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18 juin 2010 5 18 /06 /juin /2010 20:54

http://3.bp.blogspot.com/_3uEt70Cmufo/S_6Ph-d73UI/AAAAAAAAAO8/-2KqgQpdc74/s1600/Chandrasekaran+-+Green+Zone.jpgEnvoyé spécial à Bagdad, Rajiv Chandrasekaran a enquêté dans la Zone verte, cette "petite Amérique", créée pour accueillir les spécialistes chargés de faire de l'Irak un modèle de démocratie. Au coeur d'un pays dévasté par les bombardements et en proie à l'anarchie, l'auteur restitue le quotidien de ces Américains missionnés au nom de la liberté, pour mettre en place des projets impossibles.


"Ce que nous disons aux enfants irakiens, c'est que le bruit de ces hélicoptères est le son de la liberté."

 

Lire nous annonçait « une chronique féroce ». Je commencerai donc par un rappel de ce qu’est une chronique, et pour cela je me permets de citer Giono – dans ses entretiens avec R. Ricatte en 1966 : « J’ai donné le titre de chronique à toute la série de ces romans qui mettaient l’homme avant la nature. ». C’est donc le destin de l'homme qui est au cœur de l'œuvre, et les personnages occupent une place privilégiée- la nature ne jouant qu'un rôle de décor. Récit d’événements historiques – ou fictifs– qui suit l’ordre chronologique de leur déroulement, la chronique se veut également un récit objectif au possible, c’est-à-dire qui se contente de rapporter les faits, tel le ferait un historien. Son style est sobre.

 

Tel se présente Green Zone, de Rajiv Chandrasekaran. J’ai apprécié ce choix de l’auteur, de privilégier l’Homme aux paysages, à la flore ou encore à la faune qu’offre l’Irak. Mais j’ai encore plus apprécié l’objectivité de ce journaliste, qui en un peu plus de quatre cents pages a su restituer « le quotidien de ces Américains missionnés au nom de la liberté, pour mettre en place des projets impossibles » sans émettre de jugement, sachant taire et maîtriser son esprit critique. Ce correspondant de guerre pour le Washington Post a mené un travail de reportage de près de deux années en Irak, et a passé plus de jours en Irak durant les quinze mois d’occupation qu’aucun autre journaliste américain de la presse écrite. Il a écrit – et j’insiste – un remarquable reportage.

 

« Après mon retour aux Etats-Unis, j’ai continué à faire des recherches pour le livre, m’entretenant à nouveau avec des personnes que j’avais connues en Irak, et en interviewant des dizaines d’autres avec lesquelles je n’avais pas pu parler lorsqu’elles résidaient dans la Zone Verte. J’ai également étudié plusieurs milliers de pages de documents et d’e-mails internes à la CPA afin de parvenir à une compréhension la plus complète possible de l’occupation. (…) L’essentiel du livre est fondé sur plus d’une centaine d’interviews originales menées exclusivement en vue de son écriture. (…) » [Page 427, Notes et sources]

 

Cet ouvrage de qualité s’ouvre sur un prologue délicieux de cinq pages, dont je ne dévoilerai rien. Après lecture de ces cinq pages, j’étais totalement emballée. Je voulais en savoir en plus, j’avais soif de découvertes, je désirais pénétrer au cœur du reportage.

 

La première partie est intitulée « Construire la bulle ». A ce titre, qui n’aurait pu être mieux choisi, succède tout d’abord une présentation de la Cité d’Emeraude. Un bien joli terme, choisi en référence au Magicien d’Oz, « pour sa ressemblance à quelque pays imaginaire ». The green zone – soit la zone verte – est au cœur du reportage, puisqu’au cœur de Bagdad et de l’occupation américaine. Je n’ai malheureusement pas la plume de Rajiv Chandrasekaran, qui décrit, sans jamais nous ennuyer, et avec de très nombreux détails, cette enclave américaine au cœur de la capitale irakienne.

 

« A la différence de presque partout ailleurs à Bagdad, vous pouvez prendre vos repas à la cafétéria du palais républicain durant six mois sans jamais manger de houmous, de pain rond, ni de kebab d’agneau. La cuisine y est 100% américaine, avec une nette tendance sudiste. Un buffet propose du gruau de céréales, du pain de maïs, et une réserve inépuisable de porc : saucisses pour le petit déjeuner, côtes de porc pour le dîner. Il y a des cheeseburgers au bacon, des sandwiches au fromage et bacons grillés, et des omelettes au bacon. Des centaines de secrétaires et de traducteurs irakiens doivent manger au réfectoire. La plupart sont musulmans, et beaucoup sont offensés par la présence de ce porc. Mais les sous-traitants américains qui fournissent la cantine persistent à en servir. La cafétéria doit répondre aux critères américains de teneur en calories, fournir de la bonne nourriture, bien grasse.

Le bar à salades ne propose aucune des succulentes tomates ni aucun des concombres croquants que l’on trouve en Irak. Les règlements du gouvernement américain stipulent que tout, jusqu’à l’eau qui sert à faire bouillir les saucisses des hot-dogs, doit être fourni par des grossistes agréés installés à l’étranger. Le lait et le pain sont acheminés du Koweït par camion, comme les petits pois et carottes en conserve. Les céréales du petit déjeuner arrivent par avion des Etats-Unis – des Froot-Loops et des Frosted Flakes made in USA à la table du petit déjeuner contribuent à maintenir un bon moral. (…)»

 

A la description des habitudes de vie de ces américains en vadrouille, succède une description des locaux occupés. Le palais – qui appartenait auparavant à Saddam Hussein – est le quartier général de la Coalition Provisional Authority. Comprenez CPA, ou encore Autorité provisoire de la coalition.

 

« Le palais est un Versailles-sur-Tigre. Bâti de grès et de marbre, il comporte de larges couloirs, d’immenses colonnades et des escaliers en spirale. (…) »

 

Ainsi commence la description impressionnante de la zone verte. S’ensuit une description rapide de la zone rouge, description qui sera complétée tout au long du reportage, car la zone rouge n’est autre que l’Irak en dehors de la Cité d’Emeraude. La zone rouge, c’est cette réalité que les Américains refusent de comprendre, ces paysages qu’ils refusent de voir, ces hommes, ces femmes et ces enfants qu’ils se bornent à ignorer – alors qu’ils sont venus les aider, les délivrer.

 

« Schroeder me regarde avec incrédulité lorsque je lui annonce que je vis dans ce que lui même et d’autres appellent la Zone rouge, que je me déplace sans escorte, que je mange dans des restaurants locaux, que je rends visite à des Irakiens chez eux.

«Et comment c’est, dehors ? » s’enquiert-il.(…) »

 

« Vue depuis la Zone verte, la vraie Bagdad- les postes de contrôle, les bâtiments détruits, les embouteillages monstres – pourrait tout aussi bien se trouver à l’autre bout du monde. Les coups de klaxon, les détonations, l’appel du muezzin à la prière, rien de tout cela ne franchit les murs. Les habitants du palais ne voient que rarement la peur qui se lit sur les visages des soldats américains. Jamais la fumée âcre de l’explosion d’une voiture piégée n’emplit l’air. La misère subsaharienne et l’anarchie digne du Far West qui affligent l’une des plus anciennes villes du monde enserrent la zone, tandis qu’à l’intérieur règne le morne calme d’un quartier pavillonnaire américain.(…) »

 

Les passages que je souhaite vous faire découvrir sont très difficiles à choisir, car tous sont instructifs, la quasi-totalité est stupéfiante, beaucoup sont de purs reflets de l’absurdité de la politique extérieure américaine, et un grand nombre reste choquant, sous différents aspects. Je choisis donc des passages, regrettant de ne pas pouvoir tous vous les faire découvrir. Mais je me console : vous lirez le reportage.

 

Les premières dizaines de pages du reportage sont introductives. Imaginez que vous débarquiez en Irak et que vous regardiez autour de vous : ces pages sont celles que vous auriez écrites. Le journaliste a observé à la fois les Américains et les Irakiens ; il a vécu en Zone verte comme en Zone rouge ; et sous forme d’anecdotes, retranscrit ce qu’il a observé. Le lecteur saisit ainsi très vite l’ampleur des dégâts en Irak, et je ne parle malheureusement pas uniquement de dégâts matériels.

 

« Le perçant appel matinal à la prière ne réveille pas Mahmoud Ahmed. Il avait travaillé jusqu’à 3 heures du matin. Lorsqu’il ouvrit les yeux à 8 heures, il n’y avait pas d’électricité dans son quartier. Encore ! songea-t-il avec irritation. Il n’arrivait pas à s’expliquer ces incessantes coupures de courant. Avant la guerre Bagdad n’avait jamais manqué d’électricité.

Il tourna un robinet : pas le moindre filet d’eau. Voilà qui était nouveau. Même pendant la guerre, il y avait toujours eu de l’eau. Des années auparavant, l’eau du robinet était même suffisamment bonne pour qu’on puisse la boire sans danger. »

 

En effet, si le manque d’électricité par exemple est un grave problème, d’une part pour les conditions de vie des Irakiens, mais également pour l’économie du pays qui doit parvenir à se redresser ; le principal problème se résume au comportement des Américains.

 

« Depuis son taxi, une vieille Volkswagen aux garnitures râpées et dépourvue d’air conditionné, il regarda défiler la ville. Les feux tricolores ne fonctionnaient pas, aucun agent de la circulation dans les rues, les Américains avaient fermé plusieurs axes importants et la CPA avait supprimé les taxes sur les véhicules d’importation, ce qui avait provoqué un afflux de vieilles guimbardes en provenance de tous les pays d’Europe. Avant la guerre, le trajet du domicile d’Ahmed dans l’est de Bagdad jusqu’au palais des congrès prenait dix minutes. Depuis l’arrivée des Américains, il fallait compter plus d’une heure.

Les Irakiens, qui autrefois respectaient leur couloir et utilisaient leur clignotant avant de tourner, n’hésitaient pas à présent à rouler sur les bas-côtés et les trottoirs. Mais les pires chauffards étaient les soldats américains. Ils conduisaient comme si la ville leur appartenait, franchissant parfois la ligne médiane et roulant à contresens. »

 

C’est avec une grande justesse que Rajiv Chandrasekaran permet au lecteur d’en saisir les conséquences. Comment les Américains peuvent-ils aider correctement les Irakiens, alors qu’ils ne prennent pas le temps de leur parler ? Alors qu’ils ne regardent pas l’état des infrastructures en dehors de la Zone verte ? Les Américains ont supprimé les taxes sur les véhicules d’importation, mais ont-ils seulement réfléchis aux conséquences de ce choix économique ? Ils n’ont, en réalité, pas même regardé si les résultats obtenus étaient satisfaisants : les files d’attentes de près de 2 kilomètres s’allongeant derrière chaque station-service sont passées inaperçues.  

 

« (…) Mais, à part une poignée d’employés de la CPA à l’esprit exceptionnellement ouvert, la plupart des Américains ne prennent même pas la peine de nouer des relations avec leurs voisins irakiens.

Schroeder et ses collègues de la CPA se tiennent au courant de l’évolution de la situation en Irak grâce aux reportages de Fox News et à la lecture de Stars and Stripes, le bulletin d’information des forces armées américaines, imprimé en Allemagne et transporté quotidiennement en Irak par avion. Certains recourent à Internet pour consulter le journal de leur ville d’origine. Mais aucun de ces organes de presse ne fournit beaucoup d’informations sur la Zone verte. »

 

Après cette présentation des lieux et protagonistes du début de l’occupation en Irak, le reportage attaque le plus intéressant : la politique américaine. Accrochez-vous. 

 

« Au Pentagone, tout fonctionne par acronymes. »

 

Une phrase qui a tout son sens : le lecteur découvre l’ORHA, puis la CPA qui lui succède, ainsi qu’un nombre impressionnant d’Américains envoyés en Irak pour assurer une reconstruction qui après quinze mois d’occupation ne sera pas assurée. Le lecteur va de surprises en déceptions, et de déceptions en colères. Tout est révoltant, et en premier lieu la procédure de nomination de ces envoyés spéciaux à Bagdad.

 

« Au cours de ses premiers mois à Bagdad, Bremer n’a pas d’adjoint officiel. Bien qu’il ait demandé à trois diplomates chevronnés de lui servir de conseillers -l’un d’entre eux, l’ambassadeur à la retraite Clayton McManaway, est un vieil ami ; un autre, Hume Horan, est l’un des meilleurs arabisants du Département d’Etat - , leur rôle est rapidement éclipsé par une coterie de jeunes assistants flagorneurs qui contestent rarement les décisions de Bremer. La plupart d’entre eux non jamais travaillés pour le gouvernement, et les rares qui l’ont fait sont trop jeunes pour être redevables à quiconque en Amérique. Ils n’ont aucune idée préconçue en dehors de leur foi inébranlable dans la construction d’un Irak démocratique, et ils ne sont loyaux qu’envers le vice-roi.

Avant même d’arriver en Irak, Bremer a cherché à mettre sur la touche Zal Khalilzad, l’envoyé de la Maison-Blanche chargé de concevoir la transition politique. D’origine afghane, Khalilzad, qui deviendra ambassadeur américain dans l’Irak d’après l’occupation, a passé des mois à s’entretenir avec les responsables politiques irakiens en exil. Il en sait plus long à leur sujet que n’importe qui d’autre dans le gouvernement américain et il jouit de leur confiance. Lorsque Bush a approché Bremer afin d’en faire son vice-roi, Powell et d’autre au département d’état s’attendait à ce que Khalilzad devienne le principal conseiller de Bremer et continue à poser les fondations d’un gouvernement de transition. Or Bremer ne veut pas d’un homme ayant eu des contacts antérieurs avec les responsables irakiens à Bagdad, Bremer voit en Khalilzad une menace potentielle – quelqu’un qui connaît mieux le pays et ses acteurs que lui-même, et peut donc être en désaccord avec son action. »

*** J'écrirai la suite de ce commentaire demain, car je suis épuisée par la semaine!! Le train m'a littéralement tué, lol!! Ma critique est rédigée sur papier, et j'avoue que mes yeux se ferment en recopiant... A demain donc, pour la suite et fin de cette critique qui, je l'espère, vous semblera constructive =) !! ***

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17 avril 2010 6 17 /04 /avril /2010 09:08
Robe de marié,
écrit par Pierre Lemaitre.

Publié en 2009.


http://culturopoing.com/Uploads/img3516.jpgQuatrième de couverture :

Evidemment, je m'y attendais puisque j'en suis l'auteur mais... à ce point-là! Quelle vision, c'est à peine croyable...

Son mari n'est plus que l'ombre de lui-même. Les vertèbres ont dû être salement touchées. Il doit maintenant peser dans les quarante-cinq kilos. Il est tassé dans son fauteuil, sa tête est maintenue à peu près droite par une minerve. Son regard est vitreux, son teint jaune comme un coing. Et il est tout à fait conscient. Pour un intellectuel, ça doit être terrible. 
Quand on pense que ce type n'a pas trente ans, on est effaré... Quant à elle, elle pousse le fauteuil avec une abnégation admirable. Elle est calme, son regard est droit. Je trouve sa démarche un peu mécanique mais il faut comprendre: cette fille a de gros soucis... 

En tout cas, elle ne tombe pas dans la vulgarité: pas d'attitude de bonne sœur ou d'infirmière martyre. Elle serre les dents et pousse le fauteuil, voilà tout. Elle doit pourtant réfléchir et se demander ce qu'elle va faire de ce légume. 

Moi aussi d'ailleurs.

Grâce à une plume toujours aussi efficace et à un scénario bien travaillé, Pierre Lemaitre entraîne à nouveau son lecteur et l’enchaîne à ce thriller psychologique : Robe de marié.

Je ne peux donner un véritable avis post-lecture sans dévoiler le roman,  car celui-ci est terriblement bien ficelé et chaque détail joue un rôle des plus importants : afin de présenter brièvement le roman, je n’écrirai donc que quelques lignes.


Sophie, une jolie jeune femme, est devenue instable et dépressive suite à de malheureux événements. Dans un premier temps, alors qu’elle menait une vie de couple heureuse avec Vincent, son époux, et s'était établie une situation professionnelle stable, elle s’est mise à souffrir de troubles de la mémoire : tout d’abord légers et presque sans importance, ses oublis sont devenus de plus en plus fréquents et ont ainsi pris une place majeure dans sa vie. Consciente de ses oublis et incapable de les maîtriser, déboussolée, Sophie consulte un médecin. Elle doit alors tout noter pour ne plus oublier, mais égare également ses carnets de notes – qu’elle retrouve plusieurs jours après, dans des endroits incongrus.

« Pour elle, tout noter est peut-être une bonne solution mais « je deviens scrupuleuse, parano…, écrit-elle. Je me surveille comme une ennemie. » »

Envahissant les moindres recoins de sa vie, cette maladie lui fait perdre tous ses repères, puis son métier et presque son mari, qui peine à garder son calme dans une telle situation. S’ajoute à cela un accident terrible duquel Vincent ressort paralysé, désormais incapable de vivre seul. La vie de Sophie est devenue un cauchemar. C’est au travers de ce cauchemar que le lecteur va faire connaissance avec Sophie et le cadavre du jeune Léo, six ans.

« Comme il arrive souvent, lorsque la bouilloire s’arrête, Sophie est perdue dans ses pensées. Chez elle, c’est un état qui peut durer longtemps. Des sortes d’absence. Son cerveau semble se figer autour d’une idée, d’une image, sa pensée s’enroule autour, très lentement, comme un insecte, elle perd la notion du temps. Puis, par une sorte d’effet de gravité, elle retombe dans l’instant présent. Elle reprend alors sa vie normale là où elle s’est interrompue. C’est toujours comme ça. »

Je pense que le but de la première partie de ce thriller, qui en comporte quatre, et d’amener le lecteur à se poser une question essentielle pour la suite du roman : la jeune femme est-elle devenue folle ?

« Enfant, il lui arrivait de se regarder dans un miroir, exactement au fond des yeux et, au bout d’un moment, elle ressentait une sorte de vertige hypnotique qui l’obligeait à se retenir au lavabo pour ne pas perdre l’équilibre. C’était un peu comme une plongée dans la part d’inconnu qui sommeille en nous. » 

Quelle que soit votre conclusion, vous ne pourrez qu’être surpris(e) par la suite, si réaliste qu’on ne peut s’empêcher de frissonner. Cette dernière remarque m’engage à écrire quelques mots sur l’écriture de Pierre Lemaitre. Ayant lu Cadres Noirs peu de temps auparavant, la comparaison est inévitable mais n’est pas essentielle : s’il existe en effet quelques similitudes telles que le découpage du roman en différentes parties qui laissent s’exprimer tour à tour différents narrateurs, ou le réalisme de ses personnages, l’auteur fait preuve d’une réelle originalité au travers de son scénario.  Néanmoins, la principale qualité de cet auteur français n’est pas tant son scénario, qui est loin d’être exceptionnel et parfois même assez prévisible – j’avais anticipée la plupart des rebondissements, même si j’avoue avoir été parfois surprise – mais plutôt son écriture : admirable ! Je pense qu’il est très difficile de rendre par des phrases la folie d’un personnage – et encore, pas une folie installée, mais une folie qui gagne du terrain lentement, insidieusement, jour après jour – de faire comprendre au lecteur les mécanismes psychologiques et le plus souvent inconscients, de faire transparaître par des mots les émotions ressenties par les personnages, de les rendre si palpables que l’on en devienne soit même angoissé(e), et pourtant tels sont les paries réussis par Pierre Lemaitre.

 

Un autre point qui mérite d’être souligné, est la réussite totale du changement de narrateur : le style d’écriture change radicalement, ce qui permet au lecteur de pénétrer la psychologie du personnage sans hésiter ni se perdre entre deux parties. Ainsi, si le changement de style est total, il n’en reste pas moins très efficace puisque le thriller ne perd jamais sa dimension psychologique, tenant le lecteur en haleine jusqu’aux dernières pages. Ces dernières pages m’ont quelque peut déçues, la fin m’a semblé arriver trop vite et trop facilement. Mais… n’était-ce pas plutôt que je ne voulais pas voir le roman se terminer ?


Robe de marié est définitivement un thriller psychologique très efficace. Après avoir tourné la dernière page, impossible de ne pas s’inquiéter pour soi-même et pour l’humanité. Sophie pourrait être vous, votre voisin, moi-même. Sa vie, son cauchemar, devenir le nôtre.  


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Ce thriller a fait l'objet d'une lecture commune sur Livraddict ! Je vous invite à consulter fiévreusement les avis de l'ensemble des participants !  Cacahuète, Lasardine, Mélo, Mystix, Alexielle, Livresque, Chaplum, Calypso, Kactusss, Déliregirl, Clara, Cynthia, Ana76, Lili, Mrs Pepys, Valunivers, Leyla, Lagrandestef, Belledenuit et Véro !!!

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15 avril 2010 4 15 /04 /avril /2010 15:19

Paddy Clarke Ha Ha Ha,

écrit par Roddy Doyle.


Publié en 1993.



Quatrième de couverture :

 

Dublin à la fin des années 60. Paddy Clarke est un garnement de dix ans à l'imagination débordante qui n'adore rien tant que de jouer des tours pendables à ceux qui l'entourent. Il rêve de devenir missionnaire, adore les Indiens, résiste aux coups durs mais a le coeur fendu quand ses parents se disputent. Ses ruses de Sioux n'empêcheront pas son père de quitter le foyer conjugal. Cruauté enfantine oblige, ses copains d'école se mettent à le boycotter : «Ha Ha Ha». L'histoire de Paddy Clarke, ce petit frère de Huck Finn et de Holden Caulfield, a valu à son auteur, le grand Roddy Doyle, le prestigieux Booker Prize.

 

 

 

Malheureusement, je n’ai pas pu terminer ce livre. Il fait partie de ces très rares ouvrages que je ne peux pas continuer, tant ils me sont peu agréables. D’ailleurs, pour être très honnête, j’ai lu quelques pages puis j’ai abandonné, ne trouvant aucun intérêt à ma lecture. Deux semaines plus tard, je me suis décidée à reprendre le roman et à le lire d’un autre œil, d’un regard «neuf»...peine perdue. Je me suis ennuyée à chaque mot, j’ai tourné chaque page avec un soupir et je me suis même assoupie plusieurs fois. Et pourtant, cet ouvrage irlandais a reçu le prestigieux Booker Prize !


Dès les premières lignes, le roman s’annonce mal : le récit commence de but en blanc, aucune présentation de la situation ou des personnages. La syntaxe est assez spéciale, un temps d’adaptation est nécessaire; d’autant plus que les connecteurs logiques sont absents de la narration : on passe en quelque sorte du coq à l’âne !

« Liam et Aidan ont tourné dans leur impasse. On n’a pas dit un mot ; eux non plus. Liam et Aidan, leur mère, elle était morte. Mme O’Connell, elle s’appelait. »

En résumé, le lecteur se retrouve parmi des gosses : une bande de gamins chahuteur, aux jeux inventifs et qui – bien entendu – désobéissent à leurs parents. Rien de plus. Toutes les trois pages environ, le lecteur démarre un « nouveau chapitre » si je peux me permettre de les qualifier ainsi, puisqu’il n’y a qu’un simple interligne qui sépare les « parties » dont se compose le roman – jamais de titre, et donc aucun repère. Ces chapitres n’ont aucun rapport entre eux et j’ai eu l’impression de lire des parcelles de souvenirs : à titre de comparaison, c’est comme si le lecteur se plongeait dans la bassine à souvenir de Dumbledore – la pensine – en ressortait au bout de quelques minutes, pour se précipiter à nouveau dedans. En cause l’absence de structure logique, l’enchaînement de faits parfois très différents, les « sauts » d’une anecdote à une autre ; j’ai trouvé cela très désagréable : impossible de trouver un fil de lecture dans un tel désordre de pensées.

« Il y avait des souris. Personnellement, je n’en ai jamais vu, mais je les entendais et je disais que je les voyais. Kevin en voyait des paquets. Moi j’ai vu un rat écrasé. Avec la trace des pneus dessus. On a essayé d’enflammer le rat, mais ça n’a pas pris.

Une fois, on était tout en haut, sous le toit de la grange, oncle Eddie est arrivé, sans savoir qu’on était là. On a retenu notre souffle. Oncle Eddie a tourné deux fois en rond et il est ressorti. Il y avait un carré de soleil à la porte. C’était une grande porte en tôle ondulée, de celles qu’on fait glisser. La grange entière était en tôle ondulée. On était si haut qu’on pouvait toucher le toit. »

Lors de ma seconde lecture, j’ai décidé de lire chaque soir un chapitre, comme si le roman était composé de nouvelles indépendantes les unes des autres. Cette expérience ne s’est pas avérée concluante en ce sens où je me suis terriblement ennuyée lors de ma lecture. Toutefois, je pense qu’au niveau du concept cette approche est plus intéressante.

« Tous les dimanches matins, avant d’aller à la messe, je frottais les meubles. Maman me donnait un chiffon, souvent un vieux bout de pyjama. Je commençais en haut, par la chambre. Je frottais la coiffeuse et je rangeais les brosses. J’essuyais le dessus de l’appui-tête : il y avait toujours un paquet de poussière, qui laissait une trace sur le chiffon. J’essuyais aussi haut que je pouvais le tableau de Jésus montrant son cœur. Jésus penchait la tête, un peu comme un petit chat. Le tableau portait les noms de maman et papa, et la date de leur mariage – 25 juillet 1957 – et toutes nos dates de naissance, sauf celle de ma petite sœur qui venait d’arriver. C’est le père Moloney qui avait écrit les noms. Le mien en premier : Patrick Joseph. Puis ma sœur morte : Angela Mary. Elle était morte avant de sortir de maman. Puis Sinbad : Francis David. Puis ma sœur : Catherine Angela. Il restait de la place pour une nouvelle sœur. Elle s’appelait Deirdre. J’étais l’aîné, je portais le même nom que papa. Il restait encore de la place pour six noms au moins. J’essuyais les escaliers jusqu’en bas, y compris les rampes. Je nettoyais les bibelots du salon. Je n’ai jamais rien cassé. Il y avait une vieille boîte à musique ; on tournait une clé sur le côté et ça jouait une chanson. Devant, il y avait une image de marins. Derrière, le feutre s’en allait. Elle appartenait à maman, cette boîte. La cuisine, je ne m’en occupais pas. »

Après avoir lu quelques pages, je n’ai pas pu m’empêcher de penser aux histoires de Toto : pour cause, la ressemblance est frappante ! Un gamin pas très sage, pas très obéissant, qui ne cherche pas à faire de mal mais plutôt à s’amuser aux travers de multiples aventures. Le problème, c’est que je n’ai plus dix ans : ces histoires ne m’amusent plus, elles m’ennuient ; d’autant que je n’ai pas trouvé le récit très original par rapport à la littérature déjà existante à ce sujet.

En effet, l’auteur a tenté de retranscrire des anecdotes comme si c’était le gamin lui-même qui les racontait : malheureusement, cela ne fait que rendre la lecture plus laborieuse qu’elle ne l’était déjà car les phrases sont hachées, courtes, parfois répétitives dans le fond comme dans la forme. D’un tout autre style, certains passages semblent n’avoir pour but que celui d'éduquer le lecteur, que l'auteur semble considérer comme un éternel enfant… Malheureusement, j’apprends déjà bien assez la journée et j’aurais souhaité pouvoir m’évader de cet univers assez scolaire. Vous l’aurez compris : ce roman m’a particulièrement déçu.

« Le vrai nom du foot, c’est football-association. Le football-association se joue avec un ballon rond sur un terrain rectangulaire entre deux équipes de onze. L’objectif est de marquer des buts, c’est-à-dire de faire pénétrer le ballon dans le but adverse, lequel se compose de deux poteaux verticaux surmontés d’une barre transversale. Ca, je l’ai appris par cœur. Ca me plaisait bien. Ca ne ressemblait pas à des règles, ça paraissait trop simple. Le plus gros score jamais enregistré, c’est 36 à 0 pour Arbroath contre Bon Accord. Le record de buts marqués, c’est Joe Payne, dix, pour Luton en 1936. Geronimo fut le dernier rebelle apache. »

Toutefois, bien que ce roman ne réponde pas à mes attentes de lectrice et m’ait fort déplue, je tiens à souligner qu’il comporte des points forts qui plairont certainement à d’autres lecteurs.

« C’était comment, la Deuxième Guerre mondiale ?

-C’était long.

Je connaissais les dates.

-J’étais gosse quand ça a commencé. Et j’avais presque fini l’école quand ça s’est terminé.

-Six ans.

-Ouais. Et pas des petites années.

-M. Hennesey nous a dit qu’il n’avait jamais vu de banane avant dix-huit ans.

-C’est sûrement vrai.

-Luke Cassidy a eu des ennuis. Il lui a demandé ce que les singes mangeaient pendant la guerre.

-Et la réponse ? a dit Papa après avoir fini de rire.

-Une claque.

Silence. »


Je remercie vivement les éditions http://www.laffont.fr/images/image001.png ainsi que http://2.bp.blogspot.com/_Vo5wHR1g-U4/Sm7wcyI6AhI/AAAAAAAAAHs/Scfyooz4YZ8/S187/logobob01.jpgqui m'ont permis de découvrir ce roman ! 


 

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22 mars 2010 1 22 /03 /mars /2010 20:52

Le rêve du mammouth,
écrit par Rachel Tanner.

Publié en 2006.





"Il y a 35 000 ans, dans le sud-ouest de la France...
 
La tribu d'Hamzu est menacée d'extinction sous les coups cruels des Face-Plates venant du Nord. Seul Temür le chasseur comprend que, pour survivre, il va lui falloir entreprendre un grand voyage, au-delà des Montagnes Noires, un périple qui lui a été dicté par LE RÊVE DU MAMMOUTH..."






Je viens juste de le refermer et pourtant, je brûle d’envie de le lire à nouveau. Ce roman est une merveille, il m’a totalement séduite et je ne peux que vous le recommander avec ardeur!
 

Dès la première page, le lecteur est transporté 35 000 ans en arrière au sein du clan des Mammouths, dans le sud-ouest de la France.
 

Confronté aux anciens hommes, le lecteur apprend progressivement à les connaître, ou devrais-je dire, à s’en souvenir.
 

Ainsi, grâce à des indices glissés subtilement au fil des pages, le lecteur se familiarise avec leurs caractéristiques physiques : le front bas, des arcades sourcilières proéminentes, un menton non existant, un corps très musclé et robuste malgré une petite taille, ainsi qu’une grande résistance aux intempéries. Au détour d’un chemin ou encore au travers des yeux d’un jeune garçon découvrant sa sexualité, le lecteur prend plaisir à découvrir ou redécouvrir les différents outils, objets et installations inventés par nos ancêtres, et ce dans les moindres détails : la manière dont ils étaient fabriqués et avec quels matériaux, leurs formes diverses, les sensations au toucher et à quelles fins ils étaient employés. J’étais captivée et je ne me suis jamais ennuyée : bien loin du cours d’histoire traditionnel de primaire, le roman est vivant! Des dialogues rythmés et réalistes, des personnages hauts en couleurs, et nul besoin d’illustrations pour imaginer les paysages ou objets tant ils sont bien décrits. J’ai admiré ces hommes d’il y a 35 000 ans qui fabriquaient eux-mêmes leurs outils, en comprenant à la fois le mécanisme et l’utilité.

« Ankidou saisit un bloc de silex de la main gauche et l’examina. Nul n’avait son œil pour repérer une fissure au cœur d’un bloc apparemment parfait, nul n’avait son instinct pour sélectionner les meilleures pierres d’où jailliraient les lames minces, rectilignes et étroites. Ses yeux bruns se plissèrent, sculptant un fin réseau de rides décolorées à l’angle des paupières. Il orienta le silex brut de manière à obtenir un plan de frappe précis. »

Le lecteur découvre ses ancêtres en tant qu’êtres humains, une approche sociologique donc de ces hommes préhistoriques : on les découvre ainsi unis dans leur sentiment d’appartenance à un même clan, attachés à leurs traditions, capables d’amour mais n’assimilant pas ce sentiment à la procréation, et quantité d’autres choses que je vous laisse le soin de découvrir.
 

Vous l’aurez compris, le lecteur n’est jamais extérieur à l’histoire, personnage froid et attentif : dans ce roman, le lecteur entre dans l’Histoire. Il apprend non seulement les traditions propres à la tribu du Mammouth, mais il apprend surtout à comprendre celles-ci. C’est en les comprenant que le lecteur s’attache à ses membres et ressent de plus en plus intensément leurs émotions, jusqu’à partager leurs bonheurs et malheurs. Toutefois, certains sentiments ou traditions demeurent impossible à partager : je pense au viol d’une femme symbolisant la soumission de sa tribu ou encore au cannibalisme qui était pour ces hommes un rituel post-mortem sacré et nécessaire à tous les êtres vivants. L’écriture de Rachel Tanner est donc remarquable, puisqu’elle parvient à nous faire comprendre et partager, au travers d’un récit bien travaillé et emprunt de réalisme, la vie quotidienne de ces anciens hommes.

« Shamash fit courir son couteau sur le ventre du plus gros des mâles et sortit les entrailles chaudes à pleines mains. Une colonne d’air fumant s’éleva du corps. Tandis que le chef du clan du Mammouth découpait soigneusement le foie en petits carrés, tout le monde se rassembla autour de lui. Plus un bruit, hormis le bourdonnement des mouches. Couteau brandi, Shamash s’adressa aux Esprits :
 

-Nous te remercions, Seigneur des Bêtes. Et toi, grand Renne, merci d’être venu si près. Nous espérons te revoir. »

Très vite, le lecteur est confronté aux difficultés de la vie de ses ancêtres : celle-ci étant rythmée par les changements de saisons, et donc par les migrations des animaux, les chasseurs devaient accumuler suffisamment de nourriture pour permettre à la tribu entière de survivre jusqu’à six mois dans un hiver glacial qui n’épargnait personne. La chasse occupe donc une place importante – voire prépondérante – dans le récit. J’ai aimé découvrir les techniques de chasse et j’ai surtout admiré l’esprit d’équipe qui animait ces hommes. J’aurais cependant aimé en apprendre plus sur les animaux chassés, les découvrir au delà de leurs noms et de l’utilisation post-mortem de leurs chairs, peaux, os, tendons, ligaments, viscères, etc.

« Avec un rugissement de défi, le lion apparut. Ses yeux jaunes fixèrent Hamzu. Fasciné malgré lui, le chasseur ne put s’empêcher d’admirer l’élégance mortelle du félin qui avançait à grands pas élastiques, les babines retroussées sur ses canines supérieures. Elles étaient acérées et longues comme des couteaux. Aussi impressionnantes soient-elles, le danger ne venait pas des dents, mais des griffes. Le lion immobilise d’abord sa proie avant de l’égorger.
 

Deux sagaies volèrent, trop courtes pour faire mouche. Le lion tourna le mufle vers les nouveaux venus et coucha les oreilles en fouettant l’air de sa queue. Les silhouettes verticales l’inquiétaient. Leur odeur lui apprenait qu’elles n’avaient pas peur. Qu’est-ce qui les rendait si sûres d’elles ? Trois créatures d’apparence fragile, sans griffe ni corne ni dent, de corpulence modeste, et pourtant le lion se méfiait. »

La rencontre avec les Faces-Plates devient rapidement l’élément le plus important du roman, et également le plus consistant. Derrière un conflit de territoires entre tribus se dessine en réalité l’histoire de l’Humanité, car en confrontant la tribu du Mammouth aux Faces-Plates, l’auteur permet au lecteur d’entrer dans une période clé de l’Histoire : celle de l’évolution. En effet, la confrontation rapide et inévitable entre l’Homme de Neandertal  et l’Homo sapiens invite le lecteur à une réflexion sur un des mystères de la préhistoire : la disparition de l’Homme de Neandertal en à peine quelques milliers d’années, alors même que venait d’apparaître l’Homo sapiens. Ce que décrit le roman est très subjectif, puisqu’aujourd’hui il existe plusieurs thèses sur ce sujet et qu’aucun consensus n’a été établi ; c’est donc l’une de ces thèses que le lecteur peut découvrir : celle du génocide.
 

En effet, l’Homo sapiens apparaît d’emblée non seulement très différent physiquement – un front plat et haut, des yeux plus larges, un menton existant et une plus grande taille – mais également très violent, ne respectant pas les mêmes coutumes que l’Hommes de Neandertal. Cette violence se caractérise surtout par le massacre sans pitié des tribus qui leur sont étrangères. Lors de ma lecture, je n’ai pas immédiatement fait le rapprochement entre les Faces-Plates et l’Homo sapiens : la plume de l’auteure est en effet très efficace, puisqu’en découvrant ces hommes modernes au travers des yeux de l’Homme de Neandertal, le lecteur découvre un monstre – sans comprendre immédiatement qu’il s’agit de son ancêtre le plus proche.
        
Cette partie du roman est d’autant plus intéressante que l’auteure a tenté d’imaginer les réactions de l’Homme de Neandertal face à cet envahisseur : la tribu du Mammouth va ainsi adopter une Face-Plate, essayant de la comprendre et de l’intégrer à la tribu. Toutefois et en dépit de ses efforts, l’Homme de Neandertal 
est voué à l’extinction. Je n’ai pu réprimer un frisson à la lecture des dernières lignes de cet ouvrage : nos ancêtres ont-ils vraiment massacré toute une race pour mieux s’imposer sur Terre ?

 

C'est avec chaleur que je remercie les éditions http://www.riviereblanche.com/logo.gif et http://flof13.unblog.fr/files/2010/01/livraddictlogosmall.pngpour m'avoir permis de découvrir et d'adorer ce roman!! Un vrai coup de coeur!

Découvrez l'avis de Paikanne ici !

--->>> Pour aller plus loin...


-Je vous invite à découvrir une interview de Rachel Tanner très intéressante ici

-Sur le site de la maison d'éditions Rivière Blanche, vous pouvez découvrir le premier chapitre du
Rêve du Mammouth ! Cliquez! 

-
Ici et vous pouvez en découvrir un peu plus sur le mystère de la disparition de l'Homme de Neandertal (... ).

-Enfin, Rachel Tanner a laissé entendre que le Rêve du Mammouth serait le début d'une trilogie... Je brûle d'impatience de découvrir la suite ! En attendant, j'espère que comme moi vous irez découvrir
les autres ouvrages de cette auteure !!  

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17 mars 2010 3 17 /03 /mars /2010 19:34
Cet homme là,
écrit par Eve de Castro.

Publié en 2010. 


Quatrième de couverture :

        
"Elle a joué tapis sans même l'avoir embrassé. Toute sa vie sur la table et elle ne connaissait alors de cet homme que deux grandes mains, une chaleur, une voix."


Il vient du bout du monde, il n'a pas de diplôme, pas d'argent, pas d'attaches.
Elle est le fruit d'une éducation d'un autre âge, elle a une famille parfaite, un métier exigeant, un carcan de certitudes.
Il s'oublie dans le corps des femmes.
Elle se fuit dans les mots.
Depuis l'enfance, ils se cherchent.
Ils s'accrochent l'un à l'autre.
Ensemble, ils tombent au fond du puits.


Maintenant que vous avez lu la quatrième de couverture, je vous invite à lire la première page de ce roman :

« A Vacoas, il est onze heures du matin. Roméo a cinq ans et trois mois, huit fourmis rouges trimballent un grain de maïs entre ses deux pieds nus, il lui faut habituellement douze coups de balai pour nettoyer la maison et ce soir, il comptera les étoiles jusqu’à cent. Roméo aime les chiffres. Avec sa mère, il parle peu. Les mots servent à nommer les choses qu’il faut faire et ne pas faire. Il n’y a pas de mystère dans les mots. Dans les chiffres, si. Les chiffres servent à jouer et à rêver. Additionner, retrancher c’est un pouvoir dans la tête. Multiplier, c’est encore plus de pouvoir. Ce pouvoir-là, il est le seul à l’avoir. A la petite école, les autres se taisent quand il compte au tableau, et à la maison, il aide sa mère qui recommence dix fois pour comprendre pourquoi il ne reste presque rien dans le porte-monnaie du marché. Sa mère doit mettre les chiffres en ordre avant que son père revienne sur sa moto. Il sait que deux et deux ne font pas trois, son père, et pour expliquer les choses, il n’a pas besoin des mots. »

Pour ma part, j’ai tout de suite accroché, et cela pour plusieurs raisons. Je m’attendais à entrer directement dans l’histoire de deux adultes, à apprendre à les connaître, puis à vivre et ressentir leur passion. En bref, je m’attendais au schéma classique d’un roman traitant de la passion amoureuse – ce à quoi la page de couverture du roman m’invitait. Et bien non ; lecteur, attends-toi à être surpris ! Dès la première phrase, nous faisons connaissance avec un petit garçon. Quelques pages après, avec une jeune fille de tout juste onze ans. Vous pensez qu’il va s’agir d’une histoire d’amour entre deux mômes, d’une passion de bas âge mais peut-être pas si futile que ça – souvenez vous de E=mc2, mon amour. Vous n’y êtes pas encore ! Les 162 premières pages – tout juste la moitié du roman – se consacrent exclusivement aux enfances respectives de Marie et Roméo, les deux protagonistes du roman. Patience donc, si vous brûlez de les découvrir adultes et passionnés !
 

La plume de l’auteur à présent. Parler de chiffres dès les premières phrases, dans un roman, ce n’est pas habituel. J’aurais presque dit, pas littéraire ! Et pourtant, il y a une certaine poésie qui se dégage de ce passage ; on sent que l’auteure a un style propre et qu’avec celui-ci, elle peut nous emmener loin.
 

C’est ce qui m’a séduit. Je me suis laissée emportée par cette première vague de mots.

« Son père est un géant. Il a des gros yeux, une grande bouche, des mains comme la batte qui sert à frapper les draps mouillés. Avec ces yeux, cette bouche, ces mains, son père fait des choses de géant. Il voit ce qu’on veut lui cacher, comme les sous qui sont partis ou l’accroc sur la chemise de Roméo à cause du barbelé. Quand il a vu, il crie. D’ailleurs même quand il n’a pas vu, il crie. Même quand il n’y a rien de caché, rien à voir du tout, il crie. Il crie parce qu’on cache toujours quelque chose, et qu’il vaut mieux crier pour ça que ne pas crier du tout. Au moins, quand il a crié, il n’a plus la crainte qu’on se foute de lui. C’est son idée fixe, à son père : que Roméo et sa mère en lui cachant des choses se foutent de lui. Il est chatouilleux sur le respect qu’on lui doit. Les géants sont comme ça. Sinon, sûrement, ils ne seraient pas des géants. »

Ce passage pour vous montrer ce qu’a de remarquable l’écriture d’Eve de Castro. Tout d’abord, elle a le mérite de retranscrire, avec un vocabulaire d’adulte, les pensées d’un enfant : la syntaxe et la manière dont les choses sont décrites sont telles que l’on identifie sans peine qui en est l’auteur. Ensuite, ses phrases sont empreintes d’une certaine subtilité ; on devine aisément que le père de Roméo bat sa femme physiquement et moralement, pour autant cela n’est pas dit explicitement. Toutefois, cela n’est implicite que dans les mots, car le rythme des phrases est traitre : des phrases très courtes, lapidaires, qui tombent de manière abruptes et violentes. Elles s’enchaînent, et le lecteur peine à reprendre son souffle. Très vite donc, on ressent l’univers violent dans lequel est plongé le petit garçon.
 

Enfin, le style en lui-même : les phrases reprennent bien souvent le dernier mot de la phrase précédente, créant ainsi un effet de retour en arrière propre au raisonnement de l’enfant. On aborde donc les événements sous le point de vue logique d’un enfant de 5 ans, déjà très marqué par les chiffres. Ce qui m’a perturbé dès ces premières pages, c’est la quasi absence de sentiments ou d’émotions : je me suis demandée si Roméo, enfant, n’essayait pas inconsciemment d’oublier la violence dans laquelle il se trouvait en utilisant les mathématiques et leur logique.
 

Par la suite, au travers des yeux de l’enfant, l’auteure nous fait découvrir l’Ile Maurice : ses paysages, ses habitants, ses habitudes.

« A Maurice, il y a des autobus, seulement on ne les voit jamais. Presque jamais. Jamais quand on les attend. Pourtant on les attend souvent et longtemps. »

C’est tout aussi naturellement et sur le même ton que l’on découvre que les noirs de l’Ile Maurice sont esclaves, et que la mère de Roméo est employée de maison chez des Anglais.
 

Changement de chapitre et changement de personnage : un nouveau style et d’autres paysages. En d’autres termes, un bouleversement que je n’ai pas apprécié.

« Mais un anniversaire est un nouveau départ, donc à cinq heures douze elle est lavée (même derrière les oreilles), habillée (le kilt préféré de sa mère), coiffée (cheveux lissés et attachés), et elle s’assied à son petit bureau. »

J’ai réellement détesté cette manière d’écrire. Alors que dans le premier chapitre l’auteure se mettait à notre niveau pour retranscrire les pensées d’un enfant de cinq ans, elle a choisit pour son personnage de onze ans un style proportionnel à son âge : un style enfantin et déplorable. J’ai eu la désagréable impression de lire le journal intime d’une fillette ; et cela durant tous les chapitres consacrés à l’enfance de Marie. Bien sûr, chaque chose a son utilité, et l’on comprend par la suite que – comme dans le premier chapitre – le style utilisé reflète la situation du personnage : en l’espèce, Marie est issue d’une famille bourgeoise attachée aux traditions et à la bonne tenue. Marie s’évertue donc à être une petite fille modèle. Malheureusement, la désagréable impression de retrouver Camille et Madeleine de la Comtesse de Ségur m’a fait détester le personnage de Marie dès les premières lignes. A vouloir trop en faire, la plume de l’auteur a brûlé sous mes yeux.

« Bien sûr, elle vit confortablement, elle fréquente une école privée d’excellente réputation et personne ne la bat. Mais l’enfer est pavé d’intentions louables, l’essentiel est invisible pour les yeux et pas besoin de s’appeler Cosette pour avoir envie d’être sauvée. »

Je l’avoue, la tournure de ce passage m’a séduite. J’ai donné une seconde chance à Marie et à son histoire. Tel un amuse-bouche, ces quelques phrases m’ont mise en appétit et j’ai tourné la page avec avidité. Malheureusement et pour faire simple, je suis restée sur ma faim – si ce n’est sur un haut de cœur. Il ne se passe rien. Les phrases sont enjolivées, les tournures agréables, mais le noyau est vide. Un simple mensonge – son père n’est pas son géniteur -, et l’existence de la jeune fille bascule : j’ai trouvé cela grotesque et assez invraisemblable, surtout à notre époque.
 

Pour clôturer le tout, un sentiment de malaise vient se greffer à l’histoire : « Sa mère la prend par la main et s’assied à côté d’elle au bord du grand lit. Belle. Incroyablement, irrésistiblement belle. Si Marie osait, elle se mettrait à genoux devant cette mère-là. Elle lui offrirait l’encens, la myrrhe, les bonnes notes, les efforts quotidiens pour être moins ceci et davantage cela. Elle l’adorerait servilement, elle la vénérerait amoureusement. Elle l’adore. Elle la vénère. Servilement. Amoureusement. Marie est éperdument éprise de sa maman. » Détestable.
 

Le seul point positif est peut être le passage concernant les mots et leur pouvoir sur Marie. De même que Roméo s’accroche aux chiffres pour grandir, Marie se cramponne aux mots pour survivre à ce qui lui semble être la fin du monde – de son monde.

« Elle essaie de trouver des mots auxquels se cramponner.

Piton. Piolet. Pyrrhus. Perdition.

(…)

Ne pas pleurer. Rouge, orangé, jaune, vert, bleu, indigo, violet, elle essaie de se rappeler un poème qui parle de couleurs et de voyelles. Ne pas pleurer. »

C’est avec soulagement que l’on retrouve Roméo. Roméo qui grandit page après page, au sein de passages bien pensés, bien écrits.

« Dans sa tête, Roméo sent sa mère qui se penche au-dessus de lui. Sa mère sent la pluie, la transpiration sous les bras, le piment en poudre et le produit pour laver les sols du mess. Toutes ces odeurs font une mère. La sienne. Et aussi le parfum qu’elle met quand son père lui promet de l’emmener danser et qu’elle garde quand il ne vient pas. Et encore le savon qui rentre dans sa peau parce que l’eau froide rince mal et qu’au robinet il n’y a pas d’eau chaude. Roméo aime toutes ces odeurs. Dès qu’il pense à ces odeurs, sa mère est là. »
« Coincé entre son père et sa mère, Roméo est heureux. C’est très simple, d’être heureux. C’est très court et très bon. C’est comme un rêve. Sauf qu’on ne rêve pas. »

Au coin d’une page et au commencement d’un nouveau chapitre sur Marie, j’eus l’agréable surprise de découvrir un bien paisible passage, se démarquant du récit de l’enfance de la jeune fille par le fond et par la forme. Une petite philosophie de la vie dans laquelle on ne peut que se retrouver.

« Quand elle écosse des petits pois, sa vie rentre dans l’ordre. D’abord à cause des petits pois. La concentration exigée par les petits pois la laisse disponible pour toutes sortes de pensées sans lui permettre aucune forme de réflexion. Or l’angoisse vient de la réflexion. La douleur naît de la réflexion. Quand elle fend la cosse, quand elle glisse le bout de son doigt pour en détacher une à une les billes vertes, quand elle fait rouler les pois durs et frais dans le saladier, elle ne réfléchit pas. Au lieu de se cogner contre les murs de sa tête, son esprit descend dans ses oreilles, dans ses narines, glisse le long de ses coudes, de ses phalanges, jusqu’à l’extrémité de son majeur. Là, elle est bien. Dans le coussinet sous l’ongle rongé de son majeur, elle est bien. Le temps prend la couleur, la consistance et le bruit des pois lorsqu’elle les secoue au creux de sa paume avant de les lancer en pluie sur ses poignets. »

Au fil des mots et au-delà de l’histoire, les personnages se construisent et développent une identité. C’est par ce procédé que le lecteur apprend à les connaître, et presque à les aimer. Presque, car leur personnalité présente autant de défauts que de qualités, et connaître ainsi totalement l’Autre, en profondeur, n’est pas humainement possible. Alors, on ne peut pas humainement les aimer ou les détester. Comme s’il s’agissait de soi-même – qui peut affirmer s’aimer ou se détester – on ne peut que les accepter, tels qu’ils se sont construits.
 

C’est ainsi que l’on comprend que Marie, enfant, se sent prisonnière, enfermée dans un carcan bourgeois duquel elle tente d’échapper par les mots. Elle s’invente en quelque sorte un dictionnaire de la liberté, construit des synonymes des mots qu’elle n’a pas le droit d’utiliser ou au contraire qu’on lui impose. Les mots deviennent sa délivrance, du moins c’est ce qu’elle pense – car Marie, adulte, n’échappera pas à son éducation.
 

La plume de l’auteure devient plus intéressante lorsqu’elle évoque les seize ans et plus de Marie. Au style moins enfantin, on ressent clairement le souci qu’a eu l’auteur de vieillir son personnage et de lui donner une certaine maturité. Néanmoins, les parenthèses persistent. Des parenthèses ridicules, omniprésentes du début à la fin du roman et qui rendent les phrases très lourdes lors de la lecture. Je pense que ce choix de l’auteure aurait pu être judicieux, s’il n’avait pas été aussi extrême. Lecteur, sois courageux ! L’envie de laisser tomber le roman s’est faite ressentir à maintes reprises.
 

Le rythme s’accélère tout à coup, les années s’emballent. On tourne une dernière page et la deuxième partie du roman commence : « Spirale ». On y retrouve nos deux gosses, adultes à présent. Roméo a perdu son innocence et sa douceur d’enfant ; on découvre un homme à la fois assoiffé et dégoûté des femmes et du sexe, menant une vie misérable construite d’erreurs et de déceptions.

« Il en a bouffé, des femmes. Il en est gavé, il ne prend plus. Sauf pour le pieu, et encore, il simplifie. Il voit une petite jeune, pas plus haute qu’une demi-pomme, végétarienne et rigolote, le genre copine coquine sans prise de tête. A part ça, il baise Martine deux ou trois fois par mois. Martine est son ex-femme. Elle est blonde, secrétaire dans l’Administration, fade et mesquine. Il l’a épousée parce qu’elle était en cloque, qu’à trente ans, il se sentait prêt pour être père, et parce que avec le mariage il récupérait la nationalité française. Chaque fois il se dit qu’il a vraiment merdé en ayant un gosse avec cette conne là plutôt qu’avec une autre, peut-être aussi conne mais moins chiante. Il la baise quand même. Elle a un beau cul. Avec d’autres qui l’inspirent moins, il pense à son cul. »

Les chapitres suivants concernant ce personnage seront à l’image de ce passage : entre égocentrisme marqué et langage sexuel très cru. Le lecteur ne peut donc s’empêcher d’éprouver – effet escompté par l’auteure - un dégoût profond pour Roméo, une aversion certaine.
 

Vers la page 179, j’ai commencé à me lasser sérieusement de la plume de l’auteure : au début du roman, le style lapidaire convenait bien à l’atmosphère violente régissant la vie de Roméo. Seulement, après presque deux cent pages, le style n’a pas évolué. Les phrases sont toujours très courtes, s’enchaînent toujours avec la même rapidité ; le lecteur n’a pas le temps de s’installer entre les mots, de laisser sa pensée entre les lettres, il est toujours bousculé. Un rythme intellectuellement fatiguant donc.
 

Malgré ces petits bémols, j’ai tout de même continué d’apprécier certains passages ; dont celui-ci, bien qu’irréaliste je pense à notre époque (…) :

« N’empêche, ce qu’il a compris de ces années chaudières, c’est que la religion de l’effort, toujours mieux, toujours plus, ça ne fait pas vivre plus ou mieux, ça empêche de vivre tout court. Sa philosophie d’aujourd’hui, c’est que plus n’est pas forcément mieux et que le plaisir ne doit pas coûter cher. Pas cher en argent, pas cher en temps, pas cher en énergie. Observer le monde, la nature, les gens, jouir de ce qu’on a à portée, sans forcer, ça, c’est vivre. »

Pour faire bref, les chapitres suivants ne sont pas très rose, voire même plutôt noirs. Malgré certains clichés et phrases toutes faites, le lecteur accompagne les personnages dans leur déchéance, tous les sentiments y passent. On s’accroche à l’histoire comme les personnages s’accrochent à leur vie ; ils ont envie de tout quitter et nous de laisser tomber le roman. On se cramponne aux mots, le cœur battant d’appréhension pour la suite.

« Il voudrait qu’elle remplisse l’espace, qu’elle comble le vide, et elle, tout ce qu’elle sait faire, c’est s’occuper de ses bouquins et de ses mômes. Elle le fait chier avec son exemple qu’il est censé suivre, alors que le seul truc dont il aurait besoin, c’est qu’ils soient ensemble, qu’ils bouffent, qu’ils baisent, qu’ils dorment ensemble. »

Plus on tourne les pages, plus les personnages évoluent dans leur rapport l’un à l’autre. La justesse des sentiments et des émotions décrits captive le lecteur, l’intègre totalement et malgré lui à la vie chaotique de Marie et Roméo. Inquiétude, désarroi, douleur : on devient tour à tour l’un et l’autre, incapable de les comprendre, soumis à leurs choix.
 

Un point négatif assez lourd du roman est sa forme restrictive au niveau de l’identité des personnages. En effet, Roméo est – de façon de plus en plus excessive– grossier, pervers et égoïste ; quant à Marie, elle apparaît fleur bleue, travailleuse et intelligente. Cette catégorisation des individus quant à leur personnalité selon qu’ils soient un homme ou une femme m’a fort déplue. J’aurais souhaité plus d’originalité et moins de clichés dans ce roman qui se veut différent.
 

Malgré ces défauts, la centaine de pages qui suivent et terminent le roman se lit d’un trait. Difficile de décrocher alors que les personnages sont comme aspirés dans le tourbillon de leurs erreurs. La chute des personnages est certes prévisible, mais tellement brutale que l’on en a le souffle coupé. Les personnages se déchirent encore et encore, toujours plus fort et toujours plus loin ; c’est ici que se dessine la véritable passion, qui dépasse de loin la simple passion amoureuse. Alors que l’amour se transforme progressivement en haine, une haine si brutale et si forte qu’elle en devient collante, imprégnant le lecteur qui tourne les pages avec dégoût, ce dernier découvre la passion haineuse.
 

Toutefois, bien que l’auteure ait très bien su retranscrire cette passion destructrice et violente, la responsabilité de Marie n’est pas apparente. Roméo est coupable à la lecture. Egocentrique, violent, impitoyable, sévère, dur, etc. : la liste de ses défauts s’alourdit à chaque page. Cependant, dans la haine comme dans l’amour il faut être deux, l’auteure aurait donc peut-être du développer la part de responsabilité de Marie dans cette relation proche de l’aversion de l’autre.
 

Le couple que continuent de former envers et contre tout Marie et Roméo poursuit sa descente aux Enfers : leur relation dépasse les limites, atteignant une sorte de folie haineuse tellement intolérable qu’elle en devient inhumaine, vestige d’un ancien amour aux blessures toujours saignantes. Chaque mot devient une pierre de feu. Le lecteur refuse de poursuivre et voudrait oublier, mais il ne peut pas. Il a véritablement peur. Peur pour ces personnages qui en moins de 250 pages ont pris vie, vibrant de leurs personnalités si pleines de défauts, de leurs erreurs, se nourrissant l’un de l’autre. Le lecteur ne peut qu’être tourmenté par la tempête qui bouleverse leur existence, les entraînant dans un puits de douleur qui semble infini.
 

Les dernières pages arrivent comme un soulagement, on ne peut réprimer un soupir. Le soulagement d’abandonner là ces deux êtres perdus et désespérés.
 

Après réflexion, on relit les dernières phrases. Ces quelques phrases que l’on avait d’abord survolées afin de terminer le roman plus rapidement, il faut maintenant les lire avec attention afin de mieux comprendre comment un roman si émotionnellement insupportable a pu prendre fin. Peut-être également pour se rassurer : trouver dans ces derniers mots une logique, une explication à la douleur des dernières pages.
 

Ainsi, ce n’est qu’une fois la lecture terminée que l’on peut véritablement comprendre les intentions de l’auteure : nous faire comprendre que chacun se construit une identité et une personnalité propre durant l’enfance, et qu’en conséquence notre enfance fera toujours partie intégrante de notre vie, marquant celle-ci profondément. Nous faire comprendre également qu’il faut savoir accepter l’autre, l’intégrer et apprendre à dépasser ses propres limites afin de mieux le saisir.

Marie et Roméo, malgré des enfances très différentes l’une de l’autre, ont tous les deux connus la douleur – morale ou physique. C’est peut-être cela qui les a condamné par avance : ils se sont tellement ancrés dans ce qu’ils étaient enfants, tellement définis par rapport à ce que l’on exigeait deux, qu’une fois ensemble ils se sont heurtés à leurs propres limites et n’ont pas su les dépasser. C’est donc un véritable mur, celui de leurs différences, qui va se dresser entre eux.

« Un jour, on s’assied au bord d’un lit, au flanc d’un homme nu sous le drap et on le regarde. On ne peut plus le toucher, on ne peut plus lui parler, il est si loin déjà, alors on se met tout entier dans les yeux qu’on pose sur lui et on le regarde. »

 Je remercie chaleureusement http://flof13.unblog.fr/files/2010/01/livraddictlogosmall.pnget les http://www.laffont.fr/images/image001.png qui m'ont permis de découvrir ce roman!!

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27 février 2010 6 27 /02 /février /2010 20:27
Les fous de pêche,
écrit par Marc Méret.

Publié en 2007. 


 Quatrième de couverture :
 

"Ceux-là forment une petite équipe de pêcheurs composée d’un noyau dur et de quelques occasionnels qui se joignent à eux pour des parties de pêche au coup, aux carnassiers, à la mer…Nous les retrouvons au fil des pages sur des berges aussi différentes que celles d’un étang, d’une rivière à migrateurs en Picardie ou sur les côtes du Cotentin. Nous les accompagnons dans la brume de l’aube, dans une barque au printemps, dans la bise de l’hiver. Ils manient la grande « gaule » en carbone, les lancers légers ou lourds, la canne à mort manié et surtout … à mouche.L’écriture de Marc Méret a la précision du botaniste pour décrire la nature dans laquelle se fond le pêcheur et l’âme poétique pour nous rappeler que seule l’amitié donne du prix à ces moments de vie."
 
 

Je m’attendais à un roman original sur l’univers – au final terriblement méconnu – des pêcheurs. J’ai eu mieux, beaucoup mieux que cela. Dix-neuf nouvelles, pas moins. Chacune originale, différente, distrayante et relaxante. Chacune se renouvelant par son ou ses personnages, de nombreux poissons et techniques de pêches, des descriptions terriblement vivantes et authentiques, sa poésie ou son réalisme, ainsi que par des berges jamais identiques. Quelle joie de retrouver dans la poésie de Marc Méret certains paysages familiers, tels que la Picardie ou la Bretagne, mais également de découvrir de nouvelles contrées et de nouvelles rivières.
« Avant de terminer ce qui restait de café dans la thermos, les deux hommes se resservirent, avec une part de camembert au lait cru, une petite larme de ce délicieux Chablis qui avait accompagné leur pause déjeuner. La bouteille déjà à moitié vide, ou encore à moitié pleine selon la manière de voir les choses, rejoignit dans la glacière l’excédent de « jambon cru – pâté de campagne – saucisson » soigneusement enveloppé dans du papier d’alu et le reliquat de salade de « pommes de terre – haricots verts – tomates » qui baignait dans la vinaigrette au fond d’un grand Tupperware. Ils seront bien aise, vers dix-sept ou dix-huit heures, de retrouver ces reliefs bien gardés au frais par la glace de deux bouteilles d’eau minérale extraites à l’aube du congélateur. »

La première nouvelle m’avait laissé assez perplexe : la découverte assez brutale de l’univers complexe de la pêche à la mouche n’avait rien de séduisant. Tout était décrit avec beaucoup de réalisme et de détails, mais je ne trouvais pas la poésie, la beauté des mots que j’attendais. Néanmoins, j’avais aimé ces langages vivants et fraternels : j’ai donc poursuivi ma lecture, et j’ai ainsi pu découvrir une toute autre écriture – bien plus agréable. Comme je le disais précédemment, Marc Méret a su me surprendre en renouvelant son style dans chacune des nouvelles. Sa plume a su m’atteindre aux moments où je m’y attendais le moins, sachant parfois m’émouvoir ou me transporter loin, très loin de mon lit…

« (…)

-Et pis, y viennent nous vouère ! Ah ça…

Il resta un petit moment perdu dans ses pensées de vieux papy gâteau.

-On s’plaint pas, ça va toujours. L’pire c’est m’pauv’femme. Ca y fait quatre-vingt-onze comme mi. Alle voit pus clair. Alle dit qu’alle arrive pus à faire s’n’ouvrage comme y faut, qu’alle est pus bonne à rien. Laisse, que j’dis, j’vas l’faire. D’temps en temps alle laisse un peu brûler l’fricot, alors alle pleure. Mi, j’dis qu’ch’est bon…et pis j’eul minge. »              

« Equipé, la canne de neuf pieds montée, il dévale le talus, abandonne ses soucis professionnels, les ignorants et leurs couillonnades dans la première touffe d’orties qui borde le sentier et, prenant appui sur le poteau de coin, escalade allègrement la clôture en fils de fer barbelés, en prenant garde de ne pas y percer ses cuissardes en néoprène, pour retomber en souplesse dans le pré où serpente la rivière, son amie, sa maîtresse qui l’attend… Vaque-t-il à d’autres occupations ? Elle l’attend… Est-il en retard ? Elle l’attend, sans impatience, sans mauvaise humeur… Elle l’attend au milieu du pré et au coin du bois, avec ses formes arrondies, ses courbes parfaites, ses plats si lisses et d’une grande douceur, ses chutes attrayantes au chant mélodieux, ses profonds mystérieux alimentés par des courants au tempérament de feu, sa chevelure de renoncules et ses tresses de jonc et d’iris qui encadrent des reflets rosis par le soleil couchant. Elle l’attend,  offerte, lascivement étendue dans son lit à baldaquins de peupliers. A la nuit tombée, elle l’enlacera dans la fraîcheur et la brume qui montent de ses flancs et ses remous lui murmureront des mots incompréhensibles, mais si paisibles et si doux qu’ils seront à n’en pas douter des mots de tendresse et d’amitié. »
Le point faible de ces nouvelles réside dans les détails, parfois trop compliqués pour des non-initiés ou débutants, des techniques de pêche : un petit lexique explicatif aurait été le bienvenu. Néanmoins, cela m’a donné l’envie de redécouvrir la pêche, et peut-être était-ce là le but recherché. Pendant environ sept ans, j’ai accompagné mes parents dans leurs innombrables week-ends de pêche, sur les pontons d’un marais. Jusqu’à la lecture du passage ci-dessous, j’avais totalement oublié ces week-ends ; mais l’écriture de Marc Méret est tellement authentique qu’au fur et à mesure des mots, chaque détail – jusqu’à l’odeur de l’amorce – m’est revenu…

« Le pêcheur mouilla d’abord son amorce pour lui laisser le temps de gonfler, planta ses piquets, disposa les rouleaux pour la grande canne à déboîter à sa gauche et trois mètres en arrière, mit la bourriche et l’éponge (un petit truc pour se laver les mains) à l’eau. Comme un rituel, notre homme pratiquait son installation toujours dans le même ordre. Parallèlement à la berge, il déposa son lancer à brochet où le premier gardon pris sera loché à l’aide de l’aiguille sur un avançon de cinquante centimètres en très fins fils d’acier tressés gainés de nylon, l’hameçon double à cheval derrière la tête. Il emboîta ensuite les brins de la longue canne en carbone de dix mètres cinquante, garda les trois plus gros en réserve sur les rouleaux et fixa la ligne de cinq mètres au bout de l’élastique intérieur.

Le couple de cygnes qui élevait sa nichée sur la petite île vint s’assurer que l’intrus ne présentait aucun danger. Le mâle siffla deux fois en tendant son long cou dans la direction du pêcheur, pour la forme. Ils disparurent dans la brume vers leur pâturage au milieu des petits fonds. »

A l’époque, ne plus avoir l’obligation d’accompagner mes parents avait été pour moi une délivrance. Je m'aperçois aujourd'hui - avec beaucoup de plaisir - que j’ai la nostalgie de ces longs après-midis de patience et de techniques.
 

Marc Méret m’a transmis, au travers d’une poésie très douce, un peu de son amour de la pêche ; je l’en remercie.

« Aura-t-il besoin de ces cinq mouches CDC qu’il a montées, amputant d’un bon quart d’heure sa partie de pêche ? Certes, non ! Ses casiers débordent d’une foule de modèles dans les numéros d’hameçons les plus usités. La plupart ne serviront seulement jamais, peut-être un de ces jours funestes où les truites mal lunées refusent tout ce que vous leur passez au-dessus de la tête. Elles sont destinées à ça, ces mouches surnuméraires qui encombrent les boîtes, mais font la fierté de leur propriétaire sous les regards envieux des collègues qui achètent les leurs. Et si par bonheur l’une d’entre elles tente un poisson rebelle, elle est sur l’heure élevée au rang suprême de sauve-bredouille et devient pour deux ou trois saisons la mouche miracle, la mouche dont tout le monde voudrait connaître le montage jalousement gardé secret par son auteur. »


 Je remercie chaleureusement http://flof13.unblog.fr/files/2010/01/livraddictlogosmall.pnget les éditions http://2.bp.blogspot.com/_7QWzZWxCPYg/Syjsz74kGjI/AAAAAAAAAHk/RchJBExDGXI/S1600-R/logo.jpg qui m'ont permis de découvrir ce roman!!

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28 janvier 2010 4 28 /01 /janvier /2010 17:03
Cadres noirs,
écrit par Pierre Lemaitre.
 
A paraître le 3 février 2010.

Alain Delambre est un cadre de cinquante-sept ans anéanti par quatre années de chômage sans espoir. 
Ancien DRH, il accepte des petits jobs démoralisants. À son sentiment de faillite personnelle s’ajoute bientôt l’humiliation de se faire botter le cul pour cinq cents euros par mois… 
Aussi quand un employeur, divine surprise, accepte enfin d’étudier sa candidature, Alain Delambre est prêt à tout, à emprunter de l’argent, à se disqualifier aux yeux de sa femme, de ses filles et même à participer à l’ultime épreuve de recrutement : un jeu de rôle sous la forme d’une prise d’otages. 
Alain Delambre s’engage corps et âme dans cette lutte pour regagner sa dignité. 
S’il se rendait soudain compte que les dés sont pipés, sa fureur serait sans limite. 
Et le jeu de rôle pourrait alors tourner au jeu de massacre.




Lu en quelques heures, ce roman est pour moi un chef-d’œuvre. « Un chef d’œuvre », j’ai beaucoup de mal à expliquer ce que j’entends par là : je n’entends pas un chef d’œuvre comme le sont les écrits de Dumas père ou de Zola – la plume de Pierre Lemaitre n’atteint pas ces niveaux -, mais plutôt un chef d’œuvre de société. Si le style et le vocabulaire employés ne sont pas originaux, si le thème même – le chômage et ses conséquences – nous semble terriblement familier, l’auteur a su écrire un roman d’une grande finesse. Bouleversant, poignant, perturbant, dérangeant, attachant, désespérant, violent - sont autant d’adjectifs pour le qualifier ; mais il est surtout terriblement ancré dans la réalité.

 

Quelle réalité ? Pour faire simple, celle de ces dernières années : un taux de chômage en hausse et 10% de français qui détiennent 61% de la richesse nationale. Ce roman en est une des conséquences – une des plus extrêmes. Je pense que Pierre Lemaitre a fait preuve d’un grand art en réussissant à écrire sur ce thème un roman très noir mais très crédible, et peut être même trop réel (…).

« Je mesure mon utilité sociale au nombre de mails que je reçois. Au début, d’anciens collègues de chez Bercaud m’envoyaient des petits mots auxquels je répondais tout de suite. On papotait. Et puis, je me suis rendu compte que les seuls qui m’écrivaient encore étaient ceux qui s’étaient fait virer. Des copains de promo en quelque sorte. J’ai arrêté de répondre. Ils ont arrêté d’écrire. D’ailleurs, globalement, tout s’est raréfié autour de nous. (…) Les gens se sont peut-être un peu fatigués de nous. Et nous d’eux. Quand on n’a pas les mêmes soucis, on n’a pas les mêmes plaisirs. »

Si dans le roman Alain tombe au piège, je pense qu’en réalité ce qu’essaye de nous faire comprendre l’auteur, c’est que le piège s’est déjà refermé sur lui depuis longtemps. Le reste n’étant plus que de vagues conséquences. Ce piège véritable est celui d’une société capitaliste qui condamne de plus en plus les séniors au chômage. Regardez le journal télévisé, et vous aurez un aperçu du thème du roman.

 

Les chapitres sont au nombre de trois, « Avant » ; « Pendant » ; « Après ». Simples, mais percutants. A l’image du roman.

 

A cinquante ans, Alain – qualifié pour être DRH – accuse quatre ans de chômage et de petits boulots de misère. Il bosse. Il bosse comme un forcené pour se maintenir la tête hors de l’eau, acceptant n’importe quel job. Il est humilié. Fatigué. Dépressif et anéanti. Il a un appartement à payer, des dettes à rembourser, une vie à vivre. Comment s’en sortir ? Il a une femme. Des enfants. Mais il n’a plus de dignité. Désespérément, il s’accroche. Alors, quand on lui fait croire qu’il a toutes ses chances d’être embauché dans une grande entreprise en tant que cadre, il se donne corps et âme afin de réussir. Réussir, coûte que coûte.

« Nicole me sourit. Ce sourire de mon amour. C’est toute ma raison de me battre et de souffrir. Je peux mourir pour cette femme. »

Le lecteur entre dans l’histoire d’une manière simple, rapide, agréable et efficace. J’ai trouvé la plume de l’auteur parfaitement adapté au personnage. Le langage est familier, sans être simple. Le narrateur est toujours interne à l’histoire, ce qui nous offre un point de vue intéressant : l’intensité des sentiments est plus forte, les descriptions plus réelles, les problèmes plus dramatiques, etc. Le premier chapitre est narré par le personnage central, Alain Delambre. Un choix qui s’avère très efficace : son passé et son présent sont évoqués d’une manière rapide mais très personnelle, ce qui nous aide à comprendre le personnage, à le cerner et, d’une certaine manière, à entrer dans sa peau et s’approprier ses problèmes, qui deviennent petit à petit les nôtres. Le lecteur brûle d’avancer dans l’histoire tout autant qu’Alain brûle de sortir du chômage.

« Je pense que ce matin, elle pleurait, je n’ai pas eu le courage de la toucher. »

J’ai été captivé, les pages se tournant de plus en plus vite. J’ai flairé le piège dans lequel tombait Alain, sans pour autant le deviner pleinement. Le scénario est réellement bien écrit – les détails sont très réfléchis, aussi bien dans leur dimension matérielle que psychologique.

« Installé à une table tout au fond de la plus grande salle, j’ai ouvert devant moi mon ordinateur portable. Pendant que le système démarre, je bois un café infect : je suis à un buffet de gare. A cette heure-ci, hormis quelques balayeurs togolais qui font la pause en rigolant, la pègre de l’aube est composée de poivrots insomniaques, d’ouvriers de nuit qui sortent du boulot, de chauffeurs de taxi, de couples épuisés, de jeunes gens défoncés. La population qui débute la journée est franchement démoralisante. Dans cette salle, je suis le seul à bosser mais je ne suis pas le seul à être en perdition. »

Tout est si vraisemblable que l’on ne peut s’empêcher d’être terrifié. La situation d’Alain pourrait devenir la nôtre un jour.

« Quand le bûcheron entre dans la forêt avec sa hache sur l’épaule, les arbres disent : le manche est des nôtres. »

Le roman est emprunt d’espoir, et cela m’a marqué. L’espoir, si humain. Si navrant. Qui n’a jamais espéré de toutes ses forces ? Qui ne s’est jamais senti désespéré ? Le roman nous offre quelques réflexions sur cette notion, « l’espoir ».

« Il a des côtés marrants, Charles. Par exemple, il ne sait pas combien de temps il est resté inscrit sur les listes d’attente des HLM, mais il compte avec précision le délai écoulé depuis qu’il a renoncé à renouveler sa demande. Cinq ans, sept mois et dix-sept jours au dernier décompte. Ce qu’il calcule, Charles, c’est le temps qui s’est écoulé depuis qu’il n’a plus aucun espoir d’être relogé. « L’espoir, dit-il en levant l’index, est une saloperie inventée par Lucifer pour que les hommes acceptent leur condition avec patience. » »

On y trouvé également de nombreuses références à de grands auteurs tels que Bergson, Celine, Kant, Proust, Sartre (...), ce qui est très agréable lors de la lecture. Je rappelle que Pierre Lemaitre est un écrivain français.

Roman bouleversant, car terriblement humain. Amour, fraternité, courage, espoirs. Roman terrifiant, car terriblement humain. Echecs, humiliations, souffrances, détresse.

Réel. 

Je vous laisse découvrir un autre avis : Lire et Délires.
 

 Je remercie vivement les éditions http://www.elbakin.net/images/logo_calmann-levy.gifainsi que http://2.bp.blogspot.com/_Vo5wHR1g-U4/Sm7wcyI6AhI/AAAAAAAAAHs/Scfyooz4YZ8/S187/logobob01.jpgqui m'ont permis de découvrir ce très bon roman dans le cadre d'un partenariat. Suite à cette lecture, j'ai terriblement envie de découvrir les deux autres ouvrages de Pierre Lemaitre!

 

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26 janvier 2010 2 26 /01 /janvier /2010 10:59
Un vampire ordinaire,
écrit par Suzy McKee Charnas.

Publié en 1980.
Réédité en juin 2007. 


Quatrième de couverture :

Edward Weyland, professeur d’anthropologie à l’université de Cayslin, semble un bel homme. Mais ce n’est pas un homme. C’est un vampire, un prédateur qui se nourrit de sang humain, issu d’une espèce rare et ancienne, presque dotée de l’immortalité. Les humains fascinent Weyland, et surtout leurs rêves, car lui ne rêve pas, même durant ses longues périodes d’hibernation. Et parce que les humains fascinent Weyland, il entreprend une étrange relation avec une psychanalyste.
Une relation psychothérapeutique ? On peut en douter.
Mais l’une et l’autre vont succomber à une fascination réciproque, bien proche de ressembler à de l’amour, cette autre forme de prédation.
Suzy McKee Charnas a entièrement renouvelé, avec sensibilité, le thème du vampire. Un grand classique.



L’histoire débute d’une manière somme toute assez originale : « Un mardi matin, Katje découvrit que le professeur Weyland était un vampire, comme celui du film qu’elle avait vu la semaine précédente ». Soit. Aucune hésitation, on sait à quoi s’attendre. Cela m’a relativement déplu, j’aurais souhaité un peu plus de mystère, de recherche… Je ne me suis pourtant pas arrêtée là : au contraire, j’avais hâte d’en savoir plus.

 

Durant les 60 pages qui suivirent, je n’eus qu’une envie : arrêter ma lecture. En résumé, Katje de Groot, dame d’un certain âge, soupçonne le professeur Weyland d’être un vampire : elle va donc en quelque sorte l’espionner, glaner deux ou trois informations ici et là, et à chaque fois en tirer la conclusion qu’il s’agit d’un vampire. Ces conclusions s’avéreront finalement véridiques lorsque ce dernier l’attaquera. Totalement irréaliste ! J’ai vraiment été déçue. Tout d’abord, j’ai eu l’impression d’être prise pour une idiote : Katje a vu un film avec un vampire, Weyland se promène tard le soir, conclusion : Weyland est un vampire. Euhhh … un peu osé là, le syllogisme, non ?! A côté de ces suppositions parfois exaspérantes, on dénote un peu d’action : notamment la découverte – très vague - du laboratoire du professeur, entouré d’un mystère totalement inutile puisqu’au final il ne s’agit que d’un simple laboratoire qui ne sera plus – ou à peine- évoqué dans les chapitres suivants –l’abandon de l’idée m’a d’autant plus déçu qu’il y avait là matière à écrire. Ajoutons que dès les premières pages, on découvre très superficiellement un grand nombre de personnage qui en définitive ne seront plus évoqués dans le roman, voire dans le chapitre en question. A côté de cela s’ajoute bien d’autres défauts, telles que des coïncidences plus que faciles ; quelques phrases sur les Noirs et les Indigènes hors propos de l’histoire, placées là de manière à rappeler – notamment – la ségrégation raciale; des répétitions pas très engageantes telles que «  Katje émis un grognement », page 24, page 30 et un peu plus loin; sans compter une foule de détails inutiles tels que « C’était un cadeau au Club du personnel de l’Economie Domestique. Il manquait déjà de nombreux éléments, mais cela ne dérangeait pas Katje. », pages 18-19.

 

En bref, le personnage de Katje m’a paru ridicule, autant dans son comportement irrationnellement soupçonneux que dans ses propos avec les autres personnages. J’ai imaginé une Miss Marple ratée, choquée pour peu et aux propos raseurs ou tout bonnement navrants - « Mais il était en train de lui faire la cour ! ». La majorité des défauts que j’ai rencontrés, dont les quelques uns cités ci-dessus, auraient été excusés si l’histoire proposée tenait debout ; mais je n’ai trouvé qu’un récit incohérent car souvent irréaliste et simpliste malgré la multiplication de personnages et de détails inutiles. Le plus grand défaut est sans nul doute un manque cruel d’action. Le vampire est décrit comme dynamique, vivant : un récit à son image aurait été le bienvenu ! Je peux comprendre que l’auteur n’est pas désirée mettre de l’action dès le début de son récit, mais il est tout à fait possible de donner de la vie à un texte en jouant sur les effets de vitesse : des phrases lapidaires entrecoupées de passages descriptifs, analepses, prolepses etc. en sont autant de moyens ! Je n’ai trouvé qu’un récit à la hauteur du personnage de Katje : lent, lassant, navrant.

 

Le deuxième chapitre s’ouvre comme une conséquence de la fin du premier : le professeur Weyland est blessé – je vous épargne les détails – et capturé. Après la lecture de ce second chapitre, j’ai compris l’utilité du premier : si le vampire n’avait été blessé, le récit n’aurait pas pu se poursuivre. Pitoyable : écrire soixante pages pour blesser le vampire et permettre la progression de l’histoire ; il aurait été plus intéressant que l’histoire commence au chapitre 2, avec par la suite une voire plusieurs analepses expliquant comment le vampire a obtenu cette blessure, d’autant plus que dans ce deuxième chapitre, le vampire raconte brièvement à un personnage –Mark – par qui et comment il a été blessé.

 

Revenons aux faits : ce deuxième chapitre de 85 pages. Beaucoup plus captivant que le premier, j’ai pris du plaisir à le lire : on découvre réellement le vampire, et notamment ses deux côtés : humain et inhumain. Humain au travers de sentiments forts qui l’habitent tels que la peur, l’inquiétude, la curiosité (…); et inhumain car il n’en reste pas moins un vampire assoiffé et manipulateur. Au fil des pages, on apprend quelques détails intéressants sur le fonctionnement du vampire ; intéressants car ils évitent les clichés habituels. Toutefois, c’est un plaisir nuancé : de nombreux défauts subsistent. Mark, le personnage qui va côtoyer le vampire tout au long de ce deuxième chapitre, est un enfant – un collégien plus précisément- et l’auteur se sert de la naïveté de l’enfant pour faire avancer son histoire ; le défaut n’est pas dans l’idée de base, mais plutôt dans son exploitation beaucoup trop simpliste – je n’en dis pas plus. D’autre part, j’ai été particulièrement agacée par la répétition des « et » à la fois en milieu et en début de phrase : ici je m’adresse au traducteur qui me semble avoir oublié la beauté de la langue française.

Je n’ai compris le fonctionnement du roman qu’à la fin de ce deuxième chapitre : chaque chapitre est indépendant des autres, et donc les personnages découverts et auxquels le lecteur a pu s’attacher disparaissent de l’histoire. J’avoue que cela m’a déçu : j’aurais probablement apprécié que le vampire continue sa route en emmenant Mark – l’enfant. Trop cliché ? Certes, ce n’est pas sans rappeler quelques histoires de vampires, et en cela l’auteur a innové. Toutefois, ce que l’on appelle couramment des « clichés » ne sont-ils pas des éléments créés pour satisfaire le besoin des lecteurs de trouver une part d’humanité au cours de leur lecture ? De se retrouver eux-mêmes dans le comportement des personnages ? Peut-être ces clichés sont ils récurrents parce qu’ils sont efficaces, voire nécessaires ? (…)

 

Le troisième chapitre, intitulé « La dame à la licorne », commence page 159 pour se terminer page 260. Je donne ces quelques détails pour souligner ma plus grande déception : la quatrième de couverture du roman – alléchante, il faut le dire – ne concerne que ce chapitre de cent pages ; ce n’est donc pas une quatrième de couverture de roman, mais plutôt une présentation de chapitre. Je ne vais pas aller plus loin dans mes réflexions sur ce choix de l’éditeur, je vous laisse tirer vos propres conclusions.

Ce troisième chapitre est de loin le plus intéressant du roman ; Weyland, pour expliquer à ses collègues et supérieurs sa mystérieuse disparition  et réapparition, entame une – fausse - psychanalyse. Son but est d’obtenir le document certifiant de sa santé mentale ; il va donc passer de nombreuses heures en compagnie de Floria – la psychanalyste. Toutefois, il va consacrer ces heures à expliquer – en long, en large et en travers – sa véritable nature, mettant ainsi Floria dans le secret. L’idée de la psychanalyse m’a beaucoup plu – bien que ce chapitre m’ait fortement rappelé le si célèbre Entretien avec un vampire, de Anne Rice – mais encore une fois, j’ai été déçue par son exploitation trop simpliste à mon goût. Pour faire bref, j’ai eu la désagréable impression que l’auteur désirait exposer sa théorie sans faille sur les vampires – reproduction, alimentation, chasse, attitudes mentales et physiques, etc. : tous les sujets ou presque sont abordés. Le vampire raconte, la psychanalyste écoute et pose parfois quelques questions. Les moments les plus captivants sont probablement les récits de chasse que lui fait le vampire, mais là encore le lecteur reste sur sa faim : la chasse au bétail humain, décrite comme intense, est racontée d’une manière très plate. Weyland dit ne pas pouvoir s’en passer, que la faim surpasse tout le reste dès qu’elle se fait ressentir, mais je n’ai jamais ressenti ce manque, ce désir insatiable. Ce chapitre se termine finalement et sans surprise – c’était tellement prévisible – par une relation sexuelle entre le vampire et sa psychanalyste.

 

Les deux derniers chapitres sont similaires au niveau de leur fonctionnement : on ne retrouve aucun des personnages rencontrés précédemment, seul le vampire continue d’évoluer au fil des pages. Je n’ai trouvé aucun intérêt au quatrième chapitre, qui m’a semblé terriblement ennuyeux – de trop longues descriptions d’un opéra –, et à nouveau j’ai relevé quelques défauts. Pour n’en citer qu’un : page 303, une scène « d’action » nous est proposée – le vampire doit disparaître des lieux et pour se faire va emprunter un chemin légèrement risqué ; voici un extrait de ce passage : « S’il se suspendait au parapet en étendant complètement les bras, les semelles de crêpe de ses chaussures arriveraient à environ un mètre cinquante de la structure entretoisée. » Le manque de rythme dans cette phrase – ainsi que dans tout le roman – m’a déçu : nous sommes face à un prédateur en fuite, et l’action ne se fait absolument pas ressentir ; d’autre part, la description des semelles – « les semelles de crêpe de ses chaussures » - totalement inutile dans cette scène m’a réellement agacée. Imaginez vous un vampire en fuite examiner pensivement le semelle de ses chaussures ?!

Le dernier chapitre est à l’image du roman : décevant. Seule la fin, assez originale, relève l’impression générale : un roman à la narration bancale, sans profondeur, aux incohérences nombreuses et d’une lenteur étouffante.

 

Pour terminer sur quelques notes positives, ce roman a le mérite de proposer une vision du vampire différente de celles que nous pouvons connaître : on découvre un vampire qui malgré les apparences agit tel un animal, dominé par sa faim – et non par le sexe –, essayant de survivre malgré l’évolution de plus en plus rapide des humains. L’approche que le vampire a des humains, son « bétail », est également très originale, et en cela le roman est une bonne découverte.


J’aimerais partager avec vous une critique très intéressante, et qui compare notamment Un Vampire ordinaire aux Âmes perdues de Poppy Z. Brite : un de mes romans préférés ! Cliquez!

 

Egalement de nombreuses autres critiques que je vous laisse découvrir =) : Mes Imaginaires; Chaplum; Chez Val; Lire et Délires; Le vallon fantastique; Les lectures de Mina

 Je remercie chaleureusement http://flof13.unblog.fr/files/2010/01/livraddictlogosmall.pnget http://flof13.unblog.fr/files/2010/01/ldplogo.gifqui m'ont permis de découvrir ce roman!!

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19 janvier 2010 2 19 /01 /janvier /2010 18:42
Des Souris et des hommes,
écrit par Steinbeck.

Publié en 1937.


Une page blanche. Peut-être n'y aurait-il pas mieux pour commenter cet ouvrage. Ce récit m'a prise aux tripes; je l'ai fini il y a environ dix minutes, et j'en suis encore bouleversée.


Je vous propose une quatrième de couverture "maison" : un extrait.

"-Raconte moi... Comme t'as fait d'autres fois.
-Te raconter quoi?
-Les lapins.
George trancha.
-Faut pas essayer de me faire marcher.
Lennie supplia :
-Allons, George, raconte moi. Je t'en prie, George. Comme t'as fait d'autres fois. 
-Ca te plaît donc bien? C'est bon, j'vais te raconter, et puis après, on dînera.
La voix de George se fit plus grave. Il répétait ses mots sur un certain rythme, comme s'il avait déjà dit cela plusieurs fois.
-Les types comme nous, qui travaillent dans les ranches, y a pas plus seul au monde. Ils ont pas de famille. Ils ont pas de chez soi. Ils vont dans un ranch, ils y font un peu d'argent, et puis ils vont en ville et ils le dépensent tout... et pas plus tôt fini, les v'là à s'échiner dans un autre ranch. Ils ont pas de futur devant eux.
Lennie était ravi.
-C'est ça... C'est ça. Maintenant, raconte comment c'est pour nous.
George continua :
-Pour nous, c'est pas comme ça. Nous on a un futur. On a quelqu'un a qui parler, qui s'intéresse à nous. On a pas besoin de s'asseoir dans un bar pour dépenser son pèze, parce qu'on a pas d'autre endroit où aller. Si les autres types vont en prison, ils peuvent bien y crever, tout le monde s'en fout. Mais pas nous.
Lennie intervint.
-Mais pas nous! Et pourquoi? Parce que... parce que moi, j'ai toi pour t'occuper de moi, et toi, t'as moi pour t'occuper de moi, et c'est pour ça.
Il éclata d'un rire heureux."


J'aurais pu prolonger cet extrait, mais ce ne serait plus un extrait. C'est qu'en relisant ce livre, j'ai du mal à m'arrêter.

Je ne peux pas vous donner un résumé, c'est impensable. Ce récit, il faut le lire, le découvrir, le ressentir. Poignant, fort en sentiments : voilà quelques mots pour le décrire.

J. Kessel a écrit un préface à ce récit. Un préface si bien écrit, si bien pensé, que je l'ai lu deux fois.Vous en trouverez donc au cours de cet article quelques citations , afin d'illustrer la force de ce récit.

Steinbeck possède un véritable talents : son récit ne contient pratiquement que des dialogues. Des dialogues saisissants, touchants, navrants, bouleversants. Parfois déchirants. 
"Ce livre est bref. Mais son pouvoir est long.
Ce livre est écrit avec rudesse et, souvent, grossièreté. Mais il est tout nourrit de pudeur et d'amour.
Le récit a un véritable pouvoir. Au travers de dialogues, ce sont de véritables leçons d'humanité qui sont transmises au lecteur. Fraternité, amour de son prochain, la force de l'espoir, le racisme et l'intolérance, l'amour que l'on porte aux bêtes, la vieillesse et ses malheurs, le démon féminin, le désespoir et la tristesse sans limite. Autant de thèmes qui sont évoqués à demi-mot, qui touchent le lecteur sans que celui-ci s'en aperçoive. Si ce n'est après avoir lu le dernier mot. Quand les sentiments rejaillissent, plus intenses.
"[Les personnages] vivent tous avec une intensité et une intégrité merveilleuses. Avec leur poids de chair. Avec le mouvement du coeur et les reflets de l'âme.
L'écrivain s'est borné à reproduire les contours les plus simples, à répéter des paroles banales et vulgaires. Et à travers cette indigence, cette négligence barbares, il accomplit le miracle.
[...]
Et ce que l'auteur ne s'est pas soucié de faire savoir à leur sujet nous le devinons, nous l'entendons, nous en prenons une certitude intuitive."
Je ne sais pas ce qui m'a le plus ému. Peut-être le rêve de ces deux hommes de posséder, un jour, un p'tit bout de terre à cultiver et quelques bêtes à soigner; un rêve si simple, si beau, mais si bouleversant car inaccessible.
"La prairie sauvage et le rêve le plus humble, le plus tendre, vivent dans ces vagabonds, dans ces brutes mal détachées de l'animal et de la terre. Le grand vent, la grande plaine, la grande pluie et les grandes tristesses circulent autour d'eux."
J'ai refermé ce récit avec beaucoup d'émotions. Cet ouvrage, je vous le recommande avec passion. 
"(...) une admiration profonde et stupéfaite se lève pour l'auteur qui, en si peu de pages, avec des mots si simples et sans rien expliquer, a fait vivre si loin, si profondément et si fort."

Vous pouvez découvrir une multitude d'autres avis sur ce récit ici ou sur ce site.


 --->>> Pour aller plus loin... 


-Je vous invite à en découvrir un peu plus sur John Steinbeck, cliquez!
-Je viens de découvrir qu'il existait plusieurs adaptations cinématographiques...je vais sûrement regarder celle avec John Malkovich très prochainement!

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17 janvier 2010 7 17 /01 /janvier /2010 15:22
Le Lit de la Merveille, 
écrit par Robert Sabatier.

Publié en 1997.



Quatrième de couverture :

Seul, un soir, à la Comédie-Française, Julien voit apparaître une dame qu'il croyait disparue : Eleanor, cette Américaine riche et cultivée qui le logea au Quartier Latin dans les années 50. Un retour à ce passé et le lecteur suit les étapes d'intrigues joyeuses, amoureuses ou pathétiques qui se jouent entre le jeune homme et son entourage : cette Eleanor, encore jeune ; ses enfants : la ténébreuse Olivia et Roland le sportif, un hôte âgé qu'on nomme L'Oncle, médiéviste exilé, bientôt son ami.
Le mal de Julien : ses amours mortes. Sa thérapeutique : la lecture. Son entourage : l'univers du livre, auteurs, éditeurs, libraires, bouquinistes, employés, originaux et esthètes. Qu'il côtoie Alexandre Guersaint son sévère mentor, Antoine le bibliophile, et, autour de la Sorbonne, les maîtres comme Gaston Bachelard, François Perroux, ou chez Eleanor, Asturias, Darius Milhaud, Jouhandeau, une foule d'artistes, de gens du monde, d'idéalistes, Julien trouve un enrichissement, une formation.
Ses plus intenses bouleversements se situent au sein de la famille généreuse et fantasque qui l'a accueilli.
Le lecteur ira de surprise en surprise. Mais Le lit de la Merveille est avant tout un hymne au livre, au savoir, à la diversité, et cela dans un climat de charme, d'enthousiasme et de sensibilité. Robert Sabatier a écrit là le roman de l'amour du livre et c'est un livre d'amour.


Une quatrième de couverture qui tient ses promesses, c’est assez rare de nos jours pour être souligné. « Robert Sabatier a écrit là le roman de l’amour du livre et c’est un livre d’amour » : cela résume parfaitement ce merveilleux ouvrage.

Robert Sabatier a une très belle plume : aucun mot, aucune phrase ne m’a déçu, tout m’a emporté dans un flot d’amour livresque. On découvre un jeune garçon, Julien. Dès les premières pages, après quelques lignes sur son enfance, on partage la vie du personnage, entre échecs et espérances, mais surtout au travers de ses livres.
« Je devenais un piéton de Paris, un Paris où les immeubles, les statues étaient noirs, les ruelles sombres, où mon regard promeneur cherchait le spectacle, l’inattendu, la merveille. J’avais sur moi une édition minuscule des Fleurs du mal. Je connaissais par cœur des poèmes entiers : « Dans les plis sinueux des vieilles capitales / Où tout, même l’horreur, tourne aux enchantements… » Et je lisais, je lisais, m’arrêtant sur les bancs, dans les squares. Je lisais comme si je plantais des arbres dans ma terre. Chaque livre, même le plus ancien, naissait au moment de ma lecture. Je ne lisais pas pour apprendre, m’instruire, accumuler du savoir, mais pour le désir, le plaisir, « le plaisir du texte » écrirait plus tard Roland Barthes. »
Il n’y a pas d’étalement de culture dans ce livre, il n’y a que l’amour des livres peint avec des mots. Robert Sabatier a ainsi fait preuve d’une grande finesse d’écriture en évitant de nous ennuyer d’une cascade de références fastidieuses. Impossible donc de s’ennuyer, impossible de ne pas se retrouver dans la peau de Julien et, avec lui, d’aller de découvertes en découvertes.
« Je hantais le Quartier latin. Des espoirs imprécis m’y amenaient. Le boulevard Saint-Michel : librairies et terrasses de café, les secondes me paraissaient le prolongement des premières ; on y lisait, on y parlait des études, du monde. Aujourd’hui où les commerces de vêtements et de restauration rapide ont remplacé des lieux que je croyais ineffaçables ; je pense à hier comme à une préhistoire. Lorsque je regardais les vitrines des libraires, fouillais les boîtes des bouquinistes, il me semblait que, par magie, toute la science des hommes pénétrait dans mon cerveau. Les vapeurs du meilleur alcool montait jusqu’à mes narines ; je me grisais sans boire. Ce parfum mental dont a parlé Jules Romain, je le humais, je m’en imprégnais. La simple lecture d’un titre animait en moi des souvenirs, des analogies, éveillait mon désir ; je lisais une lettre d’amour. » 
« Durant le cours de mes lectures, parfois, je me sentais traversé par un rayon lumineux. J’étais chargé, comme une pile, d’une étrange électricité. L’inconnu de la vie se révélait le temps d’un éclair. Il fuyait et je devais lire et lire encore dans l’espoir d’un nouvel éblouissement, d’une nouvelle charge d’énergie. C’était comme si je cherchais mon salut dans une inhabituelle beauté. Comme si un second cœur était entré dans ma poitrine pour battre à l’unisson du mien. Comme si l’intelligence des textes ne résidait pas seulement dans mon cerveau mais dans mon corps entier.
Dois-je ajouter que cet état ne m’a jamais quitté ? Aujourd’hui encore, malgré l’âge, malgré le temps, dans ma petite officine de la rive gauche, je le connais encore. J’ai la même faim, les mêmes enthousiasmes, le même état d’attente qu’en mes jeunes années. La différence vient peut être de ce que je ne lis plus pou meubler ma solitude, mais pour accompagner le dénuement et l’abandon des autres. »
Les soucis de Julien sont ceux de tout le monde : jeune et sans expérience, dans une ville inconnue, il va tenter de trouver un travail et un petit chez lui ; puis de fil en aiguille il va se constituer un réseau de contacts, quelques amis, et les portes – doucement – vont s’ouvrir devant lui.
« Ma bourse était plate. L’automne annonçait les premiers froids. J’étais pourvu en vêtements. Pour la nourriture, j’achetais un sac de pain rassis destiné aux animaux et une boîte de bouillon Kub. Sur un réchaud à alcool, je mitonnais des panades. Pour les livres, je fus m’inscrire à la bibliothèque municipale. »
Par chance, il va réussir à évoluer dans un monde qu’il aime : celui des livres, des écrivains, des artistes. Le roman se déroule à Paris, vers les années cinquante, et le narrateur –Julien – rencontre avec insouciance des personnages aujourd’hui très connus.

« -Je ne suis qu’un amateur, je ne vais jamais jusqu’au bout des choses.

-Un de vos généraux ou maréchaux, ah ! Lyautey, se disait « spécialiste en généralités ». L’idée d’amateur me plaît. Amateur, du latin amator, et en ancien français amaor, soit amour. Un « amateur » comme un peintre du dimanche et qui peindrait tous les jours… »

« Chaque vrai lecteur pourrait conter l’histoire de ses amour successives. La lecture d’une traduction d’Anacréon m’avait fait recopier sur mon carnet cette phrase que j’adorais : « Si tu peux compter toutes les feuilles des arbres et tous les flots soulevés par la mer, je te fais le seul historien de mes amours. » Lorsque j’admirais une œuvre, je me persuadais que je n’en lirais jamais d’autre. Et moi, le fidèle à un seul souvenir, je me trompais, je trompais le livre avec un autre car une nouvelle séduction m’attirait bientôt. J’étais un sultan dans un harem de livres. J’aurais pu diviser le temps de ma nouvelle existence, non en mois, en semaines et en jours, mais en périodes de lectures. Comme Auguste Comte, j’aurais pu inventer un calendrier où, plus que les savants et les bienfaiteurs de l’humanité, les noms de mes auteurs auraient remplacés ceux des élus, de Saint Mallarmé à Sainte Colette, en passant par les hommes de l’Antiquité, du Moyen Age, de la Renaissance et des époques modernes et contemporaines. »
Je ne saurai que trop vous recommander ce très bel ouvrage : j’ai retrouvé ma passion des livres dans celle de Julien ; je l’ai accompagné dans ses déboires parisiens et j’étais assise à ses côtés, sur un banc, alors qu’il observait ce paysage des années cinquante; inconsciemment, je l’ai encouragé à réaliser ses rêves, et sur les dernières pages je l’ai détesté de connaître tant de bonheur dans un monde de plumes et de papiers. Roman d’amour, je le conseille à tous ceux qui aiment les livres.

Quelques autres citations, pour mon plaisir et peut-être le vôtre :
"Je collectionnais mes lectures comme don Juan ses maîtresses et aucune statue de Commandeur ne viendrait me punir du vice".
« Certains êtres triomphent de l’âge, dominent les métamorphoses, les reçoivent comme des hôtes et leur apportent une souriante bienveillance. »
« Je traverse Paris sous la pluie. Je suis une fourmi parmi les fourmis. L’eau me lave. Quand l’averse s’atténue, je la regrette. Dans le ruisseau, je vois un clou et je le ramasse. Je suis ce clou et je sais déjà où se trouve l’aimant qui m’attire. »
« Demande de temps en temps une augmentation, on te la refusera, mais tu auras eu le plaisir de causer un désagrément… »
« (…) la carafe embuée de fraîcheur scintillait. » 

Vous pouvez découvrir ici un autre commentaire sur Le Lit de la Merveille.
 

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Je vous invite à découvrir quelques mots sur Robert Sabatier, cliquez! 

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A l'honneur : la littérature "jeunesse" !

La littérature jeunesse est mise à l'honneur ! Une nouvelle catégorie lui est dédiée !

Je vous invite, chers lecteurs, à feuilleter quelques jolis ouvrages colorés et à découvrir de merveilleuses histoires pleines de rêves et d'aventures !

De belles idées pour nos adorables petits anges, et un soupçon de tendre nostalgie pour les plus âgés !

Cliquez ici pour découvrir les ouvrages qui pourront vous émerveiller !

Livres par écrivains

Cliquez sur le titre d'un livre pour accéder à sa fiche de lecture !
 
bass-rick-2.jpgBASS, Rick
 
72e081b0c8a0fc24c2f3f110.L._V192261114_SX200_.jpg
BARRON, Thomas Archibald
 
gilles-de-becdelievre.jpg
BECDELIEVRE (de), Gilles
 
AVT_Marlena-De-Blasi_637.jpegBLASI (de), Marlena
 
Caroline-Bongrand.jpeg
BONGRAND, Caroline
 
http://upload.wikimedia.org/wikipedia/commons/thumb/5/55/Nicolas_Bouchard-Imaginales_2012.jpg/220px-Nicolas_Bouchard-Imaginales_2012.jpg
BOUCHARD, Nicolas
 
jerome_bourgine-.jpg
BOURGINE, Jérôme
 
emanuelle-de-boysson.jpgBOYSSON (de), Emmanuelle
 
Italo_Calvino.jpgCALVINO, Italo
 
eve-de-castro.jpg
CASTRO (de), Eve
 
Chandrasekaran--Rajiv_pic.jpgCHANDRASEKARAN, Rajiv
 
suzy-charnas.jpg
CHARNAS McKee, Suzy
 
Bernard-Clavel.gif
CLAVEL, Bernard
 
boris darnaudet
DARNAUDET, Boris
 
Marina_Dedeyan_-_Comedie_du_Livre_2010_-_P1390487.jpg
DEDEYAN, Marina

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DE LA ROCHE, Mazo
Les Frères Whiteoak
 
Christine-de-Rivoyre.gif
DE RIVOYRE, Christine 
La Mandarine 
 
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DESSAINT, Pascal
 
Pierre-d-etanges.jpg
D'ETANGES, Pierre
 
roddy-doyle.jpeg
DOYLE, Roddy
 
louise-edrich-copie-1.jpg
ERDRICH, Louise
 
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FETJAINE, Jean-Louis
La trilogie des elfes :
 
Andrew-Fukuda.jpg
FUKUDA, Andrew
 
Anna-funder.jpg
FUNDER, Anna
 
myriam-gallot.jpgGALLOT, Myriam
 
Daniel-GLATTAUER.jpgGLATTAUER, Daniel
 
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GREEN, John
 
kate grenvilleGRENVILLE, Kate
 
Steven-HALL.jpgHALL, Steven
 
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HARTNETT, Sonya
 
http://cdipeguy.free.fr/onytrouve/coupsdecoeur/yaelhassan.jpg
HASSAN, Yaël
 
HERMARY VIEILLE, Catherine
 
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LACHASSAGNE, Geoffrey
 
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LANZMANN, Jacques
 
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LAVEY, Inara
 
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LEMAITRE, Pierre
 
david-levithan.jpgLEVITHAN, David
 
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MACIP, Salvador
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MALZIEU, Mathias
 
3619641-carole-martinez-fait-du-cinema.jpg
MARTINEZ, Carole
 
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MASSAROTTO, Cyril
 
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MERET, Marc
 
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MORRIS, William
 
MOUCHARD, Christel
 
NOSAKA.jpgNOSAKA, Akiyuki
 
nothomb2011.jpgNOTHOMB, Amélie
 
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NYSENHOLC, Adolphe
 
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OBRY, Marion
 
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PATRICOT, Aymeric
 
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PONSOT CORRAL Laureen
 
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RADENAC, Matthieu
 
RHEIMS, Nathalie
 
ROCK, Peter
 
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SABATIER, Robert
Le Lit de la merveille

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SADE, Marquis de
Les Crimes de l'amour
 
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SANE, Insa
 
SCHMITT, Eric-Emmanuel
 
SOREL, Guillaume

john-steinbeck-copie-1.jpg STEINBECK, John
 
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SZABOWSKI, François
 
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TANNER, Rachel
 
VENS, Pierre
 
krystin.jpgVESTERÄLEN, Krystin
 
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WELCH, James