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25 mai 2014 7 25 /05 /mai /2014 16:01

 

 

 

Un ciel rouge, le matin

 

Ecrit par Paul Lynch

 

 

Publié aux éditions Albin Michel

Broché, 304 pages - 20€

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

(Résumé personnel)

Coll Coyle, père de famille irlandais, travaille pour les Hamilton, une riche famille pour laquelle travaillait déjà son père. Un matin, le jeune héritier Hamilton, gonflé d'orgueil et de pouvoir, lui annonce qu'ils doivent quitter les lieux – Coll, sa vieille mère, sa femme enceinte, sa petite fille – tous sont expulsés du domaine. « Pourquoi ? » 
Coll remâche ce mots en silence, ce lourd silence qu'accompagne la douloureuse incompréhension. Les regards des femmes, autour de la table, pèsent lourd sur ses épaules. La colère succède bientôt à l'accablement et il se laisse dominer tout entier par cette énergie furieuse. « Pourquoi ? » 
La hâche prolonge sa main dans des éclats brillants de rage, il lève le bras et s'offre tout entier à ce geste libérateur, et lorsque l'arbre plie et s'abat sous la violence de cet homme à bout de force, meurtri par son impuissance, il est terrasé par les pleurs du désespoir. 
Incapable de se résigner, il décide d'aller à la rencontre du fils Hamilton, de lui faire entendre raison. Toute sa vie il a travaillé pour lui, sans jamais faire de mal. « Pourquoi ? » 
Le Maître est sorti, Coll le cherche et finit par le rejoindre sur un sentier, cependant Hamilton ne daigne ni l'écouter, ni même s'arrêter. Coll insiste, le retient. Alors Hamilton descend de son cheval et crache des mots atroces au visage de son employé. Le sang bouillonne, l'esprit s'oublie. Le coup de poing vole. Hamilton recule, titube, s'affale en arrière. Sa tête heurte violemment un mur de pierre, l'homme s'effondre et déjà la matière s'écoule de la brèche crânienne. « Pourquoi ? »
Le cheval d'Hamilton, effaré, prend la fuite et alerte les employés du domaine. Affolé, Coll tente de noyer le corps dégoulinant de sang. En vain, car Faller est déjà sur les lieux. Faller, homme impitoyable et cruel, qui aimait Hamilton comme son propre fils.
Coll s'enfuit et s'enfonce toujours plus loin dans les terres, affrontant le froid et endurant la faim dans l'unique espoir de retrouver vivant sa femme et ses enfants. Hélas, Faller le poursuit sans relâche, infatiguable ombre de la mort qui semble deviner ses pensées, anticiper chacun de ses gestes. La chasse à l'homme a commencé. 

 

~~~~~~~~~~~~

 

Tristement envoûtant, ce premier roman de l'Irlandais Paul Lynch révèle une plume superbe et parfaitement maîtrisée. Les phrases s'enroulent dans une sombre poésie alors que l'écrivain peint les couleurs du ciel, chante la nature et raconte la terre irlandaise du XIXème siècle. L'oeuvre se révèle sublime de descriptions entières et abouties, si pleines de vie et de charmes que l'on s'attarde sur les mots, les yeux clos pour  mieux imaginer les couleurs de la nuit ou les ténèbres des flots. 

 

« D'abord il n'y a que du noir dans le ciel, et ensuite vient le sang, la brèche de lumière matinale à l'extrémité du monde. Cette rougeur qui se répand fait pâlir la clarté des étoiles, les collines émergent de l'ombre et les nuages prennent consistance. La première averse de la journée descend d'un ciel taciturne et tire une mélodie de la terre. Les arbres se dépouillent de leur véture d'obscurité, ils s'étirent, leurs doigts feuillus frémissant sous le vent, des flèches de lumière se propagent ici et là, cramoisies puis dorées. La pluie s'arrête, il entend les oiseaux s'éveiller. Ils clignent des yeux en secouant la tête, éparpillent leurs chants à travers le ciel. La vieille terre frissonnante se tourne lentement vers le soleil levant. »


Paul Lynch utilise une palette de mots extraordinairement riche pour raconter le destin tragique de Coll Coyle, un homme simple et bouleversant d'humanité. Le récit est beau et la plume ensorcellante.

Un ciel rouge, le matin se lit pleinement, sans un seul instant d'ennui à l'horizon, et alors que l'incroyable talent de conteur de l'écrivain magnifie chaque mot de cet ouvrage, l'ensemble demeure simple et fragile, tel le souffle d'un oiseau. 

 

« Le soir embrasse l'obscurité brûlante. Venu du trouble brasier du couchant, un brouillard rampant s'avance vers eux. Il regarde se former la nappe qui s'installe au-dessus du bateau, impalpable drap mortuaire qui ternit le ciel nocturne et étouffe la rumeur de l'océan. Toute la nuit il éprouve une espèce d'engourdissement, il se tourne et se retourne inconfortablement, son sommeil léger traversé de rêves confus, et quand il s'éveille, son haleine condensée par l'air froid et vicié, il s'enveloppe de ses bras pour se réchauffer et tend l'oreille aux terreurs de la nuit. »


Loin du récit d'aventures, ce roman s'approche au plus près de la vie et sublime le lien invisible qui relie inexorablement les Hommes à la terre, au ciel et à la Nature toute entière qui occupe une vraie place dans cet ouvrage ; au coeur même du récit, la Nature est le témoin muet du triste spectacle qu'offrent les hommes, s'entretuant devant leur mère nourricière sans témoigner le moindre respect pour ce qu'elle leur offre de plus précieux : l'essence même de la vie.

Un ciel rouge, le matin  surprend par sa douceur et sa capacité d'évocation. Ce roman offre un très beau moment de lecture et, au-delà de la destinée tragique d'une poignée d'Irlandais en exil dans les terres d'Amériques, se dessine une délicate ode à la vie et à la beauté qui nous entoure.

 

« Il regarde le ciel qui enfle et roule sa masse sombre par-dessus les vallées. Pourvu qu'elle vienne, murmure-t-il. Les nuages étendent leur ombre sur les nuées de poussière, le tonnère gronde au-dessus de leurs têtes. Et bientôt, l'averse s'abat, un déluge qui piétine la terre, comme si un vente déchiré était en train de se débonder. Les hommes interrompent leurs tâches, certains ôtent leur chapeau pour offrir à la pluie leur visage et leur bouche ouverte, d'autres se contentent de sourire, un petit sourire de bonheur et la lumière revenue dans leurs yeux, même si au fond de leur cœur s'agitent les tristes émotions qui leur rendent leur humanité. »

 

 

 

Je remercie les éditions Albin Michel pour ce délice littéraire, ainsi que pour leur confiance.

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Rédigé par Jennifer Wepierre
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21 mai 2014 3 21 /05 /mai /2014 15:25

 

 

 

 

L'art d'écouter les battements de coeur

 

Ecrit par Jan-Philipp Sendker

 

 

Publié aux éditions JCLattès

Broché, 320 pages - 19 €

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

(Résumé personnel)

Le père de Julia a disparu il y a des années, alors que celle-ci venait d'obtenir son diplôme d'avocate . Quatre années ont passé et Julia a lentement fait son deuil de ce vide. Cependant, un soir, elle découvre une lettre d'amour très tendre qu'avait écrit son père peu de temps avant sa disparition à une certaine Mi Mi, une inconnue. Il y a une adresse inscrite au dos de cette enveloppe fanée, cette femme se trouve quelque part en Birmanie.

Julia pleure des souvenirs refoulés, ferme vainement les yeux sur son chagrin déterré : sa décision est prise, elle doit partir en Birmanie pour tenter de retrouver cette femme. Qu'importe sa carrière et ses obligations, si son père l'attend quelque part. 
Le voyage est long, éprouvant. Assise dans une maison de thé rudimentaire du village de Kalaw, Julia subit une chaleur qui l'écrase et l'étouffe, la laissant dégoulinante de sueur sous un essaim de mouches tournoyantes. Un vieillard l'observe avec intensité, puis brusquement se lève et la rejoint. Julia n'a pas le temps de formuler la moindre question, que l'homme se lance dans un long discours. Lorsque enfin il se lève et la salue avant de partir, Julia reste sans bouger, comme vaincue par cette avalanche de mots. Que penser de cet homme de soixante ans, peut-être soixante-dix, qui connaît son prénom, son nom et même ses date et lieu de naissance alors même qu'ils ne se sont jamais croisés ? Faut-il le croire lorsqu'il prétend l'attendre depuis quatre ans, avoir connu son père, l'avoir écouté à cette même table raconter l'histoire de sa vie ? Le discours du vieillard lui semble étrange, difficilement authentique, mais comment pourrait-il savoir autant de chose à son propos si son récit n'était pas véritable? Julia doute, son esprit de New-Yorkaise se rebelle contre la bizarrerie orientale de cet inconnu, l'incitant à la méfiance. Mais que risque-t-elle à écouter une journée de plus le récit d'un vieux Birman ? 

« C'est ici que j'ai rencontré votre père et, à vrai dire, il était assis sur votre tabouret quand il m'a raconté son histoire et moi j'étais exactement à l'endroit où je suis aujourd'hui, stupéfait – je dois l'avouer -, incrédule et même désorienté. Jamais encore je n'avais entendu quelqu'un raconter ainsi une histoire. Les mots peuvent-ils avoir des ailes ? Peuvent-ils scintiller dans l'air comme des papillons ? Peuvent-ils nous emporter, captifs, dans un autre monde ? Peuvent-ils ouvrir les ultimes chambres secrètes de notre âme ? Julia, j'ignore si les mots seuls ont la force d'accomplir ces exploits mais ce qu'a dit votre père ce jour-là, on ne l'entend qu'une seule fois dans sa vie. » 

~~~~~~~~~~~~~~


Ce roman est une merveille moderne, un récit enchanteur qui se lit avec un vrai plaisir, les yeux brillants du rêve passionné que transportent ces pages. L'art d'écouter les battements de cœur est un conte d'amour poétique et léger, aussi agréable que la caresse du soleil au mois d'avril. Ce n'est pas un conte de fées car nulle magie, nul être surnaturel, nul artifice ne viennent ponctuer ce doux récit, cependant il est si bien narré, si universel, si plein d'onirisme et de sagesse que l'on ne peut que l'associer à cette littérature reposante que sont les contes. Le conte d'un amour sincère que l'on empêche de croître, le récit d'une tragédie qui éclot en un bonheur éternel. 

« Le souffle court, elle sentit la peur s'emparer d'elle, de son âme, de son esprit, de son corps. Son ventre et ses entrailles se contractèrent comme si un géant les tordait à deux mains. De plus en plus fort. Elle ne parvenait plus à respirer. Elle s'entendit gémir. Elle s'entendit supplier. Elle s'entendit implorer. Que ce ne soit pas vrai. »

La plume est délicate et charmante, usant d'un vocabulaire aussi riche que varié pour écrire de belles phrases soignées et imagées, débordantes d'émotions et d'humanité. Passé et présent s'accordent parfois une danse, valsant entre les pages avec douceur et sérénité.

Les personnages sont admirablement racontés, de l'ébauche dessinée avec finesse à la peinture finale, magnifiée par les chemins empruntés par chacun, chaque trait descriptif est adroit et grâcieux. Ce sont des personnages vraisemblables, sincères, victimes des étoiles de leur naissance qui les placent sur un parcours parsemé d'épreuves et de difficultés. S'ils en sortent grandis et plus forts, enfin heureux, c'est grâce à leur archanement, à leur force de volonté ainsi qu'à l'amour immuable qu'ils éprouvent l'un pour l'autre.

Cet ouvrage respire de sagresse, cependant elle n'est pas imposée et s'inscrit naturellement dans la narration, sans lourdeur, presque aérienne, une trace dans un songe. 

Minuscule tâche d'encre de ce bel ouvrage, les réactions de Julia peuvent paraître un peu excessive et un soupçon superficielles, mais c'est là le charme du conte d'accentuer les traits forts des personnages pour mieux en caresser les subtilités. 

Succès internationnal déjà traduit en ving-cint langues, L'art d'écouter les battements de cœur est un bel ouvrage qui tient ses promesses, une bulle de bonheur à s'offrir et partager sans hésitation. 


 

Je remercie les éditions JCLattès pour ce très beau moment de lecture, ainsi que pour leur confiance.

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Rédigé par Jennifer Wepierre
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18 mai 2014 7 18 /05 /mai /2014 13:13

 

 

 

 

Une ombre au tableau

 

Ecrit par Joseph Hone

 

 

Publié aux éditions BakerStreet

Broché, 344 pages - 21 €

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

(Résumé personnel)

Alors que Ben vient d'assister aux funérailles de sa mère et enchaîne les verres d'alcool lors de la réception funéraire, une femme, discrète mais sûre d'elle, s'avance vers lui et semble l'attendre pour avoir une conversation. Ce n'est cependant pas son attitude qui retient l'attention du narrateur, mais plutôt son apparence : cette femme est le sosie de sa compagne, Katie, qui s'est donnée la mort brutalement et sous ses yeux quelques jours plus tôt. La ressemblance est entière et bouleversante : les cheveux, le visage, le corps, l'attitude, les petits défauts, tout lui rappelle Katie. Attiré par cette apparition, Ben fait quelques pas vers elle et engage la conversation : commence alors le début d'une enquête menée de front par ces deux personnages. 
Car oui, c'est bien un vrai mystère qu'apporte Elsa : son père, avant de mourir, lui a dit qu'il fallait absolument que Ben lui explique. Mais que doit-il lui expliquer ? Les meubles vont révéler des secrets, le grenier s'avérer plus qu'un nid à poussières et très vite, les deux protagonistes vont prendre le large vers Paris, se laissant entraîner par un secret en lien avec les nazis et le vols d'objets précieux lors de la grande guerre... Au-delà de cette aventure, le peintre dont la muse s'est éteinte saura-t-il retrouver le goût du bonheur et le plaisir de peindre grâce à Elsa, copie trop parfaite de sa bien-aimée défunte ?...

 

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Cinq jours à lutter vaillamment contre mes sentiments, en lectrice indulgente et généreuse, pour finalement abandonner ce livre à la centième page. Je n'abandonne jamais un ouvrage, aussi j'écrirais plutôt que c'est ce livre qui m'a abandonnée, puisqu'il me semble que Joseph Hone, l'auteur de ce texte, a pris le parti d'écrire pour lui-même et non pour ses lecteurs.

En effet, si la plume est agréable – un vocabulaire riche et soigné, une syntaxe correcte et un rythme harmonieux – elle est hélas bien mal exploitée. Cent pages de lecture, et presque rien à raconter ! Le récit se nourrit de dialogues internes et de réminiscences sans fin d'un passé douloureux que viennent ponctuer des gorgées de vin. Ben boit, puis se souvient, boit encore, se souvient de nouveau, et ainsi de suite durant des pages entières. Même les dialogues entre Elsa et Ben, censés être plus vivants et intéressants, sont gâchés par le bavardage incessant de Ben qui ne peut s'empêcher de fouiller son passé à voix haute, utilisant avec adresse l'art de la digression. 
Ainsi, outre le fait qu'il ne se passe vraiment pas grand chose durant ces cent premières pages, la lecture est d'un ennui qui lasse profondément – d'autant que ces souvenirs ne sont même pas intéressants ! Egocentrique, le narrateur aime penser à lui, se souvenir de lui, parler de lui à autrui et, comme dans la vraie vie, il est malheureusement bien difficile d'apprécier un être aussi égotiste : on finit par détester le personnage et s'écoeurer de l'ouvrage entier. Un vrai gâchis.

Par ailleurs, Ben vient de perdre la femme avec laquelle il partageait sa vie depuis des années et entreprend, à peine cinq jours plus tard, d'entamer une liaison amoureuse avec une femme qu'il ne connait pas mais qui ressemble comme deux gouttes d'eau à Katie. On pourrait croire à un choc post-traumatique, cependant le personnage est bien conscient de la ressemblance entre les deux femmes et ne ressent pourtant aucune vraie ni profonde tristesse : il n'y voit que sa chance de recommencer son histoire d'amour avec une autre dont il sait déjà apprécier le physique, une belle opportunité à saisir. Ainsi, une semaine tout juste après la décès de Katie, il se sent amoureux et embarque pour Paris avec cette inconnue dont il veut se faire aimer. Ce manque de respect pour la défunte rend le personnage encore plus antipathique – comment justifier qu'il ne soit pas en deuil de sa bien-aimée alors qu'à peine quelques jours se sont écoulés depuis la mort violente de cette dernière ?

Outre ces choix narratifs décevant et le dégoût qu'inspire ce piètre personnage, l'intrigue est assez misérable et le récit peu crédible. Ben est peintre, grand admirateur de l'oeuvre de Modigliani. Or, il trouve justement dans son grenier un tableau qui semble être un original inconnu du grand peintre ! Comble de l'extase, il s'agit d'un nu d'une femme, belle coïncidence puisque Ben ne peint lui-même que des femmes nues. Quelques heures plus tard, Ben découvre une cachette secrète dans un placard et à l'intérieur se trouve une liste d'objets rares et anciens rédigée par son père – dont le fameux tableau ! Une théorie est alors très vite ébauchée – les nazis doivent être au cœur de l'intrigue, mais comment son père, juif survivant d'Auschwitz, aurait-il pu les aider ? Presque aussitôt, Ben prend le large vers Paris avec Elsa afin de rencontrer un vieil ami collectionneur d'art américain qui connaît parfaitement la peinture française et qui, de surcroît, a fait partie du service des Monuments de l'armée et peut donc s'affirmer spécialiste des vols d'objets précieux juifs par les nazis durant la guerre. 
Tout s'ajuste ainsi à merveille, évoquant le jeu de pistes pour enfant plutôt que la véritable enquête, et cela jusqu'à la fin de l'ouvrage dont j'ai feuilleté rapidement les dernières pages. C'est bien entendu trop beau pour être vrai : la réalité ne permet pas autant de concours de circonstances bienheureux et les trop nombreuses facilités prises par l'auteur font rapidement de cette lecture un moment extrêmement désagréable et frustrant. J'ai eu le sentiment que Joseph Hone avait écrit sans se soucier d'être crédible - mais alors, se souciait-il d'être lu ?

En conclusion, un roman grossier qui m'a fait perdre beaucoup de temps et dont je ressors fatiguée, déçue et irritée. Dommage !

 

 

Je remercie les éditions BakerStreet ainsi que Virgine Jullion pour leur confiance.

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Rédigé par Jennifer Wepierre
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11 mai 2014 7 11 /05 /mai /2014 21:58

 

 

 

 

 

 

L'élixir d'amour

 

Ecrit par Eric-Emmanuel Schmitt

 

 

Publié aux éditions Albin Michel

Broché, 162 pages - 15 €

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

Le récit s'ouvre sur un e-mail qu'adresse Adam à Louise, son ex-compagne. Insensible à ses regrets, il lui propose l'amitié comme une suite logique à leur passion déçue. Louise ne peut accepter une telle concession et répond aussi sèchement que brièvement – non, leur histoire restera à Paris, appartenant à un passé révolu que sa nouvelle vie à Montréal se chargera de lui faire oublier.
Bien entendu, Adam riposte. Comment, « le sexe demeurerait-il l'unique ticket d'accès » à son intelligence, à sa répartie, à son enthousiasme ? Piquée, Louise ne peut s'empêcher de répondre une nouvelle fois, et ainsi de suite jusqu'à constituer une petite correspondance dont ce roman est le recueil.


« Adam, si l'amitié est le mouroir de l'amour, je hais l'amitié. Louise. »

Sous prétexte d'une amitié plus pure et durable que leur passion amoureuse, ces deux personnages vont donc correspondre gaiement, se racontant mutuellement leurs conquêtes – pour l'un, sexuelles, pour l'autre, amoureuse – tout en philisophant avec esprit au sujet de l'amour et de son rapport au sexe. Cet amour qu'ils n'ont pas su faire durer plus de cinq petites années, les voici à le disséquer et à en faire l'étalage de connaissances. 
Ainsi, alors que Louise interroge Adam sur l'existence possible d'un élixir d'amour, Adam lui confie qu'effectivement, il possède la méthode infaillible pour conquérir les dames. Constatant le scepticisme de Louise, Adam décide de lui prouver ses dires en séduisant volontairement une de ses collègues de passage à Paris, déniant les supplications de Louise qui le prie d'abandonner ce jeu aussi vicieux qu'immature. Après tout, qu'a-t-il à perdre à s'amuser un peu ?

« S'il te plait, ne gâche pas nos bons souvenirs par ton désir qu'ils n'en soient pas. »

La première lettre est goûteuse, juteuse de métaphores malicieuses et de phrases écrites avec habileté et intelligence. Ce court roman épistolaire d'Eric-Emmanuel Schmitt s'annonce savoureux, relevé de cet humour pimenté qui amuse l'esprit sans le lasser, et l'on tourne les premières pages avec ardeur, sans se méfier. Et puis, finalement, une heure plus tard, on referme ce petit texte avec déception. Une immense déception, à la hauteur du plaisir qu'annonçait cette première lettre. Hélas, L'élixir d'amour se révèle un texte insipide, creux et dénué d'intérêt. Ô cruel !

L'écriture d'Eric-Emmanuel Schmitt est pourtant toujours aussi soignée et réfléchie, au moins ce pauvre récit se lit-il avec le plaisir des yeux. Le concept de cette histoire d'amour est également intéressant, original même par sa petite pirouette finale : oscillant entre débat philosophique sur l'amour et illustration malicieuse de l'art de la manipulation féminine, les piliers de ce texte sont solides et pertinents et il y a matière à écrire un excellent roman.

Malheureusement, l'essentiel manque à ce texte : sa consistance. Les personnages sont tellement peu étoffés que non seulement on ne peut s'attacher à leur histoire, mais surtout on ne peut croire en leur existence. Ce ne sont que des prénoms vides de sens, dénués de personnalité, pauvres fantômes d'un roman avorté. Leurs e-mails s'enchaînent et se ressemblent, monticules de réflexions philosophiques sur l'amour et les rapports sexuels, ennuyeux débat romancé sans succès dans l'espoir de plaire. 
Ce n'est d'ailleurs pas tant ce débat qui lasse, mais plutôt sa mise en scène : les personnages n'adoptent que des tournures de phrase brillantes et adroites, et constamment chaque mot semble calculé, soupesé, méthodique et presque déformé par la volonté de se montrer spirituel. 
Chaque lettre est superficielle et surfaite, trop réfléchie ou astucieuse pour paraître sincère ; de fait, il est impossible d'oublier l'auteur qui se tapie dans l'ombre de ses personnages. D'ailleurs ,à bien y réfléchir, ces pauvres êtres de papier ne sont guère plus que des marionnettes à peine esquissées qui permettent à Eric-Emmanuel Schmitt d'offrir au monde ce qui semble être un débat intérieur mûri par le temps.

En définitive, la vraie faiblesse de ce roman est sa longueur. Cent cinquante pages, c'est déjà bien court pour offrir au lecteur des personnages intéressants, dotés d'une personnalité fouillée et d'une vraie matière, c'est assurément trop peu pour donner à réfléchir de surcroît à des éléments de débats sur un thème aussi universel et profond que l'amour.

En conclusion, une pure déception et un roman qui laisse un goût d'inachevé.

 

 

Je remercie les éditions Albin Michel pour leur confiance.

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Rédigé par Jennifer Wepierre
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10 mai 2014 6 10 /05 /mai /2014 14:57

 

 

 

La nuit grecque

 

Ecrit par Pierre Vens

 

 

Publié aux éditions Albin Michel

Broché, 304 pages - 20 €

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

(Mise en appétit, résumé personnel des premières pages)

 

Vincent est fatigué. A la tête d'une petite société peu prospère, il survit depuis des mois dans l'angoisse du lendemain. Pris à la gorge par des actionnaires sans scrupule, menacé par des collaborateurs ingrats, trahi par ses propres salariés – il s'est laissé engloutir par cette entreprise qui à présent le recrache, vidé de son énergie, appauvrit, esseulé. 
Pourtant combattif, Vincent sait que le temps est venu de baisser les bras, de signer sa démission forcée. A quarante ans, il se sent las et humilié – il a tout perdu dans ce combat, même sa femme et son fils, qu'il n'a pas pris le temps d'aimer. En lui, tout demande à s'éteindre, à disparaître. Seul demeure un vague espoir, le presque rêve de partir loin, de disparaître sans laisser de trace.


Une journée de plus à la tête de son naufrage : Vincent doit partir pour vingt-quatre heures en Grèce afin de rencontrer un client qui tarde à payer ses commandes. Sur place, il décide d'occuper sa soirée en sorties alcoolisées – l'ami d'un ami vient d'ouvrir un bar, c'est l'occasion d'aller le saluer. 
Il est encore tôt et la nuit s'annonce plutôt chaude, Vincent glisse sur les trottoirs et se laisse porter par les sinuosités de la route, s'asseoit à la terrasse d'un café, observe – aveugle – les passants. Son regard est vide, tout son être est vide. Las, il entre dans un bar et suit le mouvement de foule vers le fond de la pièce, là une petite porte mène à une scène couverte. Deux artistes s'y produisent, de la musique en images. Derrière le paravent, l'ombre de l'artiste. Vincent est captivé par les mouvements féminins et gracieux, il observe les hanches étroites, les épaules rondes et fines, les traits du visage qui semblent délicats. Lorsque l'artiste vient saluer son public, Vincent est subjugué par sa beauté. Pour la première fois, il ressent de l'attraction pour un homme. Il se moque de lui-même et de sa confusion, puis quitte la pièce pour retrouver le bar de son ami, qui doit être ouvert à présent. 
Sa soirée se poursuit au rythme de l'alcool. Il enchaîne les verres, bercé par la musique forte et les discussions alentours. Son regard se perd dans les salles qui se remplissent à mesure que la nuit s'installe, et il se perd lui même dans cette contemplation indécente d'autrui. 
Soudain, son regard s'accroche à un visage. Un regard radieux, des lèvres qui bougent dans des rires sonores : le jeune musicien vient d'entrer et Vincent ne voit plus que lui. Dans ce corps masculin plein de vie, d'espoirs et de joies, il se revoit dix ans plus tôt. Un sentiment de compassion, inexplicable, l'étreint. Ensuite, vient le désir. Puissant, incontrôlé, qui monte en lui et le possède entièrement. Poussé par l'alcool, conscient d'avoir déjà tout perdu, Vincent oublie sa raison et laisse parler ses envies – il engage la conversation et, bientôt, pose une main sur la hanche du jeune grec, Théo. Lorsqu'arrive le moment de quitter le bar, Théo lui demande de l'attendre. En silence, ils marchent vers l'hôtel de Vincent, montent dans sa chambre. Vincent se demande s'il sera capable de baiser un homme, si son désir sera assez fort. La porte se ferme, Théo laisse glisser son bermuda sur le sol. Vincent s'oublie, et sa passion se déchaîne. 


Les jours suivants, Vincent s'efforcera d'oublier cette nuit là. Oublier l'odeur et le goût de l'Autre, oublier son corps magnifique, la texture de sa peau. Les courbes d'un homme noient ses pensées. Dans la glace, il revoit les dents enfoncées dans sa chair, les mains agilent parcourant son corps. Il se revoit lui, dévorant Théo durant des heures, le sexe irrité, presque en sang de ces va-et-vients puissants. Il ne peut oublier cette nuit grecque. Il se réveille la nuit, gonflé de désir pour cet homme, frustré de ne trouver que sa femme à ses côtés – une femme qu'il ne touche plus depuis bien longtemps. Le désir est un monstre qui croît en lui, dans ses entrailles, qui hurle le manque de l'Autre. Par téléphone, Vincent propose à Théo de venir passer quelques jours à Paris. Et Théo vient. 
Ce rendez-vous s'impose à Vincent comme la révélation de son désir homosexuel qui ne peut plus être refoulé. Désormais, il ne pourra plus faire machine arrière. Théo est partout, et chaque minute loin de lui l'obsède. Il ment à sa femme, oublie son fils, dépense des sommes considérables dans des hôtels et de luxueux cadeaux, s'oublie totalement pour vivre cette passion indécente. 
En lui, une flamme s'est allumée. Une infime parcelle de vie, d'espoirs et de désirs qui refuse de mourir et prend le contrôle de Vincent, éclairant un nouveau chemin.

 

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Un livre que j'ai lu, puis relu. La première lecture fut sauvage et sans pudeur : l'auteur pose les bases de son récit avec talent, alliant efficacité et rapidité, et très vite l'histoire de ce pauvre type nous tient par les tripes : on veut en savoir plus, comprendre jusqu'où ce délire va le conduire, quelles proportions ce désir incontrôlable va prendre. Les pages se tournent toujours plus vite, les mots défilent et on s'accroche à cette histoire qui tient un rythme juste parfait. J'ai notamment apprécié que Pierre Vens prenne le soin de moduler son écriture selon les situations – ainsi, l'écrivain entretient un rythme lapidaire et effréné au cœur de la passion, parfois brutal dans la violence des gestes, mais il sait également ralentir sa plume et offrir un style plus doux  et contemplatif lors des promenades en ville. Sa plume est ancrée au réel.

« Il a besoin d'être seul. Le petit résidu de vie qui lui reste vacille comme la flamme d'une bougie sous cloche. Ce qui demeure vivant en lui, il ne veut plus le partager avec personne, de peur de le voir s'éteindre définitivement. Son dernier souffle, il veut le protéger, y compris de sa propre femme. Il ne pense plus à les rendre heureux, ceux qu'il aime, il veut juste survivre encore un peu. »

Pierre Vens offre un roman d'une belle profondeur psychologique et dans lequel chaque personnage est fouillé et intelligemment construit. Prenons par exemple l'épouse de Vincent, personnage effacé, victime des ambitions déçues d'un mari devenu distant et égoïste. Bien qu'elle n'apparaisse que rarement dans ce roman, Pierre Vens prend le temps de la décrire avec une grande finesse, dressant un portrait de femme frappant de réalisme. La plume est parfaite, précise, légère mais réfléchie, de sorte que la souffrance de France transparaît dans le moindre de ses gestes, jusqu'à la mèche de cheveux qu'elle remet en place discrètement.

« Elle allume la chaîne, reconnaît les premières notes de cette symphonie qu'elle aime tant. Pendant des années, elle pleurait à chaque fois qu'elle l'écoutait. Elle ne pleure plus. Elle est sèche. En elle, un bloc de granit fissuré à absorbé les larmes. Les rires aussi. »

Le roman se dévore en quelques heures, jusqu'aux dernières pages attendues et redoutées, apaisantes. Vient alors la seconde lecture, presque juste après, le lendemain ou le surlendemain, pour ressentir à nouveau ce tourbillon d'espoir et d'envies, pour se laisser emporter une nouvelle fois par ce désir fou et douloureux d'un homme pour un autre homme. Cette fois la lecture est plus lente, plus réfléchie : on déguste, on prend le temps de savourer les mots, les descriptions, de retenir les indices d'une compréhension plus profonde de cette oeuvre. 
Roman aussi talentueux qu'inattendu, La Nuit Grecque peut en effet se lire différemment selon l'interprétation que l'on fait des personnages de Vincent et Théo. C'est un roman intéressant et subjuguant par sa capacité à raconter le réel, le désir, l'indicible. Il y a surtout cette fin, spectaculaire, qui invite à une deuxième lecture plus minutieuse. Alors ce que Vincent n'a pas vu, ce que ses yeux désespérés ont ignoré, prend forme, et c'est avec une certaine tristesse que l'on comprend finalement l'un et l'autre des personnages. Un beau premier roman.

« Le manque de Théo est un poison qui s'insunie en lui, qui se diffuse partout, dans chaque veine, dans chaque organe. Il sent vivre et grandir un monstre, caché dans l'obscurité de ses entrailles et qui le met dans un état de fébrilité qu'il n'a jamais connu. Son ventre est noué et lourd, son dos se couvre de picotements comme de petites griffures, sa nuque se raidit puis se relâche au rythme d'ondulations qui viennent des prodondeurs. Il n'est pas malheureux, juste épuisé de ces flux qui le prennent, le projettent tout entier vers le souvenir de l'absent puis l'en éloigent progressivement pour l'abandonner, malmené par le ressac. »

 

Je remercie Gilles Paris et les éditions Albin Michel pour leur confiance.

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Rédigé par Jennifer Wepierre
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27 avril 2014 7 27 /04 /avril /2014 15:52

 

 

Maladie d'amour

 

Ecrit par Nathalie Rheims

 

 

Publié aux éditions Leo Scheer 

Broché, 304 pages - 19 €

 

 

 

 

 

 

(Résumé personnel)

 

Deux femmes, la trentaine. L'une est mariée, deux enfants, heureuse de mener une vie stable, confortable, sans mauvaise surprise. L'autre vit dans un petit appartement à bas prix, peine à trouver un travail, enchaîne les relations sans avenir avec des hommes mariés. Elles sont amies de longues dates, confidentes de toujours, presque des sœurs. Lorsque Alice rompt avec son amant, un homme marié qui lui promettait le mariage sans y croire une seule seconde, elle se sent détruite, anéantie de chagrin, et se tourne naturellement vers la bonne Camille, s'y rassurante. Cette dernière se réjouit pour elle, la console et l'encourage à tout recommencer – aussi bien professionnellement qu'amoureusement.  Alice promet d'essayer, puis disparaît quelques jours. 

Un matin, elle téléphone : le sourire est dans sa voix, son bonheur palpable, il faut vite qu'elle voit Camille pour tout lui raconter. L'après-midi, Alice s'explique : elle est tombée folle amoureuse d'un médecin de grande renommée qui aurait lui-même succombé à ses charmes lors d'une auscultation. Leur baiser était fabuleux, merveilleux, grandiose, à l'image de cette nouvelle histoire d'amour qui s'offre à elle, si magnifique que des ailes semble lui pousser dans le dos... Camille est bouche bée, part sans dire un mot. En rentrant chez elle, une rapide recherche sur internet lui confirme que ce médecin est marié et très heureux de l'être. Elle se sent las des aventures de son amie, finalement plus répétitive que sa routine personnelle. Comment la protéger d'un nouveau chagrin d'amour ? A coup sûr, elle va encore se faire rejeter par cet homme sans scrupule, et à nouveau il faudra la ramasser à la petite cuillère, la consoler des jours durant... Les jours passent, Alice se fait rare et ses courtes confidences sont parfois étranges. La pauvre Camille se fait du souci, se tracasse à tel point qu'elle n'en dort plus. Qui est ce médecin ? Va-t-il vraiment quitter son épouse ? Finalement elle n'en peut plus et décide de se rendre à son cabinet pour en discuter avec lui. Seulement, les réponses de ce Docteur Costes seront très surprenantes...

Cette histoire aurait pu être très agréable à lire. Le projet de Nathalie Rheims était d'étudier, par la romance, la frontière qui distingue l'amour passionnée de l'amour maladif – ceci au-travers d'Alice, jeune femme érotomane. Malheureusement, l'écriture de Nathalie Rheims, sans être mauvaise, est profondément ennuyante. C'est là le premier point négatif. Ainsi, dès les premières pages, le lecteur est confronté à des détails aussi inutiles que nombreux :  

« Alice longeait les quais de Seine et, apercevant la pointe de l'île Saint-Louis, remonta vers le boulevard Richard-Lenoir pour rejoindre, à l'angle de l'impasse Ternaux, la rue de la Folie-Méricourt. Elle aimait ce nom, et cet ancien quartier ouvrier qui évoquait, pour elle, Théroigne de Méricourt. Cette femme au destin incroyable qui s'était portée, en armes, à la tête de la foule révoltée, pour prendre la Bastille. Elle avait même servi de modèle à Delacroix pour sa Liberté guidant le peuple. Contrairement à Olympe de Gouges, morte décapitée, avait fini sa vie enfermée à la Salpêtrière, après avoir sombré dans la folie. Il faisait chaud lorsque Alice traversa la court de l'immeuble où habitait Camille. »

Alors certes, l'histoire de Théroigne de Méricourt n'est pas inintéressante, mais l'on peut tout de même s'interroger sur la pertinence de ces détails dès les premières pages d'un roman. Le début d'une histoire doit captiver le lecteur, faire naître son intérêt, le convaincre de continuer sa lecture ; or l'évocation des rues de Paris et ce petit cours d'Histoire de France, au mieux, arrachent des soupirs et des grincements de dents. Hélas, la narration ne va pas en s'améliorant et l'on subit durant ces presque 300 pages une écriture maladroite, un peu fouillie, trop pleine de virgules et de détails. 

Cette lecture me fatiguait. Toutefois, la persévérance peut parfois révéler un trésor de belles idées enfoui derrière bien des maladresses d'écriture, aussi, je décidais de poursuivre. Malheureusement, la suite de l'histoire confirmait mon sentiment : les mots s'agençaient grossièrement sur une trame non seulement très banale, mais surtout difficilement maîtrisée. 

 

Ainsi, les chapitres s'alternent sans intérêt toutes les quatre pages, nommés sans élégance, tels des panneaux de signalisation anticipant les prochaines pages : « Au bloc opératoire », « Deuxième diner », « Rupture », « Alice, solitude et désoeuvrement », « Réconciliation », etc. De ce fait, alors même que les événements et les personnages sont très prévisibles, l'auteur choisit de supprimer le potentiel suspens de son récit au moyen de titres dénués de la moindre poésie. Pour un roman d'amour, quelle déception. 

 

Par ailleurs, le roman se compose de stéréotypes amoureux de toutes sortes, et même les rapports d'amitié ou sociaux-professionnels sont défigurés par cette plume synthétique. Les personnages ne sont d'ailleurs décrits que physiquement, alimentant le caractère factice de ce piètre récit. Tout dans ce roman est artificiel et convenu, parfaitement irréaliste. Chaque personnage est beau, charmant, séduisant et le récit s'articule autour de cette beauté que l'on retrouve à chaque page – comment peut-on décrire des relations aussi superficielles ? Pour ajouter à la lassitude générale, le fameux Docteur Costes passe sa vie à refaire le nez, le menton, les seins, le ventre, les cuisses de ses patientes – et s'en suivent de longues descriptions de cet art admirable qui permet aux femmes d'accéder à leur plus chers désirs de perfection esthétique. C'est affligeant. Même les dialogues manquent de naturel et le ton des personnages est affecté, trop lourd ou trop léger pour les situations décrites. Rien n'est crédible, et l'on s'ennuie toujours plus.

 

Finalement, le plus désagréable est sans aucun doute l'incapacité de Nathalie Rheims a bien mener son récit. En effet, sa narration n'est pas toujours claire et elle semble parfois mélanger ses idées, omettre d'expliquer des faits : en résulte un sentiment de désordre et de cafouillages qui ne tient pas qu'à la maladie du personnage, mais aussi - et surtout - aux difficultés de l'auteur à écrire ce roman. Nathalie Rheims a probablement essayé d'illustrer le désarroi et la confusion de Camille par cette narration bancale et pas toujours crédible, mais ce n'est pas efficace – car ce n'est pas Camille qui écrit, et l'on ne peut l'oublier. 

Il y a malgré tout quelques passages pas trop mal écrits dans ce roman, du moins semblent-ils plus sincères que d'autres, plus achevés. Mais ce n'est pas assez pour convaincre et le roman s'achève ainsi, dans cette sensation d'ennui profond, de lassitude et de plaisir déçu. 

 

 

Je remercie Gilles Paris et les éditions Léo Scheer pour leur confiance.

 

 

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Rédigé par Jennifer Wepierre
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26 avril 2014 6 26 /04 /avril /2014 20:31

 

 

 

La bête

 

Ecrit par Catherine Hermary Vieille

 

 

Publié aux éditions Albin Michel - Collection littérature française

Broché, 160 pages - 15 € 

 

 

 

 

 

 

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(Résumé personnel)

 

En Gévaudan, au XVIIIème siècle, la forêt est une ombre épaisse, vivante et peuplée de mystères. 
La Besseyre-Sainte-Marie est un petit village perdu quelque part dans cette sombre verdure, un village d'éleveurs et de croyants qui mènent une vie de dure labeur pour de rares plaisirs largement mérités. 
Dans ce village, le père Chastel impose sa différence. Craint et respecté, on ne sait s'il appartient à Dieu ou au Diable, cependant tous apprécient sa science – car lui seul sait soigner les maux, guérir les blessures, ressouder les os brisés. Cet homme étrange a deux fils, l'un agriculteur, l'autre garde-forrestier. Ce second, Antoine, se nourrit de rêves : partir pour le Sud, trouver la Mer scintillante, rencontrer des femmes douces et offertes – lui qui n'en a jamais approchées. Il voudrait plaire, faire fortune et revenir dans son village enorgueilli.

Cependant, la réalité s'impose un jour à tout rêveur – aussi, lorsqu'il s'engage sur un navire marchand dans l'espoir de trouver un pays de Cocagne, le pauvre bougre se fait capturer par des pirates et se voit réduit à l'état d'esclave pour le dey d'Alger. Malgré les conseils d'un vieux esclave reconvertit à l'Islam, Antoine refuse d'accepter ce pays et de renier ses racines. En silence, il obéit – haissant chaque jour davantage ses geoliers.

Un jour, sa colère dérape, le sang coule : il doit être condamné à mort. Cependant, le dey a besoin de lui pour soigner ses animaux exotiques, aussi intervient-il en sa faveur – non, l'esclave ne sera pas tué. Il sera castré. Antoine hurle, pleure, maudit, supplie – subit.

Vivant, il ne supporte plus sa condition. Il poursuit son existence tel un fantôme, se levant chaque matin pour retrouver ses bêtes qu'il aime et soigne de son mieux. Un jour cependant, au détour d'une promenade, Antoine rencontre un matelot français sur le port et lui raconte son histoire – heureuse coïncidence, ce compatriote est originaire de sa région ! Emu par cette rencontre, le Français ne peut se résoudre à l'abandonner à sa condition d'esclave. Ainsi, le soir venu, Antoine embarque discrètement sur son navire et quelques jours plus tard, il atteint le port de Marseille. Seulement, il n'est plus le même homme. A Alger, on lui a volé plus que sa liberté et tous devront payer ce plaisir volé, sa liberté gâchée, sa vie détruite. En Gévaudan, la légende va commencer.

Catherine Hermary Vieille offre par ce roman une nouvelle version du mythe de la Bête de Gévaudan. Cette légende bien connue cache un fait divers atroce, attesté par de nombreux documents historiques qui dénombrent plus d'une centaine de victimes affreusement agressées, démembrées et dévorées entre 1764 et 1767. Certains lecteurs ont crié au scandale à la lecture de La Bête car ce roman ne relate pas la vérité, par exemple le personnage d'Antoine diffère du véritable Antoine de Chastel qui ne connut pas le tragique destin décrit ici par la romancière. En effet, Catherine Hermary Vieille a choisi de reprendre une ancienne version de la légende, depuis largement réfutée par les enquêteurs, et de la ré-écrire avec les yeux du présumé meurtier. Ainsi, ce n'est pas l'aspect terrifiant du roman qui est défendu, puisque cette approche a le désavantage de supprimer tout le mystère lié aux agressions, mais sa profondeur psychologique, car Catherine Hermay Vieille invite le lecteur à pénétrer un esprit meurtri, torturé par la souffrance et l'injustice. Comment la folie meurtrière peut-elle accaparer l'esprit d'un homme ? Pourquoi tuer, et tuer encore ? Le lecteur accompagne cet homme dans les ténèbres et le voit lentement devenir une bête, un être sauvage dominé par ses pulsions et son besoin de vengeance.  


Ce sujet intéressant est malheureusement desservi par une plume sèche et brutale qui ne prend pas le temps nécessaire pour recréer l'ambiance de ce XVIIIème siècle. Les paysages de Lozère, que l'on imagine très beaux et sauvages, sont décrits de ci de là en quelques phrases dénuées de poésie, aussi peu agréables à lire que le reste du récit. Par ailleurs, Catherine Hermary Vieille explore plusieurs années de l'existence d'Antoine en seulement 150 pages – un rythme très rapide donc, pour ne pas dire effréné, presque lapidaire. On ressent cruellement la précipitation de l'auteur, son désir d'accélerer les faits pour atteindre ce qui l'intéresse vraiment : les premiers meurtres. Alors seulement le récit semble ralentir, la plume respirer, à tel point qu'il semble que l'auteur prend un véritable plaisir à s'adonner à un érotisme morbide, décrivant avec perversité les corps inanimés. 
Dès lors, le plus difficile dans cette lecture est sans aucun doute le cruel déséquilibre dont souffrent les descriptions. En effet, l'auteur se contente d'évoquer brièvement la vie des villageois, leurs rapports sociaux ainsi que les conditions extrêmes d'une existence en autarcie au milieu des montagnes, alors qu'elle s'attarde longuement sur les corps déchirés, décapités, ensanglantés, s'attachant à décrire avec précision les blessures et les corps des victimes. Une narration étrange, pour ne pas dire dérangeante.

En outre, les explications psychologiques de Catherine Hermary Vieille finissent par lasser, à tel point que l'on s'interroge sur leur perspicacité. En effet, l'auteur énumére à plusieurs reprises les émotions terribles ressenties par Antoine, toutefois elle n'explore pas la profondeur des ténèbres qui entourent ce pauvre homme ; pire, à mesure que la folie mentale s'accapare d'Antoine, les explications de ses maux diminuent. Au fil des pages, Antoine devient un personnage terrifiant, peu approfondi, dont le lecteur ne connait que les désirs et les gestes meurtriers. Progressivement, ses violentes pulsions sexuelles et nécrophages deviennent les seules explications valables à ses gestes, et l'on a le sentiment de relire à chaque page les même scènes sadiques, de prendre part à cette perversité atroce. Dès lors, le plaisir de lire disparaît et l'on poursuit cette lecture uniquement parce que l'on se sent proche de la fin.


En conclusion, le sujet de ce roman est intéressant, il est cependant desservi par une plume maladroite que guident des choix narratifs malheureux. L'ensemble m'a paru malsain, presque écoeurant. La légende excuse en partie la perversité ignoble de ce récit, puisque les enquêteurs modernes ont démontré qu'un serial killer agissait dans l'ombre de la Bête du Gévaudan, cependant j'espérais de Catherine Hermary Vieille un récit bien mieux écrit et qui ne céderait pas à la facilité d'une explication uniquement basée sur de la frustration sexuelle. La bête est une déception. 

 

Je remercie Gilles Paris et les éditions Albin Michel pour leur confiance.

 

 

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Rédigé par Jennifer Wepierre
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23 avril 2014 3 23 /04 /avril /2014 14:09

 

Le Horla

D'après l'oeuvre de Guy de Maupassant

 

Illustré par Guillaume Sorel

Publié aux éditions Rue de Sèvres

Publié le 12 mars 2014 - 64 pages, 15€

 

 

 

 

Le narrateur mène une vie tranquille dans sa maison au bord de la Seine, en Normandie, lorsque d'étranges phénomènes commencent à se produire. C'est la carafe d'eau sur sa table de nuit qui est bue, des objets qui disparaissent ou se brisent, une fleur cueillie par une main invisible... Peu à peu, le narrateur acquiert la certitude qu'un être surnaturel et immatériel vit chez lui, se nourrit de ses provisions. Pire encore, cet être, qu'il baptise le Horla, a tout pouvoir sur lui, un pouvoir grandissant... S'il quitte sa maison, ce pouvoir disparaît ; mais bientôt, il ne peut plus sortir de chez lui, il est prisonnier. D'où vient cet esprit ? Du Horla ou de l'homme, l'un des deux doit périr. Le Horla comme les contes fantastiques écrits par Maupassant à la fin de sa vie, alors qu'il sombrait dans la folie, joue délicieusement avec nos nerfs en traitant de thèmes très actuels comme l'angoisse, la hantise du suicide, la peur de l'invisible.

 

 

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Le Horla est le titre d'une nouvelle de Guy de Maupassant écrite en 1887. Dans ma version poche du recueil de nouvelles homonyme, cette nouvelle tient en 31 pages - un texte court donc, mais diablement efficace ! 

La plume est agréable, fluide et aérée, ainsi l'on se laisse dès les premières lignes absorber par l'intrigante histoire de ce noble "Monsieur" qui se croit tout d'abord malade, puis insomniaque et finalement fou, avant de comprendre qu'un être invisible à ses yeux vient d'élire domicile sous son toit. Agressé chaque nuit par ce parasite, notre personnage ne trouve plus le repos et connaît tour à tour l'angoisse, la peur paralysante, puis enfin la colère folle. Que faire contre ce démon ? Cet être semble supérieur à l'Homme et se nourrir de celui-ci ; voleur d'âme ou d'énergie, il peut contrôler le corps des êtres humains et en disposer à sa convenance ! Il est terrifiant. Il semble invincible. C'est le Horla.


Guillaume Sorel propose une superbe version illustrée de ce classique de la littérature française.
Publiée chez Rue de Sèvre, cette bande-dessinée grand format est très agréable à découvrir grâce à des planches de grande taille d'une belle qualité visuelle, habillement disposées sur des pages épaisses que l'on prend plaisir à tourner et à examiner. 

 

Le point fort de cette adaption réside bien entendu dans la beauté de ses illustrations. Guillaume Sorel a choisi de mettre en évidence l'aspect lumineux du Horla plutôt que la sombre folie qui y règne, soulignant la part de lucidité du personnage et ses efforts pour survivre au-travers d'illustrations pleine de clarté, ensoleillées, où la Nature trouve bien souvent sa place. Ainsi, les paysages de Normandie sont très doux et reposants, de même que le Mont St Michel qui apparaît dans sa mystérieuse splendeur, son architecture baignée de soleil.
Les ombres sont très étudiées, ainsi le personnage principal possède un visage très expressif sur lequel transparaissent avec intelligence ses émotions. Le Horla, surtout, est un plaisir à regarder. Les représentations de ce démon-fantôme collent vraiment au texte original et c'est un régal de découvrir ce que les yeux de lecteur de Guillaume Sorel ont vu au-delà des mots de Maupassant.

 


 


Cependant, et c'est là le seul trait négatif de cette adaptation libre du Horla, les émotions sont beaucoup moins intenses que dans l'oeuvre originale. 
Les illustrations ne sont pourtant pas en faute : l'angoisse est lisible dans les yeux écarquillés du personnage, ses interrogations inquiètes s'expriment dans la position de ses doigts recroquevillés, la sueur qui perle sur son front rend palpable le sentiment de panique qui le possède, et tout son corps semble vieillir au fil des pages, comme affaibli par tant de pensées inquiètes et affolées.

Ce serait plutôt le nombre restreint de paroles qui serait cause de ce manque de profondeur. En effet, Maupassant a choisi une narration refermée sur elle-même, par le moyen d'un journal intime qui explore jour après jour la profondeur des émotions ressenties par le personnage : se pose alors la question de l'adaptation complexe de ce dialogue interne en images. 
Guillaume Sorel a imaginé de mettre en scène le chat du personnage, félin dont les instincts naturels lui font pressentir les tragédies à venir, pour instaurer un mince dialogue entre le maître et son compagnon de fourrure, brèves paroles révélatrices du désarroi et de l'anxiété montante du personnage. Bien que ce soit assez pour donner vie à  ces pages colorées, c'est hélas trop peu pour permettre au lecteur de saisir l'intensité et la complexité des sentiments qui habitent le personnage. De ce fait, la bande-dessinée paraît un peu creuse, il y manque cette profondeur que l'on trouve dans chaque ligne écrite de la main de Maupassant. 

Cette bande-dessinée n'en demeure pas moins extrêmement intéressante. Guillaume Sorel n'a pas seulement mis en images Le Horla de Maupassant, il l'a modifié, ré-interprété pour le rendre accessible visuellement. Ceci permet notamment un joli travail de comparaison et de réflexion entre le texte et l'image, une manière sympathique de compléter une lecture agréable. Par ailleurs, Guillaume Sorel a choisi de souligner le thème du suicide tout en diminuant la folie qui s'accapare du personnage, modifiant en conséquence la fin de la nouvelle : là encore, on peut s'interroger sur ces choix narratifs et s'offrir quelques instants de réflexion sur la capacité du lecteur à s'approprier entièrement un texte jusqu'à en faire lui-même évoluer les personnages. 

Ainsi, si cette adaptation ne remplace pas la lecture du texte original de Guy de Maupassant, elle permet de mettre agréablement en images les thèmes abordés par Le Horla et incite le lecteur à réfléchir non seulement à la portée de ces thèmes, mais également au processus d'adaption. Un bel ouvrage !

 

 

Je remercie Gilles Paris pour sa confiance, ainsi que les éditions Rue de Sèvre pour cette redécouverte si agréable d'un classique de la littérature française.
 

 

 

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Pour aller plus loin, je vous invite à lire une interview très intéressante de Guillaume Sorel : iciPar ailleurs, si vous avez quelques minutes, un dossier agréable à consulter ici pour redécouvrir brièvement Le Horla.

Enfin, grâce à France 3 éditions Bretagne, je peux vous proposer deux vidéos très intéressantes dans lequelles Guillaume Sorel se confie :

Quelques mots tout d'abord sur le choix personnel du Horla pour ce nouvel album.

Puis une explication très intéressante du dessin du Horla.

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Rédigé par Jennifer Wepierre
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20 avril 2014 7 20 /04 /avril /2014 14:44

 

Dona Isabel,

ou la Véridique et Très Mystérieuse Histoire d'une Créole perdue dans la forêt des Amazones

 

Ecrit par Christel Mouchard

Publié aux éditions Points, collection Littérature - Grands Romans

Poche, 432 pages, 7€90

 

 

 

En 1769, Doña Isabel, fière Créole du Pérou, quitte son hacienda avec trente et un porteurs.

Elle s’apprête à traverser la jungle amazonienne pour rejoindre son mari, Jean Godin des Odonais, en Guyane.

Des semaines plus tard, des méandres de la rivière Bobonaza, la jeune femme ressurgit.

Seule, traumatisée et exsangue.

Que s’est-il réellement passé dans la forêt des Amazones ?

 

 

 

 

 

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« Il faisait soleil au-dehors. C'était une de ces journées d'octobre où la chaleur est celle de l'été et les couleurs celles de l'automne, un de ces merveilleux retours d'une saison qu'on pensait finie. »

 

Christel Mouchard s'est inspirée de l'histoire vraie d'Isabel Godin des Odonais pour écrire ce très beau roman.

« Inspirée » est d'ailleurs un mot trop faible pour commenter l'incroyable travail de reconstitution exécuté par cette femme, à la fois éditrice et écrivain, qui n'a pas hésité à fouiller les archives et les bibliothèques de France, mais également du Pérou, à la recherche des documents originaux écrits dans les années 1770 et suivantes par les protagonistes de l'histoire, Jean Godin des Odonais et Charles Marie de la Condamine.

Après presque cinq années de recherche, Christel Mouchard est partie sur les traces de son Héroïne en Equateur, anciennement dénommé Pérou à l'époque des autorités espagnoles. Après avoir examiné les archives de l'enquête, elle a pris la route de Riobamba, le village où résidait Isabel, puis s'est rendue en pirogue sur la rivière Bobonaza, afin de comprendre les conditions dans lesquelles Isabel Godin des Odonais a fait naufrage.

Christel Mouchard a ouvert un site internet dédié à son enquête : http://dona-isabel.blogspot.fr/​

 

« Comme souvent en montagne, la fin de l'épreuve arrive en un instant. Le bonheur est brutal, proche de l'extase. Ce n'est pas comme le port qui grandit sur l'horizon, déjà annoncé par l'oiseau et le parfum de la brise. La fin est toute contenue dans un seul pas, celui qui hisse le coprs dans la courbe du col. Un pas de douleur... puis un pas de plus, et le regard passe par-dessus la barrière qui semblait inaccessible ; tout à coup, plus rien ne l'arrête. Le monde est en contrebas, donné, offert, soumis au vainqueur. »

 

Le résumé du roman est à la fois mystérieux et alléchant : qu'est-il arrivé à Dona Isabel ? Pourquoi a-t-elle disparu dans la forêt amazonienne ? Comment a-t-elle survécu ? Que sont devenus ses compagnons de voyage ? Autant de questions soulevées en quelques lignes et auxquelles le lecteur espère trouver des réponses par le récit des aventures « d'une Créole perdue dans la forêt des Amazones »

Seulement, ce n'est pas tout à fait ce que l'on trouve dans ce roman et j'ai bien failli être déçue. En effet, j'espérais pénétrer dès la première page les aventures de Dona Isabel – que ce soit par une narration à la première personne, de façon à vivre les événements en même temps que l'héroïne, ou par un narrateur externe à l'histoire et omniscient, ombre discrète qui observe les événements. Or, ni l'un ni l'autre : c'est un vieillard qui raconte cette histoire. 

Ainsi, à l'automne 1773, Charles Marie de la Condamine, scientifique âgé mais dont la curiosité est demeurée vivace, ancien aventurier aussi intelligent qu'infirme, souhaite obtenir de son ancien protégé, Jean Godin des Odonais, la vérité sur ce qui est arrivé à son épouse Isabel, fraîchement débarquée en France. En effet, le récit que lui a fait parvenir Jean de ses extraordinaires aventures lui semble plus que douteux, et il souhaite enquêter une dernière fois pour comprendre ce qui est réellement advenu de la Créole et de ses compagnons d'infortunes.

 

« Je devais la voir, et pour la voir, j'avais quitté Paris. Un dernier voyage pour une dernière enquête, sans doute, car mes infirmités empirent de mois en mois. La mort me gagne par petits bouts. Elle a commencé par me prendre l'ouïe, puis la vue, et enfin le toucher... »

 

Cependant, ni la mort ni la maladie n'ont encore ravi son esprit au grand Charles de la Condamine, aussi son récit est-il merveilleusement bien écrit, d'un style irréprochable qu'accompagne un vocabulaire soigné. Presque parfait. Presque, car toute la lenteur de ce vieillard infirme transpire au-travers de chaque mot et de chaque virgule : le récit est lent, si lent qu'il en devient presque inintéressant. Presque, encore, car il y a un réel talent dans cette écriture, une finesse que possédait la brillante Agatha Christie : cet art subtil d'envelopper le lecteur, de le plonger dans une indolence mi-fascinante, mi-soporifique et de capter son attention malgré lui au moyen d'une intrigue toujours renouvellée ainsi que par quelques notes d'humour dispersées de ci de là. Oui, ce Charles de la Condamine m'évoquait un Hercule Poirot vieillit et fatigué, mais toujours vif d'esprit, perspicace et espiègle. 

 

« Je l'encourageai :

-Je vous en prie, Jean, racontez-moi cette histoire qui m'intrigue tant.
-Vous serez déçu.
Je compris qu'il ne me livrerait pas ce qu'il avait été sur le point d'avouer. Du moins pas sans que le torture. J'y étais prêt. »

 

Le roman se construit efficacement grâce à une plume bien menée qui parvient à alterner, sans jamais rompre le récit, les retrouvailles entre Jean et Charles, l'évocation de leurs souvenirs communs – une invitation à découvrir le paysage du Pérou des années 1730 et les périples scientifiques de l'époque -, et le récit des aventures d'Isabel, raconté par Jean et mis en images par Charles, à l'aune des ses propres souvenirs dont il s'inspire pour retrouver la texture des terres foulées par la Créole, les couleurs du paysage qui l'entourait ainsi que la difficulté des épreuves qu'elle eut à traverser. Les récits résonnent entre eux et s'imbriquent discrètement les uns dans les autres, glissant délicatement entre les époques : alors la magie de la mémoire est à l'oeuvre et le vieil homme se laisse couler dans ses souvenirs, bercé par la narration de Jean qui sert de support au véritable récit des aventures d'Isabel. 

 

Par cette narration complexe, l'enquête menée par Charles de la Condamine prend un relief inattendu et entraîne le lecteur dans le passé de l'un et l'autre des personnages, à la découverte du Pérou, de la forêt des Amazones, des dangers de l'aventure et de la complexité de l'âme humaine. 

Ainsi, grâce à une plume qui a trouvé l'art d'exploiter une riche documentation, Dona Isabel se révèle un roman brillamment réussi et qui, sous l'apparence d'une longue discussion entre vieillards, donne à vivre avec légéreté une aventure qui s'est réellement déroulée il y aura bientôt trois cent ans. 

 

« Bois mortels... Il n'y a pas de ciel, il n'y a pas de sol. Le ciel est caché par des frondaisons si lointaines qu'elles se fondent en un pointillé où l'oeil ne perçoit aucun détail. Le sol est enfoui sous un magma de pourriture dans lequel s'enfoncent les pieds. Il n'y a pas de paysage non plus, toute perspective étant barrée par des murs de feuilles et de lianes. Les regards désespérent de voir autre chose que les surfaces lisses et mouillées de ces plantes si charnues qu'elles en sont effrayantes. Une prison verte se déplace autour du corps, qui rougit peu à peu du sang des multiples blessures. Flagellée, lacérée, la peau bientôt suinte ses humeurs autant que les écorces alentour. Le seul chemin fiable est la rivière. Elle seule va d'un point à un autre à coup sûr. La longer, aussi pénible que soient les marécages qui la bordent, est le seul moyen d'arriver quelque part. Elle est le guide qui retient le voyageur de s'égarer dans un labyrinthe mortel. Les trois Grandmaison lui avaient tourné le dos. »


Je remercie vivement les éditions Points pour leur confiance, ainsi que pour cet agréable moment de lecture et d'Histoire.

 

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Pour aller plus loin, une interview de l'auteur, Christel Mouchard : ici !

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Rédigé par Jennifer Wepierre
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11 avril 2014 5 11 /04 /avril /2014 20:08

 

 

 

L'abandon

Titre original : My abandonment

 

Ecrit par Peter Rock

 

Publié aux éditions Points, collection Littérature

Poche, 264 pages, 6€70.

 

 

 

 

 

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(Résumé personnel)

 

Caroline, 13 ans, habite dans les bois. Son père a construit une cabane souterraine au milieu d'une clairière enfoncée dans la forêt préservée de Portland, dans l'Oregon, et ils vivent ainsi, enfouis sous le sol, à l'abri des regards et de la société. A l'abri des feuillages, les jours se suivent mais ne se ressemblent étonnamment pas : la jeune fille, éduquée par son père, se cultive énormément grâce à lecture d'encyclopédies et doit réaliser de nombreux devoirs écrits. Son éducation se poursuit dans les bois, par l'observation de la faune et de la flore. Certains jours sont dédiés au jardinage, d'autres aux courses en ville. Pas tout à fait reclus de la société, ces étranges personnages semblent simplement préférer la compagnie des arbres et des animaux à celle de leurs semblables.

Malheureusement, l'habitude mène vite à l'insouciance : par une chaude journée, alors qu'elle observe les alentours depuis son poste de gué construit dans les hauteurs d'un arbre, Caroline retire son chemisier pour se rafraîchir et le suspend dans les branches, oubliant tout prudence alors qu'un joggeur perce la clairière de sa foulée rapide. Alors qu'il reprend son souffle, l'homme s'aperçoit que derrière les branches, quelque chose semble être enfoui... Il écarte alors les herbes et découvre leur étrange demeure ! Effrayée, Caroline ne peut s'empêcher de pousser un petit glapissement. Surpris, l'étranger lève les yeux vers le ciel, pense apercevoir une ombre dans un arbre et, observant le chemisier suspendu à ses branches, appelle la jeune fille. De longues minutes s'écoulent. Caroline attend, cachée, le cœur battant. Puis l'inconnu s'éloigne, tout aussi rapidement qu'il est venu.

La jeune fille s'interroge. Que doit-elle dire à son père ? Tout révéler pour garantir leur sécurité, et déménager une nouvelle fois, tout recommencer – la construction de leur maison, des tranchées, de leurs petites installations sauvages ? Ou ne rien dire, se taire en espérant que cet individu ne révèle rien et oublie ce qu'il a aperçu ? Caroline n'imagine pas à quel point sa vie va être bouleversée par cette malheureuse rencontre...

 

« Parfois une pierre roule en montant la pente d'une colline ou bondit et tape contre une autre pierre ou un arbre comme si elle était en colère. J'ai déjà vu ça. J'ai vu aussi un arbre couché se redresser doucement et des feuilles pousser sur ses branches mortes. »

 

Le récit s'ouvre sous la forme d'un journal intime, cependant les sentiments y sont très peu présents, ce qui permet de se confronter immédiatement à la réalité des personnages. Dès lors, les bases de l'histoire sont rapidement plantées et le décor se construit facilement, avec un tel réalisme que les scènes prennent vie dans l'imaginaire du lecteur sans le moindre effort de sa part.

D'une plume innocente, presque touchante, Caroline raconte ses journées de manières succinctes mais précises, avec suffisamment de détails pour que l'on comprenne son mode de vie extraordinaire – mais sans trop de minutie, ce qui évite au lecteur de se lasser. Tel un fantôme tapit dans l'ombre de Caroline, le lecteur la suit et l'observe, sans vraiment juger ni comprendre. Comment juger une vie si différente de la nôtre, dans laquelle une enfant semble s'épanouir avec autant de bonheur - sinon plus - que ces enfants enfoncés dans leurs canapés devant des jeux vidéos ? Mais tout de même, il faut l'avouer, on ressent un certain malaise : car constamment, le père de la jeune fille lui répète de se cacher, de se méfier, de ne pas faire de bruit en marchant ni même en respirant ; constamment elle doit rester vigilante et prudente, capable de voir sans être vue et d'écouter sans se faire entendre. Ces propos inspirent de la méfiance au lecteur attentif : ce père redoute-t-il simplement de se faire chasser de cette forêt dans laquelle il est interdit d'établir son domicile, ou a-t-il plus à craindre et à cacher ? Est-il sain d'esprit et prudent, ou carrément paranoïaque ? Je ressentais souvent l'envie de sauter des pages pour toucher au dénouement de l'histoire et comprendre ce que ce récit, étrange mais fascinant, cachait – ou ne cachait pas.

 

L’abandon est un roman déroutant et bizarrement envoûtant. Je n'ai jamais lu de récit semblable. C'est un journal intime qui s'apparente à un flot de pensées, ce sont des pensées qui avoisinent le documentaire, presque un reportage sous forme de thriller psychologique. Parfois attendrissant, parfois malsain, toujours puissant, le récit est écrit d'une plume parfaitement maîtrisée. Il n'y a pas de temps mort, pas de défaut d'écriture apparent et le style qu'a choisi Peter Rock est en parfaite adéquation avec la personnalité de cette jeune fille un peu sauvage, troublante et touchante de sincérité et de candeur. Alors que l'enfant grandit au fil des pages, on sent à peine la plume frémir, les phrases s'étoffer et le style narratif évoluer ; or il y a pourtant bel et bien une évolution dans l'écriture, presque aussi imperceptible que le temps qui s'écoule au travers de cette pluie de mots savamment dosée et qui transforme l'enfant en adolescente réfléchie. Un beau travail d'écriture.

 

« Assise sur les marches en brique rouge, je n'en mange que la moitié, laisse l'autre par terre et je m'en vais. Père quitte alors le coin du Starbucks où il se tenait pour prendre ma place. C'est ainsi que nous faisons pour partager sans qu'on nous voit ensemble. Si nous procédions dans l'autre sens, c'est-à-dire qu'il mange en premier, cela attirerait l'attention et les gens pourraient s'inquiéter de voir une fille ramasser des restes de nourriture. Nous devons réfléchir tout le temps. »

 

Peter Rock s'est totalement inspiré et imprégné d'un fait divers datant de 2004 pour écrire son ouvrage. En effet, l'écrivain ne parvenait pas à se détacher de l'histoire extraordinaire de ce père et de sa fille, « sauvés » par les autorités sanitaires et sociales américaines de leur cabane cachée dans les profondeurs de Forest Park. Leur disparition, peu de temps après leur « sauvetage », demeure à ce jour un mystère car ils n'ont jamais été retrouvés. L'abandon propose au lecteur de ne pas se contenter des récits médiatiques et d'essayer de pénétrer ces extraordinaires personnages par le récit réaliste de leur mode de vie, un témoignage fictionnel qui permet d'expliquer leurs ressentis, leurs motivations et les raisons de leur fuite – incompréhensible de la plupart des américains puisqu'on leur offrait un mobile-home, tout le confort nécessaire à une vie agréable et moderne, ainsi que plusieurs milliers d'euros grâce aux nombreux dons de leur compatriotes.

 

Comprenez bien que L'abandon n'offre que des pistes de compréhensions : rien n'est totalement vrai – mais il se peut que rien ne soit faux. Très habilement, Peter Rock est parvenu à effacer la frontière entre fiction et réalité pour livrer le récit faussement authentique d'une histoire presque vraie. On ne sait pas ce qu'il faut croire ou penser, le lecteur n'est pas guidé dans son raisonnement et les explications sont à peine sous-entendues, cachées dans un récit presque onirique tellement la force narrative anime les mots et les images qu'ils véhiculent. C'est un récit à la fois beau et monstrueux, désespérant de non-dits et de raisonnements spéculatifs.

 

"Tous mes problèmes proviennent du fait que je crois des choses qui ne sont pas vraies."

 

Dotée une forte puissance évocatrice, ce roman nous entraîne dans une plongée psychologique presque asphyxiante. On ressort de cette lecture perdu, bouleversé, chaviré.

Un excellent ouvrage que je ne regrette pas d'avoir lu et qui hante encore mes pensées. A découvrir, autant pour sa richesse psychologique que pour sa prouesse narrative.

 

Je remercie vivement les éditions Points pour leur confiance, ainsi que pour cet agréable moment de lecture. La citation de Jams Ellroy, en première page de couverture, a été choisie avec justesse, et L'abandon est un roman qui tient ses promesses !

 

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Pour aller plus loin, je vous invite à visiter le site de l'auteur, Peter Rock, qui explique sa démarche ainsi que la façon dont il s'est imprégné de l'histoire vraie et des bois de Portland avant d'écrire son roman : le site de l'auteur.

 

Enfin, pour ceux que l'anglais n'effraie pas, voici une courte vidéo dans laquelle Peter Rock présente son ouvrage :

 

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Rédigé par Jennifer Wepierre
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A l'honneur : la littérature "jeunesse" !

La littérature jeunesse est mise à l'honneur ! Une nouvelle catégorie lui est dédiée !

Je vous invite, chers lecteurs, à feuilleter quelques jolis ouvrages colorés et à découvrir de merveilleuses histoires pleines de rêves et d'aventures !

De belles idées pour nos adorables petits anges, et un soupçon de tendre nostalgie pour les plus âgés !

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