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27 avril 2013 6 27 /04 /avril /2013 17:47

 

La Fontaine

Ultime confession


Ecrit par Gilles de Becdelièvre

Publié le 18 octobre 2012 aux éditions Télémaque.

Format broché 15,2 x 23,5 cm, 240 pages.

 

 

 la fontaine

À 71 ans, peu avant sa mort, La Fontaine a mystérieusement accepté de se confesser durant six semaines auprès d’un jeune abbé. À la faveur de cet épisode historique, Gilles de Becdelièvre, grâce aux écrits et témoignages des contemporains du poète, nous dévoile un personnage totalement surprenant : oisif, sensuel, subversif, authentique marginal, à l’opposé du portrait attendu d’un géant des lettres classiques.

 

Au cœur d’un siècle inouï, La Fontaine prend avec constance les mauvaises décisions et s’en délecte, entouré de ses compagnons Racine, Boileau, Molière, La Bruyère, Perrault, génies fulgurants qui s’amusent à son contact et sont fascinés par son incroyable liberté. Comme ses admirateurs, la marquise de Sévigné, Madame de La Fayette ou les puissants, Louis XiV, Colbert, Fouquet, qu’il côtoie sans jamais véritablement se plier à leurs attentes.

 

 

 

Gilles de Becdelièvre est passionné par le XVIIème et le XVIIIème siècle. Depuis près de vingt ans, il vit auprès de Jean de La Fontaine grâce à la littérature et c'est à juste titre qu'il peut affirmer connaître toute la vie du fabuliste par coeur - du moins, tout ce que l'on est en mesure de connaître de sa vie grâce aux écrits qui ont traversé les siècles. 

Qui ne connait pas quelques vers du célèbre écrivain ? Moi-même, je récite avec grand plaisir quelques unes de ses fables ! Mais combien d'entre-nous peuvent affirmer connaître le caractère qui animait Jean de La Fontaine ? Au-delà de l'écrivain, quel homme était-il ? Comment se définissait-il lui-même ?

Afin de répondre à cette question, Gilles de Becdelièvre a souhaité écrire autour d'un fait véridique mais très peu connu : Jean de la Fontaine, à l'âge de 71 ans, malade et condamné par ses médecins à une mort imminente, pris la décision de se confesser à l'abbé Pouget et au-travers de ce repentir, l'écrivain et l'homme qu'il était entreprirent de se dévoiler. Cependant, Gilles de Becdelièvre ne souhaitait pas romancer ces aveux : Jean de La Fontaine lui-même, malgré ses nombreux défauts, était tout en franchise et en honnêteté. Ainsi, l'auteur de cette Ultime Confession a souhaité restituer sans fioriture celui qu'était Jean de La Fontaine et c'est pourquoi il définit son ouvrage comme une biographie scénarisée, car nourrie des nombreux témoignages recueillis auprès des contemporains du fabuliste. 


"La silhouette s'avance dans l'allée centrale jusqu'à la nef, dépasse un bénitier en pierre polie et va s'asseoir dans le choeur. Le service des matines a commencé. Destiné à sanctifier le temps de la nuit, c'est une psalmodie qui alterne la récitation de lectures saintes entrecoupée de psaumes chantés. Sinistre.

L'abbé Coignet marmonne son latin. Vêtu de ses ornements sacerdotaux, le visage empreint d'une gravité toute solennelle, l’ecclésiastique, les yeux levés au ciel, se tient les mains croisées. Derrière lui, un enfant de choeur répand, à grands coups d'encensoir, des nuages d'encens tandis qu'un autre secoue furieusement une ribambelle de clochettes.

Dans un coin du choeur, un quarteron de nonnettes observe l'arrivée branlante du bonhomme, intrigué par son habit négligé et ses bas effilochés.

Enlevant son chapeau, le vieil homme découvre un front immense, un long nez tout veiné de bleu, un faciès bilieux et des joues caves.

Il se gratte la tête. Sans doute que sous la perruque, la teigne champignonne.

Les nonnettes font la grimace : elles le voient crachoter dans un mouchoir à la couleur douteuse et croient sentir l'odeur de chien malpropre qu'il répand autour de lui. Sa physionomie a quelque chose de rebutant.

-Qui est ce monsieur ? (...)

-C'est Monsieur de La Fontaine."

 

Ma lecture de cet ouvrage fut étonnamment très agréable et rapide. En effet, la plupart des oeuvres biographiques privilégiant la véracité des faits aux éléments romancés en deviennent extrêmement ennuyeuses car elles ne parviennent pas à éviter une fâcheuse énumération de faits et d'événements - certes nécessaire, mais ô combien difficile à lire. Dénuée de poésie et d'autres douceurs littéraires, la réalité ainsi racontée est abrupte et le récit agresse l'esprit du lecteur. Or, Gilles de Becdelièvre propose une biographie respectueuse de la vérité qui déroge à l'ennui ! L'existence de Jean de la Fontaine n'est pas romancée, toutefois l'écrivain s'est attaché à débuter chacun de ses chapitres par de jolies descriptions du Paris de l'époque : les bâtisses, les ruelles, le ciel parisien ou encore les habitants de la capitale sont tendrement racontés. Car il y a de la tendresse dans la passion que l'écrivain voue au XVIIème siècle ! Ces descriptions soignées et attentives permettent de contextualiser avec facilité le récit et offrent de belles images du Paris d'antan, ainsi qu'un peu de douceur et de légèreté à un texte aiguisé par la véracité des mots. Par ailleurs, l'auteur ne s'est pas contenté de ré-écrire les témoignages des proches de La Fontaine, il a fait le choix audacieux de les mettre en scène ! Ainsi Jean Racine, François de Maucroix, Charles Perrault, Madame de la Fayette, la marquise de Sévigné, Nicolas Boileau-Despréaux et quelques autres illustres contemporains du fabuliste deviennent des acteurs de cette Ultime confession : leurs écrits sont habilement déguisés en dialogue échangés avec le jeune confesseur de La Fontaine, l'abbé Pouget, qui arpente les rues de Paris afin de rencontrer l'une ou l'autre des précieuses connaissances de l'écrivain, ceci dans l'espoir d'enrichir et d'éclairer la confession de ce dernier. Il s'agit donc d'une biographie vivante et très bien pensée, car elle permet d'amener en douceur de nombreux témoignages de la vie du fabuliste et d'intéressantes réflexions à propos du caractère de celui-ci.


"-"Belle paresse est tout son vice"...Est-ce donc vrai ?

-Plus que vous ne l'imaginez ! Si, en la matière, je ne vaux guère mieux, je dois reconnaître que j'ai trouvé là un maître. Il disait n'avoir aucune disposition en rien, sauf une disposition insurmontable à ne rien faire.

-Vous le croyez ?

-Difficile de ne pas s'en apercevoir. Un jour, la duchesse de Bouillon, qui se rendait à Versailles, croise La Fontaine assis sous un arbre. S'en revenant le soir même, elle le découvre au même endroit et dans la même position... Elle se persuada qu'il aimait travailler ses Fables de la sorte. C'est faux.

-Que faisait-il ?

-Rien... Et si vous insistiez, il vous répondait : "Ne point errer est chose au-dessus de mes forces...""

 

Outre ces choix narratifs heureux, la plume de Gilles de Becdelièvre est très étudiée et plonge complètement le lecteur dans le XVIIème siècle. Le vocabulaire employé ainsi que la syntaxe respectent l'époque évoquée et les nombreux dialogues sont très représentatifs des personnages, à tel point que les conversations ne semblent pas des produits de l'esprit, mais plutôt une transcription fidèle de rencontres s'étant réellement produites. Le texte se nourrit de très nombreuses citations qui sont adroitement glissées dans les échanges verbaux, ainsi le lecteur peut lui-même s'assurer de la véracité du récit. Cette Ultime confession est donc entièrement basée sur des écrits qui ont traversé les siècles, et tout l'intérêt de cet ouvrage est de proposer au lecteur une construction intelligente qui regroupe des éléments enrichissants extraits de ces textes et dont la mise en scène, simple mais efficace, permet leur facile compréhension. 


L'intelligence du récit sert efficacement les ambitions de cette biographie puisque, au terme de cette lecture, le lecteur est capable de se répondre et d'imaginer Jean de la Fontaine tel qu'il était : un homme dénué d'ambition qui se complaisait à ne rien faire, mais également un homme talentueux d'une rare franchise. Cependant, comme il est impossible de résumer un homme d'une telle envergure en quelques mots et que je n'ai pas le talent que possède Gilles de Becdelièvre pour raconter cet incroyable personnage, je vous recommande vivement la lecture de cette Ultime confession ainsi que de ses annexes, qui sont également très documentées et enrichissantes.


"La Fontaine désigne à l'abbé un feuillet posé à sa table.

-Lisez à haute voix.

L'abbé se racle la gorge.

"Jean s'en alla comme il était venu,

Mangea le fonds avec le revenu,

Tint les trésors chose peu nécessaire..."

Pouget s'étonne. Le poète s'agace.

-Continuez !

-"Quant à son temps, bien sut le dispenser :

Deux parts en fit, dont il voulait passer,

L'une à dormir, et l'autre à ne rien faire."

L'abbé le regarde, stupéfait. La feuille lui glisse des doigts. Elle vole légère, dans une sorte de va-et-vient, jusqu'à se poser silencieuse devant l'âtre de la cheminée.

-C'est mon épitaphe. Il n'y aura point de calomnie. Et les commères se le tiendront pour dit !"


 Je remercie sincèrement les éditions Télémaque pour la confiance dont elles m'honorent.

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24 avril 2013 3 24 /04 /avril /2013 22:16

 

Tu seras partout chez toi


Ecrit par Insa Sané

Publié le 7 novembre 2012 chez Sarbacane.

Format broché 135 x 215 mm, 240 pages.

 

 

 http://1.bp.blogspot.com/-RP7zZ_TfP8Y/UWCm5nw8W4I/AAAAAAAAA4w/TIKvAUMgv0o/s1600/Tu+seras+partout+chez+toi,+d'Insa+San%C3%A9.jpg

Si tu dois t’en aller pour toujours, pars le matin, très tôt, comme Hansel et Gretel. 


Avant de m’abandonner, papa m’a dit : «Tu seras partout chez toi !» Mais, à 9 ans, on n’est pas costaud, même quand on se croit dur comme fer. À 9 ans, le pays que l’on chérit a le visage de « mon amoureuse ». Je le sais parce que j’ai 9 ans, et Yulia… Dieu que je l’aime ! Yulia, je la connais depuis le jour où on a coupé le cordon à mon nombril pour l’ancrer au sien. Donc, mon oiseau de fer a atterri de l’autre côté de la Terre, chez tata Belladone et tonton Chu-Jung. Mais « mon chez moi » je le retrouverai, quitte à faire les pires bêtises pour y aller ! Qu’importent les gorgones et les récifs, grâce à Lamia, la fille du voisin – le passeur du Styx –, je partirai…

 

 

 

 

Sény est un petit garçon de neuf ans joueur et curieux, plein de vie et d'amour. C'est un enfant comme tant d'autres, épanoui et choyé. De son babillage trop sérieux pour ne pas donner le sourire, il nous emmène au coeur de son univers rythmé par la fantaisie et l'inventivité, auprès de ses amis et surtout, de son amoureuse. Parce qu'à neuf ans on a le droit d'aimer, et que c'est peut-être même mieux d'aimer à cet âge là. C'est plus rigolo ! 

Un jour cependant, ses parents lui mettent une valise de carton dans les bras. "Où est-ce qu'on va, Papa ?" Est-il puni ? Ses parents ne l'aiment-ils donc plus ? Pourquoi l'abandonnent-ils ? Pourquoi doit-il partir, seul ? Sény ne comprend pas et ses parents, étouffés par le chagrin, ne parviennent pas à lui répondre.

Recueilli par son oncle et sa tante dans un pays inconnu, Sény ne parvient pas à oublier son "chez-moi", à vivre loin de ses parents, de ses amis, de son amoureuse. Surtout, il ne comprend pas cette nouvelle vie qu'on lui impose. Alors il va lutter, de toute la force de ses neuf ans, contre ce monde d'adultes : un combat contre l'absence et l'incompréhension. 


"Mon grand garçon. Ce n'est pas une punition : c'est une récompense. Tu vas de l'autre côté du monde. Qu'est-ce que j'aimerais être à ta place ! L'Odyssée d'Ulysse ou les Voyages de Gulliver, ce sont des promenades de santé à côté de ce que tu vas vivre ! Je suis sûr que sur ta route, tu apercevras le titan Atlas portant la voûte céleste sur ses épaules... Oh, la chance ! Tu sais, ce n'est pas facile d'atteindre le pays où tu te rends. Beaucoup de gens ont tenté d'aller là-bas, mais très peu ont réussi. Ton oncle et ta tante sont arrivés à bon port. Et je sais que toi, tu y arriveras aussi. Tu es plus courageux que le soldat de plomb et, bientôt, des ailes te pousseront sur les épaules et tu sauras t'échapper de n'importe quel dédale - tu te souviens de Dédale, hein?... Oui mon garçon, sans te brûler les ailes. Tu sais, dans le pays où tu vas, les hommes marchent en lévitation. Tu comprends ce que ça veut dire, hein ? Oui, ils se déplacent au-dessus du sol ! Tu veux apprendre à marcher dans les airs ? Là-bas, tu pourras. Mon chéri, si tu ne pars pas, tu risques de finir comme le serpent... le dragon condamné à marcher sur le ventre... Tu te souviens, n'est-ce pas ?"


Insa Sané se révèle un excellent conteur car il parvient à rendre avec justesse la personnalité et les émotions d'un petit garçon déboussolé au travers d'une aventure qui entremêle extraordinairement la réalité et l'imaginaire fantastique de l'enfance. J'ai adoré retrouver tout au long du récit des références aux mythologies grecques et romaines, aux épopées fantastiques, aux légendes extraordinaires et autres contes anciens : Sany, bercé par les belles histoires de son père, trouve dans celles-ci la force de comprendre la réalité. Ainsi, ces légendes de notre passé ne sont pas que de simples clins d'oeil au lecteur, ce sont de véritables outils de compréhension pour ce petit bonhomme qui cherche des réponses à ses inquiétudes dans les exploits d'Ulysse ou qui essaie de comprendre ses erreurs au travers des aventures de la brebis de Monsieur Seguin. 


"Mais ne t'en fais pas, Yulia ; puisque je dois te quitter ce jour, je le ferai avant que la nuit ne s'endorme. 

Très tôt. On n'aura jamais à se dire adieu. TOI ? Ne te retourne pas. JAMAIS ! Va de l'avant. TOUJOURS ! Tant pis pour les larmes. Tant pis pour nous. Tant pis pour les espoirs fous d'un "Il était une fois" qui nous aura laissés sur le bas-côté. Tu m'aimeras plus loin. Je t'aimerai ailleurs. Ensemble, on tournera la page du plus beau des romans - sans tristesse ni rancoeur. Demain sera heureux. Promis ! Juré ! Juré ! Craché ! En vérité, l'éternité est aussi éphémère qu'un "Je t'aime" suspendu entre la vie et la mort.

Ne t'en fais pas, Yulia, je t'aimerai toujours, parce qu'il ne faut jamais dire "J'aimais"."


Tu seras partout chez toi est le récit d'une confrontation poignante avec une réalité inavouable ainsi qu'une magnifique fable moderne autour du deuil et de l'absence. Le récit est empreint de poésie, ce qui le rend très beau malgré les événements tragiques que l'on devine dès les premières pages. Insa Sané raconte ainsi avec beaucoup de douceur les événements vécus par Sany et sa plume, d'une grande finesse, parvient à imiter le parler enfantin sans le singer. Au fur et à mesure de son histoire, Sany développe des réflexions très pertinentes et enrichissantes sur l'absence et la signification du mot "partir". Ces réflexions, très touchantes et poétiques sous la plume innocente et naïve de Sany, n'en sont pas moins profondément matures. Cependant, il s'agit d'une maturité inconsciente liée à la douleur ainsi qu'à la nécessité de comprendre et de trouver des réponses à l'extrême solitude à laquelle il est abandonné. 


"Il fallait que je nage tout droit, très vite, et sans chercher à savoir s'il me resterait assez de force pour le retour. Alors j'ai battu des mains, des pieds, à toute allure. Il pouvait y avoir, tapis dans les profondeurs, un crocodile au tic-tac rancunier, une sirène cantatrice, un monstre du Loch Ness ou je ne sais quelle autre menace, mais tant pis !

Nager toujours plus vite, toujours plus loin. Nager à contre-courant. Mener un combat contre les eaux et contre soi-même... Mètre après mètre, foulée après foulée, effort après effort, j'ai posé un ongle, puis un doigt et enfin une main sur la valise. C'est seulement là que j'ai repris mon souffle...et que j'ai eu le temps de prendre vraiment conscience des dangers que j'avais bravés pour la sauver, ma valise. La valise en carton."


En conclusion, Tu seras partout chez toi est un très beau roman ainsi qu'un merveilleux conte inspiré des légendes du passé. C'est un texte qui peut-être proposé aux plus jeunes car le narrateur est un enfant et s'exprime comme tel, toutefois il est confronté à une réalité douloureuse qui l'oblige à puiser dans les berceuses de son père des enseignements pour affronter les obstacles de la vie, de ce fait c'est un texte qui peut également être apprécié par des adultes. La plume d'Insa Sané est légère et très imagée, le récit est triste mais beau malgré tout. C'est un roman enrichissant que l'on peut conseiller à tous sans hésitation. 

 

""Chez moi", des jeux idiots en sandalettes, des culottes trouées pour laisser respirer l'aventure, les cheveux qu'ont pas vu le peigne depuis la première carie sous la langue qui fourche dans des gros mots écorchés vifs comme on grimpe aux arbres de vie pleins de fruits interdits d'en prendre de la graine on est l'oeuf et la poule on est neuf on a neuf ans alors en avant toutes dents dehors les ailes poussées vers le soleil c'est du vent c'est l'Harmattan on a tué l'armateur en jetant l'ancre de nos récits on se souvient on oubliera sans doute les chemins qui mènent à ce pays sans route, en route !"

 

Je remercie très sincèrement la maison d'édition Sarbacane pour la confiance dont elle m'horore.

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22 avril 2013 1 22 /04 /avril /2013 16:09

CVT Le-plus-petit-baiser-jamais-recense 4254

 

Le plus petit baiser jamais recensé


Ecrit par Mathias Malzieu

Publié le 20 mars 2013 aux éditions Flammarion.


 

 

 

L'histoire d'amour entre une fille qui disparaît quand on l'embrasse et un inventeur dépressif. Alors qu'ils échangent le plus petit baiser jamais recensé, elle se volatilise. Aidé d'un détective à la retraite et d'un perroquet hors du commun, l'inventeur part à sa recherche.

 

 


 

Mathias Malzieu est célèbre pour ses romans mais également grâce au groupe de rock français Dionysos dont il est le chanteur. La mécanique du coeur, ouvrage publié en 2007 chez Flammarion, a largement contribué à la popularité de l'écrivain et ce sont les nombreux avis positifs que j'ai lu ces dernières années à propos de cet ouvrage qui m'ont donné envie de découvrir la plume de Mathias Malzieu au travers de son dernier roman intitulé Le plus petit baiser jamais recensé, paru en mars 2013.


"Un éclair de peut-être, violemment joyeux."

 

Le plus petit baiser jamais recensé est un roman très court de moins de 150 pages. Le texte est très aéré avec des marges importantes, des sauts de lignes plus que fréquents et des pages entières totalement vierges entre chaque chapitre. Ce fut une première déception, puisque ce roman est tout de même vendu 17€50. Mais oublions cet aspect financier, l'excellence d'un texte de dépend pas de sa longueur - je songe par exemple à la talentueuse nouvelle  La Tombe des lucioles écrite par Akiyuki Nosaka en 1967 - et c'est très impatiente et enthousiaste que j'ai commencé la lecture de ce roman.


"Il existe des femmes dont le mystère s'évente d'un seul coup lorsqu'elles se mettent à rire. Comme si quelqu'un allumait des néons de salle de bains au milieu d'une forêt de conte de fées.

Toi, tu fais pousser des forêts de conte de fées dans un bouquet de néons."


Hélas, dès les premières pages je fus désenchantée. J'attendais une plume poétique voire même lyrique, des mots envoûtants et qui chantent sous les yeux. J'attendais beaucoup de qualité, et n'en trouvait aucune. Ces premières pages furent pour moi d'une incroyable cruauté. Devais-je en vouloir à l'auteur ou à ses admirateurs ? La promesse d'un récit magique, rêveur et plein d'enchantement n'était pas tenue ! Je me suis trouvée face à un texte très fade et prétentieux, dont la construction méprise certaines règles de syntaxe élémentaires - je pense par exemple à l'expression de la négation - et dont le vocabulaire banal et souvent grossier m'a semblé spontané et profondément irréfléchi. C'est un texte qui se veut moderne et impulsif, mais la modernité est-elle l'expression recherchée du rêve et de la beauté ? N'est-ce pas justement cette modernité affligeante que l'on cherche à oublier lorsque l'on se plonge dans un livre ? Sous couvert d'un ton frais et léger, presque joyeux, Mathias Malzieu raconte une histoire originale mais qui ressemble plus à une anecdote de comptoir qu'à une nouvelle savamment imaginée, tant le récit manque de profondeur et de saveur. Les personnages ne sont que très peu décrits physiquement et l'on s'attarde encore moins sur leur personnalité ou leur histoire. Les sentiments sont eux-aussi très superficiels et dénués d'intérêt car le narrateur tombe éperdument amoureux d'une image ! Qu'importe le prénom, la voix ou l'esprit : on s'attarde sur le visuel, sur l'esthétisme convenu de la jeunesse dansante, sans chercher à voir au-delà. Toujours cette modernité abrutissante ! 


"Étais-je suffisamment armé pour affronter mes démons ? Les fées-romones pouvaient bien me planter leur baiser-flèche en plein corps, mon coeur, lui, logeait dans les douves d'un château coffre-fort dont j'avais avalé la clé."


Je fus encore plus déçue par la poésie artificielle du texte. En effet, l'auteur s'est efforcé de masquer la médiocrité de sa plume par une illusion littéraire permanente, alliant le pouvoir des métaphores à des jeux de mots faciles. Les personnes, les objets, les sensations : chaque élément de ce texte est sujet à une transformation conceptuelle, chaque mot est déguisé par un autre. C'est le grand bal masqué des mots ! Il y a certes quelques jolies trouvailles métaphoriques, mais bien trop peu pour mettre en évidence un quelconque talent justifiant d'un tel choix stylistique. Maltraitées par un écrivain peu scrupuleux, les figures de style sont employées et déployées outre mesure, et font fonction de maquillage à un texte dénué de profondeur et de charme. J'étais usée de tant d'esthétisme forcé. 


"Après des mois d'efforts quotidiens, l'appartement de la rue Brautigan se transforma en atelier. J'avais commencé par faire pousser des fleurs d'harmonica sur le plancher. J'en récoltais environ un par semaine. Puis ce fut le tour des ukulélés, d'une très vieille guitare du Mississippi et d'une famille de skateboards. Je m'étais même lancé dans l'élevage d'écureuils de combat, qui nichaient dans le grenier de l'immeuble. Du chauffage pour l'esprit, des outils pour retrouver le courage d'inventer. Je n'avais pas le choix et je le savais."


Enfin, je suis restée insensible à la bizarrerie de l'histoire. Certains lecteurs qualifient ce texte de loufoque, d'autres évoquent la magie des rêves... Ces définitions ne s'accordent pas selon moi avec ce texte, qui n'est pas aussi outrageusement fantaisiste que certains le prétendent. En vérité, il s'agit d'une histoire très banale que l'auteur a entrepris de rendre originale par l'introduction d'éléments farfelus. Malheureusement, ces éléments sont tout juste survolés et il est donc très difficile de les imaginer, et même de les mémoriser. Ainsi, même l'extravagance du texte manque de profondeur et je ne me suis pas prise au jeu de l'auteur. 


"Ce souvenir avait fait pousser une fleur étrange au fond du trou d'obus qui me servait de coeur. Ce n'était qu'une rose à la con, à peine un coquelicot. Mais c'était joli à regarder dans les décombres. Elle me donnait de la force."


Je ne retiens de ce texte qu'une histoire d'amour esthétiquement agréable, bien que franchement fatigante, et qui manque singulièrement de charme et de profondeur. De plus, une histoire d'amour naissante entre une jeune femme qui disparaît fréquemment et un jeune homme abasourdi par la situation mais néanmoins amoureux n'a rien de nouveau ! Le roman Et si c'était vrai, écrit par Marc Lévy il y a quelques années, propose une histoire similaire sur le fond mais bien plus touchante et sincèrement mieux écrite ! 

 

Je remercie vivement les éditions Flammarion pour la confiance dont ils m'honorent. 

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21 avril 2013 7 21 /04 /avril /2013 16:56

 

Les femmes n'aiment pas les hommes qui boivent


Ecrit par François Szabowski

Publié le 1er mars 2012 aux éditions Aux Forges de Vulcain.

Format 13 x 20 cm, 292 pages.

 


 

http://www.auxforgesdevulcain.fr/wp-content/uploads/2013/03/9782919176083-280x434.jpg

 

Les femmes n’aiment pas les hommes qui boivent suit les aventures rocambolesques d’un jeune homme qui, convaincu par les idées de son temps que l’homme n’obtient sa dignité que par le travail, décide de réussir par tous les moyens à décrocher un emploi, aussi abrutissant soit-il. Sa bêtise et sa mesquinerie, doublées d’un art consommé de l’intrigue, provoquent une série de catastrophes qui l’amènent à revoir ses ambitions à la baisse, et le poussent in fine à explorer tout l’éventail du parasitisme, en profitant sans scrupule de la naïveté de son entourage.


Portrait d’un Candide à l’innocence feinte, Les femmes n’aiment pas les hommes qui boivent est le tome 1 du roman-feuilleton Le Journal d’un copiste, dont il regroupe les 180 premiers épisodes.

 

 


 

J'ai adoré ce roman tout à fait original de par sa forme et son histoire ! En effet, Les Femmes n'aiment pas les hommes qui boivent, également dénommé Le Journal du copiste, fut initialement publié sous la forme d'épisodes journaliers que François Szabowski écrivait en s'inspirant d'une expérience professionnelle qui ne devait durer que deux mois. Il s'agissait donc d'une courte fiction, s'inspirant de la réalité tout en la déformant à loisir et qui divertissait agréablement son auteur. Cependant, au terme de son expérience professionnelle, ce dernier a réalisé que le personnage qu'il avait créé lui plaisait beaucoup et a décidé de poursuivre l'écriture de son journal, qui est aujourd'hui devenu un roman enthousiasmant ! Ce roman, respectueux de ses origines, se présente donc sous le forme de courts épisodes qui ensemble composent le journal de François Chabeuf, un homme dans la force de l'âge pour lequel l'expression "le travail, c'est la santé" est, plus qu'une philosophie, un véritable art de vivre ! Ces épisodes sont intitulés avec originalité et intelligence, et plus que de simples repères, ce sont des éléments intrinsèques au récit et qui participent à sa construction, je cite à titre d'illustrations : "Si la porte est fermée, il ne faut pas hésiter à donner un coup d'épaule" ou encore "La vie est un cauchemar dont on se réveille tous les matins en arrivant au travail". Outre ces intitulés pittoresques, le lecteur découvre tous les dix épisodes un rappel des épisodes précédents très savoureux car François Szabowski parvient à se reformuler avec élégance et à résumer brillamment les événements récents. Toutefois, ces derniers sont très souvent exagérés, dramatisés ou interprétés avec une mauvaise foi évidente : ainsi, même ces résumés en apparence anodins et fonctionnels participent au récit et permettent au lecteur de mieux cerner le personnage de François et surtout le cheminement de ses pensées. 


Quelle complexité que ce François Chabeuf, qui est à la fois le narrateur et le personnage principal de ce roman ! J'ai adoré ce personnage extravaguant et original, tour à tour irritant, sympathique, effrayant, fatiguant et hilarant : il est une caricature particulièrement réussie de l'être humain et, surtout, de ses défauts. Travailleur émérite et d'une assiduité irréprochable, François n'a d'autre but dans la vie que d'accomplir quotidiennement son labeur. Il est copiste et savoure son récent contrat de travail, qu'il espère prolonger par un contrat à durée indéterminée. 


"J'ai peine à croire qu'un tel bonheur soit possible et pourtant c'est bien la stricte vérité. Il y a des moments dans la vie d'un homme où le désespoir et l'échec, pendant de longues années, s'attachent au moindre de ses pas, et puis un jour soudain il y a des orages et des éclairs et le bonheur survient. D'un seul coup, tout s'arrange et on devient heureux. Du jour au lendemain. Je sais bien évidemment qu'il ne s'agit sur le papier que d'un contrat à durée déterminée, mais déjà, à l'entretien, on m'a laissé entendre qu'il avait vocation à être renouvelé, et déboucher à terme sur un poste pérenne. Ce travail semble tellement taillé pour moi que je vois mal comment le CDI pourrait m'échapper."


Hélas, dans la vie rien n'est acquis et très vite il est confronté à un collègue et adversaire, nouveau salarié lui aussi et candidat au poste convoité. Désespéré par la situation, François va se démener pour écarter son rival : c'est le début d'une série d'aventures rocambolesques et pleines d'humour, à la fois absolument incroyable et d'un réalisme inquiétant. Je n'en écris pas plus afin de préserver le mystère du roman et de ne pas gâcher l'humour qui s'en dégage !


"Auguste s'est mis à gémir et cela rend la situation difficile. J'ai réussi à trouver un vieux matelas dont je l'ai couvert pour étouffer ses lamentations, mais le bougre a du coffre et cela n'arrangeait rien. Je lui ai fait faire ses besoins et je lui ai donné une ration supplémentaire de sucre, il a bu abondamment mais n'a rien voulu savoir et a réclamé d'être mis en liberté. Les cris ont repris et j'entendais des pas dehors, je n'ai pas eu d'autre choix que de parlementer - après tout, une absence non justifiée d'un jour et demi était amplement suffisante. Tout en desserrant ses liens, et alors qu'il se mettait à geindre en menaçant de me dénoncer à la direction ou même à la police, j'ai souri et je lui ai demandé s'il avait envie que je révèle à cette même "direction" qu'il profitait de la complicité des femmes de ménage pour pénétrer dans les locaux avant 8 heures, ce qui est non seulement formellement interdit, il n'était pas sans le savoir, mais surtout durement réprimé. (...) Il avait déjà pâli et ne geignait plus, mais j'ai préféré enfoncer le clou, d'un coup de bluff de génie, en mentionnant d'un air entendu ses "magouilles du bureau des fournitures". J'avais touché juste : il s'est mis à trembler et m'a avoué les larmes aux yeux avoir subtilisé plusieurs crayons de couleur. Il m'a expliqué en sanglotant qu'il aimait dessiner et que c'était son hobby mais j'ai coupé court. Je l'ai pris dans mes bras, et, tout en caressant ses cheveux, sa joue contre mon épaule, j'ai essayé de lui faire comprendre qu'on n'arrivait à rien par le mensonge et la dissimulation, et que, si on n'aimait pas travailler, ça ne servait à rien de faire semblant. Il valait mieux rester chez soi."


J'ai tiré un grand plaisir de ma lecture car, outre l'humour que j'ai vraiment apprécié, le roman mélange différents genres littéraires : à la fois satire sociale, roman d'aventures ainsi qu'oeuvre de fiction ancrée dans la réalité et agrémentée d'un soupçon d'intrigues policières, il s'agit d'un exercice de style très réussi et fort distrayant. Alors que les romans actuels se classent sagement dans des catégories et veillent à ne pas mélanger les genres, Les Femmes n'aiment pas les hommes qui boivent déroge à la règle pour notre plus grand plaisir ! Ainsi, contrairement aux romans très réalistes qui finissent par nous ennuyer tant il rappelle notre quotidien, ce roman distille de la fantaisie et de l'aventure dans le quotidien banal d'un homme ordinaire. La critique est implicite et très amusante, car il est impossible de ne pas se reconnaître au moins une fois dans ce personnage tout à la fois menteur, manipulateur, d'une incroyable mauvaise foi et pourtant très innocent ! Ainsi, alors qu'il ne songe qu'à s'exercer à l'écriture afin d'améliorer sa qualité de travail, et encombre de ce fait l'appartement qu'il partage avec Clémence de détritus et autres immondices, Clémence qui travaille à temps plein lui demande très gentiment s'il veut bien avoir l'amabilité, de temps en temps, de faire le ménage : vexé et humilié, François s'enferme dans son bureau les larmes aux yeux. Quelques jours plus tard, il écrit : "Depuis son rétablissement psychologique et sa réinsertion dans le monde du travail, Clémence est devenue un potentat sans coeur et me réduit à un état de domestique esclave." Dans cette perception exagérée des faits apparaît en réalité l'humiliation vécue par François et son désir inconscient de se justifier à ses propres yeux en accusant Clémence. N'est-ce pas une réaction très humaine ? A ce sujet, François Szabowski explique dans les réponses qu'il donne aux lecteurs que, "...bien qu'il soit un personnage de fiction, François Chabeuf pourrait exister. Peut-être pas sous cette forme si extrême. Mais ses mécanismes mentaux sont, je crois, très répandus, pour ne pas dire présents chez tous. Ce qui m'intéressait dans ce personnage, c'était de montrer la façon dont l'être humain se "reprogramme" en permanence par le langage. Comment, face aux événements qu'il traverse, subit, ou face à ses actes, il produit du langage pour rendre le réel supportable. Cela englobe autant le fait de se "justifier", de rejeter la faute sur l'autre - ou ce qu'on appelle communément la "mauvaise foi" - que la "sagesse". Dire, par exemple, après une séparation, que l'autre est un ****, ou que "de toute façon nous n'étions pas faits pour être ensemble", sont à mon sens deux manières de nous reprogrammer par le langage, pour nous aider à vivre cette situation. Je pense que nous le faisons, à des degrés divers, consciemment ou inconsciemment, plus ou moins en permanence."


Les Femmes n'aiment pas les hommes qui boivent est donc un roman aux multiples facettes et de plus, très bien écrit. L'écriture de François Szabowski, qui devient par le choix narratif de ce dernier l'écriture du personnage principal, est très étudiée et participe pleinement à la construction de celui-ci. Par exemple, le vocabulaire soutenu et parfois désuet s'accorde parfaitement avec le caractère pudibond et moralisateur de ce personnage qui se pense intègre. Par ailleurs, l'ensemble du texte est très fluide et malgré la complexité du personnage, le récit n'est jamais confus mais au contraire pleinement maîtrisé. Si vous n'êtes pas encore convaincu de l'intérêt de lire ce roman, sachez que l'intervention d'un chat dénommé Roger donne au récit une force désopilante irrésistible ! 


"Bien qu'estomaqué encore par l'aventure, je suis assez admiratif de la bravoure avec laquelle j'ai géré la séquestration dont j'ai été victime hier de la part de la propriétaire. Il est indéniable, décidément, que j'ai tout au fond de moi une âme de guerrier. Il faut aussi - et c'est mon cas - avoir le sens du sacrifice, car il est bien évident que c'est pour protéger le chat Roger que j'ai consenti tous ces efforts, et à chaque fois hier que je revenais en pensée vers Roger, cet animal démunie, physiquement débile et intellectuellement limité, qui passe ses journées tapi dans la terreur, je sentais monter en moi de nouvelles forces qui m'aidaient à supporter mon sort. Je ne faisais pas tout cela en vain."


Je vous recommande donc vivement la lecture de ce très bon roman-feuilleton, à la fois ludique et très sérieux, qui permet de se divertir joyeusement grâce à une histoire originale ainsi qu'une écriture de qualité. Je remercie par ailleurs les éditions Aux Forges de Vulcain de prendre le risque de publier des ouvrages innovateurs et des écrivains peu connus, ainsi que de s'attacher à doter la littérature française de plus d'imagination et de liberté.


En juin 2013 sortira le second volume des aventures de François Chabeuf, intitulé Il n’y a pas de sparadraps pour les blessures de cœur. Hâtez-vous donc de lire Les Femmes n'aiment pas les hommes qui boivent afin de ne pas manquer ce second rendez-vous très prometteur si l'on en juge d'après l'enthousiasme de David Meulemans, directeur des éditions Aux Forges de Vulcain !


"Je fais tout bien entendu pour le protéger, mais c'est un fait que je ne peux pas être sans cesse à ses trousses, et comme Clémence de son côté est sur le qui-vive, le chat Roger vit actuellement des moments bien difficiles. Clémence ayant en effet mis à exécution son infâme projet d'oppression du félin, elle inflige au chat terrorisé de longues séances de douche au moindre miaulement, et l'animal jette des regards éperdus dans la pièce depuis le refuge que je lui ai installé dans un cageot en haut de la bibliothèque. L'appartement est certes à peu près rangé maintenant et il a donc une plus grande liberté de mouvement, mais ces scènes de cruauté gratuites me déchirent le coeur et blessent mes sentiments de chrétien. N'y tenant plus, j'ai rappelé à Clémence que nous étions le 25, que Noël était un jour de fête pour les enfants et les êtres faibles, qui devait être considéré comme une période de trêve, et que le chat Roger, eu égard au bouleversement psychologique que représentait pour lui le déménagement à Paris, avait droit pour l'occasion à un peu de tendresse et de réconfort."


Je remercie sincèrement l'équipe de Libfly ainsi que les éditions Aux Forges de Vulcain pour cette nouvelle édition de l'opération "Un éditeur se livre", grâce à laquelle j'ai pu découvrir une interview très enrichissante de David Meulemans et qui me permet, ainsi qu'à cinq autres lecteurs, de découvrir une sélection de leurs ouvrages. 

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19 avril 2013 5 19 /04 /avril /2013 21:54

 

Trois définitions de l'amour


Ecrit par Caroline Bongrand

Publié le 21 mars 2013 chez Robert Laffont.

Format broché, 355 pages.

 


 

Trois définitions de l'amour

 

Gilles, chimiste à New York dans une multinationale de cosmétiques, reçoit une commande extraordinaire : créer le parfum qui rend immédiatement et absolument amoureux. Délire de créateur ou intuition géniale ? On raconte qu'une fleur pourrait être à l'origine d'une telle fragrance... Si elle existe vraiment, c'est l'un des secrets les mieux gardés de la planète.


L'amour, Gilles connaît : il va se marier dans quelques jours avec Ina. Mais ses investigations vont bouleverser sa vie personnelle.


Parti en Chine à la recherche de la fleur, volontaire mais en proie au doute, Gilles ne tarde pas à comprendre que, dans cette quête éperdue de l'amour absolu, il risque de tout perdre.

 

 


 

Trois définitions de l'amour est sorti le 21 mars 2013 aux éditions Robert Laffont. La quatrième de couverture est très joliment écrite, si bien que je me suis laissée séduire par ses promesses. Le roman semblait tout doux, tout mignon, une jolie histoire d'amour, de fleurs et de parfums, le tout relevé d'une pincée d'aventure. Un résumé très prometteur et enthousiasmant ! Malheureusement, les premières pages eurent tôt fait de me faire déchanter et les pages suivantes s'accordèrent avec cette première impression. Je suis déçue, déçue, déçue ! Déçue parce que Caroline Bongrand avait de très jolies idées mais que sans de solides fondations, les plus belles oeuvres s'effondrent ! Déçue parce que la quatrième de couverture présentait fort agréablement ces jolies idées, ainsi je doute que ce soit l'auteur qui ait rédigée cet alléchant résumé - or, personne d'autre que l'auteur ne devrait rédiger une quatrième de couverture censée illustrée le contenu d'un roman ! Déçue parce je pense sincèrement que le récit aurait pu être efficacement retravaillé, ce qui m'aurait évité une si grande déception !


Lorsque je commençai ma lecture, j'avais envie d'une lecture légère et agréable, d'une jolie histoire d'amour pour rêver à des bonheurs oubliés, d'un petit nuage cotonneux de mots pour me réconforter d'une journée fort maussade. J'étais donc résolument ouverte d'esprit et peu exigeante - un roman de la célèbre collection Harlequin m'aurait comblée ! Hélas, le cruel manque de réalisme du récit fut un véritable obstacle à mon appréciation de cette lecture. Il me fut totalement impossible d'adhérer au récit et encore plus difficile de me détendre, tant ma lecture fut déplaisante ! Afin d'illustrer mon propos, je vous propose un résumé des 180 premières pages de ce roman :


La patronne d'une société créatrice de parfum vient de rencontrer Karl Lagerfeld : ce dernier souhaite un parfum inédit aux senteurs de l'Amour et c'est Gilles qui est désigné pour cette tâche. Si l'idée est acceptable, ce sont les personnages qui ne le sont pas. Difficile d'expliquer mon ressenti, tant l'invraisemblance du récit fut pour moi une évidence frappante ! Les réactions des personnages sont franchement improbables et la formulation des dialogues l'est tout autant. Karl Lagerfeld a entendu parler d'une fleur qui sent l'Amour, la patronne décide de croire sur parole ce prestigieux client et tant pis si Gilles, l'un de ses meilleurs spécialistes, affirme que cette fleur n'existe pas, que Karl est un rêveur et qui si une telle fleur existait, le monde en aurait assurément entendu parler. Le client est roi et la patronne croit le richissime Karl, qui lui a vaguement expliqué où trouver cette fleur : c'est un travail pré-mâché, il n'y a plus qu'à aller la cueillir ! Au point qu'on se demande pourquoi Karl ne s'y rend pas lui-même, car les personnages n'ont de cesse de vanter les mérites de cette légendaire fleur et les sommes colossales qui tomberaient assurément entre les mains de son bien chanceux possesseur. Nulle recherche sur les légendes associées à cette fleur ou l'endroit où celle-ci est censée croître : c'est comme si les valises de Gilles étaient déjà bouclées, on ne se pose quasiment aucune question. Ah, si ! On se questionne sur l'Amour, qu'est-ce donc que ce sentiment ? Alors la patronne convoque son responsable de production et lui pose la question, escomptant que ce spécialiste des mathématiques sera également spécialiste en amour. Vous pensiez, braves lecteurs, que ces grosses entreprises qui pensent la nouveauté, recherchent l'innovation, fabrique du sur-mesure et brassent des millions de dollars étaient capables de rassembler les meilleurs spécialistes afin de résoudre une question essentielle à la production d'un nouveau produit ? Eh bien vous vous trompiez !

 

"Elle appuya sur l'interphone.

Pam, vous pouvez venir un instant avec Leroy, je vous prie ?

L'assistante de Marsha et le responsable de production se glissèrent dans le bureau.

-Tomber amoureux, nous savons tous ici ce que c'est. Mais aimer, qu'est-ce qu'aimer ?

La perplexité que j'avais lu sur ses traits un instant plus tôt se devinait maintenant sur les visages des arrivants. Pam leva la main discrètement.

-Pam ? Vous voulez nous dire quelque chose ?

-Aimer, c'est aimer l'autre pour ce qu'il est et comme il est, et c'est aussi avoir envie de faire des choses pour lui et avec lui, par exemple prendre un super brunch le dimanche matin et goûter ensemble cette nouvelle confiture dénichée au marché bio de Long Island, partager des émotions, en faisant l'amour ou en allant au cinéma. Et faire des bébés ensemble. Aimer, c'est se dire chaque matin que l'on est deux et que l'on est plus forts parce qu'on forme cette petite entité qui décuple notre énergie.

-Ca ne nous donne rien d'un point de vue de la flagrance, dis-je, conscient d'être un peu rabat-joie. En tout cas rien qui soit essentiel ou universel, à part éventuellement l'odeur de la sueur et celle du sperme. Cela nous donne le café, les oeufs au bacon ou le bagel cream cheese, la confiture, il faudrait savoir à quoi, les draps, lavés avec quelle lessive et quel adoucisseur, à déterminer, le parfum de cette femme mêlée à la sueur, l'odeur de la mer et de la campagne pas loin, si nous sommes à Long Island. Et éventuellement, l'odeur d'un bébé.

-L'amour, c'est un peu le contraire des mathématiques, se lança Leroy. L'ensemble A rencontre l'ensemble B et l'intersection s'appelle C. Quand on s'aime, C n'est pas juste une portion commune à A et B mais quelque chose d'extrêmement puissant dont la valeur est bien supérieure. On pourrait presque s'amuser à le quantifier. 1+1 = 1 000.

-Hum... merci, Leroy, merci, Pam, dit Marsha. Nous allons prendre un peu de temps pour cerner le contenu de ce mot. Que chacun réfléchisse de son côté, et surtout toi, Gilles. On se revoit tous d'ici une semaine pour faire un point."


Après ce brain-storming percutant, la patronne décide de consulter sa voyante. Bah oui, pourquoi consulter une encyclopédie, une mappemonde ou internet ? Une voyante, c'est une solution résolument moderne et efficace pour obtenir la réponse à un problème donné. D'ailleurs, celle-ci lui explique immédiatement où pousse la fleur inconnue du monde entier et recherchée désespérément de tous, et lui montre la photo de celui qui doit aller la chercher : c'est Gilles. Miraculeux. La patronne de cette très grosse société qui brasse des millions fonde donc une décision à l'impact financier colossal sur les visions d'une voyante et ordonne à Gilles de partir au plus vite cueillir la fleur. Quand enfin, après quelques chapitres, notre rat de laboratoire peureux accepte de partir, tel Indiana Jones, dans un endroit isolé du reste du monde et extrêmement dangereux - nul doute que ce scientifique passionné de microscopes possède les compétences requises pour ce genre d'expédition - sa patronne lui promet que le Pentagone le retrouvera et le ramènera au pays au moindre souci. Pourquoi s'en faire, alors ?


A ceci vient se greffer une histoire d'amour banale et ennuyeuse. Le récit d'une rencontre amoureuse fortuite et inespéré, suivi d'un amour total et sans précédent. Les années s'écoulent dans la joie et le bonheur pour ce couple qui s'entend à merveille malgré les voyages de l'un et les concerts auxquels assiste l'autre. Tant de bonheur se doit d'être célébré par un mariage, l'événement aura lieu dans quelques jours. En couple moderne et soucieux des apparences, Gilles et sa fiancée décide de partir en lune de miel avant la cérémonie, afin de revenir bronzés pour les photos, reposés et amoureux plus que jamais. Sauf que, forcément, la lune de miel tourne au vinaigre. Sans les klaxons, les sirènes d'ambulances, les odeurs de fritures et les rues bondées de monde, leur amour ne peut exister. Le couple s'ennuie. Fort heureusement, une dame âgée vit sur cette île - une vieille dame mystérieuse, au regard empreint d'une tristesse mystérieuse, qui vit seule sur une île paradisiaque pour des raisons mystérieuses, et qui va faire la causette à Gilles, trop content de s'éloigner de son assommante fiancée. En quelques phrases énoncées d'une voix tremblante, cette vieille dame lui raconte son histoire. Son naufrage, son sauveur à la peau noire deux fois plus âgé qu'elle et qui va veiller à son prompt rétablissement jusqu'à ce qu'elle soit en mesure de repartir à New York, puis sa vie banale de mère et de femme mariée. Et puis ses regrets, forcément, de ne pas être restée auprès de cet homme âgé qui la désirait. Ils ne partageait rien, ne discutaient pas ensemble, étaient de parfaits inconnus l'un pour l'autre et elle n'avait même pas songé à lui demander son prénom, cependant elle se cramponne des dizaines d'années plus tard au souvenir de cet homme qu'elle regrette amèrement. En somme, elle souffre de ne pas lui avoir offert sa virginité. Fantasme de la vieillesse pour le lecteur attentif, mais drame du grand amour perdu pour ces personnages incroyablement crédule. Bingo, Gilles comprend tout. C'est ça, l'Amour. Avoir quatre-vingt ans et acheter une île déserte pour se dessécher au soleil dans l'attente d'un homme d'environ cent ans, dont le brûlant désir - soixante ans plus tôt - pour une jeune blanche de dix-neuf ans ne pouvait être que le signe incontestable d'un amour pur, sincère et unique. Fort de ses déductions, Gilles annonce fièrement à sa fiancée que point de mariage il n'y aura, leur amour n'en est pas un - parce que, comprenez vous, sa fiancée ne l'attend pas désespérément sur une plage de sable rose. Elle vit à ses côtés jour après jour, l'écoute, le comprend, le console, le câline : ce n'est pas ça l'Amour. Gilles à tout compris et nous aussi.


Alors Gilles fait sa valise, se rend à l'hôtel le plus proche et quelques jours plus tard, il emménage dans un appartement riquiqui rien que pour lui. Mais lorsqu'il se lève le lendemain matin, c'est le drame. Tragédie de l'homme abandonné à sa paresse : les placards sont vides. Rien à manger, rien à boire. C'est l'heure des remises en questions : Gilles se dit que, quand même, il est carrément frappé d'avoir plaqué sa nana pour une histoire aussi abracadabrante. Alors il se rend au chevet de sa belle afin de baver un pardon affamé, mais lorsqu'il pousse la porte, point de femme à la maison. Tragédie de l'homme abandonné à sa bêtise ! Un coup de fil aux beau-parents résoud l'énigme : son intrépide amoureuse est partie en Chine à la recherche de l'introuvable fleur d'Amour. Est-ce dans le but de la lui offrir ou dans l'espoir que celle-ci agira comme un philtre d'amour sur Gilles, on ne le saura jamais. Elle est partie chercher la fleur, point d'autre explication. Alors, sans hésiter, Gilles attrape sa valise qu'il n'avait pas eu le loisir de défaire et décide de partir à la recherche de son aventurière de femme. 


Au travers de cette double quête qu'est la recherche de son Amour et de la fleur d'Amour, le récit propose un voyage initiatique au cours duquel Gilles devra apprendre à se connaître afin de devenir lui-même. Précisons tout de même qu'il s'agit là de ma conclusion personnelle suite à un travail de réflexion, car le récit est tellement saugrenu qu'il n'aboutit en réalité à rien. Par contre, au travers des erreurs qui jalonnent le récit, on finit par comprendre les intentions de l'auteur, ce qui est tout de même appréciable lorsque l'on passe un aussi mauvais moment de lecture !


Certes, je suis dure dans mes propos, mais les trois cent cinquante-deux pages que composent ce roman sont toutes aussi décevantes et insensées. Gilles décide de sa destination en consultant une thèse vieille de trente-six ans et qui suppose, dans son introduction, que la fleur pousserait dans une montagne en Chine. Au passage, il faut accepter l'hypothèse improbable que sa fiancée a également lu cette thèse dont il ne reste qu'un seul exemplaire dans le monde. Donc, fort de sa trouvaille, Gilles part sans réfléchir, sans prévoir le matériel ni les vivres dont il aura besoin pour camper ou pour voyager, sans même concevoir de plan pour retrouver sa fiancé. Il est persuadé que dès son arrivée en Chine et simplement en brandissant la photo de celle-ci, les autochtones du coin lui indiqueront le chemin à suivre pour la retrouver. Le monde est beau, le monde est gentil. Dans l'avion, il se lie d'amitié avec une femme d'une cinquantaine d'années et décide de s'octroyer une journée de tourisme en sa compagnie, eh ! Pourquoi pas ? Sa fiancée peut bien attendre une journée, non ? Ce n'est pas comme s'il était parti à sa recherche ! Gilles rencontre ensuite un guide dévoué, qui se démène bien plus que lui pour retrouver sa femme disparue et cela sans jamais réclamer d'argent, mais Gilles ne trouve pas cela étrange. Puis, il rencontre un américain aux couleurs de sa ville natale, gentil, serviable et amical, qui s'embarque avec eux dans l'aventure juste pour le plaisir d'aider, avec dix milles dollars en liquides sur lui et un matériel sophistiqué d'espionnage à bout de bras, mais Gilles ne s'inquiète toujours pas. Le monde est toujours beau et gentil. Quelle est la limite entre la naïveté et la stupidité ? Jusqu'au quasi-terme de son voyage, il reste persuadé qu'il est tombé sur de bons gars, loyaux et fidèles, dignes de confiance. Qu'importe que cet américain ait mis une puce sur sa chaussure pour ne jamais perdre sa trace ! C'était probablement un geste purement amical. Qu'importe qu'il ait prévu un matériel de randonnée, des vivres, plusieurs bidons d'essence, une bouteille d'oxygène et un téléphone satellite ! Ce n'est pas comme s'il avait tout prévu pour partir en expédition à la recherche de la fleur légendaire ! C'est simplement une heureuse coïncidence, pas de quoi s'affoler. Le récit aurait pu être perçu comme burlesque tant il regorge d'éléments saugrenus, si le texte ne transpirait pas d'intentions sérieuses et d'efforts évidents dans l'écriture. On ressent tellement les difficultés qu'a éprouvées l'auteur pour donner un semblant de logique à son récit que celui-ci acquiert une dimension tragique. 


"Quatre jours plus tard, nous n'avions plus rien à manger. Il nous restait encore des boissons, mais pour combien de temps? Notre réchaud à gaz ne tiendrait pas plus de quelques jours. Et nous n'avions pas de cartouche de gaz supplémentaire. Nous faisions bouillir la neige pour la boire, et économiser ainsi les quelques canettes qui nous restaient. Paul soutenait qu'un homme peut s'abstenir de manger sans danger au moins une semaine, s'il boit. Devrions-nous tuer un chameau ou une antilope pour nous nourrir ? Cette idée m'était franchement insupportable. Nous commencions à atteindre la limite de nous-mêmes."


Ainsi, il faut être honnête, l'écriture est mauvaise. Je pense que Caroline Bongrand ne ressentait pas son histoire et que ses personnages ne vivaient pas en elle. J'ai la sensation qu'elle souhaitait écrire certaines réflexions à propos de l'Amour et des sentiments qui s'en approchent, tels que le sentiment amoureux, l'attachement et l'amitié ; je crois également qu'elle souhaitait écrire un récit ayant trait aux parfums dont elle semble raffoler, d'après ce qu'elle écrit dans les pages de remerciement et les nombreuses recherches qu'elle a entreprises à ce sujet. L'auteur a donc probablement essayé de construire une trame capable de rattacher ces deux thèmes ensemble afin de pouvoir y déverser le fruit de ses réflexions et de ses investigations. Malheureusement, l'intrigue est mal imaginée, le texte est branlant et invraisemblable. Les bases de l'histoire sont mal posées et trop peu expliquées, de plus le récit est lent mais s'attarde sur des éléments de moindre importance tel que la conception des parfums, très détaillée grâce à de nombreux termes techniques. De ce fait, les passages essentiels sont négligés, voire expédiés car on a réellement la sensation que l'auteur souhaite se débarrasser des passages complexes requérant trop d'imagination et d'explications. Il en est de même des transitions entre chacune des aventures de Gilles, qui sont à la fois très peu justifiées et ahurissantes de coïncidences et de naïveté. Il est impossible de ne pas s'apercevoir des facilités prises par l'auteur pour faire avancer son récit ! Or, je n'approuve pas du tout cette manière d'écrire, il s'agit presque d'un manque de respect envers le lecteur qui a tout de même investi vingt euros dans ce roman dans l'espoir de se divertir d'une agréable histoire. Il existe des formes d'écriture modernes plus adaptées que le genre romanesque pour présenter au monde le fruit de ses réflexions, tel que le Café Voltaire par exemple. C'est vraiment dommage d'en arriver à un tel résultat car les pensées défendues par l'auteur, bien que peu originales, étaient intéressantes ; hélas, même leur présentation est peu soignée car loin d'être subtiles ou poétiques, ces réflexions sont présentées sous forme de lourds paragraphes moralisateurs qui alourdissent un texte déjà trop fragile.


"En combien de temps une amitié se crée-telle? Que faut-il finalement? Deux personnes dans le même état d'esprit exactement, au carrefour de leur existence, seules devant un monde qui paraît vouloir leur échapper, deux personnes qui paraissent un peu désarmées mais se montrent déterminées, malgré cela, à l'étreindre, à l'embrasser. Peu importe qu'il s'agisse d'une femme, d'un homme, que l'un vive à Manhattan et l'autre dans une banlieue de Cincinnati. Quelque chose en eux reconnaît l'autre comme son frère humain. Il y a les mêmes noeuds, les mêmes interrogations, les mêmes espérances, la même volonté d'essayer de faire mieux. Lorsque les circonstances sont assez pénibles, les liens se resserrent d'autant. Pékin, il n'y avait rien de véritablement éprouvant à Pékin. Et pourtant. Ce n'était déjà plus l'Amérique et pas encore l'aventure. J'étais sur cette passerelle qui relie hier à demain, comme suspendu au-dessus de ma vie."


Même la plume de l'auteur ne parvient pas à faire oublier ces erreurs au lecteur. Le vocabulaire est courant voire familier, la syntaxe peu soignée et résolument moderne, le style fort banal et peu travaillé. C'est l'intégralité du roman, aussi bien le fond que la forme, qui m'a profondément déçue. Je conseille donc aux lecteurs de ne retenir que la quatrième de couverture et d'imaginer eux-mêmes une jolie histoire autour de cette fleur fabuleuse. 

 

 

Je remercie sincèrement la maison d'édition Robert Laffont pour la confiance dont elle m'honore. 

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15 avril 2013 1 15 /04 /avril /2013 23:15

 

De tempête et d'espoir

Saint Malo


Ecrit par Marina Dédéyan

Publié le 23 janvier 2013 chez Flammarion.

Format broché, 399 pages.

 


 

http://cache.20minutes.fr/img/lechoixdeslibraires/2013/01/09/tempetes-espoir-volume-1-saint-malo.jpg Mon nom est Anne de Montfort. J'ai dix-sept ans. En cet automne 1760, je me retrouve orpheline, sans le sou, sans relations. Mon frère aîné Jean, cadet dans l'armée royale, ma seule famille, a disparu aux Indes. Est-il tombé dans cette guerre sans merci pour la domination du monde qui oppose Louis XV au roi d'Angleterre ? Croupit-il dans les geôles de Madras? A-t-il choisi de chercher fortune comme mercenaire auprès de quelque nabab ? Je veux, je dois savoir ce qu'il est advenu de lui.

Mais puis-je espérer un autre sort que celui d'entrer dans les ordres au couvent des Dames de Dinan ? Je n'ai pour moi que ma jeunesse, le prestige de mon nom et ma détermination, avec cette devise d'Anne de Bretagne que j'ai faite mienne, non mudera – je ne changerai pas. Ma cousine Apolline et son mari, armateur respecté de Saint-Malo parmi ces messieurs de la Compagnie des Indes, m'aideront-ils ? Et si je n'avais d'autre choix que le plus insensé, celui d'embarquer sur un navire, à n'importe quel prix ?

 

 

Magnifique découverte que ce roman écrit Marina Dédéyan ! De tempête et d'espoir, Saint-Malo, est la première partie d'un très beau récit historique que j'ai vraiment adoré ! 


"J'étais donc pauvre, me croyais vilaine, et dans quelques mois j'entrerais en noviciat avant de prendre le voile. Par conséquent, les autres pensionnaires du couvent avaient peu à craindre dans cette chasse effrénée au mari pour laquelle elles étaient toutes élevées depuis le berceau."


La narratrice est une jeune femme de dix-huit ans prénommée Anne et que l'on surnomme affectueusement Annick. Depuis environ sept ans, elle vit dans un couvent de Dinan où elle suit un enseignement stricte et éprouvant afin d'épouser Dieu et ainsi porter le voile. Lorsque sa mère décède de fatigue et de tristesse, rongée par l'absence prolongée de son unique fils, Anne devient orpheline. Bouleversée, elle apprend que depuis trois semaines la ville portuaire de Pondichéry pour laquelle son frère Jean est parti guerroyer en Inde est tombée aux mains de l'ennemi. Ne reste qu'un champ de ruines et de nombreux morts, quand aux autres - survivants et blessés - ils ont été faits prisonniers par l'ennemi. Anne, qui comme sa mère attendait désespérément des nouvelles de son frère bien aimé, ne peut supporter que le silence de celui-ci soit une preuve de sa mort. Très vite, les cauchemars l'assaillent et les prières incessantes ne changent rien à son tourment. Anne éprouve le besoin de savoir où se trouve son frère et s'il vit toujours. Jeune femme de caractère, elle parvient à convaincre sa Mère supérieure de la laisser partir une semaine à Saint-Malo afin d'obtenir des informations de vive-voix de son cousin par alliance. Brûlante de questions et étourdie par le chagrin, Anne se débat durant une dizaine de jours pour obtenir des informations de quiconque est susceptible d'en posséder, en vain. Elle obtient certes de précieux renseignements sur les tragiques événements qui se sont déroulés à Pondichéry, mais nul ne connait son frère. Pire, ses informateurs suggèrent que son frère, comme bon nombre d'officiers et de soldats, a déserté pour rejoindre un commandement ennemi mieux dirigé et mieux payé. Anne refuse de croire à un tel acte de lâcheté et décide de se rendre par elle-même en Inde afin de retrouver son frère et de le serrer dans ses bras. Hélas, son extrême pauvreté ne lui permet pas de s'acheter une place sur un des trois navires qui prochainement partira pour les Indes. Entêtée et fière, notre Anne de Bretagne n'hésitera pas à faire de nombreux sacrifices pour sauver son frère disparu. Malgré sa jeunesse et sa touchante candeur, Anne parviendra-t-elle à survivre dans une société rude et fourbe qui ne tolère pas qu'une femme de noble sang s'éloigne de son rang ? 


"Malheureux Geoffroy de Montfort, qui avait préféré périr plutôt que de céder à la dérogeance, apprendre un métier pour nourrir les siens et être banni de la noblesse. Il méprisait même ceux qui se livraient au commerce, à l'instar de notre cousin René-Auguste de Chateaubriand, ou plutôt il les plaignait de s'y être résolus par nécessité. Pourtant, il avait accepté de pousser la charrue, comme n'importe quel paysan, pour obtenir quelque moisson de nos champs. Il avait aimé les livres plus que des amis intimes, alors que nos ancêtres ne se souciaient que de tirer l'épée et savaient à peine signer de leur nom. Mon père, héros tragique dont je percevais désormais les contradictions dans son acharnement à défendre son nom, quitte à sombrer et à entraîner les siens dans sa chute. Privée de mon père, privée de ma mère, je me sentais comme un jeune arbre déraciné. Dans mon malheur, je me réjouissais toutefois de savoir que mon frère, poussé de l'autre côté du monde par les grands vents, n'eût pas à vivre ces instants là. Il est moins douloureux de se détacher de ce que l'on a aimé quand on est déjà au loin." 


L'histoire est fort jolie et très bien pensée. Si la trame n'est pas originale, le récit évite les clichés du genre et se révèle très savoureux. Je craignais qu'Anne ne soit une nouvelle Cendrillon blonde aux yeux bleus, à la fois modeste et pleurnicharde, épuisante de crédulité et dégoulinante de gentillesse. Rien que d'écrire ces lignes, j'en frémis ! Mes craintes eurent tôt fait de disparaître : certes Anne est jeune et son éducation au couvent ne l'a pas instruite de la perfidie des Hommes, mais elle apprend vite et son caractère vif et téméraire est très agréable. Sommairement décrite, c'est une grande fille aux traits masculins qui possède malgré tout un certain charme : la Nature est ainsi faite que chacune sied à plusieurs hommes. Par ailleurs, son père était un homme fort cultivé et attaché à ses ancêtres, Anne fut instruite de son savoir et s'imprégna de la bibliothèque paternelle durant son enfance, c'est donc une jeune femme érudite qui narre sa propre histoire. Est-ce le langage soutenu ou la délicieuse syntaxe soignée de chaque phrase, sont-ce les descriptions minutieuses mais toujours pertinentes, les adjectifs aussi précis que variés, les envolées lyriques qui confèrent au texte son parfum de XVIIIème siècle ? La plume délicate de Marina Dédéyan pénètre l'esprit et esquisse des paysages inconnus, transporte des couleurs et des odeurs d'un autre temps. 


"La côte bretonne ressemble parfois à la fin du monde, quand elle se noie de brouillard. Des lambeaux de terre, des fragments de roche, l’à-pic d’une falaise sombre, l’ombre d’une île semblable à un dragon en sommeil, le ressac assourdi et le bruit qui se meurt en un écho lointain. Le vent s’éteint et les voiles gorgées d’humidité pendent aux vergues comme des oripeaux de sorcière. Dans le cœur des marins gronde encore la terreur de ces monstres jaillis de la mémoire des Celtes. Pourtant ce n’est pas un maléfice qu’il faut craindre, mais la traîtrise d’un écueil affleurant sous la nappe blanche. Depuis la dunette, le capitaine fronce les sourcils, sa longue-vue inutile abandonnée sur le banc de quart."


De Tempête et d'espoir raconte avec douceur et émotions l'histoire d'Anne, mais c'est aussi l'Histoire du monde qui est racontée. Marina Dédéyan conte avec une adresse certaine les événements qui opposèrent les Français aux Anglais durant le milieu du XVIIIème siècle, sans toutefois donner à son récit des prétentions pédagogiques. Loin d'éprouver de l'ennui à la lecture de ces faits historiques, on éprouve un réel intérêt pour ces explications qui permettent de mieux pénétrer le récit et de comprendre les personnages ainsi que leurs enjeux : Marina Dédéyan est parvenue à imbriquer l'Histoire de France à l'histoire de ces personnages et à les rendre indissociables. De plus, j'ai trouvé admirable la manière dont les faits historiques sont racontés : alors que beaucoup d'auteurs usent et abusent du savoir considérable d'un narrateur externe au récit et omniscient, Marina Dédéyan a fait le choix d'un narrateur interne à l'histoire. Ainsi les faits historiques sont mis en scène, ce qui est beaucoup plus intéressant et captivant qu'une longue explication monotone et externe au récit : par exemple, on découvre ou redécouvre le contexte historique grâce aux lettres de Jean, qui est parti à la guerre et en raconte l'évolution; ou encore, on suit les événements politiques grâce aux commentaires sarcastiques ou malicieux des armateurs - ces nouveaux riches qui ne craignent pas la fureur des mers. 


"Mon père comme mon cousin avaient tort de se réfugier dans cette nostalgie de la vieille chevalerie, ces rêves perdus de croisades, de combats contre les Sarrasins et de tournois. Les braves de notre époque étaient ces hommes prêts à affronter la mer immense sur leurs voiliers, armés de leur seul courage pour voguer vers l'inconnu. Certes ils étaient gouvernés par la soif de l'or, mais en avaient-ils pour autant délaissé l'honneur ?

Dans les yeux mélancoliques de Charles de Porée, dans les lagunes bleuâtres des prunelles de Jean-Baptiste Christy de la Pallière, dans le regard plein d'orages de René-Auguste de Chateaubriand, je voyais la souffrance, l'opiniâtreté désespérée, mais aussi l'ivresse des vents et du grand large, l'exultation de ces victoires remportées sur les océans."


Il s'agit d'un roman historique savamment construit et brillamment écrit que je recommande ardemment aux amoureux de voyages dans l'Histoire et sur les océans.


"Le golfe de Gascogne a ses caprices que nul ne sait prévoir. Soudain le ciel se revêt d'un épais manteau de nuées grises. Le vent se lève. La mer gonfle. Le bateau gîte et tangue entre les vallons écumeux. Les dents serrées, les gabiers grimpent dans les haubans pour prendre des ris dans les voiles. Le capitaine et ses officiers boutonnent leurs vestes, enfoncent leurs tricornes sur leurs têtes. Branle-bas le combat contre les éléments qui ne retiennent plus leur colère, la tempête arrive. Pourtant on ne lutte pas contre la mer, on s'accommode de ses humeurs. Eviter l'affrontement, chercher ailleurs le salut. La tentation de rejoindre la terre ferme est grande, mais la côte n'offre aucun abri par gros temps des Landes aux Asturies. Estimer la position, mettre le cap vers le large et se jeter à l'ouest.

Le vent hurle de plus en plus fort. Il n'entend pas renoncer à ce dérisoire jouet de bois ballotté par la danse furieuse des flots. A l'entrepont et dans les cabines, on s'agrippe à ce qu'on peut, les mains tétanisées, le coeur chaviré. Le bateau plonge dans des creux d'une vingtaine de pieds. Chaque objet non arrimé devient un projectile mortel. Les plus courageux chantent ce qui sera peut-être leur dernier cantique."

 

 

Je remercie sincèrement Gilles Paris et son équipe pour la confiance dont ils m'honorent, ainsi que les éditions Flammarion pour cette merveilleuse découverte.


Pour aller plus loin...

 

 

La suite de ce roman, De tempête et d'espoir, Pondichéry est à paraître en Mai 2013 chez Flammarion.


Question : Si ce livre était une musique, quelle serait-elle ? 

Réponse de Marina Dédéyan : An Arlac'h, l'hymne de la Bretagne, le Gâyatrî mantra, La Sarabande de Haendel, Set fire to the rain de la jeune chanteuse Adèle.

L'intégralité de l'interview en date du 12 janvier 2013 à consulter ici.

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11 avril 2013 4 11 /04 /avril /2013 23:03

 

Bras de fer


Ecrit par Jérôme Bourgine

Editions Sarbacane, collection Exprim', 304 pages.

Publié le 03.10.2012.


 

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Julian, 18 ans, beau gosse, champion de natation, doué en dessin et amoureux de sa petite amie Leila, a tout pour être heureux. Ne lui manque que cette moto qui sera sienne s'il bat son père à leur partie de bras de fer annuelle. Son père : ouvrier, syndicaliste, c'est un dur ; un inflexible.


Le soir de l'anniversaire de Julian, tout bascule : furieux d'avoir encore été vaincu, il prend une moto, chute...et perd un bras.

Fini la natation, le dessin, le bras de fer. Commence pour lui une terrible descente aux enfers - la drogue. Mais dans cette chute, Leila ne le lâchera pas, jamais ; quitte à tomber aussi. Et de ce combat, Julian et son père ne sortiront vainqueurs qu'en apprenant à s'expliquer "à la loyale" et à se dire je t'aime.


 

 

 

 

Jeune homme amoureux et lycéen insouciant, Julian est le reflet de la jeunesse d'aujourd'hui : désabusé, il est écœuré d'une vie qu'il n'a pas encore pleinement goûté et son quotidien lui semble morne et insipide. Il est pourtant champion de natation et vit une jolie histoire d'amour avec Leila ! Mais il se plaint, parce qu'il est jeune et qu'à cet âge là une simple broutille prend des proportions gigantesques. L'âge ingrat ! Bref, son anniversaire approche, c'est le moment de s'assumer et d'annoncer à ses parents qu'il ne souhaite pas devenir dessinateur industriel, mais infographiste. On retrouve le stéréotype du père froid et distant, autoritaire, qui dirige sa petite famille sans accepter le moindre faux pas : l'affrontement est inévitable si Julian souhaite vivre la vie qu'il a choisi, et non celle qu'il lui impose. Jusqu'ici, rien d'original : le roman s'adresse à un public jeune en exploitant un thème d'actualité. Puis, c'est le rituel du bras de fer : chaque année, le soir de son anniversaire, Julian affronte le force légendaire de son père dans l'espoir de remporter la moto qu'il lui a promise en récompense de sa victoire. Il est sûr de gagner cette fois ! Il a 18 ans, il a décroché son bac', il a une copine et surtout un grand besoin de cette moto pour frimer en allant en cours et faire de longues virées en amoureux. Il ne peut pas échouer, d'ailleurs il sait qu'il va gagner, il le sent. Mais il se fait battre, une fois de plus. Une fois de trop ? Ravalant ses larmes, il court et s'enfuit, cherche sa Leila. Il décide de la rejoindre et emprunte la moto d'un de ses amis - t'inquiète mec, je te la ramène dans deux minutes - et il roule, avale les kilomètres et son chagrin avec : c'est l'euphorie. Cette sensation de liberté, le plaisir du vent glacial qui mord sa peau : il se sent invincible et prend des risques inconsidérés. La moto dérape et sa vie avec : il chute et perd un bras dans l'accident. 

Ce passage est franchement triste et la détresse de son père est plus douloureuse encore. Heureusement, Julian n'est pas seul pour affronter son handicap : ses parents, et Leila surtout, sont à ses côtés pour l'aider à se relever de cette épreuve. Leila est une courageuse jeune femme, assez solide pour deux, qui n'hésite pas à tout lâcher - sa famille, ses études - pour soutenir Julian et vivre à ses côtés. C'est un roc sur lequel Julian va s'échouer. Elle se démène pour trouver un emploi et pour faire plaisir à Julian, sacrifie toutes ses économies pour payer un petit studio minable. Elle lui est entièrement dévouée, amoureuse jusqu'au bout des ongles. Julian retrouve le sourire. C'est alors que son père lui propose un voyage entre mecs, à bord d'un voilier : c'est inespéré et délicieux, Julian se sent revivre. Ils passent la nuit dans un port, en Angleterre, et c'est là qu'il commence à déconner. Une jeune femme inconnue enlève son pull devant lui pour rigoler et lui faire rater sa manœuvre : c'est juste une blague, mais les yeux de Julian ne rigolent pas, ils s'attardent sur la chair offerte. Puis, le groupe de jeunes qui accompagne la jeune femme l'invite à passer la soirée avec eux. Julian, tout content de ne pas être mis à l'écart malgré son bras en moins, s'empresse d'accepter. C'est là qu'on lui propose de l'herbe, pour goûter, pour s'amuser. Pour se sentir bien. Il refuse bien sûr, il ne connait que trop bien les dangers de ces plaisirs là, ses parents l'ont bien éduqué. Mais tout de même, c'est tentant. Une main glisse sur sa cuisse, Julian désire la fille, il prend le joint. Son bras fantôme devient une excuse pour justifier sa bêtise, sa traîtrise et son égoïsme, et ce n'est que le début. Avouer son infidélité et l'exquis plaisir qu'il en a tiré à Leila ne le délivre pas de la délicieuse sensation que lui a procuré la drogue : alors, sans hésiter, il se procure du shit. De plus en plus souvent. Différents sources, différentes herbes. Très vite, il se laisse carrément sombrer dans la drogue et entraîne avec lui l'énergie et la force de sa Leila, pauvre petit ange, qui va lutter jusqu'à l'humiliation et le dégoût de soi pour le relever et l'aider à combattre cet autre lui, le Manque. 


Bras de fer est un roman très sombre, plus sombre que ne le laisse penser la quatrième de couverture. Je n'ai pas vraiment apprécié ma lecture, et pourtant j'affirme qu'il s'agit d'un très bon livre. La lente descente dans l'enfer de la drogue est très bien écrite, Jérôme Bourgine parvient à mettre des mots justes sur la dépendance qui s'installe progressivement et sur le manque obsédant qui bousille tout sur son passage. De plus, le roman est écrit dans un langage familier et jeune qui mélange les langues et s'amuse des jeux stylistiques, c'est un choix efficace qui donne une dimension très réelle au récit. Je n'ai jamais touché à la drogue de ma vie mais grâce à ce livre je suis aujourd'hui en mesure d'expliquer les symptômes de la dépendance et les manifestations du manque, je suis à présent capable de comprendre pourquoi il est si difficile pour un drogué de s'en sortir seul et de recouvrer la raison. La drogue est un poison terrible qui s'infiltre dans toutes les brèches et détruit progressivement les sentiments, puis les individus. C'est donc un livre efficace, enrichissant et percutant - car franchement, Jérôme Bourgine n'épargne pas le lecteur : la vie commune du jeune couple se transforme en véritable cauchemar et tout comme eux, on ne voit pas le bout du tunnel. 


Je n'ai pas réussi à décrocher du roman de toute la soirée car je voulais absolument terminer ma lecture sur une note positive. J'avais besoin d'un passage joyeux, ou au moins qui ne soit pas déprimant - mais les pages se tournent et c'est toujours pire. C'est pourtant un roman très bien écrit et qui s'inspire de faits réels, mais si j'avais souhaitée lire un ouvrage aussi sombre, je me serais orientée vers un témoignage. En choisissant un roman, j'espérais que le récit serait certes instructif et percutant, mais qu'il balancerait également la morosité par l'amour ou tout autre sentiment positif. Malheureusement, même les dernières pages n'apportent pas la joie nécessaire pour délivrer le lecteur de cet univers mélancolique : j'ai refermé ce livre totalement démoralisée et abattu. 


Par ailleurs, je n'ai pas apprécié l'humiliation de Leila, contrainte de poser nue puis de subir les pulsions sexuelles tout à fait écœurantes d'immondes pervers sans scrupule - tout ça pour quatre milles euros, une somme bien dérisoire en comparaison de ce qu'elle accepte de subir. C'est un livre qui est conseillé dès 14 ans et cela me perturbe énormément : la société a-t-elle à ce point changé que les jeunes adolescents ne soient même plus choqués de lire la prostitution forcée d'une jeune femme ? L'auteur a souhaité coller à la réalité, le langage est donc constamment familier et bien souvent grossier ; le pire étant ces passages sexuels assez choquants, qui sont très crus et vulgaires. Personnellement, je ne mettrai pas cet ouvrage dans les mains de mon petit garçon lorsqu'il aura 14 ans, je pense qu'il faut essayer de préserver l'innocence de nos enfants - bien que notre société de consommation érotise les enfants de plus en plus jeune et sans complexe ! C'est un marché très porteur auquel je suis fermement opposée. Dans ce roman, il est également question d'homosexualité lorsqu'un sexagénaire manipulateur et pervers abuse à multiples reprises de Julian en paiement de la drogue qu'il lui fournit. Ces passages sont moins précis et certaines scènes sont sous-entendues, mais l'auteur reste tout de même assez explicite - d'autant plus que Julian finit par avouer très vulgairement jusqu'où il est allé pour se procurer sa dose. C'est donc un livre que je déconseille aux enfants et adolescents, il faut selon moi une vraie maturité pour aborder cet ouvrage et en ressortir indemne.


"-Grouille-toi, on va rater le bus.

Il referme la porte-fenêtre et chope son blouson au passage. Sur les murs nus de l'appartement, un groupe de dauphins ricane en silence.

Ils s'installent tout au fond du bus. Julian laisse ses yeux glisser sur la ville où l'or des feuilles se mêle depuis quelques jours à la boue.

Une feuille de platane fait des pointes sur une flaque, un pied rabat ses prétentions de ballerine. Leila ne dit rien. Les premiers temps, elle pensait pouvoir échapper à la torpeur du flot humain charrié par la ville. Rien ne doit m'entamer, se répétait-elle, ni la médiocrité de notre existence actuelle, ni les humeurs de Julian, ni les tuiles. On marche sur un fil et il est forcément relié à quelque chose, de l'autre côté.

-Il suffit de tenir, Julian. Comme en compète.

-Pourquoi tu dis ça ?

-Parce que j'y pense. Parce que c'est toi qui me l'as dit, une fois. Parce que c'est vrai. Tu ne vas pas bien et c'est normal, l'appart est triste mais on va le rendre beau, mon boulot est moche mais ça ne durera pas éternellement. Il suffit qu'on tienne, Julian.

-Oui, ma puce.

Il était en train de penser à l'autre, à Jeanne."

 

Une sélection de titres musicaux est proposée en début de roman, afin d'accompagner agréablement la lecture : c'est une jolie attention que j'ai beaucoup appréciée.

 

Je remercie sincèrement les éditions Sarbacane pour la confiance dont elles m'honorent.

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6 avril 2013 6 06 /04 /avril /2013 20:07

 

Des Larmes de sang

- Tome 1 -

Larmes Noires


Ecrit par Stacy Bailly

Publié en janvier 2013 aux éditions Sharon Kena

158 pages, disponible en e-book !


 

Des larmes de sang

Aidlinn Weiss, jeune Anglaise de quinze ans, commet l'irréparable : elle partage la couche d'Ewen, son cousin, beau jeune homme et chevalier irlandais qu'elle aime depuis l'enfance, ennemi juré de Bradley, son frère, et perd ainsi sa virginité.    


C'est à ce moment que, pour elle, commence l'enfer... Ewen, qui nie tout sentiment à son égard, est condamné à la peine de mort alors qu'elle est envoyée en maison close...

 

Un an plus tard... Souillée jusqu'au plus profond de son âme et totalement désemparée, Aidlinn envisage le suicide. C'est alors qu'un nouveau client franchit la porte de sa chambre. La silhouette athlétique, un visage d'une beauté divine, des yeux magnifiques... Elle le reconnait tout de suite. Le jeune homme se jette sur elle et, dégainant sa dague, s'apprête à lui trancher la gorge...


 

Des Larmes de sang : Larmes noires est publié et vendu dans la collection Romance Historique des éditions Sharon Kena, c'est donc confiante en ces choix éditoriaux que j'ai souhaité lire ce livre. La quatrième de couverture est bien écrite et plutôt séduisante : difficile de ne pas souhaiter connaître la suite, je me suis laissée convaincre !


Bien que je n'espérais pas des personnages à la psychologie très développée, ni des sentiments vivaces, pas plus qu'une intrigue originale, j'avais des attentes : j'escomptais des sentiments poignants et une héroïne attachante. Je souhaite insister sur la différenciation des sentiments par rapport à l'attirance physique. Je distingue en effet le désir du corps d'autrui - l'instinct animal, des sentiments que l'on peut éprouver pour l'esprit d'une personne : pour sa personnalité, ses qualités et ses défauts, pour sa manière de s'exprimer et plus sentimentalement, pour son âme. La Nature est prévoyante : sentiments et attirance physique vont bien souvent de pair, on tombe généralement amoureux d'un être que l'on trouve beau et désirable - la laideur, le dégoût, le caractère repoussant voire répugnant d'un être humain n'incite généralement pas l'esprit à l'amour. C'est pourquoi aucun lecteur ne se plaindra d'une héroïne qui tombe éperdument amoureuse d'un garçon vif d'esprit, protecteur, attentionné - et beau garçon, du moins à ses yeux. Cela correspond non seulement au schéma amoureux classique, mais c'est surtout ce que le lecteur attend d'une romance : du rêve, de l'amour et des corps qui fusionnent. 

Malheureusement, il est difficile d'imaginer un amour composé uniquement de désir charnel. On peut concevoir qu'un esprit naïf confonde le sentiment amoureux avec l'obsession de possession physique, pourquoi pas. Cependant, il ne faut pas abuser de la crédulité du lecteur : si l'objet du désir devient cruel et agressif, que ce magnifique corps est habité par un être abject et perfide qui le fait souffrir intensément et à de nombreuses reprises, alors sans hésitation l'esprit se libère de toute envie sexuelle. La sécurité, la nécessité de rester en vie prime sur les besoins sexuels, c'est une évidence. C'est pourquoi ce premier tome des Larmes Noires m'a énormément déçue de la première à la dernière ligne : alors qu'il s'agit d'une romance, il n'y est pas question de sentiments, pas une seule fois! Il n'est sujet que de désirs sexuels, d'attractions physiques et de pseudo-sentiments découlant de cet attrait. Alors que l'héroïne, Aidlinn, est de nombreuses fois blessée physiquement et psychiquement par Ewen, elle ne peut s'empêcher de toujours le désirer, de l'aimer parce que, comprenez-vous, il est beau. Trop beau. Divinement beau. Oh, comme ses muscles sont forts et puissants ! Oh, comme son sourire est craquant ! Oh, comme son port de tête est altier ! Oh, oh, oh : ça n'en finit pas ! La totalité du récit est une répétition absurde d'adjectifs qualitatifs formulés par l'esprit subjugué d'Aidlinn. Qu'importe qu'Ewen soit traître, menteur, manipulateur ! Qu'importe qu'il égorge des hommes comme il respire, qu'il manie l'insulte aussi bien que son épée ! L'auteur, Stacy Bailly, présente son héroïne comme une jeune fille candide et douce, qui ne peut croire en la noirceur d'âme d'Ewen. Soyons honnêtes : ce n'est pas de la candeur, c'est de la bêtise. L'histoire n'est absolument pas vraisemblable, et je suis persuadée que ce roman ne pourra plaire qu'à des jeunes gens très peu expérimentés en matière d'amour et de sexualité. Pour des adultes, même de jeunes adultes comme moi, ayant déjà connus la tourmente amoureuse, la violence verbale et parfois physique, ayant déjà ressenti la douleur des choix qui s'imposent d'eux-mêmes quand l'on souffre dans son corps comme dans son esprit, ce récit est totalement inconcevable. Ma lecture fut dominée par l'envie de gifler Aidlinn, tant son comportement est débile et dangereux. 


Par ailleurs, l'intrigue est vraiment plate et frustrante, en vérité il ne se passe quasiment rien dans ce roman : on piétine ! Dans les premières pages du récit, Ewen soustrait Aidlinn de la maison close dans laquelle elle est séquestrée pour la mener devant le roi et la faire témoigner. L'histoire est le récit de leur voyage à cheval, depuis la maison close jusqu'à la cour royale : durant ce trajet, quelques rencontres, beaucoup de disputes ainsi que de violence, et surtout une incroyable torture psychologique! Elle l'aime et le désire, mais il est cruel, donc elle ne peut l'aimer, mais le désire toujours, alors il faut le détester, mais oh qu'il est beau, elle le regarde et le désire de nouveau, se déteste, le déteste, ne l'aime plus mais l'aime encore, car si elle ouvre les yeux et le voit, oh qu'il est beau ! Les pensées d'Aidlinn n'évoluent pas au cours du récit, et c'est fort dommage : si seulement ces pensées tortueuses avaient été les prémices d'une maturité nécessaire ! Mais non, elle est violentée, tourmentée, blessée, manipulée encore et encore mais n'a de cesse, pages après pages, de désirer et d'aimer sans aucune raison un homme dont elle ne sait absolument rien, ne percevant que sa terrifiante beauté. Les personnages n'ont aucune épaisseur, leur personnalité est quasiment inexistante, par contre ils sont très facilement imaginables, tant les adjectifs descriptifs de leur physionomie sont nombreux !


Une histoire très décevante donc, et qui dessert une plume pourtant efficace ! En effet, malgré sa jeunesse Stacy Bailly a une écriture très fluide et agréable qui présage de très bons textes. Ainsi, malgré les descriptions incessantes d'Ewen et la profusion d'adjectifs, je n'ai trouvé que très peu de répétitions ! Cela mérite d'être souligné, car les jeunes auteurs utilisant un vocabulaire aussi varié que précis sont rares. De plus, alors que le récit fut ennuyant et les personnages très creux, j'ai ressenti comme une dépendance à l'histoire : je désirais vraiment connaître la suite. Malgré ses très nombreux défauts, le texte parvient donc à se rendre addictif : je ne peux que féliciter la plume de l'auteur, c'est une prouesse ! Je crois qu'il faut parfois prendre patience et attendre qu'un texte gagne en maturité avant de le publier : Larmes Noires est un roman parfois complexe mais que l'on comprend facilement grâce à une jolie écriture, si l'histoire avait été mieux travaillée et les personnages plus approfondis, je pense que le roman aurait été agréable. J'encourage l'auteur à persévérer, son écriture et son imagination ne peuvent que se bonifier avec le temps et l'expérience !


 

"...elle se surprit à penser que si elle avait été un arbre, Rory aurait été l'hiver. Les arbres se laissaient dévêtir par l'hiver, gémissaient, pleuraient lorsqu'il leur envoyait son souffle glacé, et le gel sont il s'accompagnait finissait souvent par les tuer."


 

Pour aller plus loin dans la découverte de cette oeuvre, je vous propose de visiter le site internet créé par Stacy Bailly à propos de son roman, Des Larmes de sang.

 

Je remercie sincèrement les éditions Sharon Kena pour la confiance dont ils m'honorent.

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29 mars 2013 5 29 /03 /mars /2013 20:04

Projet obis


Ecrit par Boris Darnaudet

Première publication, 1er trimestre 2013.

 


 

http://riviereblanche.com/obis01.jpg Un homme sans mémoire mais doté d'un savoir de guerrier se réveille dans un sarcophage. Au-dessus, trône une inscription : CAUTION. Il en fait son nom et se décide à explorer une Terre dévastée et dirigée par une élite perverse, l'Ultime Alliance.


De déserts toxiques en mégapoles déliquescentes, Caution va chercher sa vérité.

Dans les hautes sphères du pouvoir, s'affrontent l'archicommandeur Malleus, les services secrets de l'Infinitum et le très mystérieux commandeur Ka-Tau.

Au bout de la lutte, quand tomberont les masques de l'amour et de l'amitié, Ka-Tau et Caution finiront par comprendre qu'ils n'étaient que les gibiers d'un piège implacable : le Projet Obis.

 

 

 

Le Projet Obis est le premier roman publié de Boris Darnaudet. Nous pouvons remercier Philippe Ward, directeur des éditions Rivière Blanche, qui a souhaité donner sa chance à ce jeune auteur de 23 ans - c'est une belle découverte ! Petit roman ou nouvelle richement développée, le Projet Obis ne fait que 140 pages. Cependant, pour un premier ouvrage, c'est très prometteur - et il est parfois préférable de lire un texte court mais bien travaillé, plutôt qu'un lourd pavé de pages indigestes. 


"La trappe bascula. Lampe allumée, il sauta le premier et chuta de plusieurs mètres pour tomber dans une substance visqueuse où il s'enfonça jusqu'aux mollets.

Une odeur épouvantable régnait en bas."


L'intrigue se déroule dans notre futur et l'évolution technologique, scientifique et médicale est omniprésente. On découvre un monde détruit, sale, asphyxié et des êtres humains qui subissent les conséquences de leurs tristes choix. Mais le lecteur n'a pas le temps de s'apitoyer sur leur misérable existence ! Le récit est dynamique, les chapitres sont courts mais riches en actions et en rebondissement et malgré ses 140 pages, ce roman a beaucoup à offrir ! Plusieurs communautés se partagent une Terre fatiguée, certains se contentent de survivre - pacifistes désespérés - quand d'autres œuvrent à la révolution, persuadés que l'ordre des choses peut encore être changé. 

Hélas, la noirceur d'âme des hommes peut vaincre la plus farouche détermination...


Je me suis accordée un délicieux moment de détente grâce à cette lecture et je me suis même amusée de la naïveté de certains passages : car bien sûr, comme tous premiers romans, ce texte a ses faiblesses. Ainsi, on remarque quelques difficultés à mettre en place le récit - les premières pages sont toujours les plus gênantes, des dialogues parfois trop artificiels - un talent qui s'acquiert avec l'expérience, et une naïveté touchante dans le rapport à l'amour et à l'amitié. De légères imperfections que compensent largement la facilité avec laquelle on pénètre l'histoire, la fluidité de l'ensemble du texte - car vraiment, il se lit très vite et très agréablement -, le vocabulaire employé - enfin un jeune auteur qui ne se complaît pas dans un langage familier et succinct, et un style efficace, notamment dans les scènes d'actions. 


"D'un bond, la bête se rétablit en s'aidant de ses pattes antérieures. Sa gueule s'ouvrit sur un cri déchirant. Les deux hommes aperçurent des crocs plus acérés que ceux d'un requin blanc. Au terme d'une courte charge, elle plongea sur Lox, le déséquilibrant. Le baroudeur fut écrasé sous son poids. C'est alors que Slay se matérialisa derrière la créature. Tout en visant les vertèbres, il enfonça son épée vrombissante dans le dos du monstre. Un sang violet en jaillit. La créature hurla de douleur, agitant ses bras griffus dans tous les sens. Lox qui s'extirpait de sous le Kal'karatcha profita de l'occasion. Avec un hurlement de rage il vida son chargeur dans la bouche du démon. Les balles atteignirent le cerveau du monstre. Prise de mouvements spasmodiques, l'immonde créature s'effondra, agonisante."


Très peu habituée aux romans d'anticipation, je redoutais cette lecture - cependant, j'ai confiance en les choix éditoriaux de Philippe Ward : la collection Blanche offre toujours de bons textes, c'est pourquoi je me suis décidée pour cet ouvrage. Grand bien m'en pris ! J'ai franchement adhéré aux personnages, l'histoire est captivante et je ne parvenais pas à reposer le livre : le texte recèle de passages à suspense, et il est quasiment impossible de ne pas tourner les pages pour connaître la suite ! J'appréhendais également les passages très masculins - les fusillades, les combats au corps à corps et autres passages violents : ce fut encore une excellente surprise, car ces passages sont très bien décrits, à la fois précis et rapides - pas de lourdes descriptions sanguinolentes ou d'ennuyants échanges de tirs américains -, les combats sont réalistes et raisonnables, les armes sont redoutables et donc un tir suffit : l'auteur n'en rajoute pas des tonnes. J'ai vraiment passé un très bon moment de lecture !


Seul bémol, la fin du récit m'a énormément déçue : c'est une fin ouverte, une fin qui n'en est pas une. Je sais que certains lecteurs aiment cette liberté offerte par l'écrivain d'imaginer une suite très personnelle... mais honnêtement, ces lecteurs sont rares ! Pour moi, rien de plus frustrant que de ne pas connaître la fin d'une histoire. Le chapitre se termine et l'on attend une suite, là, derrière la page, mais rien. Alors, on se résigne et on relit les dernières phrases, supposant que l'on soit passé à côté d'un élément : l'auteur offre des pistes de compréhension pour la suite, des idées, des brèches de son imagination, mais c'est tout. C'est vraiment terminé. 


Il est navrant de gâcher un si bon moment de lecture par une fin négligée, mais l'auteur est jeune et inexpérimenté, ses choix narratifs ne peuvent que se bonifier avec le temps ! Malgré cette fausse note, je recommande la lecture de cet ouvrage - et plus particulièrement aux lecteurs qui ne sont habituellement pas friands de ce type de lecture : c'est un bon texte, qui mérite d'être découvert !


~~~~~


Le Projet Obis est suivi de deux nouvelles très sympathiques, dont je ne dévoilerai rien au risque de gâcher votre lecture. Ces nouvelles se lisent tout aussi facilement et agréablement, prolongeant le plaisir de quelques pages !

J'ai remarqué que Boris Darnaudet avait moins de difficultés à écrire des nouvelles : cela démontre encore une fois de sa jeunesse et laisse présager de très bon romans à venir, car sa plume est assurément très agréable ! 


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Quelques mots enfin sur l'objet livre : l'ouvrage est d'une délicieuse souplesse, l'illustration de Vincent Laik est très agréable, les pages sont épaisses et l'impression est de qualité. C'est un livre très agréable à manier ! Si vous souhaitez le commander, vous pouvez au choix le commander sur le site des éditions Rivières Blanches ou chez votre libraire grâce au numéro ISBN de l'ouvrage. Le prix de ce dernier est dans la moyenne : 17€ pour un format à mi-chemin entre le livre broché et le livre de poche. Il faut savoir que contrairement à la plupart des maisons d'éditions, Rivières Blanches reverse 50% des bénéfices occasionnés par la vente d'un livre à son auteur. Par ailleurs, Philippe Ward et Jean-Marc Lofficier dirigent les éditions Rivières Blanches bénévolement, parce qu'ils ont vraiment la passion des livres ! C'est une maison d'édition qu'il faut absolument découvrir et soutenir ! 

 

 

Je remercie sincèrement Philippe Ward pour la confiance dont il m'honore !

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22 octobre 2012 1 22 /10 /octobre /2012 20:53

 

Le Salon d'Emilie


Ecrit par Emmanuelle de Boysson

 

 

 

http://images.gibertjoseph.com/media/catalog/product/cache/1/image/9df78eab33525d08d6e5fb8d27136e95/i/403/9782290039403_1_75.jpgQuatrième de couverture : 


1643, A la mort de son père, la jeune Emilie Le Guilvinec quitte sa Bretagne natale pour devenir préceptrice dans le Marais, à Paris, chez la comtesse Arsinoé de La Tour. Sa culture, son esprit et sa fraîcheur lui ouvrent la porte des salons littéraires. Emilie rencontre les fameuses précieuses qui se piquent de lettres et d'érudition. L'ambitieuse suscite vite des jalousies. Dans les tourments du royaume déchiré par la Fronde qui traumatise Louis XIV enfant, l'attachante Bretonne se débat au coeur des jeux de pouvoir et confie à son journal ses troubles, ses rêves, ses passions aussi. Saura-t-elle se jouer de l'arrogance et des volte-face de cette noblesse dont elle ne partage pas le sang ? Maintiendra-t-elle son rang au milieu de ces brillantes amazones qui excellent dans l'art de la conversation et de la raillerie ? Pourra-t-elle aimer l'homme qu'elle a choisi plutôt que celui qu'on lui impose ? Son ascension la conduira-t-elle à sa perte ? Plongée dans l'univers des salons, ce roman palpitant est aussi une grande histoire d'amour nourrie de rebondissements et d'intrigues.


 

Au bord de l'enfance, à peine jeune femme, Emilie Le Guilvinec est une douce rêveuse. Son père, Paul, est tavernier à Locronan et également marchand de vins à Paris. Amoureux des belles lettres, il dépense ses économies dans de beaux ouvrages, caresse du regard sa bibliothèque grandissante et transmet naturellement cet amour de la littérature et de la langue française à sa fille. Aimant et protecteur, il impose constamment sa volonté à sa femme qui souhaiterait marier sa fille ou lui trouver une place de servante. Paul, oublieux de leur condition et du peu de fortune qu'ils possèdent, désire mieux pour sa fille : père imprudent, il aime lui narrer la cour, les duchesses et marquises, les salons littéraires et poétiques aux belles femmes fortunées, parfumées, lettrées. Emilie grandit dans ce rêve de richesse, dans cette illusion de liberté intellectuelle : se dessine dès lors les défauts de cette jeune fille, que les ambitions rendent prétentieuse.


Tristement, Paul décède. Emilie n'a pas le temps de se laisser aller au chagrin : sa mère décide de vendre l'auberge aux revenus trop maigres et impose à sa fille une place de gouvernante dans une famille fortunée, à Paris. C'est le départ vers une nouvelle vie, sa chance de réussir grâce à son intellect. Assidue, elle s'investit dans l'éducation des deux enfants qui lui sont confiés par la comtesse de La Tour et acquiert progressivement leur confiance, presque leur respect. Elle peine à trouver sa place, mais se montre téméraire et doucement, se fait accepter. La comtesse Arsinoé de La Tour remarque son intérêt pour les livres, sa curiosité intellectuelle et lui demande de rédiger un petit billet. Charmée par la plume d'Emilie, Arsinoé souhaite s'octroyer les talents de la jeune fille : elle lui propose alors de l'accompagner chez ses amies les Précieuses. Heureuse de cette confiance inespérée, Emilie accepte et apprend à rester en retrait d'Arsinoé, toujours prête à dissimuler dans l'éventail de celle-ci une habile joute verbale. 


Cependant, en exploitant ainsi Emilie, Arsinoé flatte inconsciemment l'égo de cette dernière, qui a toujours rêvé de côtoyer ces femmes cultivées et intéressées par les arts. Emilie n'osait rêver approcher un jour de ces salons littéraires : la voici à présent qui souhaite plus, toujours plus. Emilie souhaite se distinguer, se faire remarquer. Elle aimerait dépasser sa condition, devenir une Précieuse. 


Grâce à l'amitié que lui porte Arsinoé, Emilie épouse un magistrat âgé, fortuné et peu exigeant. Tout juste mariée, Emilie de La Motte décide de changer l'apparence de sa nouvelle demeure et d'effacer les souvenirs de feu Madame de La Motte, qu'importe les désirs de son époux qu'elle ne prend pas la peine de consulter. Elle dépense en meubles, en robes, en chapeaux et souliers, en parfums, poudres et onguents, en livres et mouchoirs délicats. Ingrate envers son vieux mari qui ne lui refuse rien, Emilie cultive ses défauts : orgueilleuse et ambitieuse, elle devient arrogante. 


Le roman se prolonge sur une dizaine d'années et explore les troubles qui éclatèrent en France entre 1648 et 1653, pendant la régence d'Anne d'Autriche et sous le ministère du cardinal Mazarin. Assurément, l'auteur Emmanuelle de Boysson possède de solides connaissances en Histoire : le roman est très riche en détails, explications et s'appuie sur de nombreuses références. Hélas, je crains que ces multiples citations ne subliment pas la romance ! Quel ennui ! Je ne reproche pas à l'auteur le contenu de son ouvrage, qui a beaucoup à offrir, mais plutôt ses choix narratifs : j'aurais souhaité que l'Histoire soit imbriquée dans l'histoire d'Emilie.


Il est vrai que les deux se rejoignent, puisque Emilie est contemporaine de ces batailles, complots et autres machinations, cependant elle n'y participe guère, ne se préoccupant que de sa renommée et de ses relations amoureuses ! Ce sont les amies de ses quelques relations qui relatent les faits entre elles, alors qu'Emilie, curieuse et soucieuse de s'intégrer au petit groupe, laisse traîner son oreille et écoute les conversations, ce qui permet au lecteur de suivre - de loin ! - les évènements. Son mari, passionné et acteur des évènements politiques, est également un habile moyen de fournir au lecteur quelques explications supplémentaires. Tant de narration et si peu d'action concrète ! Le lecteur ne vit pas, ne ressent pas les évènements politiques et historiques : il n'en est même pas le spectateur direct. De nombreux personnages historiques sont évoqués : Anne d'Autriche, Mazarin, Louis XIV, Condé, Conti, Gondi, Longueville, etc. mais ces derniers demeurent des citations, seuls Beaufort et la Grande Mademoiselle deviennent des personnages ! Le roman n'est donc pas vivant et m'a fortement déçue car je ne souhaitais pas recevoir un cours d'Histoire, mais plutôt vivre celle-ci. 


Par ailleurs, la quatrième de couverture n'évoque que brièvement les évènements politiques et laisse penser que les Précieuses et leurs salons littéraires sont au coeur de ce roman. Or, si quelques passages évoquent leurs joutes verbales, leur intérêt pour la poésie et la littérature, leurs efforts pour renouveler régulièrement les jeux intellectuels, point de description de ces derniers. Seuls deux billets rédigés par Emilie pour la comtesse viennent illustrer ces jeux d'esprit, mais laissent le lecteur sur sa faim. J'espérais pénétrer ces salons littéraires, percer leurs plaisirs intellectuels, admirer peut-être l'art de la répartie de ces dames. J'aurais souhaité découvrir la littérature française du point de vue de ces femmes lettrées et savantes. Hélas, aussi riche que soit ce roman, il n'explore pas les multiples facettes de ces femmes d'un autre siècle. Emmanuelle de Boysson s'est concentrée sur la politique et mêle ces femmes aux intrigues et aux complots, les conversations sont tournées vers l'Histoire - et lorsqu'enfin on change de sujet, ce n'est que médisance. Le lecteur se doute que ces cercles de femmes étaient propices aux commérages et aux trahisons : était-ce nécessaire de les mettre autant en exergue? Ce roman m'a fatiguée et lassée : j'imaginais les voix perçantes et haut-perchées de ces dames, ce bourdonnement constant dans leurs petites chambres confinées, et toujours ces indiscrétions, ces cancans de femmes. 

Où est donc passée la préciosité? Ce raffinement dans la manière d'être, cette complexité dans l'analyse des sentiments, ces jeux d'écriture et autres divertissements représentatifs d'un phénomène sociolittéraire du XVIIème siècle français sont pratiquement inexistants dans ce roman. 


Enfin, quelques mots sur l'histoire d'Emilie : une vie romanesque, beaucoup de rebondissements, je pense que la trame de fond était prometteuse. Malheureusement, cette histoire m'a déçue : outre les problèmes que j'évoque ci-dessus, le caractère d'Emilie est insupportable. Je n'arrive pas à comprendre précisément quel ingrédient manque à cette histoire : Emilie n'a déclenché chez moi aucune émotion ou empathie. Elle m'a agacée. Très portée sur sa personne, souhaitant toujours se mettre en avant, faire apprécier des qualités qu'elle ne possède pas, je la juge vaniteuse et égoïste. Un trait de caractère qui s'accentue au fil des pages, et que rien ne vient ébranler. Peut-être un brin de douceur, un rien de bonté ou de tendresse m'aurait rendu ce personnage plus agréable ? 

 

 

*************************************

Malgré cette déception, je remercie les éditions http://www.avousdelire.fr/2010/medias/images/j_ai_lu_petit.jpg ainsi que Karine du http://i87.servimg.com/u/f87/12/37/52/41/i_logo10.jpg pour cette découverte qui m'a replongée dans l'Histoire de France ! Une fiévreuse envie de retourner auprès d'Alexandre Dumas, dont je savoure toujours les oeuvres !

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A l'honneur : la littérature "jeunesse" !

La littérature jeunesse est mise à l'honneur ! Une nouvelle catégorie lui est dédiée !

Je vous invite, chers lecteurs, à feuilleter quelques jolis ouvrages colorés et à découvrir de merveilleuses histoires pleines de rêves et d'aventures !

De belles idées pour nos adorables petits anges, et un soupçon de tendre nostalgie pour les plus âgés !

Cliquez ici pour découvrir les ouvrages qui pourront vous émerveiller !

Livres par écrivains

Cliquez sur le titre d'un livre pour accéder à sa fiche de lecture !
 
bass-rick-2.jpgBASS, Rick
 
72e081b0c8a0fc24c2f3f110.L._V192261114_SX200_.jpg
BARRON, Thomas Archibald
 
gilles-de-becdelievre.jpg
BECDELIEVRE (de), Gilles
 
AVT_Marlena-De-Blasi_637.jpegBLASI (de), Marlena
 
Caroline-Bongrand.jpeg
BONGRAND, Caroline
 
http://upload.wikimedia.org/wikipedia/commons/thumb/5/55/Nicolas_Bouchard-Imaginales_2012.jpg/220px-Nicolas_Bouchard-Imaginales_2012.jpg
BOUCHARD, Nicolas
 
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BOURGINE, Jérôme
 
emanuelle-de-boysson.jpgBOYSSON (de), Emmanuelle
 
Italo_Calvino.jpgCALVINO, Italo
 
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CASTRO (de), Eve
 
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CHARNAS McKee, Suzy
 
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CLAVEL, Bernard
 
boris darnaudet
DARNAUDET, Boris
 
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DEDEYAN, Marina

Mazo-de-la-roche.jpg
DE LA ROCHE, Mazo
Les Frères Whiteoak
 
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DE RIVOYRE, Christine 
La Mandarine 
 
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DESSAINT, Pascal
 
Pierre-d-etanges.jpg
D'ETANGES, Pierre
 
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DOYLE, Roddy
 
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ERDRICH, Louise
 
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FETJAINE, Jean-Louis
La trilogie des elfes :
 
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FUKUDA, Andrew
 
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FUNDER, Anna
 
myriam-gallot.jpgGALLOT, Myriam
 
Daniel-GLATTAUER.jpgGLATTAUER, Daniel
 
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GREEN, John
 
kate grenvilleGRENVILLE, Kate
 
Steven-HALL.jpgHALL, Steven
 
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HARTNETT, Sonya
 
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HASSAN, Yaël
 
HERMARY VIEILLE, Catherine
 
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LACHASSAGNE, Geoffrey
 
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LANZMANN, Jacques
 
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LEMAITRE, Pierre
 
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MACIP, Salvador
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MALZIEU, Mathias
 
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MARTINEZ, Carole
 
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MASSAROTTO, Cyril
 
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MERET, Marc
 
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MORRIS, William
 
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NYSENHOLC, Adolphe
 
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PATRICOT, Aymeric
 
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RADENAC, Matthieu
 
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SABATIER, Robert
Le Lit de la merveille

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SADE, Marquis de
Les Crimes de l'amour
 
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SANE, Insa
 
SCHMITT, Eric-Emmanuel
 
SOREL, Guillaume

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SZABOWSKI, François
 
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TANNER, Rachel
 
VENS, Pierre
 
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WELCH, James