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17 mars 2014 1 17 /03 /mars /2014 16:49

 

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A comme aujourd'hui

 


Ecrit par David Levithan


Publié aux éditions Gallimard - Les Grandes Personnes

Broché, 384 pages - 17 €

 

 

 

 

 

 

 

 

(Résumé personnel)

Le narrateur est un esprit âgé de 16 ans, prénommé A. Dépourvu d'enveloppe corporelle, cet esprit asexué subit son destin : chaque matin il se réveille dans la peau d'un jeune homme ou d'une jeune fille de son âge et découvre avec résignation son nouveau visage, s'efforçant de comprendre au plus vite l'histoire de son hôte ainsi que son rythme de vie. Durant vingt-quatre heures, A prend le contrôle de ce nouveau corps, s'efforçant de le respecter du mieux possible et de ne pas interférer dans sa vie : s'il n'a pas accès aux émotions de son hôte, il peut en fouiller la mémoire pour copier ses gestes et ses paroles. A n'a pas choisi cette vie étrange qu'il ne comprend pas : sans parent, sans ami, sans attache, il est invisible de tous et s'en contente. 

Un jour cependant, il rencontre Rhiannon, la petite amie de son hôte, et en tombe amoureux. Ce n'est pas simplement de ses beaux yeux qu'il tombe amoureux, mais de tout son être : il sent en elle une profondeur qu'il n'a jamais rencontré, une générosité naturelle qui le fait chavirer. En quelques secondes, sa vie trouve enfin un sens : il est né pour elle, pour l'aimer, pour la regarder. 

Hélas, cette prise de conscience ne suffit pas à lui donner un corps : malheureux comme jamais, A quitte à minuit le corps du jeune homme pour intégrer celui d'une jeune fille, à quelques heures de route de Rhiannon. Alors qu'il essaie de poursuivre sa routine habituelle et de se satisfaire de sa vie morne et impersonnelle, A sent qu'il ne peut ignorer plus longtemps cet appel du cœur. Commence alors un combat contre son destin : A décide de vivre enfin pour lui et d'utiliser les corps qui lui sont offerts pour retrouver Rhiannon, quitte à semer le désordre dans la vie de ses hôtes. Mais l'amour est-il possible pour un être qui change de corps chaque jour, au gré du hasard ? La douce Rhiannon pourra-t-elle aimer au-delà des apparences ? 


« Main dans la main, nous marchons le long du rivage tandis que le soleil décline dans le ciel. Je ne pense ni au passé, ni à l'avenir. Je déborde de gratitude envers ce soleil, cette eau, ce sable dans lequel s'enfoncent mes pieds, envers sa main qui tient la mienne. »


Dès la première page, la lecture s'annonce difficile : le style est artificiel, l'écriture semble forcée et il y a ce petit quelque chose qui repousse plutôt qu'il ne séduit. Les pages se tournent pourtant, plus par curiosité que par plaisir, et la plume de David Levithan prend de l'élan, distillant quelques notes de poésie ainsi que de jolies images de tendresse amoureuse, et ce serait presque de la grâce si l'écrivain ne se laissait pas aller à des lourdeurs fatigantes. Hélas, tout le roman se construit de ces lourdeurs qui finissent par prendre le pas sur les plus jolis aspects de cette histoire d'amour peu commune. Ainsi, chaque nouveau chapitre s'ouvre sur une nouvelle journée, donc un nouveau corps, et chaque fois se répète le même schéma de découverte de l'hôte et du contexte familial. Certes, c'est un mal nécessaire aux choix narratifs : mais alors, on ne peut s'empêcher de remettre en doute les bases de cette histoire artificielle et surtout répétitive, qui s'avère trop peu détaillée pour être crédible. 


Les personnages ne sont malheureusement pas plus soignés que l'histoire, laissant perplexe le lecteur auquel on impose un sentiment amoureux puissant basé sur un simple regard. Alors que les déclarations d'amour s'enchaînent sans plus d'explication, l'auteur s'attarde sur la vie amoureuse des hôtes qu'habite A : et alors, si l'on accepte facilement que les premiers adolescents rencontrés soient homosexuels, on finit par trouver totalement ridicule – et surtout, profondément malsain - que quasiment tous les personnages secondaires, qu'ils soient garçons, filles, hôtes ou simples amis, soient homosexuels, voire transsexuels. Qu'essaie-t-on d'apprendre aux jeunes lecteurs au-travers de ce roman ? L'hétérosexualité est presque totalement absente de cet ouvrage, qui s'attarde longuement sur les caresses que se prodiguent deux jeunes garçons, ou encore sur les baisers passionnés de jeunes filles dénudées qui partagent le même lit (…). Plus que décevant, cet aspect du roman me semble particulièrement dérangeant.


Difficile de se remémorer les passages agréables de cette histoire, surtout après la déception de la dernière page... Pourtant, il y a tout de même eu d'agréables moments de lecture, de ces petites phrases légères simplement bien pensées et bien écrites, qui donnent à sourire, tendres rayons de soleil qui traversent les nuages. Une jolie plume donc, mais que dessert un mécanisme d'écriture mal rodé, ou peut-être plus simplement une histoire pas assez réfléchie et trop peu détaillée. 


Je ne peux nier une addiction à ce roman : je tournais les pages rapidement, avide d'en savoir plus, de comprendre qui était vraiment cet étrange personnage condamné à une vie d'errance. David Levithan prend plaisir à entretenir l'espoir du lecteur, soulevant de nombreuses questions et laissant planer le mystère... Malheureusement, les réponses n'arrivent jamais et s'enchaînent à leur place des réflexions philosophiques intéressantes mais cependant dénuées de toute finesse, créant une lassitude inconsciente chez le lecteur qui finit par se sentir comme endoctriné par un narrateur qui, à seize ans, est persuadé de comprendre tous les mécanismes du comportement humain alors qu'il ne maîtrise même pas sa propre existence.


En bref, A comme aujourd'hui est un roman malsain et dans l'ensemble décevant que je ne recommande pas – d'autant qu'il est conseillé aux jeunes lecteurs à partir de treize ans, or je doute qu'à treize ans les lecteurs disposent de la maturité nécessaire à la lecture d'un ouvrage qui aborde ouvertement la sexualité ainsi que le rapport sexuel lui-même.


 

Ce roman a été lu pour Les Chroniques de l'ImaginaireMerci aux éditions Les Grandes Personnes du groupe Gallimard pour la confiance dont elles honorent notre équipe de chroniqueurs.

 

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4 mars 2014 2 04 /03 /mars /2014 20:42

 

Mille jours en Toscane


Ecrit par Marlena de Blasi

Publié aux éditions Gallimard - collection Folio - 05/2013

Poche, 256 pages - 7€40

 

 

 

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«Le bar du village est devenu une véritable annexe de notre maison. Les habitués nous ont adoptés et s'ingénient à nous faciliter la vie. Il y a un téléphone au mur et quand je parle à mes enfants, à mon agent à New York ou à mes éditeurs en Californie, tout le monde se tait en imaginant que je discute avec le président des États-Unis. Le Centrale est notre bureau, notre PC, notre refuge. Je commence à comprendre pourquoi certains Italiens, avant de choisir un appartement, vérifient si le bar le plus proche leur conviendra…» 


L’auteur et son mari ont décidé de s'installer à San Casciano, un petit village toscan. On s'échange des recettes de cuisine (soigneusement consignées dans ce livre), on fait ensemble les vendanges, la chasse aux cèpes et aux truffes…. Marlena de Blasi nous offre une ode à la vie, pleine de saveurs, d’odeurs et de couleurs.

 

 

Presque un journal intime, pas tout à fait un roman, Mille jours en Toscane se lit tel un carnet de voyages. Des recettes ancestrales traînent entre les pages, des secrets y sont chuchotés du bout de la plume, des anecdotes tout à fait inutiles racontées dans les moindres détails : et ces mots se mélangent onctueusement, offrant aux lecteurs affamés de dépaysement un savoureux récit d'initiation à la Toscane. 


« Parce que la simplicité, c'est la dernière chose à laquelle on pense quand on cherche le secret de la vie. Gérard et Mathilde étaient riches parce qu'ils ne possédaient presque rien. »


Marlena de Blasi raconte les gens, les assiettes et les nuages, et il y a dans son ouvrage cette simplicité de narration chatoyante que l'on recherche vainement dans tant de livres. Les pages sont gorgées de couleurs, d'odeurs et de saveurs – mais nulle figure de style, nulle recherche imagée pour séduire le lecteur : le récit est à prendre ou à laisser, et lorsque vous êtes dans l'obligation de faire une pause dans votre lecture, il y a comme un pincement au cœur de quitter San Casciano, son vin et ses chemins de terre boueux, une peur toute infantile de ne trouver au retour que des pierres nues – car ce récit n'attend pas le lecteur pour vivre, c'est à nous de le rattraper et d'en saisir la beauté fugace.


Mille jours en Toscane est un très bel ouvrage sur la Toscane, mais plus encore, un merveilleux conte de la vie. Cet ouvrage renferme un trésor de simplicité qui n'est en fait que le bonheur raconté, un bonheur si vivant qu'il émeut le lecteur, si puissant qu'il transmet en quelques mots de sincères émotions et un grand plaisir. Impossible de ne pas saliver lors de cette lecture, impossible de ne pas rêver à cette tranquillité bouleversante –  car l'aventure est partout, et plus encore la joie de vivre.


« (…) chaque matin, nous nous levons avec le soleil et prenons les petits chemins pentus à travers les prés pour aller jusqu'aux sources bouillonnantes tremper nos pieds et parfois plus. Le contraste entre l'air encore frais et l'eau très chaude est absolument délicieux, juste avant le petit déjeuner. Une légère brise souffle par moments, qui peut devenir un grand coup de vent, annonciateur d'une pluie qui va tomber en rafales sur la terre argileuse. Nous ôtons alors nos bottes et pataugeons dans la boue comme les deux enfants que nous n'avons jamais été, mais pouvons désormais être. »

 

 

Je remercie sincèrement les éditions Folio du groupe Gallimard pour la confiance dont elles m'honorent ainsi que pour cet agréable moment de lecture.

 

san-casciano

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23 juillet 2013 2 23 /07 /juillet /2013 15:15

 

La fille qui lisait des romans d'amour


Ecrit par Inara Lavey

Publié aux éditions Bragelonne, collection Milady

 Poche, 288 pages.

 

 

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La vie de Cassandra Devon est une vaste histoire à l’eau de rose. Son imagination débridée fourmille de séduisants détectives, d’irrésistibles pirates et de héros plus sexy les uns que les autres.


Absorbée par ses rêveries tout droit sorties des romances qu’elle dévore, Cassandra a du mal à repousser les avances de Connor, le facétieux Irlandais qui voudrait se substituer à ses fantasmes.


Entre lui et le séduisant Raphaël, incarnation de l’homme idéal, son cœur balance. Lequel de ces beaux garçons saura s’attirer ses faveurs ?

 

 

 

 

 

 

 

Un visage qui disparaît derrière d'affreuses lunettes d'une taille exagérée, des cheveux bruns et ternes qui encadrent une silhouette discrète et banale, ainsi se profile une héroïne au mauvais caractère qui s'habille chez Monoprix en rêvant au grand amour. Cassandra a toujours la tête dans les nuages, ou plutôt dans ses fantasmes érotiques : qu'elle soit dans un restaurant, invitée à une soirée exotique, en compagnie d'un bel homme ou dans un bar à siroter un cocktail, Cassandra fantasme délicieusement toute la journée à ce bel homme aux cheveux de jais, grand ténébreux au corps puissant mille fois imaginé lors de ses lectures sentimentales. Dix années à rêver d'un corps viril et musclé, d'une voix tendre et sensuelle, de gestes romantiques et passionnés... Cassandra pourrait modeler son homme idéal dans de la glaise tant elle a rêvé de son corps, de ses gestes, du timbre de sa voix et du moindre petit détail sexy, jusqu'à la forme qu'imprime son pénis en érection dans un jean noir moulant.


 Se retrouvant célibataire pour la énième fois, Cassandra prend l'avion pour rejoindre sa meilleure amie, une adorable Barbie qui n'a pas sa langue dans sa poche. Celle-ci l'attend à l'aéroport avec son cousin, Connor, un joli garçon taquin et moqueur qui exaspère Cassandra dès leurs premiers échanges. Arrivée à l'hôtel réservé par son amie pour leurs petites vacances entre copines, la jeune femme rencontre Raphaël, l'associé de Connor : love at first sight ! Raphaël est son fantasme devenu réalité, son idéal en chair et en os qui va enfin pouvoir combler tous ses désirs : Cassandra s'embarque alors pour un grand huit sentimental, le cœur à l'envers et les yeux dans les étoiles...


L'écriture est toute simple, très naturelle et agréable à lire : on s'identifie facilement à cette jeune femme pleine de défauts et au charme inconscient, éternelle maladroite qui aimerait faire de sa vie un véritable conte de fée ! Le style se veut personnel et franc, d'une sincérité souvent très drôle et touchante : j'ai bien souvent souri à cette histoire qui regorge de situations pittoresques ! Le roman propose également d'alléchantes scènes torrides qui s'apparentent aux fantasmes féminins les plus courants : la jouissance féminine est ainsi mise en avant dans des scènes très joliment écrites et facilement imaginables, et l'on se prend bien sûr à rêver aux côtés de cette héroïne un peu sotte, mais si attachante !


Alors bien sûr, il y a quelques défauts inhérents à cette histoire : un manque de vraisemblance évident et qui peut éventuellement lasser une lectrice exigeante, des personnages qui confondent sentiments amoureux et désir physique, quelques préjugés envers les lectrices de romans sentimentaux et une leçon d'amour en filigrane qui n'est pas franchement nécessaire, cependant l'humour distillé tout au long de l'histoire prend le pas sur ces défauts qui étaient finalement attendus, puisqu'il s'agit d'un petit roman sentimental, donc léger et superficiel !


La fille qui lisait des romans d'amour est un roman sensuel, drôle et addictif qui se lit facilement et avec plaisir. Un très bon moment de lecture !


Ce roman a été lu pour Les Chroniques de l'Imaginaire, équipe de chroniqueurs diablement efficaces dont je suis heureuse de faire partie ! Merci aux éditions Bragelonne pour la confiance dont elles nous honorent !

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4 avril 2013 4 04 /04 /avril /2013 21:51

Merlin 1

 

Merlin, les années oubliées

Tome 1


Ecrit par Thomas Archibald Barron

Version française publiée en 2013

Editions Nathan, collection Jeunesse

 

 

Rejeté par l'océan, un garçon s'éveille sur une plage du pays de Galles. Il ne se souvient de rien, ni de son nom, ni de sa famille. Mais il est déterminé à découvrir qui il est - et d'où lui viennent ses mystérieux pouvoirs. Ses pas le mènent vers une île enchantée, une terre étrange dont le destin est étroitement lié au sien...


 

 

Pour se donner la chance d'apprécier ce roman, il est nécessaire de se détacher de ce que l'on connaît déjà de Merlin. Il existe tellement de légendes à son sujet que chacun à sa propre conception de sa physionomie, de sa personnalité et de ses pouvoirs. Parfois, les légendes se complètent et enrichissent la conception individualiste de ce fameux personnage : c'est le cas de cet ouvrage qui souhaite donner un passé à Merlin et ainsi lui donner plus de profondeur, car rares sont les textes s'y rapportant. Il faut donc abandonner le Merlin adulte que l'on connaît, sa sagesse et ses conseils légendaires ainsi que sa longue barbe blanche flottant au vent pour pouvoir faire connaissance avec l'enfant qu'il était. On découvre alors un petit garçon d'une dizaine d'années, maigre et hésitant, qui n'a pas encore choisi son destin et n'a même pas conscience des choix qui l'attendent. Ainsi, le lecteur ne doit pas rechercher dans les aventures de ce jeune garçon des présages de son futur : il faut se concentrer sur le présent de cet enfant, comprendre son raisonnement et ses sentiments et l'accompagner dans son apprentissage. 


Par ailleurs, avant de commencer cette lecture, il faut garder à l'esprit que les éditions Nathan ont publié ce roman dans leur collection Jeunesse : ainsi, si vous choisissez de lire cet ouvrage sans faire partie du public visé, je vous recommande d'adapter au préalable vos attentes. Vous ne trouverez pas dans cet ouvrage la même profondeur, ni le même vocabulaire que dans les romans adressés aux adultes. De même, le style de l'auteur se veut volontaire enfantin, un peu naïf et léger. Il ne sera pas question de batailles sanglantes, de quêtes exténuantes, de rencontres sexuelles dénuées de pudeur : dépourvu de violence, ce roman évoque la beauté des êtres vivants et de la Nature, la force de l'Amitié et l'importance de la générosité. Il s'agit d'un ouvrage parfait pour nos enfants et jeunes adolescents, une lecture qui leur apportera un peu de douceur, de poésie et de réflexions sur des valeurs importantes dans un style fluide et très accessible. C'est également un roman qui les fera voyager, car les longues descriptions de la Nature sont très imagées et soignées, ce qui est réellement appréciable pour un roman Jeunesse.


L'histoire est bien construite, et pourtant imaginer et écrire le passé de Merlin n'était pas aisé pour l'auteur qui se devait de respecter les origines connues du légendaire personnage, ainsi que le contexte socio-religieux de l'époque, tout en convergeant vers un futur déjà tracé. 

Le début du récit est assez lent, au point que je me suis endormie au bout de quarante pages, mais c'est un mal nécessaire. D'ailleurs, ce n'est pas la plume de l'auteur qui manque de dynamisme : c'est l'histoire qui semble engourdie, comme si les mots se réveillaient doucement – à l'image de Merlin, qui se nommait alors Emrys, et qui vient d'échouer, inconscient, sur une plage inconnue. Alors qu'il se réveille avec difficulté, il prend conscience d'un vide intérieur désespérant : il n'a plus de souvenir et son propre reflet lui est étranger. De cette perte va naître sa quête : retrouver ses racines, sa terre natale et sa famille. Cependant, avant de naviguer sur les océans avec la folie de sa jeunesse, Emrys va vivre quelques années avec une femme nommée Branwen, qui lui dit être sa mère et qui va le nourrir et le protéger des villageois – car ces derniers, subissant les changements d'une époque tourmentée, sont résolument hostiles à tout ce qui leur est inconnu. 

Ces quelques chapitres précédant le départ d'Emrys ont valeur d'incipit : la situation du jeune garçon évolue peu, mais la description de son quotidien et des personnages qui l'entourent permet au lecteur de mieux le comprendre et de s'en faire un personnage familier. L'auteur profite également de la stabilité de ces premières pages pour présenter, d'abord subtilement puis grâce à de petits incidents, les pouvoirs naissants d'Emrys et la relation particulière qu'il entretient avec la Nature, bien qu'il en soit encore totalement inconscient. On s'attache finalement à ce petit bout d'homme.

Viennent ensuite de terribles souffrances, telles des épreuves divines pour ce jeune garçon qui a la foi. Il en ressort plus fort et plus sage – une sagesse encore toute enfantine – et décide qu'il doit partir, quitter ce nid douillet de sécurité et d'habitudes pour découvrir son passé et comprendre pourquoi il s'est échoué sur les côtes du pays de Galles. Ainsi commence une quête des origines qui le mènera dans un autre monde, sur l'île légendaire de Fyncaria. Les descriptions de cette île sont merveilleuses : la forêt est gigantesque, éclatante de couleurs, peuplée d'arbres enchantés et d'autres créatures fantastiques. Il faut lire ces lignes avec les yeux et le coeur d'un enfant pour en saisir toute la beauté et se laisser transporter par le récit. Au cours de ce voyage, Emrys va trouver bien plus que des réponses à ses questions identitaires : l'Amitié, notamment, sera sa plus belle trouvaille. 


Ma lecture fut très agréable et m'a donnée le sourire car on rencontre au fil des pages des créatures surprenantes et qui possèdent toujours quelques traits humoristiques inattendus ! Certes, ceci met en avant la candeur du récit, mais ce dernier reste néanmoins très plaisant si l'on accepte de jouer le jeu : on rit alors de bon coeur ! Et puis, n'oublions pas que je suis une adulte : les enfants ne percevraient pas le côté naïf du récit, pas plus que l'étonnante simplicité avec laquelle les personnages vainquent la terrible menace qui pèse sur Fyncaria. 


C'est un excellent roman à conseiller aux enfants et jeunes adolescents, l'écriture est simple mais soignée, l'histoire est joliment racontée et on se laisse facilement emportée par la magie des mots. Pour les adultes rêveurs, ces grands enfants qui sont encore capable de s'émerveiller avec légèreté et de sourire sans trop se questionner, ce sera également une bonne lecture - ce fut mon cas, je me suis offert quelques instants de rêves et je serai ravie de découvrir le deuxième tome de cette saga !

 

Pour en savoir plus sur l'auteur de ce roman, Thomas Archibald Barron, je vous invite à visiter son site officiel.

 

Je remercie sincèrement les éditions Nathan pour la confiance dont ils m'honorent

 


 

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2 avril 2013 2 02 /04 /avril /2013 17:21

 

Nos étoiles contraires


Ecrit par John Green


Titre original : The fault in our stars

Version originale publiée en 2012

Version française publiée en 2013


 

nos étoiles contraires

 

Entre rire et larmes, le destin bouleversant de deux amoureux de la vie.

 

Hazel, 16 ans, est atteinte d’un cancer. Son dernier traitement semble avoir arrêté l’évolution de la maladie, mais elle se sait condamnée. Bien qu'elle s'y ennuie passablement, elle intègre un groupe de soutien, fréquenté par d'autres jeunes malades. C’est là qu’elle rencontre Augustus, un garçon en rémission, qui partage son humour et son goût de la littérature.
Entre les deux adolescents, l'attirance est immédiate. Et malgré les réticences d’Hazel, qui a peur de s’impliquer dans une relation dont le temps est compté, leur histoire d’amour commence… les entraînant vite dans un projet un peu fou, ambitieux, drôle et surtout plein de vie.

 

Élu « Meilleur roman 2012 » par le Time Magazine !

 

 

 

Nos étoiles contraires a sa place entre toutes les mains, et pourtant rares sont les ouvrages qui peuvent être également appréciés de tous - enfants, adolescents, jeunes adultes et adultes. Ce roman aborde la vie, la maladie et la mort avec une douceur et un humour inouis. Il ne s'agit pas d'un roman guimauve, avec une maladie qui s'oublie au fil des pages et une happy end tenant du miracle. Non, l'histoire d'Hazel, 16 ans, et d'Augustus, 17 ans est bien ancrée dans la réalité - si bien, qu'il en devient difficile de croire au caractère fictionnel de l'oeuvre. Cependant, malgré cet incroyable réalisme, le lecteur échappe au pathos si redouté : la plume de John Green est talentueuse et donne à vivre au lecteur une histoire fraîche et poétique.


Le cancer est une maladie si terriblement célèbre et répandue que l'on ne peut que se sentir proche du texte - l'histoire des personnages pourrait un jour devenir la nôtre, la maladie est une épée de Damoclès qui menace chaque Homme. Cette proximité ne facilite cependant par la tâche de l'auteur, car il est difficile d'évoquer la souffrance et la mort sans effrayer le lecteur. John Green est parvenu à saisir la réalité de la maladie sans exacerber son caractère tragique : un roman qui n'est ni tout noir, ni tout blanc, mais plutôt un mélange finement dosé de rires et de larmes. 


On redoute instinctivement un texte dont les personnages principaux sont des enfants en train de mourir. Il s'agit d'une conception terrible, affreuse, voire inacceptable pour les adultes qui souhaitent naturellement préserver l'innocence des enfants, les éloigner le plus possible de la mort. L'enfance représente la vie, et celle-ci devrait être intouchable. John Green a pourtant fait un excellent choix en insufflant une maladie mortelle à ses personnages, car seuls les enfants ont la capacité de percevoir le verre à moitié plein, quand les adultes ne voient que le verre à moitié vide. Nos étoiles contraires, avant d'être un roman sur la mort, est une poésie de la vie - une vie comme un cadeau, comme un miracle, merveilleuse et si belle que l'Être Humain devrait s'émerveiller chaque jour de ce qu'il peut voir, toucher, sentir. Dans cette oeuvre, la mort met en évidence la vie - c'est pour cette raison que le texte échappe au tragique, qu'il n'est pas dramatique ou accablant, mais plutôt porteur d'espoir et rayonnant de joie. 


Hazel et Augustus, enfermés dans leur solitude, survivaient - leur histoire n'était qu'une bataille constante contre la maladie. Leur rencontre est comme une claque : ensemble, ils brisent leur bulle de douleur et c'est avec une maturité dont ils n'ont pas conscience qu'ils découvrent l'Amitié, l'Amour, la beauté de toutes choses et la puissance de l'Art. Il ne leur reste que peu de temps à vivre mais qu'importe, ils vont vivre pleinement. La mort est comme écrasée par cet enthousiasme de vivre et de profiter de chaque battement de coeur, elle devient secondaire et l'on se prend à sourire et à rire avec ces personnages pourtant condamnés : on redécouvre la vie à leur côtés.


Rares sont les romans qui parviennent à rendre avec justesse les pensées et la manière de s'exprimer propres à la jeunesse. Imiter sans singer, un défi difficile à relever, et pourtant réussi. Alors que foisonne dans les rayons Jeunesse des journaux intimes de jeunes filles, si peu plausibles tant le style est extrêment enfantin et peu abouti - les jeunes filles sont toujours bécasses et niaises, voici une pépite littéraire inattendue. 

A ma connaissance, le seul autre ouvrage aussi bien écrit alors que les personnages sont des enfants est l'excellent E=mc2, mon Amour écrit par Patrick Cauvin. C'est une histoire d'amour entre deux enfants surdoués, un roman très simple donc - cette même simplicité que l'on retrouve dans Nos étoiles contraires - mais l'écriture est si vraisemblable, si mature et pleine de jeunesse à la fois, que le récit se gorge d'authenticité. On retrouve cette force dans Nos étoiles contraires - la véracité des sentiments et des émotions, l'intelligence des conversations, le talent narratif - ainsi qu'une force nouvelle, l'émerveillement devant la vie.


"Le truc avec le souffrance, c'est qu'elle exige d'être ressentie."


Ce roman n'épargne pas ses personnages, ni ses lecteurs. La souffrance est omniprésente et inévitable, mais John Green démontre avec talent que cette souffrance peut être dépassée et transcendée par l'amour de la vie, qu'il est possible de vivre avec la maladie sans se laisser terrasser par celle-ci si l'on porte son intérêt vers l'essentiel. La puissance émotionnelle du récit est remarquable, le texte est très beau de par son histoire et les réflexions qu'il amène sur de nombreux sujets. Nos étoiles contraires est mon premier coup de coeur littéraire de l'année, une vraie bonne surprise !


Je vous suggère, pour commencer la découverte, de lire les premiers chapitres du roman en ligne !

 

Ensuite pour aller plus loin dans la découverte de cet ouvrage, je vous propose de visionner l'auteur, John Green, en train de faire la lecture du premier chapitre de Nos étoiles contraires dans sa version originale ! 

 

                                             

 

 

Je remercie sincèrement les éditions Nathan pour la confiance dont ils m'honorent

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29 octobre 2010 5 29 /10 /octobre /2010 23:01

La Chorale des maîtres bouchers,

Ecrit par Louise Erdrich, publié en 2003.

 


http://www.livraddict.com/biblio/couverture/couv26481437.jpg

 

Quatrième de couverture :

 


1918. De retour du front, Fidelis Waldvogel, un jeune soldat allemand, tente sa chance en Amérique. Avec pour seul bagage une valise pleine de couteaux et de saucisses, il s'arrête à Argus, dans le Dakota du Nord où, bientôt rejoint par sa femme et son fils, il décide d'ouvrir une boucherie et de fonder une chorale, en souvenir de celle des maîtres bouchers où chantait son père.

Des années 1920 aux années 1950, entre l'Europe et l'Amérique, ce roman à la fois épique et intime retrace le destin d'une famille confrontée au tumulte du monde.

 

 

 

 

La Chorale des maîtres bouchers est le roman d’une rencontre. Une rencontre aux visages multiples, infidèle et aussi légère que le vent, semblable à la chance, tant elle voltige – acrobate virtuose – d’un personnage à un autre.

 

« Fidelis rentra chez lui à pied en douze jours de la Grande Guerre, et dormir trente-huit heures dès qu’il se fut glissé dans son lit d’enfant. Quand il s’éveilla en Allemagne, fin novembre 1918, il n’était qu’à quelques centimètres de devenir français sur la carte redessinée par Clémenceau et Wilson, un fait sans importance au regard de ce que l’on pourrait manger. » 

 

Les premières pages du roman plonge le lecteur au cœur de l’après-guerre, au côté de Fidelis, jeune soldat allemand et rescapé du fléau 14-18. Deux pages tournées, et déjà il rencontre Eva. Fiancée de son meilleur ami et victime involontaire de la Grande Guerre, Eva devient – en quelques mots prononcés - une jeune veuve au regard douloureux. Grandeur de l’amitié, amour de son prochain : un mariage succède rapidement à leur rencontre, Fidelis épousant à la fois la femme et l’enfant qu’elle porte.

 

« Il acquit la conviction qu’il devrait partir en Amérique parce qu’il vit, de ce pays-là, une tranche de pain. […] Cet homme tenait à la main quelque chose de blanc et de carré, que Fidelis prit d’abord pour une sorte d’image, mais elle était vierge. Quand il comprit que c’était du pain, modelé avec une précision qui ne pouvait être que l’œuvre de fanatiques, il se joignit au cercle des hommes pour l’examiner. […] Quand, passé de main en main, il parvint jusqu’à lui, Fidelis inspecta le pain. Il en nota la fine texture et s’interrogea sur le traitement de la levure, observa le bord bien taillé de la coupe, hocha la tête devant le brun doré étrangement uniforme de la croûte. Ce pain lui paraissait une chose impossible, un objet fabriqué venu d’un endroit qui devait obéir à un ordre incroyablement rigide. (…) »

 

1922. Chargé d’une valise remplie de saucisses fumées – une spécialité de son père, miracle gustatif -, Fidelis débarque en Amérique, tel l’espoir. Ayant investi tout ce qu’il possédait dans ce billet vers New York, seul le contenu de cette valise peut lui permettre de poursuivre son voyage. Les saucisses s’avèrent excellentes et les acheteurs reviennent, plus nombreux, permettant ainsi à Fidelis de traverser Minneapolis, le Dakota du Nord et d’arriver à Argus, petite bourgade dénuée de reliefs. Très vite, il trouve du travail dans une boucherie et loue ses services aux alentours, notamment pour abattre les bêtes. Fort du secret de son père, il se lance avec succès dans la confection des saucisses fumées. La clientèle augmente, tandis qu’il économise le moindre centime pour payer le voyage jusqu’à Argus à son épouse et son fils, qui le rejoindront au printemps – bouffées d’amour sur le quai d’une gare.

 

Autre ville, autre vie. La plume de Louise Erdrich dessine rapidement un autre univers et pénètre le lecteur dans la sphère embuée de Delphine, orpheline de sa mère peu après sa naissance, élevée par un père alcoolique, comédienne sans théâtre ni troupe et – accessoirement – partenaire d’un équilibriste homosexuel pour lequel elle nourrit quelques sentiments.

 

« Les chaises tenaient toujours en équilibre au-dessus d’eux. Ils se regardaient dans les yeux, ce que Delphine commença par trouver fascinant. Mais que voit-on réellement dans les yeux d’un homme en appui renversé, avec six chaises en équilibre sur ses pieds ? On voit qu’il craint de les laisser tomber. »

 

1934, année de misère. Oublier ses malheurs n’a cependant pas de prix, et le duo Delphine-Cyprien amasse une jolie somme d’argent, fruit de leurs spectacles. Toutefois, en dépit de leur succès, Delphine souhaite rentrer dans sa ville natale – Argus - pour y retrouver son père Roy.

 

« Il y avait des stations-service, les pompes à essence fixées devant de petites boutiques branlantes, ici et là une touffe de maisons, un peuplier foudroyé. Et toujours l’accueillante monotonie, le ciel patient, sans pluie, et gris comme une toile goudronnée. »

 

Le paysage défile, Delphine et Cyprian roulent vers le sud. Leur voiture s’engage à l’entrée du village, où se situe la boucherie Waldvogel – Delphine rencontre alors Eva. Une rencontre visuelle, charmante, à l’insu d’Eva qui court joyeusement aux côtés de son fils. La voiture progresse dans le village, s’arrête devant une petite ferme délabrée où Roy accueille sa fille – tout en larmes et en alcool. S’ensuit un nettoyage gargantuesque de la demeure souillée, encrassée et moisie, menant à la découverte de cadavres en putréfaction dans la cave.

 

« En entrant dans la cuisine d’Eva, quelque chose de profond arriva à Delphine. Elle ressentit une fabuleuse expansion de son être. Prise de vertige, elle eut l’impression d’une chute en vrille et puis d’un silence, à la façon d’un oiseau qui se pose. »

 

Si le retour de Delphine fut marqué par cette trouvaille macabre, il fut également l’occasion de retrouvailles et de joies toutes humaines. Sa première rencontre spirituelle avec Eva reste cependant l’élément essentiel – et décisif - de son installation à Argus. Souhaitant acheter du lard, Delphine se rend à la boucherie Waldvoguel et engage ainsi la conversation avec Eva, qui sert pendant que son mari est à l’ouvrage. Rien d’original au travers de cet échange, mais une grande gentillesse se dégage d’Eva – qui invite naturellement Delphine dans sa cuisine, lui offre café et petit pain à la cannelle, aux raisins, sucre & beurre et lui transmet l’une de ses recettes.

 

« La rencontre avec Eva l’avait plongé dans un état rêveur – c’était presque comme d’être amoureuse mais en même temps très différent. Qu’Eva l’ait remarquée, et même emmenée à la cuisine, qu’Eva ait donné toutes les preuves qu’elle voulait la connaître, c’était là un plaisir bien trop inattendu. »

 

Cette rencontre ordinaire entre une commerçante et une cliente, cette rencontre courante et presque insignifiante pour le lecteur, possède un caractère exceptionnel pour Delphine. La force, le caractère puissant d’Eva l’attire – et plus d’une fois je me suis questionnée sur les sentiments réels de Delphine envers son amie. L’opportunité de travailler à la boucherie se présente à Delphine, une chance dont elle rêvait- elle accepte avec enthousiasme. Les tâches se succèdent alors, nombreuses tout comme les clients, dont une tante revêche et une excentrique qui mettent à l’épreuve Delphine.

 

« Elle roulait si vite que les gouttes lui piquaient le côté du visage tels de petits plombs. La violence des gouttes la tenait éveillée. Elle savait que de temps à autre, dans son dos, Eva émettait des sons. Peut-être la morphine, tout en calmant sa douleur, relâchait-elle son contrôle sur elle-même, car dans le crépitement humide du vent Delphine entendit un gémissement aigu et glacé qui pouvait émaner d’Eva. Un hurlement semblable à un crissement de pneus. Un grondement donnant à penser que sa douleur était un animal qu’elle terrassait. »

 

Le printemps, l’été. Une vague de chaleur s’abat sur Argus et terrasse ses habitants. Delphine et Eva s’active dans les locaux de la boucherie pour garder la viande fraîche, chaque minute devient un combat douloureux contre le soleil de plomb.

Eva s’évanouit – simplement, discrètement. Une tumeur pèse sur ses organes vitaux, il faut l’opérer d’urgence. Pendant des jours, des semaines, durant un laps de temps infini Delphine prend soin d’Eva – condamnée malgré les multiples traitements subis - et de ses fils, s’acquitte des tâches ménagères et fait fonctionner la boucherie. Durant des mois, Delphine aide Eva à mourir.

 

Le quotidien s’installe ensuite. Chargé de soucis – les enfants, le vide qu’a laissé Eva derrière elle, la boucherie, les clients, Roy et Cyprian – mais paisible, et parfois heureux. Le temps s’écoule alors que les pages se tournent, la plume de Louise Erdrich nous porte à travers les années et les enfants grandissent, tout comme leurs mésaventures – les adultes vieillissent, également. La seconde guerre mondiale se fait pressentir. Les garçons – devenus des jeunes hommes – s’engagent avec fierté, sous le regard douloureux de leur père. La famille – unie jusqu’alors – se fragmente, sous le poids des idées et des convictions. Les Waldvoguel connaissent alors d’autres chagrins, d’autres épreuves. L’auteure possède cependant l’immense qualité de savoir bouleverser la vie des personnages en collant à la réalité ; et tout comme le ciel n’est jamais tout à fait dégagé ni tout à fait sombre, le destin de Delphine et de sa famille vogue de bonheurs en déceptions, de découvertes en chagrins.


Magnifiquement humain, le roman ébranle les forces et les faiblesses des êtres. Les souffrances, tourments, satisfactions, joies, plaisirs et déplaisirs s’élèvent dans les airs, portés par le chant de Fidelis. Les voix des hommes s’élèvent alors, écho de cette puissance, cantilène des anges.


 « Markus respirait à peine. Fit signe à Schatzie de s’asseoir derrière lui. Dissimulé dans l’ombre, sur le seuil, juste à la lisière du puits de paisible et rayonnante clarté, il jeta un coup d’œil dans la pièce et fut apaisé par ce qu’il vit. Il y avait son père, qui était à genoux auprès du lit de sa mère et lui tenait un pied. Ce pied était mince, d’un blanc de cire, et brillait presque dans la lumière fraîche de la lampe. Fidelis appuyait son front à l’endroit où le pied, en une courbe, rejoignait la cheville. Le dos de son père s’agitait, et après un moment de stupéfaction, Markus comprit que son père pleurait d’une façon atroce et silencieuse, une façon d’autant plus effrayante qu’elle était dénuée de sanglots et de larmes. Il n’avait encore jamais, vraiment jamais, vu son père pleurer. Le plus bouleversant c’était que le mouvement des épaules de son père ressemblait tant aux mouvements d’un rire convulsif. Puis Markus pensa que c’était peut-être un rire. Peut-être que sa mère, qui savait se montrer très drôle, venait de raconter une blague à son père. Mais le visage de celle-ci était calme. Markus l’entendait respirer, car ses respirations étaient de profonds et bruyants soupirs. Il observa un peu plus longtemps, mais alors Fidelis releva la tête et parut le regarder dans le blanc des yeux. Un frisson de peur parcourut Markus. Il s’immobilisa. Mais son père fixait sans le voir le mur peuplé d’ombres et ne l’aperçut pas.

Son père, toujours à genoux, se redressa avec lenteur puis borda tendrement la couverture autour des pieds d’Eva. Quand ce fut fait, Markus voulut s’en aller, de peur d’être découvert, mais il était toujours incapable de bouger. Les yeux de sa mère s’étaient ouverts et elle plongeait son regard dans les yeux de Fidelis, puis elle lui sourit. C’était un sourire magnifique, serein et plein de joie, un tressaillement de douceur sur son visage, que Markus n’oublierait jamais. Fidelis s’assit sur la chaise coincée à côté du lit étroit, et prit la main d’Eva. Sans qu’elle le lui demande, il se mit à lui chanter sa chanson préférée, une chanson que Markus connaissait, celle des sirènes dans la rivière en Allemagne. La voix de Fidelis était chaude et pure. Markus ferma les yeux. La voix de son père lui évoqua un goût de caramel brun et moelleux. Avec la chanson de son père pour le couvrir, Markus fila dans sa chambre. »

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