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9 mars 2014 7 09 /03 /mars /2014 13:53

 

http://www.editionsdesgrandespersonnes.com/data_romans/34/127.jpg

 

 

 

Les enfants du roi

 


Ecrit par Sonya Hartnett


Publié aux éditions Les Grandes Personnes - 2013

Broché, 288 pages - 16€

 

 

 

 

 

 

 

 

(Résumé personnel)

Seconde guerre mondiale. La France est aux mains des allemands. A Londres, c'est le black-out. Les habitants se préparent aux bombardements et tentent de se protéger : fenêtres occultées, lumières interdites – les soirées deviennent lugubres et la mort approche dans l'angoisse collective. Humphrey Lockwood, père de famille aux fonctions importantes, annonce sa décision à sa femme et ses enfants : il est temps pour eux de partir se mettre à l'abri à la campagne. Il n'a que trop attendu, l'évacuation des enfants a déjà commencé et les garder plus longtemps à ses côtés serait une folie. Alors que Cecily Lockwood, douze ans, se réjouit de ce retour dans la belle bâtisse familiale, Jeremy, de deux ans son aîné, serre les poings – s'enfuir à la campagne fait de lui un lâche, alors qu'il voudrait combattre l'ennemi et protéger sa nation. Mais qu'importe l'opinion d'un enfant de quatorze ans : seule compte leur sécurité ; et c'est ainsi que Cecily, Jeremy et leur mère Heloise monte dans le train qui les mènera à Heron Hall, magnifique domaine entouré de terres sauvages et de ruines mystérieuses. Au cours de leur voyage, les enfants exposent à leur mère la nécessité de recueillir, comme tant d'autres familles, un enfant évacué – soucieuse de sa réputation, Heloise Lockwood accepte et laisse sa fille Cecily choisir May Bright, petite fille âgée de dix ans. Aussi autoritaire que bavarde, Cecily est ravie de s'être octroyée une poupée vivante qu'elle pourra diriger à loisirs, mais la petite May ne l'entend pas ainsi : intrépide et indépendante, elle n'hésite pas à se lever très tôt le matin pour fuir son petit tyran. May découvre alors la campagne sauvage et le plaisir de courir dans les champs, de respirer la forêt, de se sentir libre et hors de portée de la guerre. Ses petites aventures sauvages la mènent jusqu'aux ruines étincelantes d'un ancien château, à l'intérieur desquelles elle fait l'étrange rencontre de deux jeunes garçons. Le passé s'imbrique alors dans le présent, petites et grandes histoires se mélangent : et si chaque événement avait le pouvoir de modifier tous les autres ? 


« Le château surplombait les enfants, réduit à si peu de chose et, pourtant, totalement présent – comme s'il n'avait jamais eu besoin de plafonds, de toits et de planchers, qu'il se suffisait de ces débris loqueteux, voire même qu'il les préférait. Cecily scruta les sommets les plus hauts, là où les pierres écorchées se fondaient dans la pâleur du ciel. Elle ignorait ce qu'elle s'attendait à y voir, mais elle savait qu'elle n'en serait aucunement surprise – un œil aux aguets, un bras tendu, un corps figé dans la pierre depuis des siècles et malgré tout encore un peu en vie.(...) »


Sous l'apparence d'un livre broché au format agréable – moins large que la plupart des romans « grand format », ce livre se tient mieux en main - Les enfants du roi se révèle un ouvrage agréable et enrichissant. La quatrième de couverture me laissait hésitante sur le public auquel cet ouvrage se destine. L'écriture, fluide et bien menée, convient parfaitement à un roman jeunesse ; de plus, les termes parfois un peu plus complexes sont accompagnés d'une définition explicite en bas de page, ce qui permet d'accompagner les jeunes lecteurs dans leur découverte. Cependant, certains passages sont très forts émotionnellement – notamment lorsque le jeune Jeremy prend la fuite pour rejoindre la capitale et s'exposer aux bombes ennemies : le récit de sa compréhension de la guerre, de ses ravages et surtout de son impuissance pourrait heurter les plus jeunes, ou plus simplement ne pas être compris. Aussi, je pense que cet ouvrage est à conseiller aux enfants qui ont déjà abordé la seconde guerre mondiale à l'école, et que l'on a envie d'aider à grandir – car ce roman utilise le fantastique pour mener à terme une réflexion sur le Pouvoir et sa capacité destructrice. 


« Ne crois pas que cette histoire ne t'atteint pas Cecily. Le passé est partout présent. »


Par la description du quotidien d'une jeune fille de douze ans, Les enfants du roi raconte implicitement la seconde guerre mondiale – il y a ces journaux aux gros titres bouleversants, chaque jour étalés sur la table, lus et relus par un oncle inquiet et un frère désireux de combattre, papiers froissés fouillés du regard par la cuisinière qui pleure son fils absent, soldat peut-être mort ; il y a l'absence du père resté à Londres, chaque jour et chaque nuit incessamment exposé aux bombes ennemies ; il y a la mère de May partie fabriquer des parachutes dans une usine et cet autre père encore, disparu au combat. Partout, surtout, il y a l'inquiétude. Alors les deux petites filles s'évadent et jouent dans la forêt, terre de mystères, enveloppe de quiétude. A l'ombre des « frênes puissants aux feuilles épaisses », la guerre s'évanouit pour laisser place aux jeux et à l'imagination. 

La force du roman réside dans cette transition entre la réalité douloureuse de la guerre et l'univers doux et naïf des enfants. Entre les deux se dresse un château en ruine, fantôme du passé encore majestueux, habité par deux apparitions d'enfants. C'est par l'histoire de ce château, par ce récit vieux de plusieurs centaines d'années, que les enfants vont comprendre le présent – comprendre le feu qui anime la guerre et ronge les hommes. Un château en ruine comme une enfance désenchantée, et qui s'effondre pierre par pierre alors que grandissent Cecily et May, jusqu'à disparaître complètement dans la terre – passage à l'âge adulte des jeunes filles. Un roman d'apprentissage donc, mais également un récit porteur d'espoir. 


Les adultes reprocheront probablement à ce roman le caractère artificiel des personnages, car Sonya Hartnett a forcé le trait en imaginant des héroïnes sans ambivalence, dont la personnalité souffre d'un réel déséquilibre – ainsi Cecily est agaçante d'enfantillage, alors que May se montre trop irréprochable pour être crédible. Fort heureusement, la réussite de ce roman ne repose pas sur les personnages, mais sur l'histoire qu'ils permettent de mettre en place et la réflexion qui en découle.


Les enfants du roi est donc un beau roman pour les pré-adolescents, qu'il saura captiver avec sagesse, le fantastique se mêlant à l'Histoire de la plus belle des manières.

 

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Ce roman a été lu pour Les Chroniques de l'ImaginaireMerci aux éditions Les Grandes Personnes pour la confiance dont elles honorent notre équipe de chroniqueurs.

 

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10 avril 2013 3 10 /04 /avril /2013 17:55

 

Tout ce que je suis


Ecrit par Anna Funder

Titre original : All that I am

Editions Héloïse d'Ormesson, 492 pages


 

http://www.renaud-bray.com/ImagesEditeurs/PG/1372/1372686-gf.jpg

 

Avec l’avènement du Troisième Reich, l’existence insouciante de quatre jeunes Berlinois bascule. Persécutés, ils s’exilent en Angleterre.

Depuis Londres, ils tentent d’alerter le monde, désespérément aveugle, sur la terrible menace que représentent Hitler et le régime nazi.

 

Inspiré d’une histoire vraie, Tout ce que je suis met en lumière la destinée héroïque et tragique de ce petit groupe de militants qui organisèrent au péril de leur vie une résistance acharnée contre la cruauté indicible. Un extraordinaire roman où amour et aveuglement se confondent dans un ballet d’ombres.


 

 

 

 

 

 

Dans la plupart des romans, la narration respecte tout au long du récit le temps grammatical employé dès les premiers verbes. On découvre généralement l'univers d'un personnage - le lecteur est comme immergé dans la vie de celui-ci : ses amours, ses tracas, ses faiblesses - puis viennent les dernières pages et l'on quitte ce personnage sur un bonheur, un mariage, un voyage : bref, sur un événement qui clôt glorieusement le récit et apporte une satisfaction attendue au lecteur. Cependant, après cette dernière page, les personnages continuent d'exister - au moins dans l'imagination de l'écrivain - et libre à chacun de rêver la suite. 

Tout ce que je suis déroge à ce schéma classique. Grâce à une double narration, les époques se croisent et les temps nous jouent des tours : le présent revit le passé, et le passé se souvient d'un passé lointain. Les personnages, découverts sous différents angles temporels, sont comme mis à nus. Anne Funder propose un récit minutieusement réfléchi et agréablement soigné, qui ne laisse aucune question en suspend lorsque l'on tourne la dernière page : il s'agit vraiment d'un excellent roman.


« Un colis FedEx sur le paillasson. Je me penche tant bien que mal pour le ramasser, avec ma patte raide : imaginez une girafe chauve dans une robe de chambre sans nom... Je plains le passant qui pourrait m'apercevoir, pauvre gloire avec ses trois poils de cul sur la tête. Un frisson de plaisir pervers me traverse à cette idée, puis je me dis que les enfants pourraient me voir, et là, non merci, je n'ai aucune envie de les épouvanter. »


Le roman commence de manière inattendue par le récit teinté d'humour d'une dame presque centenaire qui raconte son quotidien au présent de l'indicatif. Si celui-ci n'a rien de drôle et semble morne et insipide, elle parvient à le rendre intéressant en maquillant sa souffrance ainsi que la détresse de sa vieillesse par une bonne dose d'autodérision comme seules les personnages âgées peuvent le faire. Le récit est parfaitement honnête et le rire est franc. On tourne les pages et l'on découvre Ruth : sa maladie, sa maison, sa calvitie, sa femme de ménage. Le récit s'attache aux plus petits détails et l'on s'impatiente quelque peu de ce récit qui piétine : qu'il est difficile de réaliser combien la vieillesse rend la vie fade et insignifiante. 


« J'adore Central Park. En ce moment, un homme juché sur une caisse à savon harangue les passants, et tente de les rassembler comme des papiers chassés par le vent. Je connais ce sentiment, ces yeux qui hurlent « le monde m'appartient, arrêtez et écoutez moi, je peux tout vous révéler ». C'est cette promesse, d'une pensée tout juste éclose, d'une foi nouvelle, que fait l'Amérique à tous ses nouveaux arrivants. »


Le deuxième chapitre s'ouvre sur un nouveau personnage : Toller, qui prend le relais de la narration. Sa voix masculine est moins fraîche, moins drôle : il semble vieux et fatigué, engoncé dans le fauteuil d'une chambre d'hôtel. C'est un vieux bonhomme qui souhaite apporter quelques modifications au récit autobiographique qu'il a écrit quelques années plus tôt et ainsi faire revivre par la magie des mots son amour disparue. On découvre sa vie à l'hôtel, encore plus terriblement morne que la vie toute ridée menée par Ruth, et on fait brièvement connaissance avec sa secrétaire, Clara. Lorsque Toller commence à dicter quelques phrases à celle-ci, on comprend que non seulement son récit, mais également tout son existence sont imprégnés par la politique allemande et les deux grandes guerres. 

 

 

« A l'été 1914, tout le monde voulait la guerre, moi compris. On nous disait que les Français avaient déjà attaqué, que les Russes se massaient à nos frontières. Le Kaiser nous avait tous appelés à défendre la nation, quelle que soit notre appartenance politique ou religieuse. « Je ne connais plus de partis, je ne connais que des allemands... », avait-il déclaré, avant de poursuivre : « Mes chers Juifs... » Mes chers Juifs ! Quelle émotion pour nous d'être personnellement conviés au combat ! Cette guerre semblait sacrée et héroïque, pareille à ce qu'on nous avait enseigné à l'école. Quelque chose qui donnerait un sens à la vie et nous rendrait purs.

Qu'avions-nous fait, de toute notre existence, pour mériter ce genre de purification ? »


A ce stade du récit, le lecteur trépigne : nulle trace des quatre jeunes militants allemands présentés dans la quatrième de couverture, nulle évocation du régime nazi. Le récit est lent, à l'image de ces deux narrateurs que l'on sent fatigués, physiquement comme intellectuellement – la lecture n'est donc pas captivante. Néanmoins, on s'étonne du choix d'une double narration par chapitres alternés – et la surprise est plus grande encore lorsque l'on découvre que soixante-trois années séparent ces deux récits : Toller confie ses pensées en 1939, alors que Ruth narre son assommante réalité en 2002. 


« Le chat gratte à la porte ! Qui l'a laissé sortir ? Scratch, scratch. 

Mein Gott, ce que j'ai mal au cul à force d'être assise. Ah, ben oui c'est vrai, je n'ai pas de chat. C'est une clé dans la serrure, quelqu'un qui entre.

Bev se tient devant moi, l'air contrarié. Par ma faute, c'est sûr. Quoique, à y regarder de plus près, d'autres options me paraissent possibles : sa teinture maison, d'un rose-orangé venu d'ailleurs, ou son œil malade qui parpalège comme un fou aujourd'hui. A moins que ce ne soit sa voleuse de fille, Seena, une ex-infirmière accro à l'héroïne, dont le triste sort, je m'en suis rendue compte au fil des ans, est tellement terrible que Bev préfère éviter le sujet.

-Bon, alors, bougonne-t-elle, on prend racine ? »


Encore quelques pages et le mystère se dénoue par la magie de quelques phrases : on comprend et on jubile ! Car si le choix narratif d'Anne Funder est audacieux, il est surtout ingénieux. 

Ruth  commence à souffrir d'une dégénérescence de la mémoire qui se traduit par une quasi-incapacité à restituer des événements très récents – ainsi, elle ne parvient pas à se souvenir du nom du médecin qui la soigne - ainsi que par un reflux d'anciens souvenirs qui semblaient oubliés, mais qui resurgissent dans son esprit aussi nettement que s'il s'agissait de la réalité. Durant les premiers jours, ces souvenirs sont brefs et sont déclenchés par des éléments du présent – un bruit, une couleur, une odeur. Puis, progressivement, ces souvenirs s'allongent et empiètent de plus en plus sur le présent et la réalité de Ruth. Celle-ci se laisse submerger et n'essaie pas de reprendre le contrôle de sa mémoire, car ces souvenirs la font revivre et surtout, insuffle une nouvelle vie à des êtres chers disparus. Ainsi, le passé envahit le présent graduellement et le lecteur est emmené très naturellement dans le passé, alors qu'Hitler est sur le point d'être nommé chancelier. 


« ...nous étions convaincus que le peuple, une fois correctement informé, reprendrait ses esprits et pencherait du côté de la liberté. Nous nous trompions : c'était sous-estimer le pouvoir de séduction du nazisme, ce dépassement du moi qu'il offrait, cet abandon, corps et âme, au collectif. »


On découvre quelques jeunes Allemands engagés dans la vie politique de leur pays : alors qu'Hitler est nommé chancelier, ils ne renoncent pas à leurs idéaux et poursuivent leur militantisme contre le régime nazi. C'est tout entier, corps et âme, qu'ils s'engagent dans leurs actions politiques, même dans l'exil, alors qu'ils n'ont plus ni maison, ni famille, ni vêtements, même dans la misère et la famine, même sous les menaces et l'oppression nazie: ces hommes et ces femmes donnent leur vie pour défendre leurs convictions. Ils souhaitent anticiper la guerre, changer l'opinion publique allemande, faire comprendre aux pays d'Europe qu'Hitler se prépare à les attaquer, mais le monde est sourd à leurs cris et aveugle à leurs écrits. Ils se démènent pour braver les interdits imposés par leur statut de réfugié et correspondre avec ceux qui sont encore en Allemagne et qui n'ont pas encore été emprisonnés ou assassinés - ces héros dont on ne parle jamais et grâce auxquels de précieux documents sont sortis des bureaux d'Hitler. Ruth, Dora, Hans et tant d'autres rassemblent des preuves, traduisent jours et nuits des courriers et rédigent des articles qu'ils parviennent à glisser dans la presse anglaise. « L'épée de Damoclès de l'expulsion se balançait au-dessus de nos têtes. »

Durant près de cinq cents pages, on suit leur terrible combat contre les injustices du Troisième Reich, mais aussi le combat qu'ils se livrent à eux-même pour ne pas sombrer dans la détresse et dans la peur, pour ne pas succomber à leurs propres démons. 


Le récit de Toller est différent mais tout aussi enrichissant. Détaché du réseau des militants, il est surtout dramaturge et poète avant d'être un militant socialiste. Grâce à ses pièces de théâtre, il transmet des messages forts au peuple et dénonce ainsi les injustices du Troisième Reich. Excellent orateur, il participe à de nombreuses conférences : il use ainsi de sa notoriété et de son charisme pour soutenir les actions des militants socialistes. Ses souvenirs coïncident avec ceux de Ruth et permettent de les étoffer car il s'attache plus à la psychologie des personnages et aux événements externes à cette lutte politique permanente. 

Alors que les personnages décrits par Ruth sont forts et dynamiques, toujours dans la réflexion et dans l'action, le récit de Toller permet d'en montrer les faiblesses, et notamment celles de Dora qui est le personnage le plus fort de l'histoire. C'est elle qui est au cœur du réseau des résistants allemands, toute sa vie et toute son énergie sont consacrés à son combat contre Hitler et le nazisme. Elle fume cigarette sur cigarette, se ronge les ongles jusqu'au sang et ne dort quasiment plus depuis son exil forcé : sa chambre est envahie de dossiers et de piles de lettres qu'elle traduit, de journaux qu'elle étudie, et d'autres documents illégaux. Toller est son amant. Leur amour est puissant, mais les mœurs de l'époque prônent la liberté sexuelle et le détachement sentimental – alors ils taisent la profondeur de leurs sentiments et s'amusent de leur relation. Malheureusement, lorsque Dora décide de se donner toute entière à sa lutte, elle néglige sa vie sentimentale et oublie l'essentiel. Toller, bien qu'artiste engagé, souhaite vivre un amour intense et peut-être construire une vie de famille : c'est ainsi que petit à petit, leur relation s'étiole. Toller emménage avec une autre femme. C'est une défaite pour Dora, cette battante qui se dédie entièrement à une cause et oublie de se battre pour elle-même : le peu d'énergie qu'elle conservait pour Toller, elle le consacre alors à son combat. Ce n'est plus une femme, c'est l'incarnation même du militantisme social anti-nazi : elle fait le choix de mourir pour les idées qu'elle défend. Car s'opposer à Hitler, c'est décider de mourir. Le récit de Toller permet donc de donner plus de profondeur aux personnages et de réaliser l'ampleur de leurs sacrifices.


L'écriture d'Anna Funder est parfaite, chaque phrase est écrite avec intelligence. Malgré la complexité des événements politiques en Allemagne, le récit reste simple à comprendre et se lit avec une étonnante facilité. Les personnages apparaissent subtilement et prennent au fil des pages une vraie épaisseur : l'auteur s'attache à les décrire aussi bien physiquement que sur un plan psychologique, et leur investissement politique vient parfaire cette description. Rien n'est négligé ou laissé au hasard, la plume de l'auteur sert efficacement l'histoire. Tout semble si vrai ! J'avais l'impression de lire une autobiographie, tellement le récit est réaliste et les émotions vivantes ! L'écriture est si joliment travaillée qu'elle se laisse oublier, ce qui permet au lecteur de se concentrer sur l'histoire et de l'apprécier à sa juste valeur.

 

Tout ce que je suis est un roman très fort et très enrichissant. Enfin un roman traduit en français qui met en avant la lutte menée par les Allemands contre la montée du nazisme ! La résistance française est régulièrement mise à l'honneur dans les librairies, mais il est bien plus intéressant de se plonger dans la résistance allemande de l'avant-guerre ! Les Allemands ont si souvent été critiqués que l'on oublie les actes héroïques accomplis par ceux d'entre eux qui ont refusé de se plier à un gouvernement totalitaire et ont décidé de se battre pour sauver des vies. Il faut un courage immense et une force de volonté incroyable pour se battre contre des frères, des maris, des amis, des collègues, pour se battre contre son propre peuple au péril de sa vie. Déchus de leur nationalité, contraints à l'exil et menacés d'assassinats dans les camps de concentration, ces militants allemands n'ont jamais cessé de se battre pour la liberté et les droits individuels. Tout ce que je suis est un roman à la fois magnifique et tragique dont la trame est constituée de faits réels et de personnages ayant existé, ce qui renforce la valeur de l'ouvrage et sa puissance littéraire. C'est un livre que je relirai sans hésitation, une vraie excellente découverte, un coup de cœur exceptionnel. 


« Quand Hitler est arrivé au pouvoir le 30 janvier 1933, mon amie Ruth et ses amis ont fui l'Allemagne, et c'est en exil qu'ils ont tenté de faire tomber le dictateur. Ce livre retrace leur histoire, ou plutôt ma version de leur histoire. Ce livre en est une reconstitution à partir de fragments fossiles – un peu comme l'on pourrait garnir de peau et de plumes un assemblage d'os de dinosaures, pour tenter de se faire une idée de la bête dans son entier.(...) »

 

 

Je remercie l'équipe de Libfly ainsi que les éditions Héloïse d'Ormesson pour la confiance dont ils m'honorent.

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3 avril 2012 2 03 /04 /avril /2012 21:56

Le Lieutenant,

 

écrit par Kate Grenville.

 


Traduction française publiée en 2012.

 

 

 

Quatrième de couverture : http://multimedia.fnac.com/multimedia/FR/images_produits/FR/Fnac.com/ZoomPE/1/2/5/9782864248521.jpg

 

Daniel Rooke est un enfant exceptionnellement doué. Ses maîtres l’envoient étudier à l’Académie navale de Portsmouth où il se trouve embarrassé par son origine trop modeste et son intelligence trop vive. Son horizon s’élargit quand il découvre la navigation et l’astronomie. L’Astronome royal, qui a repéré en lui un esprit hors norme, l’envoie en expédition scientifique pour étudier le retour d’une comète qui ne sera visible que de l’hémisphère Sud. Il navigue donc vers la Nouvelle-Galles du Sud en compagnie de prisonniers anglais condamnés à vivre dans une colonie pénitentiaire.
Le lieutenant Rooke s’installe à l’écart du camp pour y mener ses observations. Il prend petit à petit conscience de la présence des aborigènes, qui apparaissent et disparaissent, l’observent de loin ou pénètrent dans sa cabane par curiosité. Pendant ce temps, le manque de nourriture fait monter la tension entre les nouveaux venus et les premiers occupants.

 

 

 

« La nouveauté absolue de toute chose se traduisait par une sorte d'aveuglement. C'était comme si la vue était incapable de fonctionner en l'absence de compréhension. » 

 


Fin XVIIIème – début XIX ème siècle. Rooke est un jeune garçon à l'intelligence remarquable, que l'on pourrait qualifier d' « extraordinaire ». Comme tout ce qui sort de l'ordinaire, il ne trouve pas sa place dans ce monde. Solitaire, singulier, il souffre. Il cherche une logique, une explication, un indice : pourquoi existe-t-il ? Pourquoi est-il différent ? Il cherche une logique, à seulement cinq ans. Cette obsession inconsciente, passion douloureuse, forge son caractère futur. Celui d'un homme raisonné, logique, méthodique, rigoureux, maniant les chiffres et la géométrie avec dextérité – et à l'inverse, dépourvu de qualités littéraires. Les mots : abstraits, flexibles, changeants, peu fiables. Les nombres premiers seront, dès son enfance, ses seuls véritables amis. « … il consultait un carnet sous son bureau, où il collectionnait ses nombres spéciaux, ceux qui n'étaient divisibles que par eux-mêmes et par un. Comme lui, ils étaient solitaires. »

 

Ses études à l'Académie Navale de Portsmouth se terminent brillamment, présage d'un bel avenir dans le domaine de l'astronomie. Cependant, le monde n'a pas besoin d'astronomes en grand nombre. Il faut envisager d'autres perspectives d'avenir. Il s'oriente alors vers ce que sa condition sociale peu offrir à un jeune homme de son âge : il devient soldat de la mer, un « marine ».

 

« La guerre avec les colonies des Amériques donnait au roi une soif insatiable d'hommes, jusqu'aux garçons studieux démunis de tout instinct guerrier. »

 

La guerre qu'il connaîtra sera semblable à toutes les autres. Des morts, blessés, perdants, vainqueurs. Et des hommes choqués, changés à jamais. Rooke, blessé à la tête, passera quelques mois alité avant de retourner parmi les siens. L'insuffisance de sa demi-solde l'obligera cependant, une nouvelle fois, à envisager d'autres perspectives.

 

Le destin lui sourit enfin, la chance se pose sur son épaule : l'Astronome Royal, qu'il avait rencontré une dizaine d'années plus tôt, cet homme s'est souvenu de lui, de son intelligence, et lui offre de participer à une expédition en Nouvelle-Galles du Sud. En qualité d'astronome, il aura pour charge d'étudier le retour d'une comète.

 

L'expédition dans laquelle il s'engage souhaite former une colonie pénitentiaire sur le continent australien : la Nouvelle-Galles du Sud, qui sera effectivement fondée le 26 janvier 1788.

L’Australie était alors peuplée d'Aborigènes. Le roman devient alors le récit d'une rencontre entre deux peuples.

 

Dès lors, inutile de préciser la tristesse, l'amertume que l'on ressent à la lecture de la dernière partie du roman. Lors de ma découverte du magnifique roman historique de James Welch, Comme des ombres sur la terre, de l'ouvrage de Rachel Tanner, Le Rêve du mammouth ou encore de l’œuvre de William Ospina, Le Pays de la cannelle ; c'est ce même sentiment douloureux qui m'avait envahi. La rencontre de deux civilisations, contemporaines mais si éloignées l'une de l'autre, que le choc entre les deux cultures est inévitable. Tant d'incompréhension, tant de mépris de l'autre.

 

« Comme un organe étranglé par un garrot, Rooke avait l'impression d'avoir été comprimé par toutes ces années de scolarité et de vie en mer. A présent, il pouvait enfin se dilater et combler l'espace qui lui convenait, quel qu'il fût. Dans ce lieu, avec ses pensées pour seule compagnie, il deviendrait la personne qu'il était vraiment, ni plus ni moins. Lui-même. C'était un territoire aussi inexploré que celui où il se trouvait. »

 

Rooke parvient à se faire construire un abris à l'écart du camp, en hauteur, afin de mener à bien ses recherches en astronomie.

 

« Ici, où la solitude ambiante correspondait à sa solitude intérieure, il se sentait plus léger. »

 

Le roman se divise alors en deux parties imbriquées: les espoirs et avancées scientifiques de Rooke, et la rencontre entre les Aborigènes et l'Homme blanc. Petit à petit, l'homme de sciences s'efface pour laisser place à un homme de langues : Rooke voit dans la rencontre avec les Aborigènes une occasion unique et inespérée de découvrir un langage jusque là inconnu, d'en découvrir les rouages, mais aussi une opportunité d'exposer aux autres sa valeur intellectuelle.

 

« Même quand il retenait les sons exacts, sa reproduction n'était pas parfaite. Les mots avaient une qualité étouffée ou laineuse, un marmonnement, un legato qu'il ne parvenait par à reproduire. Il les entendait, mais sa bouche n'arrivait pas à les former. »

 

La chance continue de sourire à Rooke : un petit groupe d'Aborigènes, essentiellement féminin, lui accorde sa confiance. Régulièrement, elles viennent lui rendre visite et observent son abri, ses objets, sa manière de vivre, de se comporter, de s'exprimer. Parmi elles, une jeune fille montre un esprit très vif et un désir de communiquer aussi fort que le sien. Commence alors un jeu d'apprentissage, d'échange mutuels.

 

« Les lieux défilaient devant lui en un flou anonyme. Arbre. Un autre arbre. Buisson. Autre type de buisson. Fleur blanche. Fleur jaune. Fleur rouge. Son incapacité à appeler les choses par leur nom le ramenait en enfance. Il se revit sur les galets en dessous de la tour Ronde, penché sur sa collection : un gros, un petit, un clair, un foncé. »

 

 

Merci aux Editions Métailié et à Newsbook pour la découverte de cet ouvrage !

Une interview de l'auteur : http://blogs.mediapart.fr/blog/madame-du-b/260312/interview-de-kate-grenville-auteur-de-le-lieutenant-aux-editions-metail

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A l'honneur : la littérature "jeunesse" !

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Je vous invite, chers lecteurs, à feuilleter quelques jolis ouvrages colorés et à découvrir de merveilleuses histoires pleines de rêves et d'aventures !

De belles idées pour nos adorables petits anges, et un soupçon de tendre nostalgie pour les plus âgés !

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GREEN, John
 
kate grenvilleGRENVILLE, Kate
 
Steven-HALL.jpgHALL, Steven
 
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HARTNETT, Sonya
 
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HASSAN, Yaël
 
HERMARY VIEILLE, Catherine
 
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LACHASSAGNE, Geoffrey
 
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LANZMANN, Jacques
 
inara lavey
LAVEY, Inara
 
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LEMAITRE, Pierre
 
david-levithan.jpgLEVITHAN, David
 
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MACIP, Salvador
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MALZIEU, Mathias
 
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MARTINEZ, Carole
 
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MASSAROTTO, Cyril
 
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MERET, Marc
 
MOORCOCK, Michael
 
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MORRIS, William
 
MOUCHARD, Christel
 
NOSAKA.jpgNOSAKA, Akiyuki
 
nothomb2011.jpgNOTHOMB, Amélie
 
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NYSENHOLC, Adolphe
 
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OBRY, Marion
 
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PALOU, Anthony
 
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PATRICOT, Aymeric
 
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PONSOT CORRAL Laureen
 
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RADENAC, Matthieu
 
RHEIMS, Nathalie
 
ROCK, Peter
 
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SABATIER, Robert
Le Lit de la merveille

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SADE, Marquis de
Les Crimes de l'amour
 
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SANE, Insa
 
SCHMITT, Eric-Emmanuel
 
SOREL, Guillaume

john-steinbeck-copie-1.jpg STEINBECK, John
 
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SZABOWSKI, François
 
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TANNER, Rachel
 
VENS, Pierre
 
krystin.jpgVESTERÄLEN, Krystin
 
WATSON.jpgWATSON, Steven (S. J.)
 
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WELCH, James