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14 janvier 2010 4 14 /01 /janvier /2010 11:34
Les Crimes de l'Amour,
par le Marquis de Sade

Publié en 1788. 



Quatrième de couverture, pour les nouvelles éditions :

On parle des délices de l'amour. Sade choisit d'en évoquer les crimes. L'amour devenu passion brûle tout ce qui n'est pas lui. La passion de Sade, dans ces nouvelles, est une passion incestueuse. M. de Franval aime, à la folie, sa fille Eugénie. La malheureuse Florville, après avoir été séduite par son frère, sera aimée de son propre fils et épousée par son père. L'inceste, c'est l'amour absolu, l'amant se double d'un père. L'inceste est aussi la contestation absolue. Le marquis de Sade est un révolutionnaire qui renie l'ordre social et religieux du XVIIIe siècle. L'inceste, enfin, est le repli suprême sur sa propre famille et sur soi-même. Le style de ces nouvelles est admirable. L'action en est mouvementée, sanglante. Le clair-obscur de chaque être, Sade, l'a mis à nu avec génie.


Voilà un très bel ouvrage que je vous recommande. L’écriture du Marquis de Sade est belle, riche, soignée et délicate : séductrice, elle nous attire et on se laisse emporter par cette belle langue française. L’ouvrage est un recueil de cinq nouvelles dont voici les titres : « Faxelange ou les torts de l’ambition », « Florville et Courval ou le fatalisme », « La comtesse de Sancerre ou la rivale de sa fille », « Eugénie de Franval » et « Dorgeville ou le criminel par vertu ». Ces nouvelles, je les présenterai presque comme des contes,  je dis presque parce les contes se terminent bien, alors que ces nouvelles se terminent toutes tragiquement : pour cause, la morale doit ressortir avec évidence de l’histoire.

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Ces nouvelles – ou contes tragiques – sont toutes regroupées sous le même thème : celui de l’Amour. On découvre des histoires terribles de trahison, d’infidélité, d’adultère, d’incestes, de meurtres, etc. Le libertinage y est bien sûr présent ; ce dernier thème, ainsi que les personnages pour le moins emprunts de cruauté et la plume de l’auteur font échos aux Liaisons Dangereuses, de Laclos, roman épistolaire que j’aime énormément. La manipulation, présente dans ce dernier, se retrouve dans Les Crimes de l’Amour, notamment dans la nouvelle « Eugénie de Franval » ; le Marquis de Sade excelle dans l’art de nous raconter les idées machiavéliques de ses personnages. Les histoires sont plus tragiques les unes que les autres ; toutefois, ce tragique ne choque pas tellement la plume du Marquis est belle. Je tiens à souligner qu’on ne trouve ni sexe explicite, ni théories immorales dans ces nouvelles, en comparaison avec ses autres écrits. 
« Pour moi qui n’espère rien, pour moi qui suis bien sûre de n’être pas plus malheureuse après ma mort que je ne l’étais avant ma vie, je vais m’endormir tranquillement dans le sein de la nature, sans regret comme sans douleur, sans remords comme sans inquiétude. J’ai demandé d’être mise sous mon berceau de jasmins ; on y prépare déjà ma place ; j’y serai, Florville, et les atomes émanés de mon corps détruit serviront à nourrir…à faire germer la fleur, de toutes, que j’ai le mieux aimée. »

Les nouvelles ne sont pas courtes : le Marquis nous propose des dialogues argumentés, où le bien et le mal se retrouvent face à face. Les arguments employés par les deux camps sont très solides, je pense que la Marquis a voulu mettre son lecteur à l’épreuve, le pousser à choisir entre ces deux camps, entre ces arguments : c’est très réussi, je me suis laissée prendre par les dialogues et sans m’en rendre compte, j’ai réfléchi aux différents arguments, notamment pour la nouvelle « Eugénie de Franval ». Cette dernière nouvelle est la plus longue et la plus tragique ; c’est également celle qui nous pousse le plus à la réflexion. En prenant ma douche ce soir, je me suis surprise à penser et repenser à ces nouvelles : à la fin, le lecteur peut très clairement lire la morale de l’histoire…mais je ne peux m’empêcher de me demander ce que pensait réellement le Marquis de Sade : la morale ne serait-elle pas ironique ? Les arguments que proposent « les méchants » de la morale sont très bien écrits, très bien pensés, et j’oserai presque dire, plus convaincants que les arguments présentés par « les vertueux ».

« Le bonheur est idéal, il est l’ouvrage de l’imagination ; c’est une manière d’être mû, qui dépend uniquement de notre façon de voir et de sentir ; il n’est, excepté la satisfaction des besoins, aucune chose qui rende tous les hommes également heureux ; nous voyons chaque jour un individu le devenir, de ce qui déplaît souverainement à un autre : il n’y a donc point de bonheur certain , il ne peut en exister pour nous d’autre que celui que nous nous formons en raison de nos organes et de nos principes. »

J’aimerais également souligner le fait que dans chaque nouvelle, une toute autre réflexion est proposée au lecteur sur un autre thème : ainsi, dès la première nouvelle, j’ai découvert au cours d’un dialogue certains arguments qui m’ont fait réfléchir… Je vous en propose un extrait pour l’exemple, bien que vous ne disposiez malheureusement du contexte ; ils sont prononcés par un jeune homme qui a perdu toute sa fortune au jeu, et qui de malheur est devenu un bandit très recherché :

« Si les lois sont sans vigueur contre le jeu, si elles l’autorisent au contraire, qu’on ne permette pas au moins qu’un homme ait, au jeu, le droit d’en dépouiller totalement un autre, ou si l’état dans lequel le premier réduit le second, au coin d’un tapis vert, si ce crime, dis-je, n’est réprimé par aucune loi, qu’on ne punisse pas aussi cruellement qu’on le fait, le délit à peu près égal que nous commettons en dépouillant de même le voyageur dans un bois. Et que peut donc importer la manière, dès que les suites sont égales ? Croyez-vous qu’il y ait une grande différence entre un banquier de jeu vous volant au Palais-Royal, ou Tranche-Montagne vous demandant la bourse au Bois de Boulogne ? C’est la même chose, Madame ; et la seule distance réelle qui puisse s’établir entre l’un et l’autre, c’est que le banquier vous vole en poltron, et l’autre en homme de courage. »
 J’ose espérer vous avoir convaincu de lire ce très bel ouvrage ! Les nouvelles sont captivantes, le dénouement – pour le moins tragique – se fait toujours attendre avec beaucoup d’impatience ; les personnages sont très bien décrits, aussi bien moralement que physiquement : il est aisé de se les représenter. Les nouvelles invitent à la réflexion du lecteur, au choix d’une morale, et chaque nouvelle m’a laissé un questionnement, une interrogation, à la fois sur l’Amour mais également sur d’autres sujets… Un ouvrage que j’ai réellement apprécié. 

 
Vous pouvez trouver
ici deux autres commentaires sur cet ouvrage. 

 

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12 janvier 2010 2 12 /01 /janvier /2010 12:28
La Mandarine,
par Christine de Rivoyre

Publié en 1957.
 
J'ai acheté ce roman l'été dernier, sur une brocante portuaire qui achevait, de ses stands malicieux et surpeuplés, mes plus belles vacances. J'ai vu ce livre, et je l'ai adoré. J'adore les mandarines, et la couverture du roman, si belle, si fraîche, si colorée, si "mandarinée" m'a donné faim. J'ai eu envie de dévorer ce livre. Et je l'ai bel et bien dévoré. Cette Mandarine, je vous la recommande avec gourmandise.

J'ai peur de vous parler de ce roman. Ou plutôt, de ne pas savoir en parler. L'histoire en elle-même n'est pas très originale, mais l'écriture l'est; la plume de l'auteur est savoureuse, et les petits détails font de ce petit plat un grand festin.
Je me décide : je ne vous parlerai pas de la mandarine, le secret sera préservé; mais j'évoquerai le reste de l'histoire : cela ne gâchera rien, puisque c'est le style de l'auteur qui en fait un très bon roman.

Pour découvrir l'histoire, je vous propose le résumé du Livre de Poche, bien que celui-ci - même à moi qui ais lu le roman - ne donne pas envie. Je me charge donc de le compléter ensuite =).

"Séverine, petite-fille de Mémé Boul, a dû épouser trop tôt son cousin Georges, venu aider à diriger le respectable hôtel Boulard, au lieu d'attendre de rencontrer « l'homme de sa vie ». Précipitation fâcheuse puisqu'un beau jour elle le croise dans la rue qui mène à l'hôtel. Heureusement, l'homme rêvé (encore qu'un peu chauve pour son âge) est un client du « Boulard » et, mieux encore, un ami de son frère Laurent et de sa sœur Baba. Femme d'appétit sur tous les plans ? sensuel et culinaire ? la rousse Séverine dresse ses batteries pour conquérir Toni duc de Barbarillo. Lequel, homme de volupté, répond à son manège. Au moment où elle croit triompher, coup de théâtre : Toni déclare épouser Baba. « Pour cause ». Séverine réagit en tigresse privée de son festin. Toni, Baba et Laurent partent pour l'Espagne, tandis que Mémé Boul reste avec Séverine et son chagrin. Il faut pourtant que le clan Boulard retrouve son unité : ce sera l’œuvre de Mémé Boul, reine de l'hôtel et impératrice du bon sens. Car l'équilibre et la joie de vivre jouent un rôle très important dans cette histoire à la morale des plus gaies."

Source : Le Livre de Poche, LGF

Je vous rassure : le roman n'a rien des Feux de l'Amour ! Car c'est ce que m'inspire le résumé ci-dessus, alors qu'il n'en est rien.

Le roman commence d'une manière très originale et attractive : par les pensées de Séverine - dès lors j'ai apprécié la plume de l'auteur, qui a su retranscrire des pensées de manière crédible. Après mûre réflexion, je vous propose les deux premières pages de ce roman, qui m'ont donné envie de continuer ma lecture. J'espère qu'elles vous convaincront également!

Cliquez pour agrandir !

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Le récit alterne les pensées de Séverine, dans un style parfois lapidaire correspondant parfaitement à ce que sont les pensées humaines; et la narration, souvent centrée sur un personnage en particulier. Cette écriture donne beaucoup de rythme et de vie au roman, et nous permet d'approfondir les personnages et leurs sentiments. L'écriture est très belle et très fluide, les pages se tournent toujours plus vite.
« Le pépin, la tuile. Il avait rayé le reste. Le mystère, la vie. Mais oui, la vie. A cause de Toni, une vie se préparait. Il admettait que cela se passât dans le secret d’un petit ventre indifférent. Mais c’était la vie tout de même. »
On découvre une jeune femme, Séverine, pleine de vie et de joie de vivre. Cette femme, on en suit l'évolution au fil des pages : sa vie de femme mariée, plongée dans la joie de l'habitude; les frissons qui la parcourent alors qu'elle tombe amoureuse, lentement, de Toni; sa solitude et sa détresse profonde, quand ce dernier la rejette; la dépendance qu'elle éprouve face à cet homme pour qui elle brûle; et le retour final à sa vie de couple, rythmée par l'habitude, et dont elle découvre - enfin - le bonheur. Dans le roman, tous ces sentiments s'entremêlent, se bousculent. L'écriture, dynamique, nous plonge au coeur de l'histoire : je ne me suis jamais ennuyée. 
« Je l’aime. Je l’avoue en pleurant, la tête sous mon oreiller pour que Georges n’entende pas. Quelle tête il ferait, Georges, s’il me voyait pleurer. Il serait capable de crier : « Au secours ! » à travers tout l’hôtel. Et si je le réveillais ? Si je criais au secours, moi, Séverine ? Séverine, l’amoureuse abandonnée ? Si j’obligeais Georges à écouter le récit de ma peine, si je le forçais à me ramener Toni, mort ou vif ? Va-t’en, Georges. Je veux Toni à ta place, là sur l’oreiller. Je veux son corps encore inconnu contre le mien, je veux réapprendre l’amour avec lui. Va-t’en, Georges, tu as eu ton lot. Dix ans. Tu ne trouves pas que c’est assez ? Moi, je trouve que c’est trop. (…) »
Autour de Séverine gravitent d'autres personnages : son mari, Georges, à la fois effacé et mis en valeur dans le roman - tout un art -; Laurent et Baba, son frère et sa soeur, dont l'importance n'est jamais négligée; Mémé Boul, deuxième personnage principal, que j'ai réellement aimé découvrir; Toni, inqualifiable; et quelques autres personnages de l'Hôtel Boulard.

Je vous propose quelques extraits, piochés au hasard, qui j'espère pourront vous convaincre de la belle plume de l'auteur :
« Elle lui parut, cette femme vieillissante, avec les plis de son cou qui lui faisaient comme un collier et ses chichis en forme d’éclairs au café, elle lui parut l’image de la bonté. »
« Mémé Boul venait droit sur eux, de son pas à la fois fier et balancé, grâce à quoi la petite traîne de sa robe chantilly obtenait tout l’effet désirable. Ses beaux cheveux montés en neige, le serre-cou brodé lançant mille feux, elle rayonnait de cette allègre majesté qui lui était si particulière et devant laquelle ses petites-filles s’effaçaient. »
« Baba, dit Toni, tu as l’air, dans cette robe, d’un presque papillon, d’un papillon qui hésite au seuil de la métamorphose … »
« Ses mains caressaient le clavier, il n’avait plus peur, il n’était même plus las, la musique qu’il faisait jaillir recouvrait comme une eau très douce jusqu’au souvenir de son enfance. Au bout de ses doigts naissaient des notes, des harmonies, de savants océans de sons dont il était le maître, l’artisan-né, l’amoureux. Son bonheur, c’était cela sans doute, de voltiger assis, sans mémoire, sans but, au gré de sa propre musique (…) »
« Où se rejoignent les mots et la chair ? A quel moment, par quelle alchimie, une phrase devient-elle frisson, froid dans le dos ou bouffée de chaleur ? Comment s’y prend-elle pour éveiller, plus confus encore et plus lent, ce désordre de la peau qu’on nomme le trouble ? "
En conclusion, Christine de Rivoyre a su écrire un très bon roman, exploitant de manière originale un scénario usé - celui d'une femme mariée, qui tombe amoureuse. Elle nous épargne les clichés habituels sur les amants, sur la culpabilité ou encore sur l'Amour, et nous propose une histoire rafraichissante pleine de joie de vivre. 


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9 janvier 2010 6 09 /01 /janvier /2010 15:08
Les Frères Whiteoak,
par Mazo de la Roche

Publié en 1927.


Mazo de la roche écrivit seize romans dans la série connue sous le nom de la série des Jalna ou lesChroniques des Whiteoak (Whiteoak Chronicles). Cette série raconte l'histoire de la famille des Whiteoak pendant un siècle, de 1854 à 1954. La série des Jalna s'est vendue à plus de 11 millions d'exemplaires, dans 193 éditions en anglais et 92 éditions étrangères. 
Mon exemplaire, ci à gauche, a été édité en 1954! Comme en témoigne ceci : "Droits de reproduction et de traduction réservés pour tous les pays, y compris l'U.R.S.S"

Mon avis : j'ai été étonnée! Positivement, étonnée!.. J'ai acheté ce roman l'été dernier sur une brocante, suite à la lecture d'une page qui m'a paru bien écrite (c'est souvent ce que je vérifies : que la plume de l'auteur me plaise!). Je l'ai saisi de ma bibliothèque hier, et j'ai découvert à la troisième page : "Découvrez les autres tomes de la série des Jalna!"...naaaaaaaan!! Hélas! Je tenais entre mes mains le sixième tome de la série, série que je n'avais bien sûr jamais lue.

Que faire? Je repose le livre ou j'en essaye tout de même la lecture? Soyons folle ^^ : je tente. Par chance, les tomes sont indépendants les uns des autres, et peuvent donc se lire séparément!

Dès les premières lignes, j'ai aimé.
"Jalna, 1923.
Tandis qu'il s'habillait, ce matin-là, Finch Whiteoak remarqua un changement dans l'aspect de ses mains. Il s'étonna de ne pas l'avoir observé plus tôt. Elles semblaient avoir soudain, d'un jour à l'autre, pris une forme longue et mince, les doigts finement articulés, les articulations plus saillantes, le pouce plus différencié. Elles avaient l'air de mains capables de faire quelque chose de valable. Il sourit d'une oreille à l'autre à cette idée."
J'ai trouvé l'écriture très belle, fluide et sincère. Elle m'a saisi au passage et emporté vers la suite de l'histoire.

Le roman m'a captivé. On y découvre une famille, les Whiteoak; chaque personnage a des caractéristiques physiques et une personnalité propres que l'on découvre au fil des pages. Je pense que l'attractivité du roman réside en ce dernier détail : Mazo de la roche ne nous donne pas un pavé descriptif pour chaque personnage, mais nous laisse plutôt le découvrir et nous y attacher petit à petit. Se mêlent ensuite différents petits événements qui nous font découvrir les personnages plus en profondeur et nous entraînent vers la suite...

J'ai beaucoup aimé l'événement principal du roman : Eden, un des frères Whiteoak, rencontre un personnage extérieur à la famille qui lui raconte la découverte d'une mine d'or et le persuade qu'il y a beaucoup d'argent à ce faire en investissant dans cette dernière. Le problème : Eden n'a pas d'argent; le personnage va alors lui conseiller de parler de cette 'opportunité' à ses proches, lui promettant une belle commission sur les actionnaires qu'il apporterait à la mine. L'histoire devient alors très intéressante, car Eden va réussir petit à petit à convaincre différents membres de sa famille, mais tout ça dans le plus grand secret... Il doit donc veiller à ce que chacun respecte sa promesse de garder le secret, ce qui est loin d'être facile, d'autant qu'il a mis sa grand-mère de pratiquement cent ans dans le secret!

A côté de cette histoire, s'en profile une autre : un des frères va connaître les prémices d'une histoire d'amour avec une jeune fille de deux ans plus jeune... Très franchement, j'ai eu peur de trouver cela exagéré ou cliché, comme dans les romans actuels...Mais en réalité il n'en est rien, et toute les détails sont très bien racontés et parfaitement choisis!

J'aurais encore beaucoup de petites histoires à vous raconter, mais cela gâcherait votre lecture!

Je souligne à nouveau l'écriture du roman, qui est vraiment très belle et soignée.

Quelques citations :
« Comme beaucoup trop souvent, le printemps semblait répugner à se manifester. Tel un poussin dans un œuf à coquille dure, il picotait légèrement la résistante coquille de l’hiver et l’on percevait à peine son humide présence infantile. Puis, apparemment découragé, il restait quelque temps pelotonné, immobile, comme s’il ne devait jamais éclore. Finalement, au lendemain d’une nuit de vent et de pluie, à la fin d’avril, il émergea tout à coup, après s’être péniblement tortillé et débattu, et on le vit perché sur la terre, son pâle plumage doré séchant au soleil, ses yeux semblables à de petites mares luisantes. Et, pareilles aux débris de la coquille qu’il avait brisée, des plaques de neige et de glace souillées reposaient dans les creux. »
Petit passage qui m'a fait rêver... Les vieux livres anciens, poussiéreux et remplies de vieilles photographies...
« Il emprunta à son oncle des livres sur Paris. Ernest lui montra un vieil album de photographies et de cartes postales illustrées de Paris, des Rivieras française et italienne, de Florence, de Rome et de Sicile, et, tout en les regardant avec Eden, il lui lut des passages d’un journal qu’il avait tenu au cours de ses voyages. »
Un passage descriptif sincère :
« L’air était plein des lourdes senteurs de la terre. La maison, toute éclairée, paraissait plus grande qu’elle ne l’était. Au moment où ils atteignirent le porche, les feuilles mouillées de la vigne déversèrent un petit déluge sur leurs têtes. »
Une très belle métaphore :
« Puis il s’entendit commencer à jouer, doucement, d’abord, un air exquis, chantant, semblable aux premiers ruissellements des cours d’eau gelés, au printemps. Puis la musique devint plus forte, tandis que d’autres rivières apportaient le concours de leurs eaux. Graduellement, le volume s’en accrut jusqu’à ce que tous les fleuves, libérés, se missent à rugir, dans leur exaltation. Le corps de Finch oscilla, ses mains s’élevèrent très haut et retombèrent sur le clavier avec un fracas assourdissant, lorsque, la glace s’étant brisée partout, les eaux des plaines d’inondation se précipitèrent dans la mer avec un élan féroce…»

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7 janvier 2010 4 07 /01 /janvier /2010 13:24
Amarok,
par Bernard Clavel

Publié en 1989.
 
Je vous invite à découvrir, à travers ces quelques mots, un livre bouleversant. Certainement le plus merveilleux livre qu'il m'ait été donné de lire.


Pas de quatrième de couverture,
mais plutôt quelques mots de Jean-Claude le Covec, du Figaro Magazine.


"Amarok, chien de trappeur, avec son animalité chaleureuse, est le trait d'union vivant entre l'homme du Grand Nord et les horizons glaciaires, désolés, où il se plait pourtant à vivre. Son maitre, soixante ans, pionnier des rives de l'Harricana, protège la fuite du fils d'un de ses amis, coupable du meurtre involontaire d'un agent de la police montée. La banquise immaculée de la baie d'Hudson continue d'exercer une séduction irrésistible sur le trappeur canadien. C'est son royaume. Cet amour mystique entre l'homme et la nature, Bernard Clavel, livre après livre, en perfectionne la narration. Son lyrisme est toujours aussi envoûtant."


Très difficile pour moi de trouver les mots corrects pour vous parler de cet ouvrage...

Les quelques mots que j'ai retranscrits ci-dessus vous permettent de comprendre globalement l'histoire...mais c'est tellement, tellement plus que ça!! Ne vous y méprenez pas : ce livre n'est pas une enquête policière, ni une lutte criminelle : c'est un éloge de la vie, de l'humanité, de l'animalité, de la fraternité et du Grand Nord.

Les premières pages de ce roman m'ont totalement déroutées... On entre dans l'histoire de but en blanc, presque brutalement. L'histoire? Oui et non, car on ne sait rien, on découvre. L'écriture de Bernard Clavel est très particulière, assez brutale, elle est en réalité en adéquation totale avec les personnages. C'est la réalité qui est retranscrite. Tout y est très fort : les descriptions, les personnages, les événements, les sensations, les paysages,... J'ai été transporté dans le Grand Nord canadien, parmi des personnages rudes mais très humains.
"La poitrine du trappeur se gonfle pour un profond soupir. L’eau a ruisselé et des gouttes dorées tremblent dans ses poils blancs tout frisés. Il ne porte qu’une espèce de caleçon allant jusqu’au-dessous des genoux. Le tissu tendu moule ses cuisses dures. Se tournant vers sa couchette, il se penche pour chercher ses vêtements. Sur son large dos, les muscles roulent. La clarté de la lampe y trace un instant un sillon pareil au reflet mouvant de la lune sur un lac remué de houle. Il enfile un épais tricot de laine sans forme ni couleur précises. Il passe un pantalon de gros velours lustré aux genoux et sur les cuisses, chausse des galoches."
Tout va très vite dès le départ. On lit le récit d'une bagarre - un agent de police va décéder par la suite de ses blessures -, les personnages se multiplient et les avis se confrontent, dans un franc-parler très réaliste. Amarok est très peu présent, mais déjà on apprend à le connaître.

Très vite également, on entre dans le Grand Nord canadien. La plume de Bernard Clavel est majestueuse : l'auteur ne veut pas seulement nous faire entrer dans l'histoire, parmi les personnages, il désire nous attirer dans le Grand Nord. Les paysages ont défilé devant mes yeux alors que je lisais les descriptions magnifiques qui en sont faites. J'ai entendu le Nordet souffler au travers des forêts.
"Vers le milieu de la matinée, le ciel se déchire. Un coup de vent porteur de lumière passe par l’accroc pour balayer la forêt puis le lac d’un pinceau soyeux. Les brument se lèvent."
"Le déluge s’est installé. Son train régulier devient le seul bruit. Un roulement continu fait de mille notes différentes dominées par la basse des tôles qui résonnent. Les feuilles rousses ou blondes encore accrochées aux branches tombent comme si le poids de cette eau les entraînait vers la mort enfouie sous le sol de cette île. Ils attendent, pareils à trois bêtes somnolentes. De temps en temps, Amarok pousse un énorme soupir sans décoller sa tête de ses pattes. Quand, parmi ce concert d’égouttements et de ruissellements, un bruit lui paraît suspect, il se redresse, ses oreilles pivotent deux ou trois fois, puis il se recouche, un peu déçu."
"Raoul descend tranquillement l’Harricana. Il se tient au milieu, où le courant pousse le plus fort. Les berges sortent peu à peu du tissu serré de l’averse pour venir à sa rencontre. A mesure qu’il avance, la nuit fait comme lui. Lentement, elle gagne du terrain. Elle sourd des buissons, des arbres, des nuées invisibles et du fleuve pour s’installer partout. Raoul la voit venir avec joie. Quand elle sera là, il n’y aura plus aucun risque de rencontrer personne."
Le roman est passionnant. Au fil des pages, les descriptions et les événements s'entremêlent, grâce à des mots très bien choisis. Tout y est réaliste et très beau, même le mal.

« - Ecoute-moi, maudit fou !

Catherine est redevenue soudain la sœur aînée ; la femme raide comme un pieu, devant qui tout le monde a toujours plié. Le métal de son regard luit, ses rides expriment la volonté, le besoin intense d’être entendue. S’approchant de son frère, elle l’empoigne par les revers de sa grosse veste et le secoue. Il y a dans ce geste tout l’amour que le regard et la voix se refusent à exprimer. »

« Le nordet a eu vite fait de nettoyer le ciel. Le givre n’a duré que quelques heures. Un grand soleil s’est levé derrière la forêt dépouillée et luisante. Depuis, les nuits sont froides. Les journées lumineuses avec de longs passages de feuilles roux et or que des rafales soulèvent du sol. Ils traversent les terres nues de Val Cadieu comme un reste d’automne s’enfuyant devant l’hiver. Les arbres sont scintillant ; la glace friable dans les ornières et les creux. »

Amarok n'est jamais au premier plan, ce contraste par rapport au titre du roman m'a étonné. Mais y a-t-il vraiment un personnage principal? Ce que l'on ressent, c'est la fraternité qui unit les personnages. Ils sont égaux face aux problèmes et au Grand Nord, ils s'entraident, se soutiennent. Une belle leçon d'humanité et de fraternité, mais également d'animalité : Amarok les protège. Toujours, il veille. Son maître lui accorde une totale confiance, et très vite on peut se rendre compte de l'amour qui les lie.

« Amarok ne dort pas. Depuis longtemps, les autres chiens se sont tus et c’est la respiration de la forêt qu’il écoute. Son bruissement presque métallique. De temps en temps il se lève, secoue le givre de sa toison et fait à petits pas silencieux le tour de l’écurie et de la maison. Puis il revient s’allonger contre la porte. Il respire avec délices ce vent venu des immensités du Nord, et qui apporte l’hiver. »

Amarok prend plus de place au fur et à mesure du roman; roman qu'il faut lire pour comprendre à quel point les mots utilisés à son propos sont forts. Grâce à Amarok et à son maître, on apprend quantité de choses sur les chiens de traineaux, et notamment sur la manière de diriger ces derniers.

Les événements sont parfois très durs. Timax, en fuite, apprend que l'agent de police est décédé. La folie s'empare alors doucement de lui. Les passages sont très bien écrits, les descriptions collent à la réalité et les émotions n'en sont que plus fortes. On comprend le désespoir de Timax, mais encore plus celui de son ami et protecteur Raoul. La peur, le désespoir, l'amitié, le courage : les sentiments nous atteignent tous sans distinction aucune.

« Comme Raoul s’approche de lui, il se lève et, pareil à un enfant qui fuit les coups, il tourne autour de la table en implorant :

-Me touche pas… m’approche pas… Je suis un assassin !

S’immobilisant soudain, il pousse une sorte de hurlement de rage et empoigne à deux mains le devant de sa chemise qu’il déchire. Raoul fait trois pas rapides et le gifle deux fois à toute volée.

Les cris cessent aussitôt. Sa bouche s’ouvre comme s’il manquait d’air, ses yeux égarés, encore pleins de larmes, expriment un immense étonnement. Ses bras tombent, ses mains énormes s’ouvrent et lâchent les morceaux de tissu. Raoul s’approche encore et, le prenant dans ses bras, maladroit, il le serre contre lui de toutes ses forces. D’une voix qui tremble il souffle :

-On va partir tous les deux. On va foutre le camp au nord. Tout au nord. Y pourront jamais nous avoir…Jamais. »

C'est un roman très réaliste : rien n'est trop bon, rien n'est trop mauvais. A la folie et à la peur de Timax se mêle la beauté du paysage.

« La forêt est bavarde. C’est une belle nuit pour marcher, pour s’asseoir et écouter. Pour aller son petit train solitaire, sans hâte ni crainte. En ce moment, le trappeur se trouve juste à la frontière des bruits. A l’endroit où ils se rencontrent, se heurtent, se repoussent et finissent par se marier. Celui de la forêt paraît plus puissant que celui du fleuve, pourtant, il ne l’écrase pas totalement. Que ce soit dans les arbres ou sur l’eau, c’est toujours le vent qui va de la gueule, mais avec un langage différent. Le dialogue n’est jamais régulier. Il passe de la joie à la colère. Raoul connaît ses propos depuis toujours ; à chaque départ il les retrouve avec le même bonheur. »

Je souligne le passage ci-dessous qui m'a marqué; les écrits français sur les impressions des Canadiens suite aux Grandes Guerres sont en effet trop rares :

« -Je ne sais pas trop bien ce que c’est, le nazisme. Mais je me souviens de l’autre guerre. C’est pas si loin. Les émeutes à Québec, de ceux qui voulaient pas partir. Et tous ces jeunes qu’on a envoyés se faire tuer, puis les estropiés et toute cette misère. A quoi donc que ça a servi, si on se remet à nous chanter la même chanson !

Catherine, qui a semblé un moment inquiète, se redresse sur sa chaise.

-Vous avez raison, Marceline. Les Français nous ont laissés tomber ! A présent qu’ils sont du côté des Anglais, s’ils ne sont pas assez malins pour régler leurs comptes avec Hitler, c’est pas à nous de nous en occuper.

-Certain que si les pauvres gars qu’on a fait débarquer à Dieppe, au mois d’août, étaient partis dans le bois, y en aurait pas un millier de tués. »

Je ne peux pas vous en dire plus. Je n'ai pas pu décrocher des dernières cent pages. Je me répète, mais à nouveau je le souligne : tout est très fort dans ce roman. Les dernières pages m'ont provoqué quelques larmes, ce qui est rare me concernant... Elles soulignent ainsi le talent de l'auteur qui a su décrire des événements tragiques avec beaucoup de beauté et de douceur.

Ce roman a su m'éblouir. Les sentiments, très forts, m'ont bouleversés, notamment ceux qui unissent Raoul et Amarok. La force du roman réside, je pense, en son réalisme : les dernières pages marquent bien ce choix d'écriture, où l'on comprend que la vie continue quoiqu'il arrive.

Enfin, je tiens à souligner que ce roman n'a strictement rien à voir avec Croc-blanc de Jack London, que je n'ai malheureusement jamais pu apprécier.

 

Découvrez un autre avis sur ce roman : cliquez !

 

--->>> Pour aller plus loin...
 

-Ce roman est en fait le quatrième tome de la série Royaume du Nord de Bernard Clavel. Je n'en savais rien, et j'ai lu ce livre en premier. Peu importe : les romans sont quasi indépendants les uns des autres! Toutefois, les autres tomes sont à découvrir... Je vous invite à consulter cette bibliographie très claire, où vous pourrez trouver, non seulement tous les autres titres de la série, mais également d'autres séries écrite par Bernard Clavel : la bibliographie.

-Pour découvrir Bernard Clavel, c'est par ici : la biographie 

-Découvrez la signification de "Amarok" : cliquez ! 

-Je vous invite également à vous tenir informé : Bernard Clavel est un écrivain actif, et ses livres sont toujours publiés... (le plus récent : novembre 2009)

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3 janvier 2010 7 03 /01 /janvier /2010 21:04
Le Têtard,
par Jacques Lanzmann

Publié en 1976.


Quatrième de couverture :


Le Têtard : le roman d'une enfance extraordinaire, l'histoire d'un vrai « Poil de Carotte ballotté dans les tempêtes d'une famille dingue puis dans le tourbillon de l'Histoire - la guerre, l'Occupation et la Résistance en Auvergne. Une histoire qui rit et qui pleure, avec des mots qui brûlent : «J'avais quinze ans et je ne voulais pas mourir sans avoir fait l'amour et la Résistance, mais c'était bien plus facile de tuer un soldat allemand qu'une obsession sexuelle. »
Une fabuleuse rage de vivre, une bouleversante tendresse.
Le Têtard a obtenu le Prix R.T.L. Grand Public.





L'auteur :  Jacques Lanzmann. Un homme, décédé aujourd'hui, qui fut un vrai gosse, comme nous tous. Je vous invite à le découvrir.

Un vrai gosse donc, mais avec une enfance peu commune, bien à lui et bien écrite. Car c'est son enfance - qui est racontée au travers de ce livre - que je n'ose qualifier de roman, car il s'agit d'une autobiographie - mais que je n'ose qualifier d'autobiographie, car même si l'auteur lui même l'affirme, on ne le trouve pas vraiment dans les rayons du genre -.
Ce livre m'a tout de suite attirée. La quatrième de couverture, il faut le dire, a un certain style assez charmeur. Passionnée de tout ce qui touche les Grandes Guerres, les mots "Occupation" et "Résistance" ont achevé de me convaincre : il a fini dans mon sac. Puis dans ma bibliothèque, plusieurs mois. Enfin, je l'ai saisi et dévoré. Dé-vo-ré.

C'est l'histoire d'un p'tit gars d'environ 6/7 ans au début du livre, d'environ 14/15 ans aux dernières pages. Cette histoire, c'est le p'tit gars lui-même qui l'a raconte : l'auteur, Jacques Lanzmann. Sauf que lorsque ce dernier écrit le livre, en 1976 - date, d'ailleurs, à laquelle fut publiée mon exemplaire! Il s'agit donc d'un des premiers tirages - il a 49 ans ! Je lui rend hommage : il ne laisse jamais transparaître son âge réel, son âge d'adulte, au travers de ses mots. J'ai été transporté par un univers décrit avec la facilité - mais également les pensées complexes et parfois bien étranges - d'un gamin. Sans tricheries, sans niaiseries. Que des bonnes choses.

Pas de fantastique, pas de dragon ou de sorcière. A moins que la grand-mère ne soit, bien sûr, assimilée à une sorcière! On découvre page après page l'enfance de l'auteur, une enfance à la fois très noire, très tragique, mais également drôle et envoûtante.
"Moi, je m'étais toujours senti plus français que juif, mais aussi bien plus rouquin que français et juif. J'étais un rouquin-français-juif de parents divorcés-citadins transplanté-analphabète-et-paysan; un vrai poil de carotte sans vraie famille, mais avec des familiers."
Tout est dans cette citation. Mais comme ce ne sont que les premières phrases des 219 pages, on ne s'en rend réellement compte qu'à la fin du livre.

Jacques - ou Jacquot- est roux. Il est également juif. Malheureusement, la Seconde Guerre Mondiale se fait de plus en plus présente; il est inutile de vous en rappeler les conséquences pour les Juifs de notre nation. Et pourtant...pourtant on hésite toujours entre deux pages : quel est le plus grave problème pour ce gosse : être roux ou être juif? Non pas qu'il s'en plaigne : ce sont les réactions des gens qui l'entourent qui vont être excessives, selon l'un ou selon l'autre de ses caractéristiques.
« Que s’était-il donc passé entre Marraine et moi pour que nos rapports fussent aussi mauvais ? J’y ai, bien sûr, souvent pensé depuis, et combien de fois n’ai-je pas entendu ou lu des histoires navrantes de gosses brimés, martyrisés par des marâtres. Il n’y a pas d’explication logique de la haine entre une belle-mère et son beau-fils, il y a des caractères qui s’affrontent, des physiques qui ne vont pas ensemble, et l’expression souvent employée « Entre eux, c’est une question de peau », résume le problème. […] Il y a des visages de gosses qui appellent les coups, cela dépend de l’angle où l’on se trouve. Vus autrement, ces mêmes visages appellent l’amour. Je crois qu’Hélène m’a toujours regardé du mauvais côté. »
Rejeté par ses parents, ce gamin va connaître différentes expériences...que je ne vous décrirai pas. Je ne veux pas gâcher le plaisir! Je peux toutefois citer quelques passages, que j'ai saisis lors ma lecture.
« Autour de moi, vingt-huit vaches et quatre paires de bœufs. Les vaches c’était pour le lait, les bœufs pour le travail, mais en période de labour, on attelait aussi les vaches. J’avais appris assez rapidement à les reconnaître. Entre cent mille bêtes, j’aurai reconnu les miennes. Lorsque l’on vit avec des vaches, que l’on ne peut ni lire, ni écrire, ni aller au ciné, au musée ou au restaurant, quand on n’a rien d’autre à faire que de les garder, on les regarde, et quand on les a vues jours après nuits et comme ça pendant des mois et sous toutes les lumières, et dans toutes les prairies, on finit forcément par reconnaître sa vache. Elle est votre amie, votre pays, votre univers, votre culture. J’étais leur vacher, elles aimaient ma présence et, je crois, mon odeur. »
« Nous avions fait halte pour la nuit dans un de ces burons où l’on recueille le lait qui sert à la fabrication du fromage de Cantal. On s’était couchés tous les deux l’un contre l’autre, à même la paille, pour se réchauffer, et l’on avait fait allonger les chiens sur nous comme des manteaux vivants. Par le toit à demi écroulé de la cabane, on voyait le ciel étoilé. Il m’avait enseigné la Grande Ourse, montré le Chariot, rempli mes yeux de Voie Lactée. Il disait, le René, que quelque part là-haut, chacun d’entre nous a son étoile et que nous sommes responsables d’elle. Il disait, le René, que de notre existence dépendait sa durée, son intensité. Il disait que certains hommes irresponsables faisaient filer leur étoile et que l’âme de ces hommes filait en même temps qu’elle. Je ne savais pas au juste ce qu’était une âme, à coup sûr ça devait être quelque chose de rare, de beau, d’aussi brillant qu’une étoile. Je demande au René ce que devient un homme sans âme. Sans hésiter, il me répond : « Un malheureux ! ».
Au fil des pages, on découvre également un gosse normal : attiré par les filles - femmes -, ne sachant comment répondre aux questions existentielles qui le hantent, découvrant la masturbation, la frustration, les déceptions, la peur - notamment au travers de la pédérastie et de la zoophilie -, les techniques sexuelles des adultes - rien de hard, je vous rassure ^^ c'est un gosse qui nous raconte les faits, avec ses yeux de gosse - , l'amour, la vie, la mort et la religion.

Au fil des pages, on voit grandir ce gamin. On le voit, bouleversé par la vie, musclé par son enfance malheureuse - mais pas totalement désastreuse au final -, devenir un homme à seulement treize ans.

« Non, je ne savais vraiment pas qui j’étais, et encore moins où j’en étais. Je parlais patois, un dialecte qui va au plus pressé. J’avais les mains calleuses, énormes battoirs pleins de verrues, les pieds déformés par le bois des sabots, monstrueux panards plantés de cors et d’œils-de-perdrix. J’avais des muscles à revendre, un sexe tout irrité parce que trop tripoté et des yeux presque bêtes à force de regarder dans le vide des autres. »
Tout ça, sur un fond de Seconde Guerre Mondiale, qui devient de plus en plus présente et oppressante, bouleversant - à nouveau - l'enfance de ce petit garçon déjà si homme.
« Il disait, l’abbé, qu’à Dunkerque « les Français avaient offert leur poitrine et les Anglais leurs machines », et moi, maintenant, j’étais là avec ma poitrine française et ma machine anglaise à vouloir casser du Boche comme grand-père Léon quand il était à Verdun sous les ordres du Maréchal. Peut-être que je n’arrivais pas à suivre l’histoire parce que je ne connaissais pas mon histoire. J’avais caché ma race, mon seul trésor, durant toutes ces années chez des fermiers et j’avais grandi en compagnie du mensonge. C’est le mensonge qui m’avait musclé, déformé les pieds, les mains et l’esprit. Le mensonge, il avait fait de moi un gosse perdu, dépouillé de toute vérité, et maintenant, dans ce camion, entre tous ces gaullistes et ce frérot communiste, je me sentais proprement dépiauté, comme les lapins de mon grand-père. Je me disais, en les entendant discuter de la liberté, qu’il me fallait à tout prix remonter la pente, reprendre du poil de la bête, réapprendre à lire et à écrire. Oui, en écoutant mon frère parler, je me disais que pour retourner les hommes il vaut mieux savoir tenir une conversation que la charrue. »
« On n’était pas davantage malheureux dans le wagon que dans la cave. C’était même plus propre, au début du moins et quand on roulait, on respirait de l’air frais. Seulement, il nous arrivait de rester des heures entières à l’arrêt en pleine campagne par suite d’un sabotage de la voie ferrée et là, on était tellement malheureux d’être enfermés qu’on râlait contre les résistants. C’était peut-être papa ou Claude qui avait saboté la voie, mais nous, on crevait dans la chaleur et dans les mauvaises odeurs. Au début, tout le monde s’était retenu, et puis quelqu’un avait commencé, alors tout le monde s’était mis à se soulager. C’est à cause de la mauvaise odeur qu’on a décidé, Bisson et moi, de s’évader à la première occasion. Mais, les occasions, il n’y en avait pas. Quand le sabotage nécessitait une trop longue réparation, les Allemands entrouvraient parfois les portes du wagon, alors on voyait la campagne et je m’imaginais tout nu avec Sarah dans une de ces petites fermes à toit rouge en train de manger des pâtes très chaudes. »
On se laisse surprendre par la guerre, qu'on croyait plus éloignée. On se laisse surprendre par ce gamin, malheureux mais débrouillard, qui va se battre jusqu'au bout, non pas pour sa patrie ou pour son honneur, mais parce que pour lui "c'était pas juste de mourir sans avoir fait l'amour" - avant dernière page du livre -.

 

--->>> Pour aller plus loin...
 

Pour ceux et celles qui, séduits par cette critique, liront le livre, voici :
 

-une interview vidéo de Jacques Lanzmann - ne regardez pas si vous n'avez pas lu!! Cela gâcherait de très bons passages du livre - : cliquez!
                   

Cette vidéo n'est pas très enrichissante en soi, puisqu'elle revient sur le livre, mais j'ai apprécié de voir l'auteur parler de son propre ouvrage. La dimension humaine de ce livre est, je pense, réellement importante.
 

-Un petit lien, juste pour découvrir quelques mots de l'auteur : cliquez!
          
Je vous invite à nouveau à consulter la biographie de l'auteur, Jacques Lanzmann. Partant d'une enfance misérable, n'ayant pratiquement pas été à l'école, ce qu'il a accomplit lors de son vivant m'impressionne.


J'attends vos impressions =D !!

Bonne fin de journée à tous et à toutes !

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A l'honneur : la littérature "jeunesse" !

La littérature jeunesse est mise à l'honneur ! Une nouvelle catégorie lui est dédiée !

Je vous invite, chers lecteurs, à feuilleter quelques jolis ouvrages colorés et à découvrir de merveilleuses histoires pleines de rêves et d'aventures !

De belles idées pour nos adorables petits anges, et un soupçon de tendre nostalgie pour les plus âgés !

Cliquez ici pour découvrir les ouvrages qui pourront vous émerveiller !

Livres par écrivains

Cliquez sur le titre d'un livre pour accéder à sa fiche de lecture !
 
bass-rick-2.jpgBASS, Rick
 
72e081b0c8a0fc24c2f3f110.L._V192261114_SX200_.jpg
BARRON, Thomas Archibald
 
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BECDELIEVRE (de), Gilles
 
AVT_Marlena-De-Blasi_637.jpegBLASI (de), Marlena
 
Caroline-Bongrand.jpeg
BONGRAND, Caroline
 
http://upload.wikimedia.org/wikipedia/commons/thumb/5/55/Nicolas_Bouchard-Imaginales_2012.jpg/220px-Nicolas_Bouchard-Imaginales_2012.jpg
BOUCHARD, Nicolas
 
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BOURGINE, Jérôme
 
emanuelle-de-boysson.jpgBOYSSON (de), Emmanuelle
 
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CASTRO (de), Eve
 
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CHARNAS McKee, Suzy
 
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CLAVEL, Bernard
 
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DARNAUDET, Boris
 
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DEDEYAN, Marina

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DE LA ROCHE, Mazo
Les Frères Whiteoak
 
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DE RIVOYRE, Christine 
La Mandarine 
 
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DESSAINT, Pascal
 
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D'ETANGES, Pierre
 
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DOYLE, Roddy
 
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ERDRICH, Louise
 
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FETJAINE, Jean-Louis
La trilogie des elfes :
 
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FUKUDA, Andrew
 
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FUNDER, Anna
 
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HARTNETT, Sonya
 
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HASSAN, Yaël
 
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LEMAITRE, Pierre
 
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MALZIEU, Mathias
 
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MASSAROTTO, Cyril
 
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RADENAC, Matthieu
 
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SABATIER, Robert
Le Lit de la merveille

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SADE, Marquis de
Les Crimes de l'amour
 
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SANE, Insa
 
SCHMITT, Eric-Emmanuel
 
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TANNER, Rachel
 
VENS, Pierre
 
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WELCH, James