dans ce roman caricatural de notre société de consommation : tout y est exagéré ! Les effets de mode, les médias, le comportement de l'individu lambda : Cyril Massarotto, sarcastique, tourne en dérision les dérives actuelles de notre société. J'ai refermé ce livre songeuse, car malgré l'absurdité de certaines situations, malgré l'évidente exagération des comportements, la proximité entre ce texte et notre réalité est tout de même très mince. Et cela me fait peur.


Un roman facile à lire et qui a donc répondu à mes attentes du moment !


"Adam dit que quand Elizabeth retourne à son appartement, le soir, elle emporte mon sourire avec elle. C'est vrai que mon bonheur, il dort en bas, à côté d'elle"


 

 

Je remercie chaleureusement   http://generation-ecriture.com/xo-editions_logo.jpg ainsi que http://a34.idata.over-blog.com/500x115/2/77/77/84/Images-diverses/Blog-o-book.jpg pour ce moment d'évasion !

 

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28 septembre 2012 5 28 /09 /septembre /2012 17:11

La Tombe des lucioles


Ecrit par Akiyuki Nosaka en 1967 et 1968.

 

 

 

http://i31.servimg.com/u/f31/16/51/33/95/la-tom11.gif

Quatrième de couverture : 


C'est avec ces deux récits admirables et particulièrement bouleversants, couronnés en 1968 par le prix Naoki, l'une des plus hautes distinctions littéraires, que Nosaka conquit la notoriété. Peu de temps auparavant, Mishima avait applaudi à son premier roman : Les Pornographes, roman scélérat enjoué comme un ciel de midi au-dessus d'un dépotoir. La Tombe des lucioles, visionnaire et poignant : l'histoire d'un frère et d'une soeur qui s'aiment et vagabondent dans l'enfer des incendies tandis que la guerre fait rage et que la faim tue. Voici une prose étonnante, ample, longue, proustienne dans le sens qu'elle réussit à concentrer en une seule phrase des couleurs, odeurs et dialogues, mais prose très violente, secouée de mots d'argot, d'expressions crues, qui trouvent ici une beauté poétique et nouvelle, d'images quasi insoutenables - prose parcourue d'éclairs.

 

 

 

La Tombe des Lucioles se présente comme un recueil de deux nouvelles : La Tombe des Lucioles et Les Algues d'Amérique.


> La Tombe des Lucioles


D'une qualité remarquable, cette nouvelle d'une quarantaine de pages est bouleversante. Je sors de cette lecture heureuse, car j'ai découvert un excellent texte. Mais j'en sors également meurtrie, happée par la violence des bombardements et de leurs conséquences dramatiques. Je lisais ce texte et les mots s'effaçaient : j'entendais les bombes, j'entendais les pleurs, je contemplais les victimes de cette guerre. Je voyais deux enfants, perdus dans cet amas de bruits, de ruines, cet amas d'horreur. 


Les premières pages nous présentent un homme qui n'en est déjà plus un. Agonisant dans sa saleté, dans sa puanteur, sur le sol d'une gare, la vie s'échappe peu à peu de ce misérable individu - et déjà les passants ne le voient plus. 


"Mais déjà la faim n'était plus, la soif n'était plus, la tête pendait lourdement sur la poitrine, "Pouah, c'est dégueulasse!", "Ptêt ben qu'il est mort", "Quelle honte, laisser traîner ça dans la gare alors qu'les Américains peuvent arriver d'une minute à l'autre", ses oreilles qui seules tenaient encore à la vie pouvaient distinguer toute une variété de bruits (...)"

 

S'ensuit une analepse de quelques mois, un retour en arrière nécessaire pour comprendre ce qui a placé ce jeune adulte dans une situation si tragique. 


La plume de l'auteur pourrait évoquer celle de Proust. Les phrases sont longues et d'une richesse incroyable. Et pourtant, elles m'ont parue trop courtes. Car en une seule phrase il y a tant de violences, de souffrances, d'espoirs que l'on se sent presque agressé. Le lecteur est pris au piège de cette guerre. La traduction est magnifique, car Patrick De Vos est parvenu à rendre avec justesse à ce texte son vocabulaire travaillé, les adjectifs collent à la réalité et le langage des protagonistes - souvent rude et sans détour - est le miroir de cette réalité : 1945, les bombardements près d'Osaka, au Japon. 


Et lorsque dès les premières pages, le lecteur apprend le funeste destin des deux enfants, le ton est donné. Lire la suite, c'est découvrir les tourments de la guerre et les tentatives de ces deux gosses pour survivre malgré les bombardements, malgré les destructions, malgré la perfidie et la noirceur humaine.


"Ils étaient habitués aux ténèbres du black-out, mais la nuit de la cave était bien plus noire encore; quand ils se glissèrent sous la moustiquaire accrochée aux tais, ils n'eurent plus qu'à s'en remettre au bourdonnement étourdissant des moustiques pullulant à l'extérieur, d'instinct ils se blottirent l'un contre l'autre, Seita serrant les pieds nus de Setsuko contre le bas de son ventre, une fièvre monta soudain en lui, lancinante, il ressera encore son étreinte, "Tu m'fais mal, Seita!", elle était terrifiée."



> Les Algues d'Amérique


Bien que l'écriture soit toujours de qualité, et le style ainsi que le vocabulaire tout à fait adaptés au contexte, le schéma narratif de cette seconde nouvelle est très différent de la précédente : il s'agit d'une nouvelle brillamment écrite, mais j'ai éprouvé des difficultés à la terminer, voire à m'y intéresser dès les premières pages.


En résumé, il s'agit d'un couple de japonais ayant vécus la guerre de 45 alors qu'ils étaient adolescents : les blessures psychologiques de Toshio, l'époux, ne sont pas tout à fait guéries et il ne peut vivre sans repenser aux épisodes douloureux de son passé. Son épouse, Kyoko, vit au présent et n'aime absolument pas évoquer les traumatismes de son pays. Lors de vacances à Hawaï avec son enfant, celle-ci a rencontré un couple d'américains aisés qui se sont montrés très généreux. Lorsque ces américains, les Higgins, vont s'inviter au Japon, Kyoko ne se sentira plus de joie : apprentissage accéléré de l'anglais, nettoyage et rangement de la demeure, achats démesurés de nourriture, mise en place d'un emploi du temps touristique pour ses bienfaiteurs : rien ne sera trop beau. Toshio vivra très mal ces préparatifs : alors que ses souvenirs l'obsèdent, il va également éprouver de la colère face à l'arrivée imminente du couple. Cependant, à l'aéroport, cette colère et son obstination de ne pas prononcer un seul mot en anglais se transforment en peur : M. Higgins parle et comprend très bien le japonais ! Honteux, Toshio, qui ne s'attendait absolument pas à cela, se jette sans réfléchir dans la conversation et aligne quelques mots d'anglais... Finalement, il passera ses journées avec l'américain, souhaitant à tout prix - au sens propre et figuré ! - lui prouver que le Japon est un beau pays. 


Malgré leur utilité, je n'ai pas apprécié d'être noyée dans les pensées de Toshio. Les souvenirs passés se mélangent constamment avec le présent et ses sentiments face à l'arrivée des américains. Une manière d'écrire efficace, puisque l'on cerne très bien la personnalité instable de Toshio, un Être traumatisé par les américains de 1945. Malheureusement, ce style est beaucoup trop brouillon pour moi : j'ai besoin que le texte soit aéré, qu'une certaine typographie soit respectée. J'aime avoir des repères. Ici, volontairement, les repères temporels sont effacés et le lecteur est véritablement emporté dans un flot de souvenirs et de réflexions personnelles. 


"V'là pas que ça recommence, s'était-on dit avec un petit sourire en souvenir du prof de lettres chinoises dont les cours, il y a deux mois encore, se passaient uniquement à prêcher : "A l'heure de l'ultime combat, les dieux nous sauveront de l'invasion", et qui écrivant alors au tableau : "AngloSaxons = Démons assoiffés de sang", débordait tellement de rage, qu'on attendait dans les crissements stridents de la craie, le moment où elle allait se casser."

 

Malgré ce défaut, j'ai souhaité m'accrocher et terminer ma lecture car c'est un texte intéressant : en effet, Akiyuki Nosaka livre au travers de celui-ci un état des lieux du Japon de 1945. Des cours d'anglais négligés et changeants, selon que le Japon soit en guerre ou vaincu, aux efforts dramatiques des américains pour nourrir un peuple en souffrance : les souvenirs de Toshio permettent d'explorer des facettes de la guerre ignorées dans La Tombe des Lucioles.


"Fromage ou abricots? Ça nous connaissait, ces cartons kaki, pas un grain de riz, rien que des vivres américains; les abricots secs, on n'aimait pas, mais le fromage c'était nourrissant, et même fameux dans le bouillon de miso; sous nos yeux, le marchand de riz éventra les caisses avec un couteau, des petits paquets emballés d'un magnifique papier rouge et vert apparurent, pour prévenir nos questions dubitatives, il annonça : "Cette fois, à la place du riz, ce sera du chewing-gum. La ration de sept jours. C'est ça, c'est boîtes", il en sortit une, on aurait dit un coffret à bijoux : trois jours de vivres.

 

D'une écriture plus légère, Akiyuki Nosaka met également en exergue le comportement ridicule des japonais face aux américains, à la fois détestés et craints. L'écrivain s'amuse à caricaturer les faiblesses d'un peuple traumatisé, ce que j'ai trouvé à la fois amusant et affligeant. Toshio fait des efforts de plus en plus démesurés pour que son visiteur américain apprécie le Japon : s'il s'agit au départ de le distraire, cette ambition prend une dimension grotesque, devenant pour Toshio comme un devoir. M. Higgins doit absolument, peu importe ce que cela coûtera, capituler et avouer la beauté du Japon. Un combat singulier, mais qui en dit beaucoup sur les répercussions psychologiques de la guerre. Je regrette le caractère obscène des dernières pages, qui a achevé de me lasser. Une nouvelle que je ne relirai pas, mais qui est tout de même bien écrite.

 

 

--->>> Pour aller plus loin...  

 

La Tombe des lucioles a été adaptée en film animé ! Je suis actuellement en train de visionner cette adaptation, à très vite pour mon impression sur celle-ci !

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18 septembre 2012 2 18 /09 /septembre /2012 17:58

 

L'Odyssée


Ecrit par Krystin Vesterälen (2012)


 

 

http://i31.servimg.com/u/f31/17/71/87/99/1ere_c10.jpg

Quatrième de couverture : 


Pourquoi retranscrire l’Odyssée alors que le récit existe depuis des siècles dans les livres ?

 
Car avant qu’un poète ou un groupe de poètes écrive la version si connue, ces récits étaient véhiculés dans l’oralité. Alors pourquoi ne pas rendre à « César » ce qui appartient à « César »Loin de moi de renier tout le travail de divulgation qui a été fait durant ces siècles à travers les traductions, les adaptations théâtrales et cinématographiques. Sans ces travaux, ce récit serait tombé peut-être dans les oubliettes du temps. Quoique je ne le pense pas car la tradition orale continue son œuvre depuis que l’homme est homme. Le simple fait d’avoir été capturé par les « experts », les « scientifiques » pour les connaissances et les sciences de ce monde ancien, rendu ensuite sur un plan savant, pédagogique pour sa transmission … n’autorise plus une écoute simple, un imaginaire. 

 

 

Un petit livre de 100 pages, toutes pages incluses (introduction, lexique, bibliographie, présentation de l'auteur, etc.) Présenté comme un livre-réflexion, j'étais intriguée par cet ouvrage qui promettait une belle découverte : je cite la quatrième de couverture "Ce recueil comprend aussi un lexique, des éléments techniques pour contrôler l'énergie, la voix... et les réflexions durant une vingtaine d'années qui m'ont accompagnée pour conter au mieux ce récit."

 

 

Eh bien, je ne vous cache pas ma déception. Je peine à trouver mes mots, tant ce livre est creux. 


Certes il y a un lexique : il présente, en trois lignes environ, chaque personnage de l'Odyssée. Je ne me suis pas attardée dessus, puisque je connaissais déjà cet ouvrage. Et puis, quel intérêt à ce lexique, quand l'auteur avoue elle-même, en première page de remerciements, "Je remercie le site Wikipédia pour son aide précieuse qui m'a été utile dans la formulation des mots du lexique (...)". Pour moi, Wikipédia n'est pas une référence et ne remplace en rien la consultation d'une véritable encyclopédie. D'autant plus qu'il existe un merveilleux, j'ai presque envie d'écrire un mythique dictionnaire du monde grec ! Ayant étudiée en Prépa' littéraire, j'ai étudié durant quatre mois les dieux grecs, et cet ouvrage - consultable en ligne - était et reste une excellente référence. 


Si vous souhaitez enrichir vos connaissances et consulter ce rare ouvrage, sachez que le Dictionnaire des Antiquités Grecques et Romaines a été numérisé par des enseignants, afin que chacun puisse y accéder : ici . J'espère que l'auteur de L'Odyssée, Krystin Vesterälen, en prendra connaissance !

Si ce dictionnaire vous semble rébarbatif - bien que la lecture n'en soit pas très difficile - sachez qu'il existe de nombreux ouvrages de vulgarisation, et que les rayons "jeunesse" des bibliothèques proposent des ouvrages de qualité pour découvrir d'une manière agréable et facile les chants Homériques.


Revenons aux "éléments techniques pour contrôler l'énergie, la voix..." : grosse déception au rendez-vous, puisque l'auteur ne dédie que cinq pages, très aérées, à ce sujet. Cinq pages de questions/réponses : l'auteur s'interview elle-même afin de faire découvrir à ses lecteurs son état d'esprit et sa manière de conter. J'étais cependant loin de la découverte ! L'auteur survole les difficultés, survole les sensations, survole les émotions ! Je me suis sentie frustrée de ne pas pouvoir en savoir plus, de ne pas avoir la possibilité de comprendre les mécanismes de la voix. L'énergie dont il est question est si mal et si rapidement décrite, qu'il est impossible d'imaginer ce que peut ressentir l'auteur lorsqu'elle conte L'Odyssée, ou tout autre récit. 


Ce chapitre se termine tout aussi rapidement qu'il a commencé, pour laisser place à une partie intitulée "Qui sont les personnages pour moi?". Cette partie est fort peu intéressante. Je l'ai lu jusqu'au bout dans le doute : j'imaginais un rebondissement, je m'imaginais captivée par les mots, prise d'un soudain intérêt. Il n'en fut rien. Le titre de ce chapitre est cependant très bien choisi, puisque l'auteur expose brièvement ses convictions à propos d'Ulysse, de Pénélope, de Calypso, de Circé et de Nausicaa. Nous sommes cependant très loin de l'analyse littéraire !! Vous avez probablement déjà entendu une amie vous donnez son avis à propos d'un série télévisée? "Ah oui mais tu vois, machin pour moi c'est le genre de femme...blablabla...alors que truc, ben c'est plutôt le type de mec qui...blabla" : je suis certaine que vous vous figurez très bien cette conversation, eh bien, c'est ce qu'à écrit l'auteur. Des réflexions peu profondes sur un récit qui mérite pourtant une analyse plus poussée. Le genre de réflexions que l'on peut entendre partout. 


D'ailleurs, quand j'écris que l'on peut entendre ce genre de réflexions partout, ce n'est absolument pas imagé, puisque l'écriture elle-même reflète la pensée populaire : les phrases sont mal construites, tant au niveau de la syntaxe que de l’orthographe ! La concordance des temps n'est pas respectée ! Un effort de relecture serait fortement apprécié. Même la quatrième de couverture contient des fautes d'orthographe ! Le plus flagrant, au fil des pages, est l'erreur de syntaxe dans l'expression de la négation. La ponctuation a également été négligée, et ce défaut de rythme rend la lecture plus difficile. 


Je me suis d'ailleurs interrogée, durant cette lecture : ce style peu travaillé, peu soigné, était-il voulu par l'auteur? Car celle-ci est conteuse. L'auteur cherchait-elle, en écrivant cet ouvrage, à donner l'illusion que les mots étaient parlés?


Enfin, nous attaquons le morceau principal du livre : "L'Odyssée, librement contée d'après la version d'Homère".


Là encore, une réelle déception. La quatrième de couverture annonçait la couleur :"Le récit que vous allez lire a été enregistré il y a dix ans." Il s'agit donc d'un enregistrement qui a été couché sur papier. Eh bien, cela se ressent. Ce n'est pas agréable à lire, je dirais même que la lourdeur des phrases bloque l'imaginaire. Lorsque l'on écrit, on ne peut, on ne doit pas s'exprimer de la même manière qu'à l'oral ! Je crois sincèrement que l'auteur n'aurait pas dû faire ce choix d'une transcription, et aurait dû, au contraire, diffuser son livre sous forme audio ! L'entendre conter l'Odyssée aurait probablement été une belle expérience, du moins c'est ce que laissent présager les cinq pages introductives de ce livre, alors que l'auteur tente d'expliquer ses jeux de voix et l'énergie qu'elle ressent et transmet au travers du récit.

 

La transcription gâche le récit : j'ai eu l'impression de lire un mauvais résumé de l'Odyssée, à la ponctuation peu soignée et à la typographie étrange. Le récit ne chantait pas, ne résonnait pas en moi. J'encourage donc vivement Krystin Vesterälen a repenser son livre : soit, prendre le parti de le retravailler à l'écrit, pour qu'il soit agréable aux yeux et que l'esprit puisse vagabonder entre les lignes; soit, choisir de diffuser une version audio de ce récit et ainsi permettre à chacun de découvrir son talent de conteuse. 

 

En définitive, la bonne question à vous poser, avant de vous lancer dans la lecture de cette ouvrage : "Quelles sont mes attentes?".

En effet, si vous ne connaissez rien des chants Homériques, qu'Ulysse et Pénélope vous sont inconnus, alors je crois que cet ouvrage sera pour vous une belle découverte.. bien que la lourdeur des phrases, les erreurs d'orthographe, de grammaire et de syntaxe soient réellement désagréables.

Car vous découvrirez, très sommairement et facilement, l'univers d'Homère. L'ouvrage pourraît être pour vous un avant-goût d'une future lecture plus enrichissante.

A contrario, si vous avez déjà quelques notions de cette épopée, que vous avez lu dans votre passé une version de l'Odyssée - que ce soit une version "jeunesse" ou une version plus "officielle", vous risquez fort d'être déçu par cet ouvrage.


Je remercie vivement Krystin Vesterälen, http://2.bp.blogspot.com/-oKrClsOmMb4/T_1E_kOQOyI/AAAAAAAADmM/KVi6jABSLiA/s150/logo%2Bplumes%2Bd%2527ocris.jpg et http://i87.servimg.com/u/f87/12/37/52/41/i_logo10.jpg pour cette lecture, qui m'a donnée l'envie de relire une bonne traduction des aventures d'Ulysse !

Si vous souhaitez lire d'autres avis, je vous invite chez Lily ou chez Sergeléonard

 

 

 

 

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3 avril 2012 2 03 /04 /avril /2012 21:56

Le Lieutenant,

 

écrit par Kate Grenville.

 


Traduction française publiée en 2012.

 

 

 

Quatrième de couverture : http://multimedia.fnac.com/multimedia/FR/images_produits/FR/Fnac.com/ZoomPE/1/2/5/9782864248521.jpg

 

Daniel Rooke est un enfant exceptionnellement doué. Ses maîtres l’envoient étudier à l’Académie navale de Portsmouth où il se trouve embarrassé par son origine trop modeste et son intelligence trop vive. Son horizon s’élargit quand il découvre la navigation et l’astronomie. L’Astronome royal, qui a repéré en lui un esprit hors norme, l’envoie en expédition scientifique pour étudier le retour d’une comète qui ne sera visible que de l’hémisphère Sud. Il navigue donc vers la Nouvelle-Galles du Sud en compagnie de prisonniers anglais condamnés à vivre dans une colonie pénitentiaire.
Le lieutenant Rooke s’installe à l’écart du camp pour y mener ses observations. Il prend petit à petit conscience de la présence des aborigènes, qui apparaissent et disparaissent, l’observent de loin ou pénètrent dans sa cabane par curiosité. Pendant ce temps, le manque de nourriture fait monter la tension entre les nouveaux venus et les premiers occupants.

 

 

 

« La nouveauté absolue de toute chose se traduisait par une sorte d'aveuglement. C'était comme si la vue était incapable de fonctionner en l'absence de compréhension. » 

 


Fin XVIIIème – début XIX ème siècle. Rooke est un jeune garçon à l'intelligence remarquable, que l'on pourrait qualifier d' « extraordinaire ». Comme tout ce qui sort de l'ordinaire, il ne trouve pas sa place dans ce monde. Solitaire, singulier, il souffre. Il cherche une logique, une explication, un indice : pourquoi existe-t-il ? Pourquoi est-il différent ? Il cherche une logique, à seulement cinq ans. Cette obsession inconsciente, passion douloureuse, forge son caractère futur. Celui d'un homme raisonné, logique, méthodique, rigoureux, maniant les chiffres et la géométrie avec dextérité – et à l'inverse, dépourvu de qualités littéraires. Les mots : abstraits, flexibles, changeants, peu fiables. Les nombres premiers seront, dès son enfance, ses seuls véritables amis. « … il consultait un carnet sous son bureau, où il collectionnait ses nombres spéciaux, ceux qui n'étaient divisibles que par eux-mêmes et par un. Comme lui, ils étaient solitaires. »

 

Ses études à l'Académie Navale de Portsmouth se terminent brillamment, présage d'un bel avenir dans le domaine de l'astronomie. Cependant, le monde n'a pas besoin d'astronomes en grand nombre. Il faut envisager d'autres perspectives d'avenir. Il s'oriente alors vers ce que sa condition sociale peu offrir à un jeune homme de son âge : il devient soldat de la mer, un « marine ».

 

« La guerre avec les colonies des Amériques donnait au roi une soif insatiable d'hommes, jusqu'aux garçons studieux démunis de tout instinct guerrier. »

 

La guerre qu'il connaîtra sera semblable à toutes les autres. Des morts, blessés, perdants, vainqueurs. Et des hommes choqués, changés à jamais. Rooke, blessé à la tête, passera quelques mois alité avant de retourner parmi les siens. L'insuffisance de sa demi-solde l'obligera cependant, une nouvelle fois, à envisager d'autres perspectives.

 

Le destin lui sourit enfin, la chance se pose sur son épaule : l'Astronome Royal, qu'il avait rencontré une dizaine d'années plus tôt, cet homme s'est souvenu de lui, de son intelligence, et lui offre de participer à une expédition en Nouvelle-Galles du Sud. En qualité d'astronome, il aura pour charge d'étudier le retour d'une comète.

 

L'expédition dans laquelle il s'engage souhaite former une colonie pénitentiaire sur le continent australien : la Nouvelle-Galles du Sud, qui sera effectivement fondée le 26 janvier 1788.

L’Australie était alors peuplée d'Aborigènes. Le roman devient alors le récit d'une rencontre entre deux peuples.

 

Dès lors, inutile de préciser la tristesse, l'amertume que l'on ressent à la lecture de la dernière partie du roman. Lors de ma découverte du magnifique roman historique de James Welch, Comme des ombres sur la terre, de l'ouvrage de Rachel Tanner, Le Rêve du mammouth ou encore de l’œuvre de William Ospina, Le Pays de la cannelle ; c'est ce même sentiment douloureux qui m'avait envahi. La rencontre de deux civilisations, contemporaines mais si éloignées l'une de l'autre, que le choc entre les deux cultures est inévitable. Tant d'incompréhension, tant de mépris de l'autre.

 

« Comme un organe étranglé par un garrot, Rooke avait l'impression d'avoir été comprimé par toutes ces années de scolarité et de vie en mer. A présent, il pouvait enfin se dilater et combler l'espace qui lui convenait, quel qu'il fût. Dans ce lieu, avec ses pensées pour seule compagnie, il deviendrait la personne qu'il était vraiment, ni plus ni moins. Lui-même. C'était un territoire aussi inexploré que celui où il se trouvait. »

 

Rooke parvient à se faire construire un abris à l'écart du camp, en hauteur, afin de mener à bien ses recherches en astronomie.

 

« Ici, où la solitude ambiante correspondait à sa solitude intérieure, il se sentait plus léger. »

 

Le roman se divise alors en deux parties imbriquées: les espoirs et avancées scientifiques de Rooke, et la rencontre entre les Aborigènes et l'Homme blanc. Petit à petit, l'homme de sciences s'efface pour laisser place à un homme de langues : Rooke voit dans la rencontre avec les Aborigènes une occasion unique et inespérée de découvrir un langage jusque là inconnu, d'en découvrir les rouages, mais aussi une opportunité d'exposer aux autres sa valeur intellectuelle.

 

« Même quand il retenait les sons exacts, sa reproduction n'était pas parfaite. Les mots avaient une qualité étouffée ou laineuse, un marmonnement, un legato qu'il ne parvenait par à reproduire. Il les entendait, mais sa bouche n'arrivait pas à les former. »

 

La chance continue de sourire à Rooke : un petit groupe d'Aborigènes, essentiellement féminin, lui accorde sa confiance. Régulièrement, elles viennent lui rendre visite et observent son abri, ses objets, sa manière de vivre, de se comporter, de s'exprimer. Parmi elles, une jeune fille montre un esprit très vif et un désir de communiquer aussi fort que le sien. Commence alors un jeu d'apprentissage, d'échange mutuels.

 

« Les lieux défilaient devant lui en un flou anonyme. Arbre. Un autre arbre. Buisson. Autre type de buisson. Fleur blanche. Fleur jaune. Fleur rouge. Son incapacité à appeler les choses par leur nom le ramenait en enfance. Il se revit sur les galets en dessous de la tour Ronde, penché sur sa collection : un gros, un petit, un clair, un foncé. »

 

 

Merci aux Editions Métailié et à Newsbook pour la découverte de cet ouvrage !

Une interview de l'auteur : http://blogs.mediapart.fr/blog/madame-du-b/260312/interview-de-kate-grenville-auteur-de-le-lieutenant-aux-editions-metail

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1 janvier 2012 7 01 /01 /janvier /2012 13:27

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29 octobre 2010 5 29 /10 /octobre /2010 23:01

La Chorale des maîtres bouchers,

Ecrit par Louise Erdrich, publié en 2003.

 


http://www.livraddict.com/biblio/couverture/couv26481437.jpg

 

Quatrième de couverture :

 


1918. De retour du front, Fidelis Waldvogel, un jeune soldat allemand, tente sa chance en Amérique. Avec pour seul bagage une valise pleine de couteaux et de saucisses, il s'arrête à Argus, dans le Dakota du Nord où, bientôt rejoint par sa femme et son fils, il décide d'ouvrir une boucherie et de fonder une chorale, en souvenir de celle des maîtres bouchers où chantait son père.

Des années 1920 aux années 1950, entre l'Europe et l'Amérique, ce roman à la fois épique et intime retrace le destin d'une famille confrontée au tumulte du monde.

 

 

 

 

La Chorale des maîtres bouchers est le roman d’une rencontre. Une rencontre aux visages multiples, infidèle et aussi légère que le vent, semblable à la chance, tant elle voltige – acrobate virtuose – d’un personnage à un autre.

 

« Fidelis rentra chez lui à pied en douze jours de la Grande Guerre, et dormir trente-huit heures dès qu’il se fut glissé dans son lit d’enfant. Quand il s’éveilla en Allemagne, fin novembre 1918, il n’était qu’à quelques centimètres de devenir français sur la carte redessinée par Clémenceau et Wilson, un fait sans importance au regard de ce que l’on pourrait manger. » 

 

Les premières pages du roman plonge le lecteur au cœur de l’après-guerre, au côté de Fidelis, jeune soldat allemand et rescapé du fléau 14-18. Deux pages tournées, et déjà il rencontre Eva. Fiancée de son meilleur ami et victime involontaire de la Grande Guerre, Eva devient – en quelques mots prononcés - une jeune veuve au regard douloureux. Grandeur de l’amitié, amour de son prochain : un mariage succède rapidement à leur rencontre, Fidelis épousant à la fois la femme et l’enfant qu’elle porte.

 

« Il acquit la conviction qu’il devrait partir en Amérique parce qu’il vit, de ce pays-là, une tranche de pain. […] Cet homme tenait à la main quelque chose de blanc et de carré, que Fidelis prit d’abord pour une sorte d’image, mais elle était vierge. Quand il comprit que c’était du pain, modelé avec une précision qui ne pouvait être que l’œuvre de fanatiques, il se joignit au cercle des hommes pour l’examiner. […] Quand, passé de main en main, il parvint jusqu’à lui, Fidelis inspecta le pain. Il en nota la fine texture et s’interrogea sur le traitement de la levure, observa le bord bien taillé de la coupe, hocha la tête devant le brun doré étrangement uniforme de la croûte. Ce pain lui paraissait une chose impossible, un objet fabriqué venu d’un endroit qui devait obéir à un ordre incroyablement rigide. (…) »

 

1922. Chargé d’une valise remplie de saucisses fumées – une spécialité de son père, miracle gustatif -, Fidelis débarque en Amérique, tel l’espoir. Ayant investi tout ce qu’il possédait dans ce billet vers New York, seul le contenu de cette valise peut lui permettre de poursuivre son voyage. Les saucisses s’avèrent excellentes et les acheteurs reviennent, plus nombreux, permettant ainsi à Fidelis de traverser Minneapolis, le Dakota du Nord et d’arriver à Argus, petite bourgade dénuée de reliefs. Très vite, il trouve du travail dans une boucherie et loue ses services aux alentours, notamment pour abattre les bêtes. Fort du secret de son père, il se lance avec succès dans la confection des saucisses fumées. La clientèle augmente, tandis qu’il économise le moindre centime pour payer le voyage jusqu’à Argus à son épouse et son fils, qui le rejoindront au printemps – bouffées d’amour sur le quai d’une gare.

 

Autre ville, autre vie. La plume de Louise Erdrich dessine rapidement un autre univers et pénètre le lecteur dans la sphère embuée de Delphine, orpheline de sa mère peu après sa naissance, élevée par un père alcoolique, comédienne sans théâtre ni troupe et – accessoirement – partenaire d’un équilibriste homosexuel pour lequel elle nourrit quelques sentiments.

 

« Les chaises tenaient toujours en équilibre au-dessus d’eux. Ils se regardaient dans les yeux, ce que Delphine commença par trouver fascinant. Mais que voit-on réellement dans les yeux d’un homme en appui renversé, avec six chaises en équilibre sur ses pieds ? On voit qu’il craint de les laisser tomber. »

 

1934, année de misère. Oublier ses malheurs n’a cependant pas de prix, et le duo Delphine-Cyprien amasse une jolie somme d’argent, fruit de leurs spectacles. Toutefois, en dépit de leur succès, Delphine souhaite rentrer dans sa ville natale – Argus - pour y retrouver son père Roy.

 

« Il y avait des stations-service, les pompes à essence fixées devant de petites boutiques branlantes, ici et là une touffe de maisons, un peuplier foudroyé. Et toujours l’accueillante monotonie, le ciel patient, sans pluie, et gris comme une toile goudronnée. »

 

Le paysage défile, Delphine et Cyprian roulent vers le sud. Leur voiture s’engage à l’entrée du village, où se situe la boucherie Waldvogel – Delphine rencontre alors Eva. Une rencontre visuelle, charmante, à l’insu d’Eva qui court joyeusement aux côtés de son fils. La voiture progresse dans le village, s’arrête devant une petite ferme délabrée où Roy accueille sa fille – tout en larmes et en alcool. S’ensuit un nettoyage gargantuesque de la demeure souillée, encrassée et moisie, menant à la découverte de cadavres en putréfaction dans la cave.

 

« En entrant dans la cuisine d’Eva, quelque chose de profond arriva à Delphine. Elle ressentit une fabuleuse expansion de son être. Prise de vertige, elle eut l’impression d’une chute en vrille et puis d’un silence, à la façon d’un oiseau qui se pose. »

 

Si le retour de Delphine fut marqué par cette trouvaille macabre, il fut également l’occasion de retrouvailles et de joies toutes humaines. Sa première rencontre spirituelle avec Eva reste cependant l’élément essentiel – et décisif - de son installation à Argus. Souhaitant acheter du lard, Delphine se rend à la boucherie Waldvoguel et engage ainsi la conversation avec Eva, qui sert pendant que son mari est à l’ouvrage. Rien d’original au travers de cet échange, mais une grande gentillesse se dégage d’Eva – qui invite naturellement Delphine dans sa cuisine, lui offre café et petit pain à la cannelle, aux raisins, sucre & beurre et lui transmet l’une de ses recettes.

 

« La rencontre avec Eva l’avait plongé dans un état rêveur – c’était presque comme d’être amoureuse mais en même temps très différent. Qu’Eva l’ait remarquée, et même emmenée à la cuisine, qu’Eva ait donné toutes les preuves qu’elle voulait la connaître, c’était là un plaisir bien trop inattendu. »

 

Cette rencontre ordinaire entre une commerçante et une cliente, cette rencontre courante et presque insignifiante pour le lecteur, possède un caractère exceptionnel pour Delphine. La force, le caractère puissant d’Eva l’attire – et plus d’une fois je me suis questionnée sur les sentiments réels de Delphine envers son amie. L’opportunité de travailler à la boucherie se présente à Delphine, une chance dont elle rêvait- elle accepte avec enthousiasme. Les tâches se succèdent alors, nombreuses tout comme les clients, dont une tante revêche et une excentrique qui mettent à l’épreuve Delphine.

 

« Elle roulait si vite que les gouttes lui piquaient le côté du visage tels de petits plombs. La violence des gouttes la tenait éveillée. Elle savait que de temps à autre, dans son dos, Eva émettait des sons. Peut-être la morphine, tout en calmant sa douleur, relâchait-elle son contrôle sur elle-même, car dans le crépitement humide du vent Delphine entendit un gémissement aigu et glacé qui pouvait émaner d’Eva. Un hurlement semblable à un crissement de pneus. Un grondement donnant à penser que sa douleur était un animal qu’elle terrassait. »

 

Le printemps, l’été. Une vague de chaleur s’abat sur Argus et terrasse ses habitants. Delphine et Eva s’active dans les locaux de la boucherie pour garder la viande fraîche, chaque minute devient un combat douloureux contre le soleil de plomb.

Eva s’évanouit – simplement, discrètement. Une tumeur pèse sur ses organes vitaux, il faut l’opérer d’urgence. Pendant des jours, des semaines, durant un laps de temps infini Delphine prend soin d’Eva – condamnée malgré les multiples traitements subis - et de ses fils, s’acquitte des tâches ménagères et fait fonctionner la boucherie. Durant des mois, Delphine aide Eva à mourir.

 

Le quotidien s’installe ensuite. Chargé de soucis – les enfants, le vide qu’a laissé Eva derrière elle, la boucherie, les clients, Roy et Cyprian – mais paisible, et parfois heureux. Le temps s’écoule alors que les pages se tournent, la plume de Louise Erdrich nous porte à travers les années et les enfants grandissent, tout comme leurs mésaventures – les adultes vieillissent, également. La seconde guerre mondiale se fait pressentir. Les garçons – devenus des jeunes hommes – s’engagent avec fierté, sous le regard douloureux de leur père. La famille – unie jusqu’alors – se fragmente, sous le poids des idées et des convictions. Les Waldvoguel connaissent alors d’autres chagrins, d’autres épreuves. L’auteure possède cependant l’immense qualité de savoir bouleverser la vie des personnages en collant à la réalité ; et tout comme le ciel n’est jamais tout à fait dégagé ni tout à fait sombre, le destin de Delphine et de sa famille vogue de bonheurs en déceptions, de découvertes en chagrins.


Magnifiquement humain, le roman ébranle les forces et les faiblesses des êtres. Les souffrances, tourments, satisfactions, joies, plaisirs et déplaisirs s’élèvent dans les airs, portés par le chant de Fidelis. Les voix des hommes s’élèvent alors, écho de cette puissance, cantilène des anges.


 « Markus respirait à peine. Fit signe à Schatzie de s’asseoir derrière lui. Dissimulé dans l’ombre, sur le seuil, juste à la lisière du puits de paisible et rayonnante clarté, il jeta un coup d’œil dans la pièce et fut apaisé par ce qu’il vit. Il y avait son père, qui était à genoux auprès du lit de sa mère et lui tenait un pied. Ce pied était mince, d’un blanc de cire, et brillait presque dans la lumière fraîche de la lampe. Fidelis appuyait son front à l’endroit où le pied, en une courbe, rejoignait la cheville. Le dos de son père s’agitait, et après un moment de stupéfaction, Markus comprit que son père pleurait d’une façon atroce et silencieuse, une façon d’autant plus effrayante qu’elle était dénuée de sanglots et de larmes. Il n’avait encore jamais, vraiment jamais, vu son père pleurer. Le plus bouleversant c’était que le mouvement des épaules de son père ressemblait tant aux mouvements d’un rire convulsif. Puis Markus pensa que c’était peut-être un rire. Peut-être que sa mère, qui savait se montrer très drôle, venait de raconter une blague à son père. Mais le visage de celle-ci était calme. Markus l’entendait respirer, car ses respirations étaient de profonds et bruyants soupirs. Il observa un peu plus longtemps, mais alors Fidelis releva la tête et parut le regarder dans le blanc des yeux. Un frisson de peur parcourut Markus. Il s’immobilisa. Mais son père fixait sans le voir le mur peuplé d’ombres et ne l’aperçut pas.

Son père, toujours à genoux, se redressa avec lenteur puis borda tendrement la couverture autour des pieds d’Eva. Quand ce fut fait, Markus voulut s’en aller, de peur d’être découvert, mais il était toujours incapable de bouger. Les yeux de sa mère s’étaient ouverts et elle plongeait son regard dans les yeux de Fidelis, puis elle lui sourit. C’était un sourire magnifique, serein et plein de joie, un tressaillement de douceur sur son visage, que Markus n’oublierait jamais. Fidelis s’assit sur la chaise coincée à côté du lit étroit, et prit la main d’Eva. Sans qu’elle le lui demande, il se mit à lui chanter sa chanson préférée, une chanson que Markus connaissait, celle des sirènes dans la rivière en Allemagne. La voix de Fidelis était chaude et pure. Markus ferma les yeux. La voix de son père lui évoqua un goût de caramel brun et moelleux. Avec la chanson de son père pour le couvrir, Markus fila dans sa chambre. »

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10 octobre 2010 7 10 /10 /octobre /2010 15:46

Fruits & légumes,

Ecrit par Anthony Palou, publié en août 2010.

 

 

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Quatrième de couverture :

 


Entre dérision et nostalgie, cette chronique sociale et familiale est avant tout la radiographie d’une époque. Celle des années 70, période d’insouciance qu’Anthony Palou évoque à travers l’essor et le déclin d’une "dynastie fruitière", qui a fui l’Espagne franquiste pour faire fortune en France avec sa soupe catalane.
Sur un ton à la fois drôle et lucide, l’auteur de Camille, prix Décembre, exprime avec tendresse la pudeur des déclassés, la fin des illusions et l’apprentissage de la mélancolie.

 

 


      "Les souvenirs ont toujours quelque chose de complaisant et de répugnant : comme si on léchait de la poussière."

 

Imaginez. Vous prenez le train, seul(e). Un long trajet s’offre à vous, cadeau obligé vers un ailleurs lointain. Soupirs. Un livre est posé sur vos genoux ; sa couverture, clin d’œil invisible, vous invite à tourner les pages. Le paysage défile sur votre droite en folles taches de couleurs, aquarelle floutée. Des murmures chassent vos pensées, un homme investit l’espace ; il cherche à s’asseoir et bouscule les idées, le frottement de ses bagages irrite le silence. Dans le chaos des esprits, il s’installe à votre gauche. Sourcils froncés, fâché(e) de ce désordre, vos yeux s’attardent délibérément sur les ombres mouchetées des grands chênes.

 

 Il parle. L’inconnu vous parle.

 

Alors que vous lui adressez un regard irrité, son sourire bienveillant vous défie. Les mots jaillissent en cascade de sa bouche, océan de douceur qui vous immerge dans les profondeurs de son existence. L’Espagne, la France. Le parfum subtil des oranges s’immisce dans vos pensées.

 

« Mon Espagne fut celle de Franco. Celle de la terre battue, des ânes, des Vespa, des tricycles à moteur transportant citrons, mandarines, des Seat 500 et 600, des carrioles, des types au teint verdâtre écartant le rideau de perles d’un bistrot vide. Mon Espagne empestait la pompe funèbre, l’urine et le flamenco, danse la plus sinistre qui soit avec le tango et la gavotte. Odeur de ces vieux cigares qui sentaient la concession à perpétuité. Des ombres de femmes longeaient les murs. Des hommes à la moustache et aux yeux noirs attendaient toute la journée sur des chaises. Quoi ? L’Espagne était une salle d’attente. Elle attendait mollement la mort du Caudillo. »

 

Peintre littéraire, il crayonne une fresque historique singulière et façonne votre imagination. Souvenirs d’enfance, bribes d’un passé heureux, vestiges d’une époque : le flot de ses paroles vous transporte dans le passé. Espagne franciste, petite bourgeoisie des années 60. Se laissant emporter par le sentiment de nostalgie qui le submerge, il ferme les yeux et raconte(…).


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« Devant les halles, sous un coin de toiture, entre un faux aveugle accordéoniste et un volailler sale comme un peigne, il installa deux planches et un tréteau. Le spectacle pouvait commencer.

Les cageots étaient soigneusement rangés les uns contre les autres et les légumes artistiquement placés façon impressionniste. Le rouge des tomates tout humide de rosée faisait ressortir le corail des poivrons. Le jaune paille des oignons associé au vert des concombres, au pédoncule des aubergines, vision pastorale d’un sentier automnal. L’orange coriace des carottes en bottes côtoyait le mauve violacé des betteraves cuites et le noir terreux des radis à peine sortis de terre. Fabuleux architecte, grand-père peignait des natures mortes. »


 Négligeant la chronologie, il entremêle les souvenirs et les années. Ne souhaitant pas entrer dans les détails familiaux, détails trop personnels sans doute, il va à l’essentiel.

 

« Lorsque mon père monta, lui aussi, sa petite entreprise de fruits et légumes, au milieu des années 1960, son échoppe se situait à une vingtaine de mètre de celle d’Antonio. C’était vraiment le bon temps, la  grande époque. Autour des halles, poumons d’une ville, il y avait Quimper. Une dynastie Coll s’installait pour une trentaine d’années. »

 

Moments de bonheur, déceptions amères : il se livre sans fioriture et de quelques coups de crayons précis, dresse le portrait réaliste d’une époque révolue.

 

« Puerto de Soller. Rassemblant mes esprits, je revois tout de même cette scène d’une manière impeccable et froide, d’une manière si nette et si précise qu’elle me glace encore les sangs. […] La tête défaite de ma mère lui fit penser à un quelconque décès familial. Il n’avait pas tort : il s’agissait du sien. Il reçut la nouvelle comme on reçoit une météorite sur le crâne. Le désespoir soudain le visitait. »

 

Audacieux, l’inconnu parvient- en une soixantaine de minutes, si peu – à transmettre ses souvenirs, à offrir quelques images du passé. Espiègle, il relève subtilement ses propos d’une critique acide sur l’évolution des commerces. Ce commerce de fruits et légumes, idée ingénieuse de son grand-père – créateur de valeurs, source de leur ascension sociale -, qui, d’une étincelle incendiaire, engendra également le déclin de toute la famille.

 

« […] C’est ainsi que mon papy devint naturellement une sorte de légende locale, un héros exotique. Il  n’avait, outre sa soupe, qu’une seule chose à vendre : des oranges, c’est-à-dire ce que les professionnels appelèrent plus tard : la Vitamine C. Voix de papy quelques jours avant sa mort d’un cancer de la prostate en septembre 1992 : « Ecoute moi, petit : la vitamine C en tube a tué et tuera notre petit commerce d’agrumes. Tu ne peux pas rivaliser avec un tube. Deviens pharmacien ! Moi, ce qui me tue à petit feu, là, c’est la prostate. Vois-tu, méfie-toi de ta prostate, nom de Dieu, elle ne rigole pas, non elle ne plaisante pas, la prostate. Saloperie. Méfie-toi, l’ennemi est aussi à l’intérieur de toi. »

 

Alors que le train entre en gare, l’inconnu lève les yeux vers vous. Mélancolique. Il entend encore la voix mélodieuse de son grand-père, tandis que l’image des huissiers de justice et de son père, le regard vide, se bousculent dans sa tête. Sur le point de partir, il se retourne, vous serre la main : « Anthony Palou ». Et disparaît.

 

« Soudain, j’entendais la voix de mon grand-père. Elle chantait, elle claquait comme des castagnettes, plus on se rapprochait, plus j’étais heureux d’avoir du sang espagnol. Je regardais Barcelone, je la regardais comme on regarde une vieille photo de famille sur laquelle tout est familier, rien n’a changé. »

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Je remercie chaleureusement les éditions http://media.cadeaux.com/images/operations-speciales/diamant13/logo-albin-michel.gifainsi que http://a34.idata.over-blog.com/500x115/2/77/77/84/Images-diverses/Blog-o-book.jpg, grâce auxquels j'ai dégusté avec plaisir cet ouvrage de la rentrée littéraire 2010.


 

~~~ Pour aller plus loin ~~~


Je vous invite à lire une petite interview d'Anthony Palou ici;   à accompagner - pour le plaisir - de cette vidéo :


Un petit tour sur France Culture également : Alain Veinstein reçoit Anthony Palou

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21 août 2010 6 21 /08 /août /2010 21:56

Comme des ombres sur la terre,

Ecrit par James Welch en 1986, sous le titre original Fools Crow.


Publié pour la première fois en français en 1994, traduction de M. Lederer.



http://www.albin-michel.fr/images/couv/1/3/0/9782226215031g.jpgQuatrième de couverture :


1870, nord-ouest du Montana. Les Indiens Pieds-Noirs ont installé leur campement sur les bords de la Two Medicine River. Au cours d’une expédition contre les Crows, leurs ennemis légendaires, les jeunes de la tribu vont devoir prouver leur bravoure. Et l’un d’eux gagner son nom et sa place parmi les siens.

 Mais jour après jour, une menace se précise, les hommes blancs sont de plus en plus nombreux, de plus en plus pressants… une question se pose alors : se soumettre ou résister ?

Considéré comme un classique de la littérature américaine, le chef-d’œuvre de James Welch évoque avec une rare force poétique un monde ancien qui assiste sans le savoir encore à son crépuscule.

 

 

 

« L’oiseau se pencha et se mit à chanter d’une voix qui avait l’air de ne pas lui appartenir. Les notes s’élevaient, aussi douces et claires que celle du poitrine-jaune, et pourtant elles ne faisaient aucun bruit dans la pièce. Les paroles pénétrèrent dans l’oreille de l’homme qui cessa de ronfler … »

 

Comme des ombres sur la terre est le premier roman historique de James Welch. Peintre littéraire, ce romancier né en 1940 dans la réserve indienne Blackfeet de Browning - dans le Montana - a réalisé un chef-d’œuvre d’une triste beauté, imprégné de rêves et de traditions indiennes, bouleversant d’humanité.

 

Les premiers chapitres de ce roman m’ont déconcertée. J’attendais de la poésie, une description un rien lyrique, une nature transpirant au travers des mots et des individus encore innocents, préservés de leur ambition et de leur intelligence destructrice. Je trouvai, au bout de quelques phrases seulement, l’évocation de l’arme à feu : mousquet, « plusieurs-coups », balles, poudre. Quelques phrases seulement, et déjà la tristesse s’emparait de moi : impitoyable, James Welch ne laisse pas le lecteur rêver, ni espérer. Implacable, il le jette en 1870 sur le continent américain, dans le nord-ouest du Montana, pour assister au massacre d’un peuple à la sagesse infinie.

 

« Plume Folle poursuivit après une seconde de silence : « Un jour, les chefs blancs sont arrivés dans notre village pour nous apprendre un nouveau tour. Cela se passait pendant la lune-de-l’herbe-nouvelle. Ils ont gratté le sein de notre Mère la Terre et ont enterré des graines et des morceaux de chair de plantes sous sa peau. Nombre d’entre nous étaient surpris, mais Petit Chien nous a expliqué que c’était un bon tour et que bientôt de bonnes choses à manger allaient pousser. Les chefs blancs voulaient que nous quittions la piste des bisons pour faire pousser ces bonnes choses et nous en nourrir. Petit Chien et quelques-uns d’entre nous avons été nous installer dans le village sur la Rivière de la Pile-de-rochers et avons tenté de vivre comme les Napikwans. On a cultivé ces bonnes choses et même rassemblé des troupeaux de cornes-blanches. Mais les plantes mettaient longtemps à pousser, et donnaient une maigre pitance. Les cornes-blanches étaient filandreuses et n’avaient pas le goût de la viande-vraie. Après un hiver où nous avons eu faim tout le temps, nous sommes revenus chasser les cornes-noires. Petit-Chien lui-même n’a pas tardé à nous rejoindre. »

Le vieil homme engloba d’un geste le paysage et reprit : « Pourquoi cultiver ces plantes squelettiques quand les racines et les baies abondent autour de nous ? Nous pension que les Napikwans nous laisseraient en paix, car nous avions essayé leur voie et elle ne nous convenait pas. Pourtant, ils insistaient pour que nous renoncions aux cornes-noires et plantions leurs graines. (...) »

 

En ouvrant ce roman, le lecteur devient spectateur d’une période charnière de l’histoire ; mais quand les pages se tournent, il en devient presque acteur. La plume de James Welch possède une force prodigieuse. La poésie ne transperce pas ses mots, son écriture n’est pas originale, et pourtant le lecteur est envahi par la culture de ce peuple. Des textes qui collent à la réalité, un rythme lent mais authentique, et une nature vivant au travers des Hommes ; par une prouesse littéraire, James Welch fait revivre ses ancêtres disparus.

 http://upload.wikimedia.org/wikipedia/commons/thumb/2/2e/Three_chiefs_Piegan_p.39_horizontal.png/800px-Three_chiefs_Piegan_p.39_horizontal.png

 

La profusion de termes nominatifs dès les premières lignes demande un temps d’adaptation de quelques chapitres : les Indiens se prénommaient selon les événements ou selon ce que la Nature offrait, et ces prénoms pouvaient changer si un événement notable – tel un acte de courage – survenait. Les termes désignant les éléments de la Nature – les astres, les plantes, les animaux, les fleuves, les bois, les rochers, etc. – étaient également empreints d’une signification profonde. Cela peut paraître déroutant lors de la lecture, pourtant nous nommons également les choses : la Loire, la Mer Méditerranée, le Soleil. La différence est plutôt dans la longueur de ces noms : ce peuple n’avait pas le souci de rendre les choses pratiques, mais plutôt de les rendre véritables et respectueuses de la nature des êtres ou des éléments. Les Indiens ne recherchaient pas la beauté de leurs prénoms, mais plutôt un reflet de leur nature profonde ; tel un livre ouvert, un prénom pouvait raconter toute une vie.

 

« Chien de l’Homme Blanc suivit des yeux l’Epine Dorsale du Monde qui barrait l’horizon du sud au nord et son regard s’arrêta sur Montagne Sacrée , laquelle se dressait un peu à l’écart des autres, moins haute mais trapue, et dont la face carrée de granit constituait un point de repère pour tous les passants, et en particulier pour les Pikunis, les Kainahs et les Siksikas, les trois tribus des Pieds Noirs, car à son sommet se trouvait encore les oreillers de crânes de cornes-noires disposés près des grands guerriers. Et sur ces crânes, dans le lointain passé, Tête d’Aigle et Poitrine de Fer avait eu leurs visions, et les animaux gardiens leur avaient donné la force de l’esprit et la fortune des armes. »

 

Certains lecteurs évoqueront le surnaturel et d’autres la magie pour qualifier le lien qui unissait, il y a près de 150 ans, les hommes à la Nature tout entière. Cette communion des êtres vivants, je l’attribue pour ma part à la magie de la Vie. Les indiens ne désiraient pas contrôler la Nature, ils l’honoraient ; chaque être vivant était respecté, des offrandes et des privations offertes en remerciements. Les Hommes tiraient leur force et leur courage d’un animal avec lequel ils formaient une parfaite union, suite heureuse d’un rêve longuement réfléchis, compris et accompli.

 

« Grand Soleil ! Nous sommes ton peuple et nous vivons parmi tout ton peuple de la terre. Je t’adresse une prière pour que tu nous donnes l’abondance en été et la santé en hiver. Beaucoup d’entre nous sont malades et beaucoup sont pauvres. Nous t’honorons comme Poia l’a enseigné à notre peuple du lointain passé. Accorde-nous de célébrer la cérémonie selon les règles. Notre Mère la Terre, nous te prions d’arroser les plaines pour que l’herbe, les baies et les racines puissent pousser. Nous te prions de rendre les quatre-jambes abondants sur ton sein. Etoile du Matin, sois miséricordieux envers notre peuple comme tu l’as été envers celui qu’on appelait le Balafré. Donne-nous la paix et permets-nous de vivre en paix. Chef Soleil, bénis nos enfants et accorde-leur une longue vie. Puissions-nous marcher droit et traiter les créatures, nos semblables, avec générosité. Nous demandons tout cela le cœur pur. »

 

Liés entre eux, les éléments de la Nature communiquaient durant leur sommeil ; les réponses étaient révélées, des solutions offertes. Un rêve donc, et c’est la destiné d’une tribu entière qui pouvait basculer. Cependant rien n’était acquis, et la sagesse du rêveur était éprouvée : offrandes, don de soi, périodes de jeûn et longs périples solitaires étaient le quotidien de ces hommes et de ces femmes qui obtenaient, au terme de leur quête, un bonheur mérité.


Un roman, mais ni héros, ni personnage principal ; seulement un guide pour accompagner le lecteur dans cette découverte d’une civilisation qui vit ses dernières heures. Chien de l’Homme Blanc est un jeune indien, appartenant à la tribu des Pikunis. Au fil des pages, il grandit, devient un Homme, et comme tous les siens devra se confronter aux exigences grandissantes d’un siècle qui se termine.

 

« Son mari. Une nouvelle fois, Peinture Rouge s’étonna d’être mariée et gardienne de son propre tipi ; et plus encore, il lui semblait incroyable qu’elle pût aimer Chien de l’Homme Blanc. Quand il partait pour la chasse, elle guettait son retour avec impatience. Et dès qu’il était revenu, elle adressait en silence des prières de remerciements et préparait des repas si copieux qu’il se plaignait de grossir. Il leur arrivait de temps en temps de dormir à la belle étoile loin du camp, nus dans leurs couvertures. Ils se racontaient alors des histoires de fantômes jusqu’à s’effrayer mutuellement, puis ils faisaient l’amour comme si la nuit se servait qu’à cela. Ensuite, elle lui racontait d’autres histoires et provoquait son hilarité par ses inventions extravagantes. Cependant, la façon dont il la serrait dans ses bras en dormant lui procurait un sentiment d’effroi – car elle se rendait compte que jamais elle ne pourrait vivre sans lui, sans leur amour. »

 

Ainsi emporté par la plume merveilleuse de James Welch, le lecteur vogue sur le fleuve tranquille et joueur qui traverse la vie des Pikunis ; bercé par des rêves qui le touchent au plus profond de son être, il découvre ce peuple ancien et aspire à leur sagesse. Brusquement, une rivière se jette dans le fleuve, bouleverse les mots et renverse les paysages. Sa traversée tout juste commencée, piégé entre deux eaux, le lecteur comprend alors qu’il est trop tard : l’homme blanc afflue de partout.

 

« -Mais comment pourrions-nous nous battre ? s’exclama Tête d’Ours avec fougue, comme si un feu intérieur couvait en lui. Tu vois ce qu’ils nous font. Ils sont trop nombreux et leurs armes sont plus puissantes que les nôtres. Il est mort davantage de Pikunis en un seul jour que depuis tous les jours qui ont suivi ma naissance. Ils tuent nos femmes et nos enfants. Ils tuent nos anciens. »

 

Des guerriers respectés découvrent des armes nouvelles et contre lesquelles ils sont impuissants. Leur sagesse, leur courage, leurs expériences ne comptent plus. Seule leur richesse peut désormais assurer leur survie; mais les plus belles peaux échangées n’apportent que quelques armes, moins puissantes que celles de l’envahisseur. Comprenant que leurs terres sont perdues, les indiens proposent la paix à l’homme blanc ; pour permettre à leurs enfants de vivre, ces hommes offrent leurs terres, leurs peaux, leurs chevaux. James Welch décrit l’homme blanc tels que le percevaient ses ancêtres, et l’innocence de ce peuple massacré ajoute à ce texte poignant une douleur qui perce le cœur et envahit l’esprit.

 

« ‘A tout instant les pilleurs peuvent pénétrer dans nos villages et nous anéantir. On dit que déjà quantité de tribus à l’est ont été exterminées. Ces Napikwans sont différents de nous. Ils ne s’arrêteront pas avant d’avoir tué tous les Pikunis.’  Chevauche-à-la-porte s’interrompit et regarda ses fils droit dans les yeux avant de poursuive : ‘ C’est pour cette raison que nous devons les laisser en paix, et même leur céder une partie de nos territoires de chasse pour qu’ils y élèvent leurs cornes-blanches. Si nous traitons sagement avec eux, nous pourrons en conserver assez pour nous et pour nos enfants. Ce n’est pas une solution agréable, mais c’est la seule.’ »

 

Un traité de paix est signé, puis deux. Ils s’accumulent et l’homme blanc acquiert toujours plus de terres, ne se préoccupant pas de respecter les accords signés. Les cornes-noires, piliers de la vie chez les indiens, sont chassés des grandes plaines. Très vite, les indiens s’en trouvent affaiblis, et à cette guerre perdue d’avance s’ajoute le fléau de la maladie : la vérole décime les tribus indiennes. Les survivants sont peu nombreux et la nourriture nécessaire, mais quand les hommes partent chasser, ils ne trouvent que la désolation sur leurs terres.

 

http://www.iyeska-et-son-univers-amerindien.com/washita003.jpg« Ils atteignirent bientôt la bordure du campement. Les masses noires étaient celles de tipis incendiés. Un chien gisait dans la neige. Il avait le poil brûlé et sa langue noire tranchait sur la blancheur de ses crocs. Le jeune homme aperçut quelque chose au milieu d’une plaque de neige noircie et à demi fondue. Il pressa son cheval. Son cœur se souleva devant le spectacle qui s’offrit à lui. C’était le cadavre d’un enfant sur le crâne calciné duquel il ne restait plus de cheveux. Des cendres noires s’étaient posées sur ses yeux grands ouverts. Trompe-le-Corbeau tomba de cheval et vomit la poignée de pemmican qu’il avait avalée dans la matinée. A quatre pattes, le corps secoué de convulsions, un filet de salive au coin des lèvres, il s’efforça de respirer à fond jusqu’à ce que cessent les nausées. Il s’essuya les yeux et la bouche, puis se redressa. Il vit alors les autres cadavres. La plupart avait été jetés dans les tipis en feu, mais tous n’étaient pas carbonisés comme celui de l’enfant. Des lambeaux de vêtements collaient encore sur les corps, et certains conservaient un peu de peau ou de cheveux. On voyait çà et là des yeux, des dents, des os, des bras et des jambes. »

 

S’achève sur ces tristes mots Comme des ombres sur la terre. La suite, se lit au travers du rêve américain. Yes, they could. Yes, they killed.

 

« « Tu peux faire beaucoup pour ton peuple », di Femme Plume.

Le regard du Pikuni se porta vers la rivière. Son coureur-de-bisons noir, sellé et bridé, attendait patiemment, les yeux fixés quelque part loin en aval.

« Tu peux les préparer pour les temps à venir. S’ils font la paix en eux-mêmes, ils auront une belle vie dans les Collines de Sable. Là, ils pourront continuer à vivre comme ils ont toujours vécu. Rien ne changera.

-Je ne crains pas pour mon peuple. Comme tu le dis, nous irons dans un endroit meilleur, loin des Napikwans, de la maladie et de la faim. Mais j’ai du chargin pour nos enfants et les enfants de nos enfants qui ne connaîtront pas la vie que leur peuple a connue. Je les vois sur la peau jaune, et ils sont habillés comme les Napikwans. Ils regardent les Napikwans et apprennent beaucoup d’eux, mais ils ne sont pas heureux. Ils ont perdu leur voie.

-Ils perdront beaucoup de choses, admit Femme Plume. Mais ils n’oublieront pas la voie du passé. Les histoires se transmettront, et ils comprendront que leur peuple était fier et vivait en accord avec Ceux du Dessous, avec le Peuple sous l’Eau – et avec Ceux du Dessus. » »


http://chezdanielle.c.h.pic.centerblog.net/fv1lv4tq.jpg

 

Je remercie chaleureusement les éditions http://media.cadeaux.com/images/operations-speciales/diamant13/logo-albin-michel.gifainsi que http://a34.idata.over-blog.com/500x115/2/77/77/84/Images-diverses/Blog-o-book.jpg, qui m'ont permis de découvrir ce chef d'oeuvre de la littérature amérindienne.

 

 

~~~ Pour aller plus loin ~~~


 

Promenez votre regard sur différents articles concernant James Welch, ici. Si vous désirez connaître les autres ouvrages de ce grand écrivain, cette page devrait vous renseigner :).


Je vous invite également à consulter la collection Terres d'Amérique, chez Albin Michel. Une collection riche et culturellement très intéressante : découvrez ! Albin Michel propose également la collection Terre Indienne, que vous trouverez ici.


Enfin, si vous souhaitez en savoir plus sur ce peuple disparu, je vous propose deux sites très complets - deux, parmi tant d'autres. Un clic ici, un autre clic par là.

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7 août 2010 6 07 /08 /août /2010 13:55

Winter,

écrit par Rick Bass.


Publié en 1991 ; 1998 pour la traduction française.

 

 

http://plaisirsacultiver.unblog.fr/files/2010/06/winter.gif

 

 

 

 

Quatrième de couverture :


Winter est le récit de l'installation de Rick Bass et de sa femme dans un coin reculé du Montana en plein hiver. Pas d'électricité, pas de téléphone, juste un saloon à une demi-heure de route. Mais une vallée comme au début du monde, une nature splendide et cruelle. Par moins trente-neuf degrés, le rêve se fait parfois souffrance. Dans une prose lumineuse, le défenseur de l'environnement Rick Bass redécouvre, au terme d'un progressif dépouillement, l'essentiel.

 


 

 

 

      « La nuit, les coyotes hurlent, et à travers toute la vallée, les chiens de traîneau, les huskies de l’Alaska, leur répondent ; ils se lèvent et aboient jusqu’à ce que toutes les montagnes retentissent des glapissements sortis de notre cluse ; on croirait entendre Dieu sait quel village de damnés… »


 

Lire Winter, c’est découvrir la pureté d’un lieu encore sauvage, encore indompté par l’Homme. Un retour aux sources autant qu’une mise à l’épreuve, le rêve d’une Nature généreuse et vivante, dont la beauté réveille des sentiments enfouis en nous depuis trop longtemps. Un espace comme un paradis perdu regorgeant de faunes et de flores diverses et merveilleuses, de cascades éclaboussantes, de prairies enneigées et d’arbres géants aux troncs noueux, parfois pliés sous le poids de leur sagesse.

« C’est parfois tout à fait merveilleux de découvrir qu’on était dans l’erreur, qu’on est ignorant, qu’on ne sait rien, peau de balle. Comme ça, on peut recommencer. C’est comme la première neige qui tombe chaque année. Elle ne fait aucun bruit, mais c’est la force la plus puissante que l’on connaisse. Plus tard dans l’hiver, les arbres crépiteront, éclateront, se fendront en deux. Les choses s’ouvrent, on apprend. On apprend comment c’est en réalité. »

Si les difficultés d’emménager dans un endroit reculé de la société sont nombreuses, Rick Bass les rend insignifiantes – seule compte cette chance, unique et fabuleuse, qu’ont su saisir l’auteur et sa fiancée de vivre dans un coin reculé du Montana,  encore ignoré du monde. Loin d’être le reflet fidèle de leurs journées, Winter est le journal de leur découverte progressive de l’Hiver. Journal d’initiation à la nature dans ce qu’elle a encore de plus beau et de plus sauvage à nous offrir, ces pages sont également douloureuses pour le lecteur contemporain qui ne peut que constater, accablé, les tristes changements apportés par l’Homme à une Nature qui était pourtant merveilleuse.

« On était au début de septembre et je me dirigeais, littéralement, vers la dernière route des Etats-Unis, une piste en gravier et terre battue, parallèle à la frontière canadienne, là haut dans les monts Purcell, au fin fond du Montana. C’était comme de partir au combat, ou de tomber amoureux, ou d’émerger d’un rêve délicieux, ou d’y sombrer : comme de marcher dans de l’eau froide par un jour d’automne. Des feuilles tombaient en tournoyant sur ces routes noires, les traversaient poussées par le vent. Quelquefois, après m’être arrêté pour piquer un bref roupillon, assoupi sur la grande banquette, les chiens pelotonnés par terre à mes pieds, je me réveillais, et les feuilles couleur d’automne, collées sur le capot jaune et le pare-brise de la camionnette, le recouvraient entièrement ; et moi, je frissonnais presque. »

http://www.labarule.com/IMG/jpg/X-X-X_Sabot_de_Venus_Franck_2.jpg

 

 

 

 

 

« Des sabots de Vénus fleurissent tout le long du chemin, et l’on sait qu’on approche de la chute d’eau quand l’air prend cette consistance négative, comprimée, plus lourde que la pesanteur – la forêt entière vibre ; presque aussitôt on l’entend. »

 

 

 

 

 

 

L’écriture de l’auteur ne se veut ni romanesque, ni séduisante, elle n’en est cependant  que plus efficace. Les pages se tournent, et je m’éprends du bois. Ce bois que le narrateur décrit presque avec amour, toujours avec respect. Ce bois, source de vie et de chaleur, œuvre remarquable d’une Nature ingénieuse.

« Des flaques de soleil sur le foin, sur les herbes sèchent de la fin de saison ; des bûches de bois vert pétaradent et cognent contre les parois du vieux poêle en fonte de la serre où j’écris. Je songe au plaisir que je prends à me procurer du bois. Je n’arrête pas de geindre à ce sujet, et certains matins, après avoir travaillé trop dur, après être allé au-delà de mes possibilités, de mes capacités, après m’être consumé à la tâche, je n’arrive pas à me lever – et pourtant je prends vraiment, vraiment beaucoup de plaisir à le faire : soulever les énormes billots, les charger dans la voiture, les rapporter à la maison, les fendre, les ranger, voir le tas monter de plus en plus haut, la forteresse, notre protection contre le grand froid, la monnaie du Grand Nord, qui jonche déjà les forêts, qui attend que je vienne la ramasser, qui ne coûte rien, il n’y a qu’à se baisser pour le prendre. »

http://www.chassegaspesie.ca/images/orignal_top.jpg

 

 

 

 

« On aurait pu nicher un service à thé sur le vaste berceau de ses bois sans qu’il en renverse une goutte, tant son allure était facile et unie. »

 

 

 

 

Entre remises en question écologiques et dangers de la mécanique, la prose de l’auteur s’attarde sur des anecdotes, contes de l’hiver ou simples récits d’une journée de labeur.

« Hier soir, il faisait froid dans la maison. Nous nous sommes endormis par terre devant la cheminée, agréablement réchauffés après notre dîner, tétra au citron (dégoulinant de graisse et succulent), riz sauvage, pain maison, pommes de terre sous la cendre, et la dernière salade de la saison. Ce matin, il ne faisait pas chaud. J’ai préparé le café sur la cuisinière au propane de la cuisine, et, pendant que l’eau chauffait, j’ai tendu les mains au-dessus de la minuscule flamme bleue, qui sifflait et crachait. Quand l’eau s’est mise à bouillir, je n’avais aucune envie de les enlever de là. J’aurais aimé rester ainsi toute la journée. »

Le journal se consacre presque exclusivement à l’Hiver, ce qui rend la lecture très agréable et surprenante. Si le quotidien de l’auteur s’immisce parfois entre les lignes, c’est pour mieux nous faire comprendre et ressentir ce qu’est l’Hiver – non pas une grande vague de froid qui s’abat sur les Hommes durant quelques mois, mais plutôt une Nature vivante qui évolue, à laquelle tous nous devons nous adapter pour mieux la comprendre et l’apprécier.

« De gigantesques lièvres blancs et dodus, comme des magiciens, des lièvres aussi gros que des félins de bonne taille, se cachent dans l’obscurité des bois, attendant la neige salvatrice. Leur évolution s’est prolongée pendant tous ces milliers d’années : les benêts ont été éliminés il y a déjà bien longtemps, les lièvres du genre je-deviens-blanc-sans-savoir-pourquoi ; ceux qui viraient au blanc alors que la neige n’était absolument pas en route, ou bien ceux qui changeaient trop tôt, ne trouvaient pas de cachette, et finissaient donc par être rapidement dévorés, par être la proie des loups, coyotes, faucons, chouettes, lynx, pumas, et j’en passe. Et aussi les lièvres qui restaient bruns, ceux qui ne devinaient pas l’approche d’un rude hiver et ne s’y préparaient pas : à la trappe, pareillement.

Donc, je me dis que ces lièvres-là savent ce qu’ils font. C’est quand même remarquable de risquer sa vie ainsi, chaque année, deux fois par an même, parce qu’ils doivent bien savoir aussi à quel moment il faut redevenir brun. »

Au cœur de l’hiver, quand la Nature s’impose et que le froid envahit chaque objet et chaque être vivant, alors l’écrivain devient poète. Ses mots tourbillonnent sous notre regard fasciné, tombent sur les pages blanches, manteaux de neige. L’écriture se fait charmante de beauté et de vérité, reflet de l’hiver – plus simplement, reflet de la vie.

« Si vous regardez la neige par la fenêtre, et même si vous regardez plus loin, en vous efforçant de distinguer, à travers les flocons, les bois de l’autre côté de la prairie, elle donne l’impression de tomber très vite, et votre vie, si vous lui permettez de vous jouer le même tour, peut vous sembler tout aussi précipitée et frénétique. Mais si vous prenez soin de regarder la neige avec les yeux d’un enfant ou d’un Texan – le nez en l’air, en essayant de comprendre d’où elle sort – alors la lenteur avec laquelle elle tombe, la paralysie de son voyage vous feront aussitôt choir dans un état plus bas, plus lent, où vous serez assuré de vivre deux fois plus longtemps et de voir deux fois plus de choses, et d’être pour finir deux fois plus heureux. La neige est plus merveilleuse que la pluie, plus merveilleuse que tout. »

L’hiver mystérieux se termine, s’achève en un souffle, petite brise soudaine que l’on sent différente. Un sentiment d’abandon, de tristesse nous envahi. Ce froid que nous redoutions tant, nous avons appris à le connaître et à l’aimer. Nous avons vécu en harmonie avec lui, au cœur de ses journées les plus difficiles - et il disparaît. Enchantement ou désenchantement ? Le printemps arrive, nouvel invité qu’il faudra savoir accueillir.

« Le danger de se laisser aller à songer au printemps – l’herbe verte, les balades, les pieds nus, les lacs, la pêche à la ligne, les cours d’eau, et le soleil, le soleil brûlant –, c’est qu’un fois que de telles pensées pénètrent votre esprit, il est impossible de les en chasser.

Aime l’hiver. Ne le trahis pas. Sois loyal.

Quand le printemps arrivera, aime-le, lui aussi – et ensuite l’été.

Mais reste loyal à l’hiver, d’un bout à l’autre – j’ai dit d’un bout à l’autre, et d’un cœur sincère – sans quoi tu te retrouveras en carafe, appelant de tes vœux un printemps encore lointain, alors que l’hiver t’aura abandonné, et qu’à sa place tu trouveras ce qu’on appelle la fièvre des cabines, une claustrophobie carabinée de la pire espèce. 

Plus l’hiver sera froid, plus tu l’aimeras. »

 

http://www3.ac-clermont.fr/etabliss/ecole-lafontaine-vals/FCKeditorFiles/Image/projEau/riviere/cincle.jpg

 

 


Je remercie chaleureusement les éditions  http://www.gallimard.fr/ecoutezlire/images/TIT35.GIF  ainsi que http://a7.idata.over-blog.com/300x76/3/60/76/57/partenariat/livraddict_logo_big.pngqui m'ont permis de découvrir, au travers de ce journal, ce que peut encore offrir un hiver de beautés et de découvertes.

 

 

 

~~~ Pour aller plus loin  ~~~


http://a33.idata.over-blog.com/1/08/91/14/DIVERS/4/maupassant_contes-DIVERS.gif

Je vous invite à découvrir ou redécouvrir Nuit de Neige, doux poème de Guy de Maupassant.

 


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A l'honneur : la littérature "jeunesse" !

La littérature jeunesse est mise à l'honneur ! Une nouvelle catégorie lui est dédiée !

Je vous invite, chers lecteurs, à feuilleter quelques jolis ouvrages colorés et à découvrir de merveilleuses histoires pleines de rêves et d'aventures !

De belles idées pour nos adorables petits anges, et un soupçon de tendre nostalgie pour les plus âgés !

Cliquez ici pour découvrir les ouvrages qui pourront vous émerveiller !

Livres par écrivains

Cliquez sur le titre d'un livre pour accéder à sa fiche de lecture !
 
bass-rick-2.jpgBASS, Rick
 
72e081b0c8a0fc24c2f3f110.L._V192261114_SX200_.jpg
BARRON, Thomas Archibald
 
gilles-de-becdelievre.jpg
BECDELIEVRE (de), Gilles
 
AVT_Marlena-De-Blasi_637.jpegBLASI (de), Marlena
 
Caroline-Bongrand.jpeg
BONGRAND, Caroline
 
http://upload.wikimedia.org/wikipedia/commons/thumb/5/55/Nicolas_Bouchard-Imaginales_2012.jpg/220px-Nicolas_Bouchard-Imaginales_2012.jpg
BOUCHARD, Nicolas
 
jerome_bourgine-.jpg
BOURGINE, Jérôme
 
emanuelle-de-boysson.jpgBOYSSON (de), Emmanuelle
 
Italo_Calvino.jpgCALVINO, Italo
 
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CASTRO (de), Eve
 
Chandrasekaran--Rajiv_pic.jpgCHANDRASEKARAN, Rajiv
 
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CHARNAS McKee, Suzy
 
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CLAVEL, Bernard
 
boris darnaudet
DARNAUDET, Boris
 
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DEDEYAN, Marina

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DE LA ROCHE, Mazo
Les Frères Whiteoak
 
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DE RIVOYRE, Christine 
La Mandarine 
 
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DESSAINT, Pascal
 
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D'ETANGES, Pierre
 
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DOYLE, Roddy
 
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ERDRICH, Louise
 
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FETJAINE, Jean-Louis
La trilogie des elfes :
 
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FUKUDA, Andrew
 
Anna-funder.jpg
FUNDER, Anna
 
myriam-gallot.jpgGALLOT, Myriam
 
Daniel-GLATTAUER.jpgGLATTAUER, Daniel
 
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GREEN, John
 
kate grenvilleGRENVILLE, Kate
 
Steven-HALL.jpgHALL, Steven
 
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HARTNETT, Sonya
 
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HASSAN, Yaël
 
HERMARY VIEILLE, Catherine
 
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LACHASSAGNE, Geoffrey
 
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LANZMANN, Jacques
 
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LAVEY, Inara
 
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LEMAITRE, Pierre
 
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MACIP, Salvador
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MALZIEU, Mathias
 
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MARTINEZ, Carole
 
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MASSAROTTO, Cyril
 
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MERET, Marc
 
MOORCOCK, Michael
 
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MORRIS, William
 
MOUCHARD, Christel
 
NOSAKA.jpgNOSAKA, Akiyuki
 
nothomb2011.jpgNOTHOMB, Amélie
 
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NYSENHOLC, Adolphe
 
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OBRY, Marion
 
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PALOU, Anthony
 
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PATRICOT, Aymeric
 
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PONSOT CORRAL Laureen
 
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RADENAC, Matthieu
 
RHEIMS, Nathalie
 
ROCK, Peter
 
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SABATIER, Robert
Le Lit de la merveille

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SADE, Marquis de
Les Crimes de l'amour
 
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SANE, Insa
 
SCHMITT, Eric-Emmanuel
 
SOREL, Guillaume

john-steinbeck-copie-1.jpg STEINBECK, John
 
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SZABOWSKI, François
 
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TANNER, Rachel
 
VENS, Pierre
 
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WATSON.jpgWATSON, Steven (S. J.)
 
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WELCH, James